Editeur : Seuil - Date de parution : Août 2016 - 171 pages d'émotions très, très fortes et plus qu'un coup de cœur.
Ce que j'avais écrit octroierait à la maison une présence éternelle.
C'était le seul livre que je voulais écrire. Il n'en avait pas d’autre à ce point nécessaire.
Et puis, il y a eu la journée du mercredi 7 janvier. En quelques minutes, tout a été pulvérisé.
J'ai voulu croire, au cours des jours qui ont suivi, que je pourrais continuer à écrire sur la maison.
Il m'a fallu plusieurs semaines pour comprendre que mon projet ne tenait plus face à ce qui s'était passé. Plus grand-chose ne tenait, à vrai dire. Quelque chose c'était désagrégé pour toujours : depuis le 7 janvier, j'ai perdu le sentiment jusque-là évident d'une ligne de démarcation nette, étanche, entre l'intérieur et l'extérieur. Depuis le 7 janvier, tout est devenu poreux, l’effondrement s'est infiltré jusque sous ma peau. Le monde m’est rentré sous la peau.
Perdre notre maison de Nice, son histoire, ma mémoire – et l’écrire : le sentiment de nécessité ne tenait plus. C'est la première fois que la sensation de dissolution du monde outrepasse celle de mon monde intime. C'est la première fois qu'écrire sur le dehors s’impose, renversant mon écriture. Comment écrire sur la maison de mon enfance, après ça ?
Alors qu’elle a commencé à écrire un livre sur la maison familiale de ses grands-parents qui représente beaucoup pour elle "je ne saurais dire quand la maison a cessé d’être un simple lieu pour moi, à quel moment elle est devenue un corps. (…) Ses fondations sont devenues une part de mon ossature. J’y ai construit mon espace de sécurité intérieure", Laurence Tardieu est confrontée comme nous tous aux attentats de janvier 2015. Enceinte, elle habite non loin de l'attaque parisienne du 9 janvier. Il y a la peur pour ses filles, les pensées qui sans arrêt tournent en boucle sur l’innommable (avec ce besoin d’entendre une voix rassurante) et "cette sensation qu’une partie de mon corps avait été pris, lui aussi, dans les attentats."
Le temps s'écoule et sa famille lui conseille d’aller de l’avant, "de se projeter vers l’avenir" car la maison sera vendue, car désormais pour la plupart des gens la vie a repris son cours. Mais "perdre la maison, ce n'était pas seulement perdre le lieu où j'avais des souvenirs heureux, des racines, à présent. C'est également perdre l'unique élément de ma vie qui m'offrait le réconfort de la permanence." Elle oscille, balance en permanence entre ses sentiments engendrés par la perte imminente de la maison, de fissuration du monde extérieur et de son intimité "ce qui se passait en dehors de moi pouvait se distordre jusqu'à envahir mon espace intime et l'envahir".
Suivront les attentats de novembre "La peur était entrée dans ma vie, et l’imprévisible, et le sentiment du désordre du monde, de son unité perdue." Mais l'imprévisible fait partie de la vie sous diverses formes : on grandit, on peut tomber ou pire. D’où la nécessité de se remettre en mouvement, "plus que jamais de se relever" et de retrouver "les unités perdues".
Comment retrouver "le sentiment de joie intérieure" qu’elle a perdu et cherché depuis le 7 janvier ?
Avec une écriture profonde, Laurence Tardieu nous restitue avec justesse et sensibilité une partie de notre Histoire récente. Intercalant les moments de quiétude passés à Nice et donc l'histoire de la maison familiale et ceux vécus depuis les attentats, il n' y a pas de place pour le sensationnel ou du pathos.
Un livre en très grande partie miroir (il résonne, réveille nos propres souvenirs et sensations ) dont je suis sortie apaisée et grandie. Cette lecture est comme une main tendue et chacun y puisera beaucoup.
Ce billet comporte beaucoup d’extraits parce que je m'y suis retrouvée énormément avec de très, très fortes émotions. C'est bien plus qu'un coup de cœur.
Les semaines, les mois ont passé. Il m'a semblé qu’autour de moi on en parlait moins. On parlait moins de ça. Parce qu'on ne savait pas le nommer ? Parce que ça avait été si démesuré, si monstrueux qu'on ne pouvait pas encore le mettre en mots ? Dans l'espoir vain de tordre le cou à la peur, de croire que l'on pouvait reprendre le cours d'une vie normale ? (…) On tournait autour, il n'y avait pas de mot pour dire ce que ça avait été, tout ce que ça avait été. Tout ce que ça avait changé.
