Éditeur : Points - Traduit de l'anglais (Irlande) par Bruno Boudard - Date de parution : 2013 - 249 pages et une magnifique découverte !
A Rathmoye, petit bourg d’Irlande, la population est encore occupée par la mort de Mrs Connulty. Lors de son enterrement, un jeune homme arrivé en vélo prend des photos. Personne ne le connaît. Il s’agit de Florian Kilderry revenu pour vendre la maison de ses parents et ce qu’elle contient avant de partir pour l’étranger. Ellie Dillahan s’occupe de la ferme avec son époux. Embauchée pour l'aider après la mort de la mort de sa femme et de son enfant, il lui a proposé le mariage. Enfant de l’assistance et élevée par des religieuses, la jeune femme mène à Rathmoye une vie ennuyeuse loin du village. Son mari est bon mais peu bavard, un taiseux qui n’a pas oublié sa première femme, son enfant et l’accident.
Ellie et Florian vont se rencontrer par le plus grand des hasards. Mais à Rathmoye où tout le monde ou presque se connaît, une attitude différente est très vite remarquée. Miss Connulty observe tout ce qui se passe, le vieux Orpen Wren qui a perdu la raison et a travaillé comme secrétaire pour une riche famille interpelle les gens au détour d'une rue.
Le temps d’un été, Ellie et Florian vont vivre un amour caché. Si au départ j'ai eu du mal à situer ce récit (et c'est une qualité dans ce roman justement), nous sommes dans les années 1950. Avec finesse et délicatesse, les émotions et sentiments sont mis à nu avec précision, force et justesse et pourtant l'écriture est tout en retenue.
William Trevor inspecte cet amour avec grâce (on ne peut pas se moquer de l'innocence d'Ellie), il sonde les âmes de ses personnages au plus profond ou installe un suspense qui nous tient en haleine sur quelques pages.
Un roman dont on s’imprègne de l’ambiance, du rythme, de chaque petit détail et des non-dits. Les émotions ressenties en sont encore plus fortes.
C'est tout simplement beau et admirable derrière une fausse simplicité.
Je suis conquise ! Une magnifique découverte en apnée totale!
C'était un acte de bonté – du moins était-ce l'impression qu'elle avait eue alors et qu'elle avait toujours aujourd'hui – que de lui avoir proposé le mariage; il eût été un peu ingrat de sa part de refuser. Son chez-soi était chez lui où, par bonté également elle avait été qualifiée de gouvernante, non de domestique. Étant veuf et connaissant plus de choses qu'elle, elle le voyait, encore maintenant, plus vieux qu'il n'était. Ce serait mieux s'ils étaient mariés : il ne l'avait pas formulé ainsi et, plus tard, à Lahinch, il avait avoué qu'il avait finir par se sentir de plus en plus proche d'elle et aussi qu'il avait de la chance. "J'ai de la chance moi aussi", avait-elle répondu et elle le pensait, n'ayant jamais eu l'habitude de mentir.
samedi 6 août 2016
jeudi 4 août 2016
Leonardo Padura - Ce qui désirait arriver
Éditeur : Métailié - Traduit de l'espagnol (Cuba) par Elena Zayas - Date de parution : Mai 2016 - 235 pages et un avis en demi-teinte.
Ces treize nouvelles ne se passent pas toutes à Cuba. Les héros sont parfois exilés car le plus souvent les décisions politiques les ont contraints à partir (comme la guerre en Angola et l’obligation d’y participer) mais ils ont leur pays dans la peau. Quelquefois, une épouse attend le retour de son mari qui lui a trouvé d’autres bras. Rentrer ou rester ?
Des amours souvent impossibles comme dans la superbe nouvelle Neuf nuits avec Violeta del Rio où le boléro est décrit de façon merveilleusement sensuel. Les regrets et les souvenirs hantent les personnages sur fond de rhum et de musique mais aussi de pauvreté. Des rencontres ou des choix à opérer, ou juste décrire un moment précis en invitant le passé comme quand une vielle dame à un atelier d’écriture fait ressurgir par l’écriture sa fille décédée et que dire de Rafaela, la joueuse désabusée de piano dans un restaurant.
Tous les personnages sont terriblement humains et l’ambiance de Cuba se distille à travers ces nouvelles : la chaleur et la moiteur, la volupté ou plus, la mélancolie ou la nostalgie. L’écriture de Leonardo Padura varie, épouse chaque récit en se faisant poétique ou plus crue.
Mais malgré toutes ces qualités, j’ai trouvé l’ensemble assez inégal. Au vu de tous les avis élogieux, j'en attendais peut-être plus.
- Tu sais...c'est une guerre. Mais le pire ce sont les souvenirs. Les gens passent leur vie à se rappeler Cuba et à faire des projets pour le jour où ils rentreront.
Les billets de Jérôme, Jostein, Miscellanées.
Lu de cet auteur : Hérétiques
Ces treize nouvelles ne se passent pas toutes à Cuba. Les héros sont parfois exilés car le plus souvent les décisions politiques les ont contraints à partir (comme la guerre en Angola et l’obligation d’y participer) mais ils ont leur pays dans la peau. Quelquefois, une épouse attend le retour de son mari qui lui a trouvé d’autres bras. Rentrer ou rester ?
Des amours souvent impossibles comme dans la superbe nouvelle Neuf nuits avec Violeta del Rio où le boléro est décrit de façon merveilleusement sensuel. Les regrets et les souvenirs hantent les personnages sur fond de rhum et de musique mais aussi de pauvreté. Des rencontres ou des choix à opérer, ou juste décrire un moment précis en invitant le passé comme quand une vielle dame à un atelier d’écriture fait ressurgir par l’écriture sa fille décédée et que dire de Rafaela, la joueuse désabusée de piano dans un restaurant.
Tous les personnages sont terriblement humains et l’ambiance de Cuba se distille à travers ces nouvelles : la chaleur et la moiteur, la volupté ou plus, la mélancolie ou la nostalgie. L’écriture de Leonardo Padura varie, épouse chaque récit en se faisant poétique ou plus crue.
Mais malgré toutes ces qualités, j’ai trouvé l’ensemble assez inégal. Au vu de tous les avis élogieux, j'en attendais peut-être plus.
- Tu sais...c'est une guerre. Mais le pire ce sont les souvenirs. Les gens passent leur vie à se rappeler Cuba et à faire des projets pour le jour où ils rentreront.
Les billets de Jérôme, Jostein, Miscellanées.
Lu de cet auteur : Hérétiques
mardi 2 août 2016
Lydia Salvayre - BW
Éditeur : Points - Date de parution : 2012 - 206 pages sur un homme humain et passionné.
BW ce sont les initiales de Bernard Wallet le compagnon de Lydia Salvayre. Et comme Paysages avec palmiers m’a beaucoup marquée, j’avais envie d’en savoir plus sur Bernard Wallet car dans son récit sur Beyrouth, on devinait entre les lignes une grande sensibilité .
En 2008 à soixante-deux ans, BW a un grave problème aux yeux. S’en suit une opération pour le résoudre et une cécité temporaire. Ancien éditeur chez Verticales (maison d’édition qu’il a fondée) et passionné de lecture, Sylvia Salvayre a couché sur papier leurs échanges, lui a posé des questions alors qu’il était plongé dans le noir (dans les deux sens du terme).
"Excessif " , BW c’est également l’envie de partir collée au corps «"Toujours il dit Je pars, je me tire. ". De son enfance à Clermont-Ferrand et de sa première fugue à treize ans, de ses voyages complètement fous à des passages en prison, de l’escalade avec un culot monstre à ses excès, de sa sélection en course de fond pour les JO de Mexico auxquels il ne se rendra pas à la dernière minute, BW a eu plusieurs vies en une seule.
Entre ses coups de gueule et de belles déclarations d’amour à la littérature (et comment il la conçoit) "Ce qu'il aime d'emblée dans un texte se situe dans ce que l'auteur tente de dire d'une expérience concrète du froid qui le transit, de la peur qu'il redoute, de la joie qui l’exalte, du chagrin qui le tue ou de la main brûlée qui écrit des phrases sur le feu. Ce qu'ils aime d'emblée c'est le halètement qui dans les mots imprime. Rien d'autre que ce halètement. Rien d'autre que la musique de ce halètement. Rien d'autre.", on perçoit la complicité, les rires et l’amour qui l'unit à Lydia Salvayre.
Ses excès, ses défauts ("Je suis têtu. Têtu et rancunier. Je ne sais pas accorder mon pardon. Je m'emporte. (...).Je quitte par désespoir. Je punis par désespoir. Je suis injuste par désespoir") et ses faiblesses : tout y est dit.
Si certains y verront un grincheux, mélancolique et seront dérangés par certains de ses propos (Bernard Wallet ne mâche pas ses mots), j'ai beaucoup (mais vraiment beaucoup) aimé le portait de cet homme imparfait qui "glisse des coquelicots entres les pages de ses livres", anticonformiste, non lisse et passionné (au sens le plus profond : par les tripes, le cœur et l’âme).
Car voilà, BW peut s'engager sur une passerelle branlante au-dessus d'un gouffre népalais, tandis que les trois mots injustes d'un médiocre, la volte-face d'un lâche, la morgue d'un idiot, un jugement méchant, un commérages, une indélicatesse, une sournoiserie, une imputation calomnieuse, le laissent anéanti. C'est là sa faiblesse.
Cruelle, violente, voluptueuse, vivifiante, raffinée, grinçante, raffinée, ravageuse, légère, légère, radieuse, délicate, ironique, la littérature nous secoue, elle nous fait mal, elle nous brûle, elle nous caresse, nous revigore, nous désespère, elle nous élève, dit BW hésitant, mais est-ce bien le mot ? en tout cas, elle nous rend à nos forces, à nos foudres, à nos failles, elle nous renvoie à nos dilemmes, à nos impasses, à nos enfers, et dans le même temps, nous en arrache et nous emporte bien au-dessus de nous.
BW ce sont les initiales de Bernard Wallet le compagnon de Lydia Salvayre. Et comme Paysages avec palmiers m’a beaucoup marquée, j’avais envie d’en savoir plus sur Bernard Wallet car dans son récit sur Beyrouth, on devinait entre les lignes une grande sensibilité .
En 2008 à soixante-deux ans, BW a un grave problème aux yeux. S’en suit une opération pour le résoudre et une cécité temporaire. Ancien éditeur chez Verticales (maison d’édition qu’il a fondée) et passionné de lecture, Sylvia Salvayre a couché sur papier leurs échanges, lui a posé des questions alors qu’il était plongé dans le noir (dans les deux sens du terme).
"Excessif " , BW c’est également l’envie de partir collée au corps «"Toujours il dit Je pars, je me tire. ". De son enfance à Clermont-Ferrand et de sa première fugue à treize ans, de ses voyages complètement fous à des passages en prison, de l’escalade avec un culot monstre à ses excès, de sa sélection en course de fond pour les JO de Mexico auxquels il ne se rendra pas à la dernière minute, BW a eu plusieurs vies en une seule.
Entre ses coups de gueule et de belles déclarations d’amour à la littérature (et comment il la conçoit) "Ce qu'il aime d'emblée dans un texte se situe dans ce que l'auteur tente de dire d'une expérience concrète du froid qui le transit, de la peur qu'il redoute, de la joie qui l’exalte, du chagrin qui le tue ou de la main brûlée qui écrit des phrases sur le feu. Ce qu'ils aime d'emblée c'est le halètement qui dans les mots imprime. Rien d'autre que ce halètement. Rien d'autre que la musique de ce halètement. Rien d'autre.", on perçoit la complicité, les rires et l’amour qui l'unit à Lydia Salvayre.
Ses excès, ses défauts ("Je suis têtu. Têtu et rancunier. Je ne sais pas accorder mon pardon. Je m'emporte. (...).Je quitte par désespoir. Je punis par désespoir. Je suis injuste par désespoir") et ses faiblesses : tout y est dit.
Si certains y verront un grincheux, mélancolique et seront dérangés par certains de ses propos (Bernard Wallet ne mâche pas ses mots), j'ai beaucoup (mais vraiment beaucoup) aimé le portait de cet homme imparfait qui "glisse des coquelicots entres les pages de ses livres", anticonformiste, non lisse et passionné (au sens le plus profond : par les tripes, le cœur et l’âme).
