lundi 22 août 2016

Florence Seyvos - La sainte famille

Éditeur : Éditions de L'Olivier - Date de parution : Août 2016 - 172 pages douces-amères et aimées.

Sœur et frère, Suzanne et Thomas, passent chaque été dans la famille maternelle avec une grand-mère geignarde, une grand-tante affectueuse mais terriblement soumise et timide. Depuis peu, leur mère ne les accompagne plus..Comme ce qui est propre aux enfants, l'imagination de Suzanne la conduit sur des contrées où fantômes et d’autres personnages apparaissent la nuit ou lors des baignades au lac. Et il y a la réalité: leur grand-oncle vicieux à l’haleine souvent chargée d’alcool qui ne les aime pas, la séparation puis le divorce de ses parents, la main leste de leur mère, un instituteur jouissant de son autorité pour faire preuve de sadisme.

Dans ce récit non chronologique où Suzanne et Thomas prennent la parole, Florence Seyvos dépeint avec grâce et sensibilité ce qui conduit de l’enfance à l’âge adulte . Ce qui marque ou ce qui affecte, les interrogations de Suzanne sur la question du bien et du mal (et sur l’existence ou non de Dieu,), de sa cousine plus âgée qu'elle vénère, du divorce des parents où chacun s‘est approprié la garde d’un des deux enfants. Des incompréhensions à la vision du monde des adultes, de ce que chacun des deux retiendra de son enfance (Thomas est plus jeune), Suzanne et Thomas se construiront à partir ce qu’ils ont vécu (les petites ou grandes joies et peines) mais aussi des regrets de ce qu’ils n’ont pas eu. Les années permettent-elle d’édulcorer certains souvenirs ou de les rendre plus vifs ?
J’ai aimé ce personnage de Suzanne dans cette famille élargie où les figures masculines sont peu présentes.
C’est doux-amer quelquefois piquant mais tellement juste. L'enfance est la fondation de nos vies d'adulte et l'on retrouve nos propres souvenirs  tout comme certaines de nos perceptions dans ce roman.

Suzanne se souvient d'une période où il y avait de la gaieté dans la maison. Il était difficile de savoir si leurs parents se trouvaient soudain heureux ensemble ou si leur joie à chacun venait d'ailleurs, mais ils étaient légers en présence de l'un de l'autre. C'était particulièrement perceptible pendant les trajets en voiture. Pour Suzanne, les trajets en voiture étaient la vie même, la vie à échelle réduite, mais infiniment précise et déployée. Le passé derrière, l'inconnu devant.

Lu de cette auteure : Le garçon incassable

samedi 20 août 2016

Elodie Llorca - La correction

Éditeur : Rivages - Date de parution : Août 2016 - 188 pages et une déception.

Correcteur professionnel à la Revue du Tellière, le narrateur découvre par hasard des coquilles dans des textes qui sont passés entre ses mains et  les note toutes dans un carnet. Seules deux personnes travaillent à la revue : Reine sa patronne une femme autoritaire qui aime jouer de son autorité et Taupin rédacteur d’articles. Notre narrateur décide de découvrir qui se joue de lui.

Dès les premières pages, l’écriture m’a fait penser un peu à celle de Julia Deck : maîtrisée et très précise. Si je me suis laissée embarquer dans ce récit,  très vite hélas plusieurs points m’ont gênée. L’auteure sème différentes pistes (ce qui est normal) mais j’ai eu  l’impression que la plupart étaient là pour remplir de l’espace. Du coup, ça patine et ça part un peu dans tous les sens (le narrateur et sa femme sont sur point de se séparer, la présence de mère décédée récemment revient très souvent, son attirance pour Reine). Certains événements sont difficilement compréhensibles et pour ne pas abandonner, je me suis accrochée à l'idée d'une fin révélatrice . Mais peine perdue, cette dernière est très brouillon.
Même si certaines des coquilles révèlent des lapsus troublants (coulure/roulure, satin/catin) et donnent un léger sourire aux lèvres, ce premier roman est une déception.

Lorsque je sortais les copies de la pochette, je sentais, depuis son bureau, le regard appuyé de ma patronne sur moi. C'était pour moi un moment délicieux.Je courbais un peu l'échine et me mettais au travail avec une attention soignée. Il m'importait d'être vu comme un correcteur exemplaire. J'avais justement choisi ce métier afin de ne pas être pris en faute et je m'appliquais à mettre tout en œuvre pour que cela n'arrive jamais.

vendredi 19 août 2016

Imbolo Mbue - Voici venir les rêveurs

Editeur : Belfond - Traduit de l'anglais ( Cameroun) par Sarah Tardy - Date de parution : Août 2016 - 419 pages et un très bon premier roman.

Jende Jonga a quitté le Cameroun et son village de Limbé pour New York avec le rêve américain en tête. Après qu'il ait suffisamment épargné en cumulant différents emplois,  sa femme Neni et leur petit garçon Liomi l'ont rejoint. Son visa de trois mois a expiré depuis bien longtemps lorsque Jende est embauché en tant que chauffeur par Clark Edwards banquier chez Lehman Brothers.Il n'espère qu’une seule chose : obtenir sa Green Card le sésame légal pour pouvoir rester dans ce pays. Neni a repris ses études de pharmacopée à la Fac et travaille en plus.Chaque jour, Jende remercie le ciel pour cet emploi de chauffeur. Discret, respectueux, il vénère son patron qui passe énormément de temps à son travail. L'épouse de Clark Edwards et ses deux garçons ne le voient guère.Les Edward et les Jonga s’entendent bien et l’on pourrait imaginer une belle histoire avec une happy end. Mais la crise économique secoue l’Amérique. Dans son sillage Lehman Brothers coule alors que Jende est toujours sans nouvelle de sa demande d’asile.

Contrairement à Americanah où Chimamanda Ngozi Adichie s’intéressait principalement à la question identitaire, ici le rêve et le désenchantement sont deux points très importants. En suivant les deux familles, l’auteur nous rend compte des impacts de la crise des subprimes. En alternant les ressentis de Jende et de Neni, on perçoit très clairement que leurs attentes du rêve américain peuvent être différentes sur certains points. Quel est le prix du bonheur ? Faut-il se détourner de ses rêves et affronter la réalité quitte à y renoncer ?

Avec des personnages attachants (sans jamais tomber dans la caricature), un style limpide où des expressions camerounaises s’insèrent sans gêner le récit, ce premier roman sur le rêve américain, l'exil, le définition du bonheur et des attentes de chacun dans la vie est une réussite !

Le lendemain, tandis qu'il allait et venait chez les Edwards, Jende pensa à Leah et eux ex-employés de Lehman. Il pensa à l'état dans lequel se trouvait la ville et l'état dans lequel se trouvait le pays. Il pensa qu'il était terriblement étrange, triste effrayant que les Américains, ce peuple-là, parle de crise économique, une expression que les Camerounais avaient entendu à la télé et à la radio presque quotidiennement à la fin des années 80, à l'époque où le pays avait plongé dans la récession. (…)La même chose se produisait maintenant en Amérique. L'affaire était grave. Très grave. Personne ne pouvait dire combien de temps le pays mettrait pour émerger de ce chaos que l'effondrement de Lehman avait causé.

Les billets d'Antigone, Kathel
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