L’imprévisible était entré dans nos vies (cette phrase aussi je me la suis dite et répétée tout comme je me sentais en mille morceaux, fragmentée et poreuse)
Un livre ne résout rien, dans quelques semaines, dans quelques mois, d'autres attentats auront lieu, ici ou ailleurs, d'autres vies seront emportées, en une seconde emportées, des visages, des corps, des voix, chacun unique et disparu à jamais, et à nouveau ce sera la déflagration, l'hébétude, le bouleversement, à nouveau cette sensation que notre corps aussi aura été atteint quand bien même les corps tombés ne seront pas le nôtre, à nouveau la sensation que la violence du monde nous est rentrée sous la peau, voulant nous contaminer de sa souillure, nous laissant démunis, désemparée, emplis de chagrin, la trouille au ventre, avec des patrouilles de militaires plus nombreux encore dans nos rues, dans nos gares, sur le quai de métro. Oui, à cela ce livre n'aura rien changé, il me semblera avoir été dépossédé, en moi et autour de moi, de quelque chose d’irrémédiable, d'un sentiment de quiétude et d’unité que je ne retrouverai plus.
Une vie sans rêves est une vie amputée de l'essentiel, une vie sans rêves ressemble à un pays sans lumière.
Lu de cette auteure: L'écriture et la vie - La confusion des peines - Une vie à soi
jeudi 18 août 2016
mercredi 17 août 2016
Valentine Goby - Un paquebot dans les arbres
Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Août 2016 - 267 pages et un hymne d'amour magnifique !
Les années 50. A La Roche-Guyon dans le Val d'Oise, Paul Blanc dit Paulot et son épouse Odile tiennent un café. Le bonheur est là avec sa femme qui l'aime passionnément et ses trois enfants dont Mathilde. Tous le savourent avec l’insouciance procurée par les Trente glorieuses. Mais Paulot et Odile tombent malades. Ils ont la tuberculose. Pour se soigner, c’est le sanatorium d’Aincourt. Paulot et Odile étant commerçants ne bénéficient pas de la Sécurité sociale "c’est gratuit de savoir que tu es malade mais pas gratuit de se soigner . Le café est vendu, ils sont devenus des parias aux yeux des autres "La peur de la contagion s’ancre au-delà de la de la conscience, dans les strates lointaines des mémoires familiales et de la mémoire collective, (..), elle se nourrit de siècles d'épidémies et d'impuissance. " La sœur aînée de Mathilde est déjà partie pour ses études et mène sa vie. La dislocation est totale et financière.
Les services sociaux veulent placer Mathilde et son frère Jacques en famille d'accueil. Pour contrer l'administration, une seule possibilité : se faire émanciper. Mathilde devenue adolescente se retrouve confrontée à une montagne de problèmes et surchargée de responsabilités. Avec une détermination incroyable, un courage inouï et beaucoup de privations, elle va conjuguer ses études, les visites hebdomadaires aux parents, les démarches administratives, les stages rémunérés. Des scellés posés sur leur logement, elle n’en a cure. Dispersés sur "trois cent kilomètres carrés bornés par Mantes, Fontenay-Saint-Père, Aincourt, La Roche, points cardinaux d’une cartographie nouvelle", elle est le lien entre eux quatre. Mathilde veut obtenir son diplôme et un travail salarié qui lui permettra de cotiser à la Sécurité sociale. Gagner de l'argent signifie également le retour de son frère cadet avec elle.
Sa vie n’est pas celle d’une jeune fille de dix-huit ans. Elle tient bon, s’obstine avec une volonté viscérale malgré les nombreuses difficultés et sacrifices. Juste une fois, elle craque, "j’avais une amnésie pour le futur ". Sur son chemin parcouru d’embûches, des personnes merveilleuses l’aideront. Et si elle parviendra à réunir sa famille et à préserver l'amour de sa mère pour son père, entier et encore plus fort, la route n'est cependant pas finie.
"Alors Mathilde Blanc aura l'idée de m'écrire. elle me dira c'est l'histoire d'Aincourt , des milliers de gens comme mon père ont vécu cette histoire, des gens comme nous. Je lui dirai c'est une histoire d'amour. "
A partir d'un témoignage réel, Valentine Goby nous raconte "la tragédie silencieuse" de Mathilde et de sa famille. Avec ce livre, elle met en mots "ce récit en marge, celle de la maladie et de la misère eu temps miraculeux de la prospérité, de la Sécurité sociale" où l’on croyait que la tuberculose appartenait définitivement au passé. Mais ce récit est avant tout celui de Mathilde qui par amour a consacré sa jeunesse à sa famille sans jamais compter les privations.