Car voilà, BW peut s'engager sur une passerelle branlante au-dessus d'un gouffre népalais, tandis que les trois mots injustes d'un médiocre, la volte-face d'un lâche, la morgue d'un idiot, un jugement méchant, un commérages, une indélicatesse, une sournoiserie, une imputation calomnieuse, le laissent anéanti. C'est là sa faiblesse.
Cruelle, violente, voluptueuse, vivifiante, raffinée, grinçante, raffinée, ravageuse, légère, légère, radieuse, délicate, ironique, la littérature nous secoue, elle nous fait mal, elle nous brûle, elle nous caresse, nous revigore, nous désespère, elle nous élève, dit BW hésitant, mais est-ce bien le mot ? en tout cas, elle nous rend à nos forces, à nos foudres, à nos failles, elle nous renvoie à nos dilemmes, à nos impasses, à nos enfers, et dans le même temps, nous en arrache et nous emporte bien au-dessus de nous.
vendredi 29 juillet 2016
Jens Christian Grondahl - Les Portes de Fer
Éditeur : Gallimard - Traduit du danois par Alain Gnaedig - Date de parution : Janvier 2016 - 404 pages et un livre plus que touchant !
En décrivant trois moments importants l’adolescence, la quarantaine et enfin ses soixante-ans, le narrateur revient sur sa vie.
A dix-huit ans, il se passionne pour Marx "Le matin, mes yeux commençaient par se poser sur le prophète barbu tout la photo était punaisée sur le mur incliné à côté de celle de Jimy Hendrix" et il "n’a pas de temps à perdre" avec la littérature. En classe de terminale alors que sa mère décède d'un cancer, il se lie avec Erika la fille de sa professeur d’allemand qui lui a donné le goût et l'amour des livres. Pour elle, il se rend à Berlin mais leur histoire ne durera pas. Marié, c'est également un enseignant dévoué et passionné. Divorcé et devenu quarantenaire, sa fille Julie vient le voir régulièrement à Copenhague. Il sort avec Benedicte une collègue mais sans s’aventurer sur le terrain des engagements. L'arrivée d'un jeune garçon Serbe en classe de troisième le pousse en dehors de ses habitudes. Il l'héberge provisoirement et a une aventure avec sa mère. Les deux disparaîtront sans laisser d’adresse. Devenu grand-père, il ne veut pas fêter ses soixante ans et à la place part pour Rome. Au hasard d’une rue, il rencontre une jeune fille photographe de l’âge de sa fille avec laquelle il voyage dans le sud de l’Italie.
C’est le portait d’un homme assez solitaire tout en finesse et en pudeur qui nous est dépeint. Cet homme regarde par dessus son épaule avec une tendre mélancolie. Et toutes ces femmes, avec en premier lieu sa mère, ont influencé son existence, ses décisions ou ses non-choix. Mais jusqu'à quel point ? Bien sûr, il a des regrets (ce qui est normal) mais jamais il ne s’appesantit dessus.
Son engagement pour l’accessibilité à la culture pour tous, le cadre du petit bourgeois dans lequel il s’est senti enfermé et dont il a voulu sortir, le regard qu’il pose sur mon métier "Je suis un figurant qui voit passer chacun en route vers son histoire" en font un homme profondément attachant.
Un superbe roman tout en justesse avec beaucoup de délicatesse qui ne bouscule pas son lecteur mais l'enveloppe de douceur en nous racontant la vie, le couple, l'amour, la solitude, les petits et grands changements à travers le temps qui passe.
J'ai été plus que touchée !
Le présent est un lieu impossible que l'on ne peut pas fouler, parce qu'il avance sans cesse sous nos pieds. Il n'a de réalité que comme maillon dans une métamorphose permanente, un continuum où, en revanche, il ne perd jamais sa réalité.
Se souvenir, c'est raconter ce qui a été. Dans la langue, c'est toujours là. C'est présent en tant que ce qui a été, ce qui peut être raconté.
Les billet de Jérôme, Krol.
En décrivant trois moments importants l’adolescence, la quarantaine et enfin ses soixante-ans, le narrateur revient sur sa vie.
A dix-huit ans, il se passionne pour Marx "Le matin, mes yeux commençaient par se poser sur le prophète barbu tout la photo était punaisée sur le mur incliné à côté de celle de Jimy Hendrix" et il "n’a pas de temps à perdre" avec la littérature. En classe de terminale alors que sa mère décède d'un cancer, il se lie avec Erika la fille de sa professeur d’allemand qui lui a donné le goût et l'amour des livres. Pour elle, il se rend à Berlin mais leur histoire ne durera pas. Marié, c'est également un enseignant dévoué et passionné. Divorcé et devenu quarantenaire, sa fille Julie vient le voir régulièrement à Copenhague. Il sort avec Benedicte une collègue mais sans s’aventurer sur le terrain des engagements. L'arrivée d'un jeune garçon Serbe en classe de troisième le pousse en dehors de ses habitudes. Il l'héberge provisoirement et a une aventure avec sa mère. Les deux disparaîtront sans laisser d’adresse. Devenu grand-père, il ne veut pas fêter ses soixante ans et à la place part pour Rome. Au hasard d’une rue, il rencontre une jeune fille photographe de l’âge de sa fille avec laquelle il voyage dans le sud de l’Italie.
C’est le portait d’un homme assez solitaire tout en finesse et en pudeur qui nous est dépeint. Cet homme regarde par dessus son épaule avec une tendre mélancolie. Et toutes ces femmes, avec en premier lieu sa mère, ont influencé son existence, ses décisions ou ses non-choix. Mais jusqu'à quel point ? Bien sûr, il a des regrets (ce qui est normal) mais jamais il ne s’appesantit dessus.
Son engagement pour l’accessibilité à la culture pour tous, le cadre du petit bourgeois dans lequel il s’est senti enfermé et dont il a voulu sortir, le regard qu’il pose sur mon métier "Je suis un figurant qui voit passer chacun en route vers son histoire" en font un homme profondément attachant.
Un superbe roman tout en justesse avec beaucoup de délicatesse qui ne bouscule pas son lecteur mais l'enveloppe de douceur en nous racontant la vie, le couple, l'amour, la solitude, les petits et grands changements à travers le temps qui passe.
J'ai été plus que touchée !
Le présent est un lieu impossible que l'on ne peut pas fouler, parce qu'il avance sans cesse sous nos pieds. Il n'a de réalité que comme maillon dans une métamorphose permanente, un continuum où, en revanche, il ne perd jamais sa réalité.
Se souvenir, c'est raconter ce qui a été. Dans la langue, c'est toujours là. C'est présent en tant que ce qui a été, ce qui peut être raconté.
Les billet de Jérôme, Krol.
mercredi 27 juillet 2016
Grace Metalious - Peyton Place
Éditeur : 10-18 - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Muray - Date de parution : Mai 2016 - 692 pages qu'on ne voit pas pas défiler
Etats-Unis, Nouvelle-Angleterre, 1940. Peyton Place est une de ces nombreuses villes bien tranquilles en apparence. C’est peut-être pour cette raison que Constance McKenzie s’y est installée officiellement en tant que veuve. Après avoir vécu à New-York où elle a entretenu une liaison avec un homme marié, elle est bien décidée à ce que personne ne ne sache la vérité sur la paternité de sa fille Allison. Cette dernière ignore tout du passé de sa mère. Allison aime passer du temps avec son amie Selena Cross dont le beau-père alcoolique est un homme violent. Elle habite les quartiers peu fréquentables de la ville rongés par la misère et la pauvreté. Selena a des responsabilités comme veiller sur son petit frère car leur mère a perdu plus ou moins la tête. Et Constance voit d’un mauvais œil l’amitié des deux filles.
Se déroulant sur plusieurs années, on suit Allison et Selena à l’adolescence avec leurs espoirs et leurs rêves jusqu’à l’âge adulte. Douce rêveuse, Allison admire le père qu’elle n’a pas connu et beaucoup de monde se demande pourquoi sa mère ne se remarie pas tandis que Selena attire les regards masculins (et pas que des garçons de son âge). Le conseil d’administration de la ville voudrait faire disparaitre les taudis, les notables souhaitent de bons mariages pour leur progéniture et chacune des deux églises prêche pour la bonne parole. Mais si ce roman paru en 1956 fit un scandale et fut jugé comme un "brûlot" c'est qu'il aborde d'autres thèmes : inceste, viol, avortement (à l’époque condamné) hypocrisies, mensonges, … Grace Metalious a osé écrire ce qui d’habitude était passé sous silence et à travers ses trois héroïnes, elle offre une liberté sexuelle aux femmes.
Etoffé par des personnages secondaires très bien détaillés également, ce roman possède un charme certain (avec des personnages creusés) et certains des sujets comme la les classes sociales défavorisées sont toujours d’actualité. La postface d’Ardis Cameron permet de nous situer dans le contexte de l’époque et de comprendre combien et pourquoi ce roman fit grand bruit.
Il ne faut pas être effrayé par le nombre de pages qui se tournent avec intérêt et avidité !
Mais, entre les habitants d'une grande ville et celui d'une petite, il y a une différence fondamentale : le premier est moins apte à inventorier le contenu du placard de son voisin. Il y a une différence aussi, dans une petite ville, entre un squelette dans un placard et un scandale. Le premier est examiné comme à travers des barreaux pour quelques curieux qui échangent leurs impressions à voix basse. Le second est livré sur la voie publique en pâture à la population toute entière et discuté à grands coups de gueule d'un toit à l'autre.
Etats-Unis, Nouvelle-Angleterre, 1940. Peyton Place est une de ces nombreuses villes bien tranquilles en apparence. C’est peut-être pour cette raison que Constance McKenzie s’y est installée officiellement en tant que veuve. Après avoir vécu à New-York où elle a entretenu une liaison avec un homme marié, elle est bien décidée à ce que personne ne ne sache la vérité sur la paternité de sa fille Allison. Cette dernière ignore tout du passé de sa mère. Allison aime passer du temps avec son amie Selena Cross dont le beau-père alcoolique est un homme violent. Elle habite les quartiers peu fréquentables de la ville rongés par la misère et la pauvreté. Selena a des responsabilités comme veiller sur son petit frère car leur mère a perdu plus ou moins la tête. Et Constance voit d’un mauvais œil l’amitié des deux filles.
Se déroulant sur plusieurs années, on suit Allison et Selena à l’adolescence avec leurs espoirs et leurs rêves jusqu’à l’âge adulte. Douce rêveuse, Allison admire le père qu’elle n’a pas connu et beaucoup de monde se demande pourquoi sa mère ne se remarie pas tandis que Selena attire les regards masculins (et pas que des garçons de son âge). Le conseil d’administration de la ville voudrait faire disparaitre les taudis, les notables souhaitent de bons mariages pour leur progéniture et chacune des deux églises prêche pour la bonne parole. Mais si ce roman paru en 1956 fit un scandale et fut jugé comme un "brûlot" c'est qu'il aborde d'autres thèmes : inceste, viol, avortement (à l’époque condamné) hypocrisies, mensonges, … Grace Metalious a osé écrire ce qui d’habitude était passé sous silence et à travers ses trois héroïnes, elle offre une liberté sexuelle aux femmes.
Etoffé par des personnages secondaires très bien détaillés également, ce roman possède un charme certain (avec des personnages creusés) et certains des sujets comme la les classes sociales défavorisées sont toujours d’actualité. La postface d’Ardis Cameron permet de nous situer dans le contexte de l’époque et de comprendre combien et pourquoi ce roman fit grand bruit.
Il ne faut pas être effrayé par le nombre de pages qui se tournent avec intérêt et avidité !
Mais, entre les habitants d'une grande ville et celui d'une petite, il y a une différence fondamentale : le premier est moins apte à inventorier le contenu du placard de son voisin. Il y a une différence aussi, dans une petite ville, entre un squelette dans un placard et un scandale. Le premier est examiné comme à travers des barreaux pour quelques curieux qui échangent leurs impressions à voix basse. Le second est livré sur la voie publique en pâture à la population toute entière et discuté à grands coups de gueule d'un toit à l'autre.
![]() |
| Ma participation au challenge organisé par Brize |
lundi 25 juillet 2016
Viola Veloce - Meurtres à la pause-déjeuner
Éditeur : Liana Levi - Traduit de l'italien par Franchita Gonzalez Batlle - Date de parution : Juin 2016 - 248 pages sympathiques.
En revenant de sa pause-déjeuner, Francesca découvre le corps d’une de ses collègues pendue dans les toilettes de son travail. La vie de Francesca la trentaine passée à Milan se partage entre son travail au département Planification et Contrôle et ses parents chez qui elle dîne trè souvent et une rancœur envers son ex-futur mari (qui accepterait de se faire plaquer la veille de son mariage ? ).
Même si elle n’appréciait pas vraiment sa collègue, Francesca est chamboulée. Et quand un second meurtre se produit dans son service, l’ambiance devient pesante. Quand le présumé meurtrier est lui-même assassiné, la psychose est proche.
Ajoutez-y des parents surprotecteurs avec une mère qui rêve d’un mariage pour sa fille ( et de l la"caser" à tout prix), un directeur obnubilé par le pouvoir, des personnes syndicalisées jusqu'au-boutistes. Mais Francesca a une idée derrière la tête car ses trois défunts collègues avaient un point commun. Le tout est agrémenté d'humour piquant et l'intrigue sert à donner une vision très juste de l'entreprise et des rapports dans la hiérarchie.
Un roman bien sympathique !
Je ne comprends toujours pas pourquoi tous les cas désespérés de la maison échouent dans notre bureau. C'est un peu comme un service de soins palliatifs; après avoir essayé de vous caser partout on vous envoie ici. Il suffit de savoir un peu compter. Et si vous ne savez pas, vous restez quand même, au bain-marie perpétuel comme une crème qui ne prend pas, parce qu'une vieille loi interdit de vous licencier, bien que la direction souhaite vous remplacer par un consultant extérieur extérieur de vingt-cinq ans.
En revenant de sa pause-déjeuner, Francesca découvre le corps d’une de ses collègues pendue dans les toilettes de son travail. La vie de Francesca la trentaine passée à Milan se partage entre son travail au département Planification et Contrôle et ses parents chez qui elle dîne trè souvent et une rancœur envers son ex-futur mari (qui accepterait de se faire plaquer la veille de son mariage ? ).
Même si elle n’appréciait pas vraiment sa collègue, Francesca est chamboulée. Et quand un second meurtre se produit dans son service, l’ambiance devient pesante. Quand le présumé meurtrier est lui-même assassiné, la psychose est proche.
Ajoutez-y des parents surprotecteurs avec une mère qui rêve d’un mariage pour sa fille ( et de l la"caser" à tout prix), un directeur obnubilé par le pouvoir, des personnes syndicalisées jusqu'au-boutistes. Mais Francesca a une idée derrière la tête car ses trois défunts collègues avaient un point commun. Le tout est agrémenté d'humour piquant et l'intrigue sert à donner une vision très juste de l'entreprise et des rapports dans la hiérarchie.
Un roman bien sympathique !
Je ne comprends toujours pas pourquoi tous les cas désespérés de la maison échouent dans notre bureau. C'est un peu comme un service de soins palliatifs; après avoir essayé de vous caser partout on vous envoie ici. Il suffit de savoir un peu compter. Et si vous ne savez pas, vous restez quand même, au bain-marie perpétuel comme une crème qui ne prend pas, parce qu'une vieille loi interdit de vous licencier, bien que la direction souhaite vous remplacer par un consultant extérieur extérieur de vingt-cinq ans.
vendredi 22 juillet 2016
Wajdi Mouawad - Anima
Éditeur : Babel - Date de parution : 2015 ( date de première parution : 2012) - 501 pages pour un coup de cœur et un uppercut !
Wahhch Debch découvre sa femme assassinée (je vous passe les détails horribles) et l'on assiste à sa douleur par le biais d'un narrateur spécial. Car les narrateurs ne sont pas n’importe lesquels, ce sont des animaux : araignée, corbeau, chien, écureuil, chat, cheval, différents insectes. Non pas empli de vengeance mais pour s‘assurer qu’il n’est pas l’auteur de cet acte innommable, Wahhch part à la recherche du meurtrier. Ce dernier, un Indien, s’est réfugié dans une réserve "Entre ceux qui pensent à leur propre intérêt et ceux qui pensent à l'intérêt de la communauté. Quand il y a de l'argent en jeu, ça finit par devenir violent parce que l'intérêt de la communauté va nécessairement contre l'intérêt particulier." Aucun ne veut dénoncer un des leurs, le retrouver est une mission qui revient à Wahhch.
Si l’on l’on suit le parcours de Wahhch à travers les Etats-Unis, Wadji Mouawad en donnant la parole et la réflexion, la pensée aux animaux nous plonge dans un univers hypnotique, prenant et quelquefois dérangeant. Au fil des pages, on se demande si la frontière entre animaux et humains est toujours réelle, on se questionne sur la violence humaine.
Complètement envoûtant, ce roman servi par une écriture magnifique, lumineuse et poétique, sonde au plus profond la noirceur et les profondeurs de l'âme. L’épilogue m’a laissée bouche bée, sidérée. Je ne veux pas vous en dire plus (une autre histoire sur les origines de Wahhch nous bouscule) pour vous laisser découvrir ce livre.
Un coup de cœur entier doublé d’un uppercut !
Je me suis reculée et je me suis enfuie pour retrouver l'obscurité profonde des arachnées, bien plus lumineuse, bien plus rassurante que cette nuit effroyable que je venais d'entrevoir et qui est, je le sais à présent le propre des humains.
Merci Cathulu !
Wahhch Debch découvre sa femme assassinée (je vous passe les détails horribles) et l'on assiste à sa douleur par le biais d'un narrateur spécial. Car les narrateurs ne sont pas n’importe lesquels, ce sont des animaux : araignée, corbeau, chien, écureuil, chat, cheval, différents insectes. Non pas empli de vengeance mais pour s‘assurer qu’il n’est pas l’auteur de cet acte innommable, Wahhch part à la recherche du meurtrier. Ce dernier, un Indien, s’est réfugié dans une réserve "Entre ceux qui pensent à leur propre intérêt et ceux qui pensent à l'intérêt de la communauté. Quand il y a de l'argent en jeu, ça finit par devenir violent parce que l'intérêt de la communauté va nécessairement contre l'intérêt particulier." Aucun ne veut dénoncer un des leurs, le retrouver est une mission qui revient à Wahhch.
Si l’on l’on suit le parcours de Wahhch à travers les Etats-Unis, Wadji Mouawad en donnant la parole et la réflexion, la pensée aux animaux nous plonge dans un univers hypnotique, prenant et quelquefois dérangeant. Au fil des pages, on se demande si la frontière entre animaux et humains est toujours réelle, on se questionne sur la violence humaine.
Complètement envoûtant, ce roman servi par une écriture magnifique, lumineuse et poétique, sonde au plus profond la noirceur et les profondeurs de l'âme. L’épilogue m’a laissée bouche bée, sidérée. Je ne veux pas vous en dire plus (une autre histoire sur les origines de Wahhch nous bouscule) pour vous laisser découvrir ce livre.
Un coup de cœur entier doublé d’un uppercut !
Je me suis reculée et je me suis enfuie pour retrouver l'obscurité profonde des arachnées, bien plus lumineuse, bien plus rassurante que cette nuit effroyable que je venais d'entrevoir et qui est, je le sais à présent le propre des humains.
Merci Cathulu !
mercredi 20 juillet 2016
Jonathan Evison - Les Fondamentaux de l'aide à la personne revus et corrigés
Éditeur : Monsieur Toussaint Louverture - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Marie-Odile Fortier-Masek - Date de parution : Avril 2016 - 351 pages entre humour mordant et sensibilité.
A quarante ans, Benjamin Benjamin en plein divorce a tout perdu. En matière de drame, il a donné et la souffrance est toujours là. Sans emploi et sans un sou, il suit une formation rapide d’aide à la personne. Il commence un emploi auprès de Trev un adolescent atteint d’une maladie dégénérative qui le cloue dans son fauteuil roulant et le rend très dépendant.
Avec de tels thèmes, on pourrait croire que ce roman va déborder de pathos et de bons sentiments. Et bien non. Elevé par sa mère depuis sa naissance car son père a pris la poudre d’escampette, les journées de Trev commencent par le choix de la paire de basket qu’il va porter. Comme tous les ados, Il aime les jeux vidéos, regarder la télé et surtout les présentatrices de météo pour leur physique et imaginer des histoires d’amour torrides. Si Ben au départ tâtonne, très vite il noue avec Trev une belle complicité. Au fil des pages, on apprend petit à petit le passé de Ben.
Et Ben dont le poids de la culpabilité est immense et Trev abandonné par son père ont un projet insolite. Prendre la route pour aller voir le père de Trev et visiter des lieux incongrus. Débute un road-trip en minibus avec des personnages cabossés eux-aussi "j'héberge une ado en fuite, une mère célibataire enceinte jusqu'aux yeux et un gosse dans le coeur pourrait lâcher à tout moment ".
Entre humour, dérision et répliques ironiques, la sensibilité est bien présente comme les blessures des personnages. Drôle et touchant, ce roman sur la figure du père, la rédemption plaira à ceux qui aiment les livres de Marie-Sabine Roger même si l'écriture de Jonathan Evison est un peu moins savoureuse. Alors oui j’ai vraiment aimé !
Et cela peut paraître triste, voir pathétique, ce spectacle d'un crétin de père au foyer, incapable de travailler, qui vit aux crochets de sa femme , qui se tient à cheval sur la deuxième base, sur ses mauvais genoux, comme s'il venait de gravir l'Everest. Mais ça ne l'est pas. Ce qui est triste, c'est de ne pas pouvoir revivre ces moments. Ce qui est pathétique, c'est qu'après tout ce temps, j'essaie encore.
D'autres avis sur Babelio
A quarante ans, Benjamin Benjamin en plein divorce a tout perdu. En matière de drame, il a donné et la souffrance est toujours là. Sans emploi et sans un sou, il suit une formation rapide d’aide à la personne. Il commence un emploi auprès de Trev un adolescent atteint d’une maladie dégénérative qui le cloue dans son fauteuil roulant et le rend très dépendant.
Avec de tels thèmes, on pourrait croire que ce roman va déborder de pathos et de bons sentiments. Et bien non. Elevé par sa mère depuis sa naissance car son père a pris la poudre d’escampette, les journées de Trev commencent par le choix de la paire de basket qu’il va porter. Comme tous les ados, Il aime les jeux vidéos, regarder la télé et surtout les présentatrices de météo pour leur physique et imaginer des histoires d’amour torrides. Si Ben au départ tâtonne, très vite il noue avec Trev une belle complicité. Au fil des pages, on apprend petit à petit le passé de Ben.
Et Ben dont le poids de la culpabilité est immense et Trev abandonné par son père ont un projet insolite. Prendre la route pour aller voir le père de Trev et visiter des lieux incongrus. Débute un road-trip en minibus avec des personnages cabossés eux-aussi "j'héberge une ado en fuite, une mère célibataire enceinte jusqu'aux yeux et un gosse dans le coeur pourrait lâcher à tout moment ".
Entre humour, dérision et répliques ironiques, la sensibilité est bien présente comme les blessures des personnages. Drôle et touchant, ce roman sur la figure du père, la rédemption plaira à ceux qui aiment les livres de Marie-Sabine Roger même si l'écriture de Jonathan Evison est un peu moins savoureuse. Alors oui j’ai vraiment aimé !
Et cela peut paraître triste, voir pathétique, ce spectacle d'un crétin de père au foyer, incapable de travailler, qui vit aux crochets de sa femme , qui se tient à cheval sur la deuxième base, sur ses mauvais genoux, comme s'il venait de gravir l'Everest. Mais ça ne l'est pas. Ce qui est triste, c'est de ne pas pouvoir revivre ces moments. Ce qui est pathétique, c'est qu'après tout ce temps, j'essaie encore.
D'autres avis sur Babelio
samedi 9 juillet 2016
Bernard Wallet - Paysages avec palmiers
Éditeur : Tristram - Date de parution : Janvier 2016 ( 1ère parution : 1992) - 105 pages indélébiles.
Ne vous fiez pas au titre qui pourrait supposer un décor de vacances : soleil et mers bleues. La préface indique que ce texte est paru en 1984 dans une revue puis qu'il a été publié "dans sa forme définitive" une première fois chez Gallimard en 1992.
En 1976, Bernard Wellet était au Liban et plus exactement à Beyrouth.