L’écriture est vive, franche et directe mais elle sait se faire plus poétique également.
Vibrant et digne, ce roman solaire est un hymne magnifique d'amour. A travers Mathilde, Valentine Goby nous interroge sur la capacité à puiser au fond de soi et met en exergue la résistance de ceux que la vie n'épargne pas. Cette lecture nous transfuse des émotions et une force incroyable !
Ca lui fera monter les larmes, Mathilde, à l'automne prochain, l'automne de ses dix-huit ans, quand elle recevra sa première fiche de paie avec ces mots inscrits à la plume, Sécurité sociale, tandis que son père crachera ses bacilles, ruiné. Elle bénéficiaire dès le premier salaire et son père jamais depuis trente-trois ans qu'il trime et depuis quinze ans que la Sécurité sociale existe, commerçant, puis pleurétique, puis vendeur de frites à cause de la maladie qui l'empêche de faire cafetier, la maladie cause la ruine qui prive de soins, aggravant la maladie ; ni pour lui, la Sécurité sociale, ni pour Odile, commerçante, épicière, vendeuse ambulante, éleveuse de souris, professions indépendantes ils disent, débrouille-toi comme tu peux, le rêve c'est pour les salariés. À l'automne prochain, Mathilde lira le montant inscrit dans la petite case sur sa fiche de paie, le chiffre qui aurait changé leur vie, la grande conquête du Conseil national de la Résistance comme elle l'apprendra un jour. Elle apprendra aussi à dater le miracle des Trente glorieuses et la révolution antibiotique, découvrant qu'ils étaient en plein dedans les Blanc, à Limay, à La Roche, en pleine gloire sans le savoir. Ça fait belle lurette qu'on ne payait plus l'assurance privée, avouera Odile. En 1952, pour le sana, ils l’avaient, l'assurance privée. Après ils n'ont plus d'argent pour la cotisation. Ils ont cessé de payer, ont attendu des jours meilleurs. Il n'y a pas eu de jours meilleurs, elle le sait bien Mathilde, de toute façon qu'est-ce que tu crois, ils font des examens avant de t'accepter à l'assurance, pour Paulot après c'est pleurésie il n'avait aucune chance, ils n'en auraient jamais voulu.
Le billet de Joëlle (nous sommes du même avis).
Lu de cet auteur : Banquises - Des corps en silence - Kinderzimmer - Qui touche à mon corps je le tue
Les années 50. A La Roche-Guyon dans le Val d'Oise, Paul Blanc dit Paulot et son épouse Odile tiennent un café. Le bonheur est là avec sa femme qui l'aime passionnément et ses trois enfants dont Mathilde. Tous le savourent avec l’insouciance procurée par les Trente glorieuses. Mais Paulot et Odile tombent malades. Ils ont la tuberculose. Pour se soigner, c’est le sanatorium d’Aincourt. Paulot et Odile étant commerçants ne bénéficient pas de la Sécurité sociale "c’est gratuit de savoir que tu es malade mais pas gratuit de se soigner . Le café est vendu, ils sont devenus des parias aux yeux des autres "La peur de la contagion s’ancre au-delà de la de la conscience, dans les strates lointaines des mémoires familiales et de la mémoire collective, (..), elle se nourrit de siècles d'épidémies et d'impuissance. " La sœur aînée de Mathilde est déjà partie pour ses études et mène sa vie. La dislocation est totale et financière.
Les services sociaux veulent placer Mathilde et son frère Jacques en famille d'accueil. Pour contrer l'administration, une seule possibilité : se faire émanciper. Mathilde devenue adolescente se retrouve confrontée à une montagne de problèmes et surchargée de responsabilités. Avec une détermination incroyable, un courage inouï et beaucoup de privations, elle va conjuguer ses études, les visites hebdomadaires aux parents, les démarches administratives, les stages rémunérés. Des scellés posés sur leur logement, elle n’en a cure. Dispersés sur "trois cent kilomètres carrés bornés par Mantes, Fontenay-Saint-Père, Aincourt, La Roche, points cardinaux d’une cartographie nouvelle", elle est le lien entre eux quatre. Mathilde veut obtenir son diplôme et un travail salarié qui lui permettra de cotiser à la Sécurité sociale. Gagner de l'argent signifie également le retour de son frère cadet avec elle.