Dès les premières lignes, on est plongé dans une ville où la guerre fait rage. Des images, des odeurs, des sons à fois témoignent en quelques lignes de l'horreur. Des scènes écrites non pas lorsqu'il était sur place mais après : "Je ne suis pas encore reparti de Beyrouth. Parfois, je me réveille la nuit au milieu d’atroces combats et je dois allumer ma lampe pour bien vérifier que je suis à Paris, rue Saint-Maur. J’écris pour quitter Beyrouth. J’écris pour que Beyrouth me quitte."
Beyrouth , ville qui l'obsède par ce qu'il y a vu, Beyrouth "sa maîtresse" , "Beyrouth qui lui manque".
De ce rapport obsédant avec cette ville, il n'oublie pas la mort omniprésente qui peut surgir : "Dans Beyrouth, la peur de la mort ne me quitte jamais. Mais c’est une peur qui m’emporte plus qu’elle ne me paralyse. Et il m’arrive parfois d’aller au-devant d’elle de crainte qu’elle ne me surprenne. Dans le dos."
"J' écris ces souvenirs comme ils me viennent, sans ordre, sans logique" comme pour répondre au chaos de la destruction.Il nous fait part de l'atrocité d'une guerre sans pathos avec une écriture comme au couteau mais non dénuée de poésie.
Un texte qui n'a pas pris une ride, toujours d'actualité et qui donne des pages saisissantes et indélébiles.
Deux fillettes palestinienne ont été ruées par leur poupée.
Le jouet était piégé.
Liberté dans le meurtre.
Égalité dans le meurtre.
Fraternité dans le meurtre.
Beyrouth me manque
Beyrouth est une tombe.
Merci à Arnaud (Dialogues) pour ce conseil de lecture.
Ne vous fiez pas au titre qui pourrait supposer un décor de vacances : soleil et mers bleues. La préface indique que ce texte est paru en 1984 dans une revue puis qu'il a été publié "dans sa forme définitive" une première fois chez Gallimard en 1992.
En 1976, Bernard Wellet était au Liban et plus exactement à Beyrouth.
Dès les premières lignes, on est plongé dans une ville où la guerre fait rage. Des images, des odeurs, des sons à fois témoignent en quelques lignes de l'horreur. Des scènes écrites non pas lorsqu'il était sur place mais après : "Je ne suis pas encore reparti de Beyrouth. Parfois, je me réveille la nuit au milieu d’atroces combats et je dois allumer ma lampe pour bien vérifier que je suis à Paris, rue Saint-Maur. J’écris pour quitter Beyrouth. J’écris pour que Beyrouth me quitte."
Beyrouth , ville qui l'obsède par ce qu'il y a vu, Beyrouth "sa maîtresse" , "Beyrouth qui lui manque".
De ce rapport obsédant avec cette ville, il n'oublie pas la mort omniprésente qui peut surgir : "Dans Beyrouth, la peur de la mort ne me quitte jamais. Mais c’est une peur qui m’emporte plus qu’elle ne me paralyse. Et il m’arrive parfois d’aller au-devant d’elle de crainte qu’elle ne me surprenne. Dans le dos."
"J' écris ces souvenirs comme ils me viennent, sans ordre, sans logique" comme pour répondre au chaos de la destruction.Il nous fait part de l'atrocité d'une guerre sans pathos avec une écriture comme au couteau mais non dénuée de poésie.
Un texte qui n'a pas pris une ride, toujours d'actualité et qui donne des pages saisissantes et indélébiles.
Deux fillettes palestinienne ont été ruées par leur poupée.
Le jouet était piégé.
Liberté dans le meurtre.
Égalité dans le meurtre.
Fraternité dans le meurtre.
Beyrouth me manque
Beyrouth est une tombe.
Merci à Arnaud (Dialogues) pour ce conseil de lecture.
mercredi 6 juillet 2016
Anne Tyler - Les adieux pour débutant
Éditeur : 10-18 - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Sylvie Schneider - Date de parution : Avril 2016 ( 1ère parution : 2014) - 214 pages sans fioritures et émouvantes.
Peu de temps après la mort de sa femme ( au cours un accident bête), Aaron voit sa femme Dorothy lui apparaître "Entendez-moi bien, je n'étais pas fou ou, pour le formuler autrement je me rendais parfaitement compte que c'était cinglé de voir une morte. Je n'avais cru que les mots revenaient sur terre (d'où ?), ni que les fantômes existaient, même dans mon enfance".
Couvée par sa mère durant son enfance puis par sa sœur car handicapé au niveau d’une jambe et d’un pied, Dorothy bien que médecin n’était pas une personne à s’apitoyer sur lui ou à le dorloter. Depuis le décès de Dorothy, il doit affronter la compassion de ses voisins, de ses collègues de bureau et de quelques amis. Or tout ce qu’il souhaite c’est qu’on se comporte normalement avec lui. Obligé d’aller habiter chez sa sœur, celle–ci se s'immisce dans sa vie. Aaron tente d’échapper aux autres et repense à son mariage.
Ce roman sur la perte d'un être cher évite tout pathos car Anne Tyler mélange la fantaisie, l’ironie au réel mais elle nous décrit également avec subtilité les différentes phases par lesquelles passe Aaron .
Un roman sans fioritures et émouvant.
Le billet de Cathulu ( merci!)
Lu de cet auteur : Le compas de Noé - Une autre femme
Peu de temps après la mort de sa femme ( au cours un accident bête), Aaron voit sa femme Dorothy lui apparaître "Entendez-moi bien, je n'étais pas fou ou, pour le formuler autrement je me rendais parfaitement compte que c'était cinglé de voir une morte. Je n'avais cru que les mots revenaient sur terre (d'où ?), ni que les fantômes existaient, même dans mon enfance".
Couvée par sa mère durant son enfance puis par sa sœur car handicapé au niveau d’une jambe et d’un pied, Dorothy bien que médecin n’était pas une personne à s’apitoyer sur lui ou à le dorloter. Depuis le décès de Dorothy, il doit affronter la compassion de ses voisins, de ses collègues de bureau et de quelques amis. Or tout ce qu’il souhaite c’est qu’on se comporte normalement avec lui. Obligé d’aller habiter chez sa sœur, celle–ci se s'immisce dans sa vie. Aaron tente d’échapper aux autres et repense à son mariage.
Ce roman sur la perte d'un être cher évite tout pathos car Anne Tyler mélange la fantaisie, l’ironie au réel mais elle nous décrit également avec subtilité les différentes phases par lesquelles passe Aaron .
Un roman sans fioritures et émouvant.
Le billet de Cathulu ( merci!)
Lu de cet auteur : Le compas de Noé - Une autre femme
lundi 4 juillet 2016
Vincent Message - Défaite des maîtres et possesseurs
Éditeur : Seuil - Date de parution : Janvier 2016 - 304 pages brillantes dont on ne sort pas indemne
Avant d’entamer cette lecture, je ne savais absolument rien de ce livre hormis qu’il s’agissait d’un roman d’anticipation. Assez vague me direz-vous et un genre qui n’est pas spécialement ma tasse de thé. J’ai donc embarqué dans cette lecture en ignorant tout du thème.
L’action se déroule dans un futur indéterminé, des êtres venus d’ailleurs (on ne sait pas d’où) sont arrivés sur terre. Ils ont observé l’espèce humaine et leurs modes de vie. Puis ils ont pris le pouvoir, les êtres humains sont alors réduits à trois fonctions : "Il y a, pour résumer, trois catégories d’hommes : ceux qui travaillent pour nous; ceux qui s’efforcent de nous tenir compagnie; ceux que nous mangeons. " Iris l’être humain de compagnie de Malo a eu un accident. Gravement blessée, les autorités médicales médicales demandent à Malo le bracelet qui contient toutes les informations relatives à Iris. Mais il y a petit souci, elle n’en pas car elle est une clandestine à l’égard des lois. Malo le narrateur raconte son travail actuel au sein d'un comité d'éthique où il défend une loi dans un hémicycle avec des politiques concernant la durée de vie des humains, son ancien travail où il contrôlait les élevages d’humains du début à la fin de la chaine c'est-à-dire jusqu'aux abattoirs (et là, j’ai dû m’accrocher ), ses doutes et son combat pour Iris.
Ce qui est frappant c’est que ce monde futuriste ressemble à notre monde contemporain : une hiérarchisation dans le travail où les moins qualifiés n’ont aucune aucune considération (la rentabilité et la productivité dominent), les modes de vie et leurs failles sont comme un calque des nôtres (ou presque). Et on a l'impression que Malo est un humain tiraillé.
Jamais Vincent Message ne se perd dans des dérives et c’est complètement addictif.
A travers Malo, il nous interroge sur des thèmes comme la clandestinité, les rapports de domination, d’exploitation et de possession.
Un livre indéniablement brillant, dérangeant et dont on ne sort pas indemne !
Jusqu'à quand une vie d'homme mérite-t-elle d'être vécue ? Qui peut savoir cela ? Qui a le droit d'en décider ? Nous sommes pris dans ce questionnement permanent, au comité d'éthique et les années passées là-bas ne m'ont pas donné les bonnes réponses, juste des manières moins grossière d'exposer les dilemmes.
Longtemps, je n'ai pas vu, quant à moi, pour quelles raisons alambiquées j'aurais dû me confondre en remords alors que je n'étais même pas né au moment des faits. Est-ce que l'on est censé défendre les actes de ses parents comme si on avait vécu avec eux et décidé comme eux ?
Les billets de Cuné, Keisha (qui renvoie à d'autres liens), Nicole
Avant d’entamer cette lecture, je ne savais absolument rien de ce livre hormis qu’il s’agissait d’un roman d’anticipation. Assez vague me direz-vous et un genre qui n’est pas spécialement ma tasse de thé. J’ai donc embarqué dans cette lecture en ignorant tout du thème.
L’action se déroule dans un futur indéterminé, des êtres venus d’ailleurs (on ne sait pas d’où) sont arrivés sur terre. Ils ont observé l’espèce humaine et leurs modes de vie. Puis ils ont pris le pouvoir, les êtres humains sont alors réduits à trois fonctions : "Il y a, pour résumer, trois catégories d’hommes : ceux qui travaillent pour nous; ceux qui s’efforcent de nous tenir compagnie; ceux que nous mangeons. " Iris l’être humain de compagnie de Malo a eu un accident. Gravement blessée, les autorités médicales médicales demandent à Malo le bracelet qui contient toutes les informations relatives à Iris. Mais il y a petit souci, elle n’en pas car elle est une clandestine à l’égard des lois. Malo le narrateur raconte son travail actuel au sein d'un comité d'éthique où il défend une loi dans un hémicycle avec des politiques concernant la durée de vie des humains, son ancien travail où il contrôlait les élevages d’humains du début à la fin de la chaine c'est-à-dire jusqu'aux abattoirs (et là, j’ai dû m’accrocher ), ses doutes et son combat pour Iris.
Ce qui est frappant c’est que ce monde futuriste ressemble à notre monde contemporain : une hiérarchisation dans le travail où les moins qualifiés n’ont aucune aucune considération (la rentabilité et la productivité dominent), les modes de vie et leurs failles sont comme un calque des nôtres (ou presque). Et on a l'impression que Malo est un humain tiraillé.
Jamais Vincent Message ne se perd dans des dérives et c’est complètement addictif.
A travers Malo, il nous interroge sur des thèmes comme la clandestinité, les rapports de domination, d’exploitation et de possession.
Un livre indéniablement brillant, dérangeant et dont on ne sort pas indemne !
Jusqu'à quand une vie d'homme mérite-t-elle d'être vécue ? Qui peut savoir cela ? Qui a le droit d'en décider ? Nous sommes pris dans ce questionnement permanent, au comité d'éthique et les années passées là-bas ne m'ont pas donné les bonnes réponses, juste des manières moins grossière d'exposer les dilemmes.
Longtemps, je n'ai pas vu, quant à moi, pour quelles raisons alambiquées j'aurais dû me confondre en remords alors que je n'étais même pas né au moment des faits. Est-ce que l'on est censé défendre les actes de ses parents comme si on avait vécu avec eux et décidé comme eux ?
Les billets de Cuné, Keisha (qui renvoie à d'autres liens), Nicole
vendredi 1 juillet 2016
Rencontre d'Annie Ernaux chez Dialogues
Après être venue une première fois parler de son livres Les années à la librairie Dialogues en 2008, Annie Ernaux nous a fait le plaisir et l'honneur de revenir à l'occasion de son nouveau livre Mémoire de fille.
Il y avait énormément de monde : un public varié pas exclusivement féminin et de tout âge.
J'avais amené ma "bible" Ecrire la vie à faire dédicacer ( ainsi que des livre pour mes filles et des amies) et j'en ai profité pour lui dire (avec de l'émotion dans la voix) combien ses livres m'avaient apportée.
Son œuvre est une approche socio biographique et elle ne cesse de l'exploiter.
Je n'ai retranscris ici qu'une partie de la rencontre et des questions (la rencontre sera bientôt sur le site de Dialogues)
Q : Qu'est-ce qui a vous permis d'écrire "Mémoire de fille" ?
R : Après avoir écrit "Les années", ce texte a germé ( en 1985 une ou deux pages d'écrites) et ensuite j'ai eu l'impression qu'il fallait absolument que j'écrive ce texte car il y avait comme un trou dans ma vie. Pour moi, la vie et l'écriture s'échangent sans cesse. S'il m'a fallu du temps, ce n'est pas une question de mémoire mais c'est comment écrire quelque chose qui s'est passé il y a presque cinquante ans. Comment écrire et comment rendre ce qu'on a vécu, le sentiment du réel au moment où je l'avais vécu. L'écriture des années m' a permis d'aller vers la dissociation du "je" et du "elle".
Q : En quoi la dissociation vous permet d'aller plus loin dans l'exposition des faits et des actes ?
R : Ca a un effet de dédoublement et d'observer sans aucune complaisance et de mettre fin à tout sentiment. C'est une question de se mettre dans ce corps de l'époque en balayant ce qu'on sait ce qui va arriver.
Q : En ressuscitant cette fille de 58 et sa honte de fille, est-ce qu'avec ce livre vous souhaitiez toucher quelque chose de la condition féminine ?
R : Le titre est "Mémoire de fille" et non Mémoire d'une fille car à l'époque les garçons avaient l'injonction non dite d'être des hommes le plus tôt possible alors que les filles avaient l'injonction de rester vierges jusqu'à leur mariage.
Q : Avec ce livre, vous avez "réintégré" cette fille de 58?
R : Je l'ai ressuscitée ainsi que tous les autres. Ressusciter cette année là, cette fille avec les autres. Les autres nous traversent d'une façon ou d'une autre et ont une influence sur nous.
Un immense merci à Dialogues pour cette rencontre exceptionnelle et marquante !
Il y avait énormément de monde : un public varié pas exclusivement féminin et de tout âge.
J'avais amené ma "bible" Ecrire la vie à faire dédicacer ( ainsi que des livre pour mes filles et des amies) et j'en ai profité pour lui dire (avec de l'émotion dans la voix) combien ses livres m'avaient apportée.
Son œuvre est une approche socio biographique et elle ne cesse de l'exploiter.
Je n'ai retranscris ici qu'une partie de la rencontre et des questions (la rencontre sera bientôt sur le site de Dialogues)
Q : Qu'est-ce qui a vous permis d'écrire "Mémoire de fille" ?
R : Après avoir écrit "Les années", ce texte a germé ( en 1985 une ou deux pages d'écrites) et ensuite j'ai eu l'impression qu'il fallait absolument que j'écrive ce texte car il y avait comme un trou dans ma vie. Pour moi, la vie et l'écriture s'échangent sans cesse. S'il m'a fallu du temps, ce n'est pas une question de mémoire mais c'est comment écrire quelque chose qui s'est passé il y a presque cinquante ans. Comment écrire et comment rendre ce qu'on a vécu, le sentiment du réel au moment où je l'avais vécu. L'écriture des années m' a permis d'aller vers la dissociation du "je" et du "elle".
Q : En quoi la dissociation vous permet d'aller plus loin dans l'exposition des faits et des actes ?
R : Ca a un effet de dédoublement et d'observer sans aucune complaisance et de mettre fin à tout sentiment. C'est une question de se mettre dans ce corps de l'époque en balayant ce qu'on sait ce qui va arriver.
Q : En ressuscitant cette fille de 58 et sa honte de fille, est-ce qu'avec ce livre vous souhaitiez toucher quelque chose de la condition féminine ?
R : Le titre est "Mémoire de fille" et non Mémoire d'une fille car à l'époque les garçons avaient l'injonction non dite d'être des hommes le plus tôt possible alors que les filles avaient l'injonction de rester vierges jusqu'à leur mariage.
Q : Avec ce livre, vous avez "réintégré" cette fille de 58?
R : Je l'ai ressuscitée ainsi que tous les autres. Ressusciter cette année là, cette fille avec les autres. Les autres nous traversent d'une façon ou d'une autre et ont une influence sur nous.
Un immense merci à Dialogues pour cette rencontre exceptionnelle et marquante !
jeudi 30 juin 2016
Marilynne Robinson - Chez nous
Editeur : Babel - Date de parution : Juin 2016 ( 1ère parution : 2009) - Traduit de l'anglais ( Etats-Unis) par Simon Baril - 446 superbes pages !
Glory âgée de trente-huit est revenue à Gilead une petite ville de l'Iowa. Nous somme sdans les années 50 et son père l’ancien révérend presbytérien Bougthon à la retraite est malade. Cadette d’une fratrie de huit enfants, Glory dont la vie sentimentale s’est soldée par la rupture de ses fiançailles est la plus disponible pour s’occuper de leur père. Son frère Jack parti il y a plus de vingt ans refait surface. Ni elle si son père ne savent ce qu’il a fait durant toutes ces années. Enfant rebelle, qui fuguait et volait, et pourtant il a toujours été le fils préféré de son père. Jack rongé par l’alcool a bien du mal à se sentir à l’aise dans la maison familiale. Son père se réjouit de ce retour et pour Glory c’est l’occasion de découvrir ce frère qu’elle connaît peu.
Ce roman donne l’impression d’être dans un huis clos avec ces trois personnages. Le temps semble s’écouler lentement mais il sert à détailler ces petits riens de la vie entre passé et présent. Et également à pénétrer dans l’intimité de chacun des trois personnages. Jack s’est toujours senti coupable de n’être pas à sa place dans cette famille où la religion est importante. Il porte encore ce poids de la culpabilité comme un fardeau et le jugement de son père le freine tout comme la méfiance de leur voisin le révérend Ames. Glory veut l’aider à aller mieux de tout son cœur, de toute son âme. Et Jack peu à peu lui raconte son histoire. Avec son père, il garde cette peur d’être rejeté pour ce qu’il a commis alors que ce dernier l’aime mais s’inquiète pour lui. Car l’amour comme la religion sont omniprésentes dans la maison familiale. Tous les trois essaient, quelquefois maladroitement, mais avec sincérité de communiquer.
Ce roman donne lieu à des réflexions sur la famille, la religion, la rédemption et la réconciliation avec soi-même ou avec les autres. Que ce soit dans les dialogues ou dans la description d’une scène du quotidien, Marilynne Robinson excelle à détailler les relations de ces personnages qui évoluent. Ca résonne, ça interpelle. Tout simplement superbe !
Cette étrange aptitude à se sentir démuni, comme si, par nature, nous devions avoir tellement plus que ce que nous donne la nature. Comme si nous étions effroyablement nus quand nous font défaut les satisfaction de la vie ordinaire. Démuni, ou seul, ou perdu, un être humain est plus indéniablement humain est vulnérable à la générosité, car l'on se dit que les choses devraient autrement, et l'on pense aussi à ce qui manque, à la forme que le soulagement pourrait prendre, à ce qui pourrait apaiser, restaurer l'âme. Afin qu'elle se sente chez elle. Mais l'âme trouve son propre chez soi, si tant qu'elle puisse jamais en avoir un.
Les billets de Jostein, Keisha
Glory âgée de trente-huit est revenue à Gilead une petite ville de l'Iowa. Nous somme sdans les années 50 et son père l’ancien révérend presbytérien Bougthon à la retraite est malade. Cadette d’une fratrie de huit enfants, Glory dont la vie sentimentale s’est soldée par la rupture de ses fiançailles est la plus disponible pour s’occuper de leur père. Son frère Jack parti il y a plus de vingt ans refait surface. Ni elle si son père ne savent ce qu’il a fait durant toutes ces années. Enfant rebelle, qui fuguait et volait, et pourtant il a toujours été le fils préféré de son père. Jack rongé par l’alcool a bien du mal à se sentir à l’aise dans la maison familiale. Son père se réjouit de ce retour et pour Glory c’est l’occasion de découvrir ce frère qu’elle connaît peu.
Ce roman donne l’impression d’être dans un huis clos avec ces trois personnages. Le temps semble s’écouler lentement mais il sert à détailler ces petits riens de la vie entre passé et présent. Et également à pénétrer dans l’intimité de chacun des trois personnages. Jack s’est toujours senti coupable de n’être pas à sa place dans cette famille où la religion est importante. Il porte encore ce poids de la culpabilité comme un fardeau et le jugement de son père le freine tout comme la méfiance de leur voisin le révérend Ames. Glory veut l’aider à aller mieux de tout son cœur, de toute son âme. Et Jack peu à peu lui raconte son histoire. Avec son père, il garde cette peur d’être rejeté pour ce qu’il a commis alors que ce dernier l’aime mais s’inquiète pour lui. Car l’amour comme la religion sont omniprésentes dans la maison familiale. Tous les trois essaient, quelquefois maladroitement, mais avec sincérité de communiquer.
Ce roman donne lieu à des réflexions sur la famille, la religion, la rédemption et la réconciliation avec soi-même ou avec les autres. Que ce soit dans les dialogues ou dans la description d’une scène du quotidien, Marilynne Robinson excelle à détailler les relations de ces personnages qui évoluent. Ca résonne, ça interpelle. Tout simplement superbe !
Cette étrange aptitude à se sentir démuni, comme si, par nature, nous devions avoir tellement plus que ce que nous donne la nature. Comme si nous étions effroyablement nus quand nous font défaut les satisfaction de la vie ordinaire. Démuni, ou seul, ou perdu, un être humain est plus indéniablement humain est vulnérable à la générosité, car l'on se dit que les choses devraient autrement, et l'on pense aussi à ce qui manque, à la forme que le soulagement pourrait prendre, à ce qui pourrait apaiser, restaurer l'âme. Afin qu'elle se sente chez elle. Mais l'âme trouve son propre chez soi, si tant qu'elle puisse jamais en avoir un.
Les billets de Jostein, Keisha
mercredi 29 juin 2016
Kasumiko Murakami - Et puis après
Editeur : Actes Sud - Traduit du japonais par Isabelle Sakaï - Date de parution : Mai 2016 - 100 pages et un texte poignant
Japon, 11 mars 2011. Le sol tremble mais on a l’habitude. Au bord du rivage, les pêcheurs voient la mer reculer au loin. Yasuo sait qu’il ne faut pas rester à terre. Non il faut embraquer sur son bateau et prendre la mer. De retour à terre, Yasuo et les autres pêcheurs découvrent que les habitations sont détruites. De se maison, il ne reste plus rien. Avec sa femme Tokie comme d’autres habitants, ils doivent vivre dans un gymnase où la promiscuité éveille les querelles : "Lorsqu'il était témoin de telles scènes, Yasuo redoutait lui aussi de perdre la raison. Il ne fallait sûrement plus grand chose pour qu'un être normal soit pris de démence". "Yasuo craignait les relations humaines compliquées dans cet espace fermé et inconsciemment il restait sur ses gardes." et Yasuo s’enferme dans une sorte se léthargie.
" A passer des jours dans l'oisiveté à ne savoir que faire, cloîtré dans un espace délimité par des cartons à être exaspéré par l'odeur d'ammoniaque et à dormir dès la mi-journée, il ne savait plus s'il était encore un être humain. Car telle une bête fauve, il se sentait devenir farouche et ces ravages s'aggravaient mais lui-même ignorait comment y remédier". Sa mère est portée disparue, les jours passent et se transforment en mois.
Dans ce texte, Kasumiko Murakami nous décrit ce qui se passe après un tel cataclysme. L’horreur du tsunami et ses morts sont présents mais à travers le personnage de Yasuo, il nous fait vivre le quotidien des rescapés : la culpabilité, l’espoir qui s‘amenuise, le découragement. Comment retrouver après une vie normale même si l’on est vivant car il faut repartir de zéro?
Avec beaucoup de pudeur et retenue, ce texte poignant se termine sur une touche lumineuse.
Dans le cœur de chacun des sinistrés, même longtemps après, le raz de marée noir et terrifiant déferlait, brisant les digues, et même si personne ne voulait en parler, cela restait une réalité. Ce souvenir demeurait ancré au fond du cœur et l’on avait beau essayer de s’en débarrasser, rien ne pouvait l’effacer.