Sa vie n’est pas celle d’une jeune fille de dix-huit ans. Elle tient bon, s’obstine avec une volonté viscérale malgré les nombreuses difficultés et sacrifices. Juste une fois, elle craque, "j’avais une amnésie pour le futur ". Sur son chemin parcouru d’embûches, des personnes merveilleuses l’aideront. Et si elle parviendra à réunir sa famille et à préserver l'amour de sa mère pour son père, entier et encore plus fort, la route n'est cependant pas finie.
"Alors Mathilde Blanc aura l'idée de m'écrire. elle me dira c'est l'histoire d'Aincourt , des milliers de gens comme mon père ont vécu cette histoire, des gens comme nous. Je lui dirai c'est une histoire d'amour. "
A partir d'un témoignage réel, Valentine Goby nous raconte "la tragédie silencieuse" de Mathilde et de sa famille. Avec ce livre, elle met en mots "ce récit en marge, celle de la maladie et de la misère eu temps miraculeux de la prospérité, de la Sécurité sociale" où l’on croyait que la tuberculose appartenait définitivement au passé. Mais ce récit est avant tout celui de Mathilde qui par amour a consacré sa jeunesse à sa famille sans jamais compter les privations.
L’écriture est vive, franche et directe mais elle sait se faire plus poétique également.
Vibrant et digne, ce roman solaire est un hymne magnifique d'amour. A travers Mathilde, Valentine Goby nous interroge sur la capacité à puiser au fond de soi et met en exergue la résistance de ceux que la vie n'épargne pas. Cette lecture nous transfuse des émotions et une force incroyable !
Ca lui fera monter les larmes, Mathilde, à l'automne prochain, l'automne de ses dix-huit ans, quand elle recevra sa première fiche de paie avec ces mots inscrits à la plume, Sécurité sociale, tandis que son père crachera ses bacilles, ruiné. Elle bénéficiaire dès le premier salaire et son père jamais depuis trente-trois ans qu'il trime et depuis quinze ans que la Sécurité sociale existe, commerçant, puis pleurétique, puis vendeur de frites à cause de la maladie qui l'empêche de faire cafetier, la maladie cause la ruine qui prive de soins, aggravant la maladie ; ni pour lui, la Sécurité sociale, ni pour Odile, commerçante, épicière, vendeuse ambulante, éleveuse de souris, professions indépendantes ils disent, débrouille-toi comme tu peux, le rêve c'est pour les salariés. À l'automne prochain, Mathilde lira le montant inscrit dans la petite case sur sa fiche de paie, le chiffre qui aurait changé leur vie, la grande conquête du Conseil national de la Résistance comme elle l'apprendra un jour. Elle apprendra aussi à dater le miracle des Trente glorieuses et la révolution antibiotique, découvrant qu'ils étaient en plein dedans les Blanc, à Limay, à La Roche, en pleine gloire sans le savoir. Ça fait belle lurette qu'on ne payait plus l'assurance privée, avouera Odile. En 1952, pour le sana, ils l’avaient, l'assurance privée. Après ils n'ont plus d'argent pour la cotisation. Ils ont cessé de payer, ont attendu des jours meilleurs. Il n'y a pas eu de jours meilleurs, elle le sait bien Mathilde, de toute façon qu'est-ce que tu crois, ils font des examens avant de t'accepter à l'assurance, pour Paulot après c'est pleurésie il n'avait aucune chance, ils n'en auraient jamais voulu.
Le billet de Joëlle (nous sommes du même avis).
Lu de cet auteur : Banquises - Des corps en silence - Kinderzimmer - Qui touche à mon corps je le tue
samedi 6 août 2016
William Trevor - Cet été-là
Éditeur : Points - Traduit de l'anglais (Irlande) par Bruno Boudard - Date de parution : 2013 - 249 pages et une magnifique découverte !
A Rathmoye, petit bourg d’Irlande, la population est encore occupée par la mort de Mrs Connulty. Lors de son enterrement, un jeune homme arrivé en vélo prend des photos. Personne ne le connaît. Il s’agit de Florian Kilderry revenu pour vendre la maison de ses parents et ce qu’elle contient avant de partir pour l’étranger. Ellie Dillahan s’occupe de la ferme avec son époux. Embauchée pour l'aider après la mort de la mort de sa femme et de son enfant, il lui a proposé le mariage. Enfant de l’assistance et élevée par des religieuses, la jeune femme mène à Rathmoye une vie ennuyeuse loin du village. Son mari est bon mais peu bavard, un taiseux qui n’a pas oublié sa première femme, son enfant et l’accident. Ellie et Florian vont se rencontrer par le plus grand des hasards. Mais à Rathmoye où tout le monde ou presque se connaît, une attitude différente est très vite remarquée. Miss Connulty observe tout ce qui se passe, le vieux Orpen Wren qui a perdu la raison et a travaillé comme secrétaire pour une riche famille interpelle les gens au détour d'une rue.