Le billet de Jérôme
Japon, 11 mars 2011. Le sol tremble mais on a l’habitude. Au bord du rivage, les pêcheurs voient la mer reculer au loin. Yasuo sait qu’il ne faut pas rester à terre. Non il faut embraquer sur son bateau et prendre la mer. De retour à terre, Yasuo et les autres pêcheurs découvrent que les habitations sont détruites. De se maison, il ne reste plus rien. Avec sa femme Tokie comme d’autres habitants, ils doivent vivre dans un gymnase où la promiscuité éveille les querelles : "Lorsqu'il était témoin de telles scènes, Yasuo redoutait lui aussi de perdre la raison. Il ne fallait sûrement plus grand chose pour qu'un être normal soit pris de démence". "Yasuo craignait les relations humaines compliquées dans cet espace fermé et inconsciemment il restait sur ses gardes." et Yasuo s’enferme dans une sorte se léthargie.
" A passer des jours dans l'oisiveté à ne savoir que faire, cloîtré dans un espace délimité par des cartons à être exaspéré par l'odeur d'ammoniaque et à dormir dès la mi-journée, il ne savait plus s'il était encore un être humain. Car telle une bête fauve, il se sentait devenir farouche et ces ravages s'aggravaient mais lui-même ignorait comment y remédier". Sa mère est portée disparue, les jours passent et se transforment en mois.
Dans ce texte, Kasumiko Murakami nous décrit ce qui se passe après un tel cataclysme. L’horreur du tsunami et ses morts sont présents mais à travers le personnage de Yasuo, il nous fait vivre le quotidien des rescapés : la culpabilité, l’espoir qui s‘amenuise, le découragement. Comment retrouver après une vie normale même si l’on est vivant car il faut repartir de zéro?
Avec beaucoup de pudeur et retenue, ce texte poignant se termine sur une touche lumineuse.
Dans le cœur de chacun des sinistrés, même longtemps après, le raz de marée noir et terrifiant déferlait, brisant les digues, et même si personne ne voulait en parler, cela restait une réalité. Ce souvenir demeurait ancré au fond du cœur et l’on avait beau essayer de s’en débarrasser, rien ne pouvait l’effacer.
Le billet de Jérôme
mardi 28 juin 2016
Richard Morgiève - Un petit homme de dos
Éditeur : Joëlle Losfeld - Date de parution : 2006 ( date de première parution : 1995) - 249 pages et une très belle découverte !
Février 1942, Stéphane Eugerwicz arrive en France et plus précisément en Ardèche. Ce petit polonais d’1m68 débarque fait la connaissance d’Andrée. Jeune veuve et mère d’un petit garçon, elle tombe sous le charme de Stéphane. Pourtant, il n’est pas spécialement beau plutôt d’un genre quelconque. Mais voilà, elle l’aime d'un amour inconditionnel. Concernant son passé, il varie les versions : traducteur, commerçant. Personne ne sait vraiment mais Stéphane très vite se lance dans des occupations lucratives. Avec un cercle d’amis restreint, il fait du marché noir. Il s’enrichit et il voit grand. Il profite de toutes les situations et retourne sa veste quand il le faut. Andrée découvre les fêtes où Stéphane dépense sans compter car rien n’est trop pour elle ni pour leurs enfants. Politique de l’autruche sur les activités de son mari? Peut-être. Mais qu’il soit pauvre ou riche, son amour pour lui est immense. Sauf que la pauvreté dans laquelle ils tombent, Stéphane ne la supporte pas.
L’auteur est le fils de ce couple et utilise le personnage de Mietta pour raconter cette histoire. Stéphane Eugerwicz est un menteur, un arriviste, un profiteur mais on ne peut pas s’empêcher d’éprouver une forme de sympathie pour lui. Car derrière les apparences, c’est un homme aimant sa famille et généreux.
Dans une écriture unique, un mélange de verve piquante (quand il parle des fêtes sur fond de jazz, c’est dansant et entraînant), de poésie mais aussi de pudeur, Richard Morgiève nous décrit cette histoire d’amour unique malgré l’alcool, les dettes, la maladie de sa mère et la dépression.
Une vie comme des montagnes russes avec ses hauts et ses bas. Et dans toutes les dernières pages, il s’autorise enfin à parler en tant que fils.
Dans ce roman, il rend hommage à son père et il nous parle également d’amour fou. C'est tendre , pas forcément politiquement correct et avec une folie passionnée, extravagante mais Richard Morgiève nous fait sourire, nous serre la gorge et nous bouleverse.
Une très belle découverte !
Chaque soir la java du noir c'était bien plus que des repas d'affaires, bien plus que des noubas, c'était les premiers vrais éclats de rire depuis 1939, c'était les premiers disque de jazz, c'était la certitude pour tous que le printemps allait apporter la paix. Chaque matin mon père enfilait sa blouse grise et jouait à l'épicier. Il collait des étiquettes de château-margaux sur des bouteilles de picrate, mouillait le lait, appelait pur beurre tout ce qui avait une vague couleur jaune et à en croire la publicité qu'il susurrait en souriant dans son béret, son cochon était tout cochon alors qu'il était moitié chèvre moitié on ne sait trop quoi d'inavouable. Bref le jour mon père faisait comme tous les autres épiciers de France, il arnaquait huit heures durant pour quelques dizaines de francs. Mais il y avait une différence essentielle entre mon père et la plupart des autres épiciers de France, lui se remplissait outrageusement les poches pendant que ses confrères dormaient, et donc le matin venu, lesté de plusieurs centaines de milliers de francs, il pouvait sourire à sa clientèle avant de lui avoir volé le moindre sou.
Février 1942, Stéphane Eugerwicz arrive en France et plus précisément en Ardèche. Ce petit polonais d’1m68 débarque fait la connaissance d’Andrée. Jeune veuve et mère d’un petit garçon, elle tombe sous le charme de Stéphane. Pourtant, il n’est pas spécialement beau plutôt d’un genre quelconque. Mais voilà, elle l’aime d'un amour inconditionnel. Concernant son passé, il varie les versions : traducteur, commerçant. Personne ne sait vraiment mais Stéphane très vite se lance dans des occupations lucratives. Avec un cercle d’amis restreint, il fait du marché noir. Il s’enrichit et il voit grand. Il profite de toutes les situations et retourne sa veste quand il le faut. Andrée découvre les fêtes où Stéphane dépense sans compter car rien n’est trop pour elle ni pour leurs enfants. Politique de l’autruche sur les activités de son mari? Peut-être. Mais qu’il soit pauvre ou riche, son amour pour lui est immense. Sauf que la pauvreté dans laquelle ils tombent, Stéphane ne la supporte pas.
L’auteur est le fils de ce couple et utilise le personnage de Mietta pour raconter cette histoire. Stéphane Eugerwicz est un menteur, un arriviste, un profiteur mais on ne peut pas s’empêcher d’éprouver une forme de sympathie pour lui. Car derrière les apparences, c’est un homme aimant sa famille et généreux.
Dans une écriture unique, un mélange de verve piquante (quand il parle des fêtes sur fond de jazz, c’est dansant et entraînant), de poésie mais aussi de pudeur, Richard Morgiève nous décrit cette histoire d’amour unique malgré l’alcool, les dettes, la maladie de sa mère et la dépression.
Une vie comme des montagnes russes avec ses hauts et ses bas. Et dans toutes les dernières pages, il s’autorise enfin à parler en tant que fils.
Dans ce roman, il rend hommage à son père et il nous parle également d’amour fou. C'est tendre , pas forcément politiquement correct et avec une folie passionnée, extravagante mais Richard Morgiève nous fait sourire, nous serre la gorge et nous bouleverse.
Une très belle découverte !
Chaque soir la java du noir c'était bien plus que des repas d'affaires, bien plus que des noubas, c'était les premiers vrais éclats de rire depuis 1939, c'était les premiers disque de jazz, c'était la certitude pour tous que le printemps allait apporter la paix. Chaque matin mon père enfilait sa blouse grise et jouait à l'épicier. Il collait des étiquettes de château-margaux sur des bouteilles de picrate, mouillait le lait, appelait pur beurre tout ce qui avait une vague couleur jaune et à en croire la publicité qu'il susurrait en souriant dans son béret, son cochon était tout cochon alors qu'il était moitié chèvre moitié on ne sait trop quoi d'inavouable. Bref le jour mon père faisait comme tous les autres épiciers de France, il arnaquait huit heures durant pour quelques dizaines de francs. Mais il y avait une différence essentielle entre mon père et la plupart des autres épiciers de France, lui se remplissait outrageusement les poches pendant que ses confrères dormaient, et donc le matin venu, lesté de plusieurs centaines de milliers de francs, il pouvait sourire à sa clientèle avant de lui avoir volé le moindre sou.
vendredi 24 juin 2016
Gaëlle Josse - L'ombre de nos nuits
Éditeur : Les Éditions Noir sur Blanc - Date de parution : Janvier 2016 - 196 pages de toute beauté !
Lorraine, Lunéville. Début 1639, le peintre Georges de la Tour s’attelle à un nouveau tableau. Son travail est reconnu dans le pays mais il destine cette nouvelle œuvre au roi de France. Deux apprentis l’aident : son propre fils peu doué et un orphelin qu’il a recueilli. Ce dernier observe les techniques du Maître et possède déjà du talent. Le tableau représente Saint Sébastien une flèche dans la cuisse soigné par Irène. Dans le clair-obscur de la pièce, son visage se dessine : calme, empreint de douceur et d’amour. Son modèle est sa fille Claude âgée de quinze ans, Son père lui demande pour la pose de penser à ce qui lui est plus cher. Le peintre travaille dans un atelier sombre dont seule la lumière du feu offre un peu de lumière.
2014 pour s'abriter de la pluie, la narratrice entre dans le musée de Rouen et observe admirative ce tableau qui la renvoie à des souvenirs proches. Son amour pour un homme et comment elle s’en est libérée.
Le roman alterne les deux histoires : la genèse du tableau et celui de l'ampou de cette femme. Gaëlle Josse nous fait revivre la création de ce tableau, la quête voulue par Georges de La Tour d’exprimer au plus juste par son pinceau les sentiments et l’histoire d’amour toxique de la jeune femme " je m'effaçais derrière les mots des autres, comme je me suis effacée pour toi dans ma propre vie".
Avec une écriture ciselée, subtile et tout en nuances où chaque mot est pesé, on est "littéralement" dans ces deux récits. Gaëlle Josse nous livre les pensées les plus intimes des personnages que le tableau relie.
Amour du peintre pour son art et pour sa famille mais également ses angoisses, l'amour du jeune apprenti pour Claude dont le coeur bat pour un autre. Et le deuil de l’amour de la narratrice.
Il y a une finesse incroyable, une sensibilité et une sobriété qui nous imprègnent et nous fait vibrer profondément. Pour mieux savourer ce roman, j'ai pris mon temps et je me suis glissée dans ces deux histoires. C'est tout simplement très, très beau !
On ne sait pas ce qu'on est capable de donner, ni tout l'amour que l'on porte au fond de soi, tant que personne ne vous donne envie d'aller le chercher.
Sur ce blog : Le dernier gardien d'Ellis Island - Les heures silencieuses -Noces de neige - Nos vies désaccordées
Lorraine, Lunéville. Début 1639, le peintre Georges de la Tour s’attelle à un nouveau tableau. Son travail est reconnu dans le pays mais il destine cette nouvelle œuvre au roi de France. Deux apprentis l’aident : son propre fils peu doué et un orphelin qu’il a recueilli. Ce dernier observe les techniques du Maître et possède déjà du talent. Le tableau représente Saint Sébastien une flèche dans la cuisse soigné par Irène. Dans le clair-obscur de la pièce, son visage se dessine : calme, empreint de douceur et d’amour. Son modèle est sa fille Claude âgée de quinze ans, Son père lui demande pour la pose de penser à ce qui lui est plus cher. Le peintre travaille dans un atelier sombre dont seule la lumière du feu offre un peu de lumière.
2014 pour s'abriter de la pluie, la narratrice entre dans le musée de Rouen et observe admirative ce tableau qui la renvoie à des souvenirs proches. Son amour pour un homme et comment elle s’en est libérée.
Le roman alterne les deux histoires : la genèse du tableau et celui de l'ampou de cette femme. Gaëlle Josse nous fait revivre la création de ce tableau, la quête voulue par Georges de La Tour d’exprimer au plus juste par son pinceau les sentiments et l’histoire d’amour toxique de la jeune femme " je m'effaçais derrière les mots des autres, comme je me suis effacée pour toi dans ma propre vie".
Avec une écriture ciselée, subtile et tout en nuances où chaque mot est pesé, on est "littéralement" dans ces deux récits. Gaëlle Josse nous livre les pensées les plus intimes des personnages que le tableau relie.
Amour du peintre pour son art et pour sa famille mais également ses angoisses, l'amour du jeune apprenti pour Claude dont le coeur bat pour un autre. Et le deuil de l’amour de la narratrice.
Il y a une finesse incroyable, une sensibilité et une sobriété qui nous imprègnent et nous fait vibrer profondément. Pour mieux savourer ce roman, j'ai pris mon temps et je me suis glissée dans ces deux histoires. C'est tout simplement très, très beau !
On ne sait pas ce qu'on est capable de donner, ni tout l'amour que l'on porte au fond de soi, tant que personne ne vous donne envie d'aller le chercher.
Sur ce blog : Le dernier gardien d'Ellis Island - Les heures silencieuses -Noces de neige - Nos vies désaccordées
jeudi 23 juin 2016
Charlotte Perkins Gilman - La Séquestrée
Editeur : Libretto - Traduit de l'américain et postfacé par Diane de Margerie - Date de parution : 2008 - 97 pages à lire!
La narratrice et son mari médecin s’installent durant l’été dans une vielle maison en attendant que les travaux de leur future demeure soient achevés. Souffrant d’une dépression post-partum, son mari lui interdit tout effort, toute sortie ou tout création artistique (entendez par là écrire) pour son bien. Il lui faut dormir, se reposer et manger . Elle occupe l’ancienne nurserie dont papier jaune l’obnubile et la fascine. Ses pensées sont accaparées par les motifs et elle en vient à imaginer des personnages dont une femme qui rampe et cherche à s’échapper. Le papier peint devient le miroir de sa condition. Elle commence à douter de son mari, de ses soi-disant bonnes attentions (n’est-elle pas enfermée ?) et tombe dans la spirale de la folie.
Ce court roman est glaçant et il est suivi d’une postface brillante et très intéressante rédigée par Diane de Margerie qui nous éclaire sur la vie de Charlotte Perkins Gilman. Elle-même a connu cette forme d’enferment sur ordre médical en 1887.
Au XIXe siècle aux Etats-Unis, les femmes étaient considérées comme des personnes dont seuls les hommes pouvaient décider pour elles ce qui était bien. Diane de Margerie nous éclaire sur ce ce qu’on attendait d’une femme : le mariage , les enfants et rien d’autre. Si elles entraient en résistance, la pression sociale se chargeaient de les rentrer dans le droit chemin.Nombre d’entre elles qui étaient habitées par l’envie d’écrire, d’être publiées voyant leurs rêves s’évanouir et soufraient de ce fait de neurasthénie. Un état traité par des « cures de repos » c’est-à-dire un enfermement.
La liberté de la femme (exister sans être réduite à un rôle d’épouse et de mère car la médecine obscurantiste jugeait toute activité créatrice comme dangereuse pour les femmes) était une chimère.
Un livre essentiel, fondamental et marquant !
Enfin j’ai fait une découverte. A force de guetter les métamorphoses du papier au cours de la nuit, j’ai enfin compris. Le motif du premier plan bouge vraiment – et ce n’est pas étonnant : la femme qui se cache derrière le secoue ! Parfois, il me semble que plusieurs femmes se dissimulent derrière le motif, et parfois qu’une seule y rampe en rond, à toute allure, et qu’à force de ramper à une telle vitesse le papier peint en est tout agité de secousses !
Ce livre fait partie de la bibliothèque idéale d'Arnaud (Dialogues).
La narratrice et son mari médecin s’installent durant l’été dans une vielle maison en attendant que les travaux de leur future demeure soient achevés. Souffrant d’une dépression post-partum, son mari lui interdit tout effort, toute sortie ou tout création artistique (entendez par là écrire) pour son bien. Il lui faut dormir, se reposer et manger . Elle occupe l’ancienne nurserie dont papier jaune l’obnubile et la fascine. Ses pensées sont accaparées par les motifs et elle en vient à imaginer des personnages dont une femme qui rampe et cherche à s’échapper. Le papier peint devient le miroir de sa condition. Elle commence à douter de son mari, de ses soi-disant bonnes attentions (n’est-elle pas enfermée ?) et tombe dans la spirale de la folie.
Ce court roman est glaçant et il est suivi d’une postface brillante et très intéressante rédigée par Diane de Margerie qui nous éclaire sur la vie de Charlotte Perkins Gilman. Elle-même a connu cette forme d’enferment sur ordre médical en 1887.
Au XIXe siècle aux Etats-Unis, les femmes étaient considérées comme des personnes dont seuls les hommes pouvaient décider pour elles ce qui était bien. Diane de Margerie nous éclaire sur ce ce qu’on attendait d’une femme : le mariage , les enfants et rien d’autre. Si elles entraient en résistance, la pression sociale se chargeaient de les rentrer dans le droit chemin.Nombre d’entre elles qui étaient habitées par l’envie d’écrire, d’être publiées voyant leurs rêves s’évanouir et soufraient de ce fait de neurasthénie. Un état traité par des « cures de repos » c’est-à-dire un enfermement.
La liberté de la femme (exister sans être réduite à un rôle d’épouse et de mère car la médecine obscurantiste jugeait toute activité créatrice comme dangereuse pour les femmes) était une chimère.
Un livre essentiel, fondamental et marquant !
Enfin j’ai fait une découverte. A force de guetter les métamorphoses du papier au cours de la nuit, j’ai enfin compris. Le motif du premier plan bouge vraiment – et ce n’est pas étonnant : la femme qui se cache derrière le secoue ! Parfois, il me semble que plusieurs femmes se dissimulent derrière le motif, et parfois qu’une seule y rampe en rond, à toute allure, et qu’à force de ramper à une telle vitesse le papier peint en est tout agité de secousses !
Ce livre fait partie de la bibliothèque idéale d'Arnaud (Dialogues).
mardi 21 juin 2016
Katherine Mosby - Sanctuaires ardents
Éditeur : La Table Ronde - Traduit superbement de l'anglais (Etats-unis) par Cécile Arnaud - Date de parution Avril 2016 (Date de première parution : 2010) - 379 pages de bonheur !
Si vous cherchez un livre avec des personnages à la psychologie détaillée, un contexte social et historique bien ancré et le tout admirablement traduit avec un style limpide et riche, ce roman est pour vous.
Vienna une jeune femme cultivée originaire de new-York et qui a beaucoup a voyagé s’installe dans la petite ville de Winsville en Virginie avec son mari Willard Daniels. Leur arrivée suscite beaucoup d’émois et de questions car Vienna est belle, fortunée, elle aime le latin et le grec, passe des heures sur des traductions et écoute de la musique classique. Son mari lui demande de s’intégrer à la communauté c’est-à-dire prendre le thé avec ces dames, ne pas rétablir la vérité lors d’un dîner lorsque quelqu’un se trompe par ignorance. Mais Vienna n’en a cure de ces convenances et des qu'en-dira-t-on. On la dit folle mais elle est simplement originale et libre, en phase aves ses pensées et ses convictions.
Son mari la quitte du jour au lendemain et elle se retrouve seule avec ses deux enfants Willa et Elliott. Ce dernier très sensible est proche des animaux tandis que Willa est rebelle et est éprise de liberté comme sa mère. Ils passent beaucoup de temps à s’occuper par eux-mêmes loin de Vienna. Mais ce sont deux enfants instruits par leur mère.
Dans ce Sud où la ségrégation est toujours en vigueur, Vienna est comme une ombre au tableau. Elle n'a que faire de la religion et n'a pas peur d'affirmer ses différences (comme son amour de la nature et des arbres) quitte à être isolée. Les ragots sur ses origines (son prénom laisse dire à certains qu’elle aurait du sang royal), sur le fait qu’elle soit instruite et l’éducation de ses enfants dérange. Et pourtant Vienna est foncièrement bonne, intègre et aimante. Mais la vie ne sera pas tendre avec elle.
Voilà un roman qu’on a du mal à quitter tant on s’y attache! Car Katherine Mosby excelle dans ce portrait de femme qui assume ses choix. A travers ce livre, elle nous décrit également le contexte de cette époque, les failles et les bassesses humaines mais aussi la bonté, la plénitude. Que ce soit les descriptions des personnages, de leurs sentiments, de la nature également, tout est superbe! L’ensemble est porté par une écriture fluide, lumineuse. Magnifique !
-Elle n'est pas folle , Willard. Elle est cultivée. Il est parfois difficile de faire la différence, c'est tout.
Il ne lui vint jamais à l'esprit qu'elle mentait à ses enfants à propos des pérégrinations des occupations de leur père. Les histoires qu'elle racontait contenaient une probité fondamentale en ce qu'elles représentaient correctement les grands traits de la situation – Willard était en vie, Willard était au loin, et Willard n'était pas en mesure de rentrer. Pour le reste, Vienna ne voyait pas de mal à embellir ou à déformer les détails. Elles se contentait d'interpréter la vérité et de la rendre poétique, lyrique, savoureuse et instructive. En cela, elle pensait faire honneur à la maxime d'Aristote selon laquelle la fonction du poète n'est pas de raconter ce qui s'est passé mais ce qui pourrait se passer, de préférer ce qui devrait être à ce qui est. Elle suivait l'injonction du philosophe pour révéler des vérités universelles plutôt que particulières.
En plus, elle aimait les Nègres et elle fumait des cigarettes. Voilà ce qui arrive, disait-on, quand on lit trop de livres : ça ramollit le cerveau.
Si vous cherchez un livre avec des personnages à la psychologie détaillée, un contexte social et historique bien ancré et le tout admirablement traduit avec un style limpide et riche, ce roman est pour vous.
Vienna une jeune femme cultivée originaire de new-York et qui a beaucoup a voyagé s’installe dans la petite ville de Winsville en Virginie avec son mari Willard Daniels. Leur arrivée suscite beaucoup d’émois et de questions car Vienna est belle, fortunée, elle aime le latin et le grec, passe des heures sur des traductions et écoute de la musique classique. Son mari lui demande de s’intégrer à la communauté c’est-à-dire prendre le thé avec ces dames, ne pas rétablir la vérité lors d’un dîner lorsque quelqu’un se trompe par ignorance. Mais Vienna n’en a cure de ces convenances et des qu'en-dira-t-on. On la dit folle mais elle est simplement originale et libre, en phase aves ses pensées et ses convictions.
Son mari la quitte du jour au lendemain et elle se retrouve seule avec ses deux enfants Willa et Elliott. Ce dernier très sensible est proche des animaux tandis que Willa est rebelle et est éprise de liberté comme sa mère. Ils passent beaucoup de temps à s’occuper par eux-mêmes loin de Vienna. Mais ce sont deux enfants instruits par leur mère.
Dans ce Sud où la ségrégation est toujours en vigueur, Vienna est comme une ombre au tableau. Elle n'a que faire de la religion et n'a pas peur d'affirmer ses différences (comme son amour de la nature et des arbres) quitte à être isolée. Les ragots sur ses origines (son prénom laisse dire à certains qu’elle aurait du sang royal), sur le fait qu’elle soit instruite et l’éducation de ses enfants dérange. Et pourtant Vienna est foncièrement bonne, intègre et aimante. Mais la vie ne sera pas tendre avec elle.
Voilà un roman qu’on a du mal à quitter tant on s’y attache! Car Katherine Mosby excelle dans ce portrait de femme qui assume ses choix. A travers ce livre, elle nous décrit également le contexte de cette époque, les failles et les bassesses humaines mais aussi la bonté, la plénitude. Que ce soit les descriptions des personnages, de leurs sentiments, de la nature également, tout est superbe! L’ensemble est porté par une écriture fluide, lumineuse. Magnifique !
-Elle n'est pas folle , Willard. Elle est cultivée. Il est parfois difficile de faire la différence, c'est tout.