Le temps d’un été, Ellie et Florian vont vivre un amour caché. Si au départ j'ai eu du mal à situer ce récit (et c'est une qualité dans ce roman justement), nous sommes dans les années 1950. Avec finesse et délicatesse, les émotions et sentiments sont mis à nu avec précision, force et justesse et pourtant l'écriture est tout en retenue.
William Trevor inspecte cet amour avec grâce (on ne peut pas se moquer de l'innocence d'Ellie), il sonde les âmes de ses personnages au plus profond ou installe un suspense qui nous tient en haleine sur quelques pages.
Un roman dont on s’imprègne de l’ambiance, du rythme, de chaque petit détail et des non-dits. Les émotions ressenties en sont encore plus fortes.
C'est tout simplement beau et admirable derrière une fausse simplicité.
Je suis conquise ! Une magnifique découverte en apnée totale!
C'était un acte de bonté – du moins était-ce l'impression qu'elle avait eue alors et qu'elle avait toujours aujourd'hui – que de lui avoir proposé le mariage; il eût été un peu ingrat de sa part de refuser. Son chez-soi était chez lui où, par bonté également elle avait été qualifiée de gouvernante, non de domestique. Étant veuf et connaissant plus de choses qu'elle, elle le voyait, encore maintenant, plus vieux qu'il n'était. Ce serait mieux s'ils étaient mariés : il ne l'avait pas formulé ainsi et, plus tard, à Lahinch, il avait avoué qu'il avait finir par se sentir de plus en plus proche d'elle et aussi qu'il avait de la chance. "J'ai de la chance moi aussi", avait-elle répondu et elle le pensait, n'ayant jamais eu l'habitude de mentir.
A Rathmoye, petit bourg d’Irlande, la population est encore occupée par la mort de Mrs Connulty. Lors de son enterrement, un jeune homme arrivé en vélo prend des photos. Personne ne le connaît. Il s’agit de Florian Kilderry revenu pour vendre la maison de ses parents et ce qu’elle contient avant de partir pour l’étranger. Ellie Dillahan s’occupe de la ferme avec son époux. Embauchée pour l'aider après la mort de la mort de sa femme et de son enfant, il lui a proposé le mariage. Enfant de l’assistance et élevée par des religieuses, la jeune femme mène à Rathmoye une vie ennuyeuse loin du village. Son mari est bon mais peu bavard, un taiseux qui n’a pas oublié sa première femme, son enfant et l’accident. Ellie et Florian vont se rencontrer par le plus grand des hasards. Mais à Rathmoye où tout le monde ou presque se connaît, une attitude différente est très vite remarquée. Miss Connulty observe tout ce qui se passe, le vieux Orpen Wren qui a perdu la raison et a travaillé comme secrétaire pour une riche famille interpelle les gens au détour d'une rue.
Le temps d’un été, Ellie et Florian vont vivre un amour caché. Si au départ j'ai eu du mal à situer ce récit (et c'est une qualité dans ce roman justement), nous sommes dans les années 1950. Avec finesse et délicatesse, les émotions et sentiments sont mis à nu avec précision, force et justesse et pourtant l'écriture est tout en retenue.
William Trevor inspecte cet amour avec grâce (on ne peut pas se moquer de l'innocence d'Ellie), il sonde les âmes de ses personnages au plus profond ou installe un suspense qui nous tient en haleine sur quelques pages.
Un roman dont on s’imprègne de l’ambiance, du rythme, de chaque petit détail et des non-dits. Les émotions ressenties en sont encore plus fortes.
C'est tout simplement beau et admirable derrière une fausse simplicité.
Je suis conquise ! Une magnifique découverte en apnée totale!
C'était un acte de bonté – du moins était-ce l'impression qu'elle avait eue alors et qu'elle avait toujours aujourd'hui – que de lui avoir proposé le mariage; il eût été un peu ingrat de sa part de refuser. Son chez-soi était chez lui où, par bonté également elle avait été qualifiée de gouvernante, non de domestique. Étant veuf et connaissant plus de choses qu'elle, elle le voyait, encore maintenant, plus vieux qu'il n'était. Ce serait mieux s'ils étaient mariés : il ne l'avait pas formulé ainsi et, plus tard, à Lahinch, il avait avoué qu'il avait finir par se sentir de plus en plus proche d'elle et aussi qu'il avait de la chance. "J'ai de la chance moi aussi", avait-elle répondu et elle le pensait, n'ayant jamais eu l'habitude de mentir.
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