Il ne lui vint jamais à l'esprit qu'elle mentait à ses enfants à propos des pérégrinations des occupations de leur père. Les histoires qu'elle racontait contenaient une probité fondamentale en ce qu'elles représentaient correctement les grands traits de la situation – Willard était en vie, Willard était au loin, et Willard n'était pas en mesure de rentrer. Pour le reste, Vienna ne voyait pas de mal à embellir ou à déformer les détails. Elles se contentait d'interpréter la vérité et de la rendre poétique, lyrique, savoureuse et instructive. En cela, elle pensait faire honneur à la maxime d'Aristote selon laquelle la fonction du poète n'est pas de raconter ce qui s'est passé mais ce qui pourrait se passer, de préférer ce qui devrait être à ce qui est. Elle suivait l'injonction du philosophe pour révéler des vérités universelles plutôt que particulières.
En plus, elle aimait les Nègres et elle fumait des cigarettes. Voilà ce qui arrive, disait-on, quand on lit trop de livres : ça ramollit le cerveau.
lundi 20 juin 2016
H. J. Lim - Le son du silence
Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Février 2016 - 182 pages d'humilité, de sagesse et de force.
H. J. Lim : ce nom m’était inconnue avant ce livre car je n’écoute pas de musique classique. Mais l’on peut avoir dans les oreilles Bashung, Miossec et de la bonne pop anglaise (comme dans mon cas) et aimer ce livre !
Cette jeune virtuose du piano a quitté son pays la Corée du Sud pour venir étudier en France à l’âge de douze ans. Loin de ses parents, de sa mère avec qui elle est très proche, ne parlant pas un seul mot de français, habitée par sa passion, son parcours n’est pas celui d’un tapis rouge qui se déroule à ses pieds.
Talentueuse, travailleuse, elle ne baisse jamais les bras que ce soit pour étudier une sonate contre l’avis d’un professeur la jugeant trop jeune, pour lever les barrages administratifs ou pour vivre dans un garage en banlieue parisien avec son piano.
Son parcours en France débute à Compiègne, puis à Rouen et enfin il y a Paris et son Conservatoire national de musique auquel elle est admise à seize ans et déclarée émancipée par le tribunal d’instance. Elle doit tout gérer : son travail, ses études et le quotidien d’une adulte.
Ce récit introspectif nous donne une autre vison de la musique " Qu’est ce que la musique ? N’est–elle pas une communication d’âme à âme ? Retrouver la musique dans son état originel, c’est ce que que je désire, que je cherche », « Jouer, ce n’est pas rendre à la perfection l’exactitude des notes. C’est beaucoup plus que cela. » car H. J. Lim veut jouer à sa façon avec son coeur et son âme. " L'exaltation que je ressentais alors à travers la musique, je ne savais pas la tenir, et là où je voyais une faiblesse, j'apprends au Conservatoire à en faire une force.Je ne crois pas à la retenue en musique. "
Mais il nous permet également de comprendre sa vision de la vie, de l’existence , sa soif de liberté, sa " sagesse intérieure " acquise avec principes bouddhistes. H. J. Lim rencontrera des personnes bienveillantes en France qui l’aideront mais sa force intérieure, sa maturité auront été primordiales.
Humilité, communication de l’âme et de la musique, ce livre est éclairé par la luminosité intérieure d’ H. J. Lim . Et c’est beau, très beau.
La beauté est superficielle, elle ne dure pas. C’est une chose que je sais depuis longtemps. Que le corps n’est qu’un véhicule, et que l’on emporte rien dans la mort ; qu’il est plus intelligent et plus juste de cultiver et de nourrir cette beauté essentielle en soi, invisible et subtile.
Merci à Delphine (Dialogues) de m'avoir parlée de ce livre !
H. J. Lim : ce nom m’était inconnue avant ce livre car je n’écoute pas de musique classique. Mais l’on peut avoir dans les oreilles Bashung, Miossec et de la bonne pop anglaise (comme dans mon cas) et aimer ce livre !
Cette jeune virtuose du piano a quitté son pays la Corée du Sud pour venir étudier en France à l’âge de douze ans. Loin de ses parents, de sa mère avec qui elle est très proche, ne parlant pas un seul mot de français, habitée par sa passion, son parcours n’est pas celui d’un tapis rouge qui se déroule à ses pieds.
Talentueuse, travailleuse, elle ne baisse jamais les bras que ce soit pour étudier une sonate contre l’avis d’un professeur la jugeant trop jeune, pour lever les barrages administratifs ou pour vivre dans un garage en banlieue parisien avec son piano.
Son parcours en France débute à Compiègne, puis à Rouen et enfin il y a Paris et son Conservatoire national de musique auquel elle est admise à seize ans et déclarée émancipée par le tribunal d’instance. Elle doit tout gérer : son travail, ses études et le quotidien d’une adulte.
Ce récit introspectif nous donne une autre vison de la musique " Qu’est ce que la musique ? N’est–elle pas une communication d’âme à âme ? Retrouver la musique dans son état originel, c’est ce que que je désire, que je cherche », « Jouer, ce n’est pas rendre à la perfection l’exactitude des notes. C’est beaucoup plus que cela. » car H. J. Lim veut jouer à sa façon avec son coeur et son âme. " L'exaltation que je ressentais alors à travers la musique, je ne savais pas la tenir, et là où je voyais une faiblesse, j'apprends au Conservatoire à en faire une force.Je ne crois pas à la retenue en musique. "
Mais il nous permet également de comprendre sa vision de la vie, de l’existence , sa soif de liberté, sa " sagesse intérieure " acquise avec principes bouddhistes. H. J. Lim rencontrera des personnes bienveillantes en France qui l’aideront mais sa force intérieure, sa maturité auront été primordiales.
Humilité, communication de l’âme et de la musique, ce livre est éclairé par la luminosité intérieure d’ H. J. Lim . Et c’est beau, très beau.
La beauté est superficielle, elle ne dure pas. C’est une chose que je sais depuis longtemps. Que le corps n’est qu’un véhicule, et que l’on emporte rien dans la mort ; qu’il est plus intelligent et plus juste de cultiver et de nourrir cette beauté essentielle en soi, invisible et subtile.
Merci à Delphine (Dialogues) de m'avoir parlée de ce livre !
samedi 18 juin 2016
Nicolas Robin - Roland est mort
Éditeur : Anne Carrière - Date de parution : mars 2016 - 183 pages drôles, originales et sensibles !
Le narrateur apprend par la concierge que son voisin de palier est mort. C’est vrai qu’il n’entendait plus Mireille Mathieu (dont Roland était un fan absolu) depuis une semaine mais il se s’était pas inquiété. Roman était un voisin avec qui il n’avait jamais échangé un bonjour ou un au revoir. Quarantenaire, infographiste au chômage, largué par la femme qu’il aimait, adepte de films pornos et de campari, ses sorties se résument à Pôle emploi, au bar du coin et au supermarché pour les courses d’un célibataire qui mange mal et gras.
Roland a été retrouvé la tête dans la gamelle de son caniche Mireille et les pompiers venus défoncer la porte confie l’animal au narrateur. Il n’en veut pas, personne n’en veut d’ailleurs. Voilà comment Roland s’introduit pour ainsi dire dans sa vie. Pas d’encart dans le rubrique nécrologique du journal, pas de famille, pas d’amis. Et le narrateur hérite en plus de Mireille de l’urne contenant les cendres du défunt.
Avec une écriture directe, mêlant ironie, constatations très justes et sensibilité, Nicolas Robin arrive à nous faire sourire, rire et à nous émouvoir sur un thème difficile : peut-on mourir seul de nos jours dans l’indifférence la plus grande ? Pas de pathos ou de bons sentiments mais une introspection du narrateur entre autodérision, cynisme et appréhension qui fait mouche.
Un livre OVNI loin des sentiers battus avec un narrateur anti-héros grassouillet peu sympathique. Et même si "la mort d'un inconnu n'est pas un évènement bouleversant, sinon on pleurerait toutes les trois secondes. Roland ne me (lui)manque pas", sa vision de la vie va en être modifiée.
Un livre inclassable par son originalité, sa fantaisie décalée et par les émotions qui surgissent au coin d’une phrase !
Un grand merci à Julien (Dialogues) pour ce conseil de lecture.
Roland est mort depuis une semaine dans l'indifférence générale. Il n'avait plus de famille, même pas une cousine alcoolique, venue lui réclamer une petite Suze, une cousine squelettique qui noie sa détresse dans un verre de cantine. Il n'avait même pas un ami venu lui confier ses problèmes de fric, ses problèmes de fesses, ses problèmes en général, qui donnent envie de taper sur la table en disant " La vie c'était mieux sous Mitterrand!". Personne n'est venu frapper à sa porte, même pas un voisin pour lui demander s'il allait bien, s'il avait besoin d'une soupe instantanée ou d'un cachet d'aspirine, s'il avait envie de jouer à la belote ou au rami. Roland est mort dans la plus grande solitude. Il ne laisse aucun contact, aucun ami. il n'avait pas de vie sociale. il n'avait qu'un caniche.
Trente minutes d'attente. C'est le temps suffisant pour entrer entrer en contact avec des végétaux en plastique. A Pôle emploi, il y a des plantes artificielles s'épanche , on lui raconte sa vie. Le bégonia en plastique devient substitut de psy.(..) On vouvoie le bégonia. On le respecte. Il est la première étape, juste avant de rencontrer un conseiller de Pôle emploi.
Quand la solitude prend racine, elle est plus tenace qu'un chiendent.
Le narrateur apprend par la concierge que son voisin de palier est mort. C’est vrai qu’il n’entendait plus Mireille Mathieu (dont Roland était un fan absolu) depuis une semaine mais il se s’était pas inquiété. Roman était un voisin avec qui il n’avait jamais échangé un bonjour ou un au revoir. Quarantenaire, infographiste au chômage, largué par la femme qu’il aimait, adepte de films pornos et de campari, ses sorties se résument à Pôle emploi, au bar du coin et au supermarché pour les courses d’un célibataire qui mange mal et gras.
Roland a été retrouvé la tête dans la gamelle de son caniche Mireille et les pompiers venus défoncer la porte confie l’animal au narrateur. Il n’en veut pas, personne n’en veut d’ailleurs. Voilà comment Roland s’introduit pour ainsi dire dans sa vie. Pas d’encart dans le rubrique nécrologique du journal, pas de famille, pas d’amis. Et le narrateur hérite en plus de Mireille de l’urne contenant les cendres du défunt.
Avec une écriture directe, mêlant ironie, constatations très justes et sensibilité, Nicolas Robin arrive à nous faire sourire, rire et à nous émouvoir sur un thème difficile : peut-on mourir seul de nos jours dans l’indifférence la plus grande ? Pas de pathos ou de bons sentiments mais une introspection du narrateur entre autodérision, cynisme et appréhension qui fait mouche.
Un livre OVNI loin des sentiers battus avec un narrateur anti-héros grassouillet peu sympathique. Et même si "la mort d'un inconnu n'est pas un évènement bouleversant, sinon on pleurerait toutes les trois secondes. Roland ne me (lui)manque pas", sa vision de la vie va en être modifiée.
Un livre inclassable par son originalité, sa fantaisie décalée et par les émotions qui surgissent au coin d’une phrase !
Un grand merci à Julien (Dialogues) pour ce conseil de lecture.
Roland est mort depuis une semaine dans l'indifférence générale. Il n'avait plus de famille, même pas une cousine alcoolique, venue lui réclamer une petite Suze, une cousine squelettique qui noie sa détresse dans un verre de cantine. Il n'avait même pas un ami venu lui confier ses problèmes de fric, ses problèmes de fesses, ses problèmes en général, qui donnent envie de taper sur la table en disant " La vie c'était mieux sous Mitterrand!". Personne n'est venu frapper à sa porte, même pas un voisin pour lui demander s'il allait bien, s'il avait besoin d'une soupe instantanée ou d'un cachet d'aspirine, s'il avait envie de jouer à la belote ou au rami. Roland est mort dans la plus grande solitude. Il ne laisse aucun contact, aucun ami. il n'avait pas de vie sociale. il n'avait qu'un caniche.
Trente minutes d'attente. C'est le temps suffisant pour entrer entrer en contact avec des végétaux en plastique. A Pôle emploi, il y a des plantes artificielles s'épanche , on lui raconte sa vie. Le bégonia en plastique devient substitut de psy.(..) On vouvoie le bégonia. On le respecte. Il est la première étape, juste avant de rencontrer un conseiller de Pôle emploi.
Quand la solitude prend racine, elle est plus tenace qu'un chiendent.
Inscription à :
Articles (Atom)





















