dimanche 4 septembre 2016

Virginia Reeves - Un travail comme un autre

Éditeur : Stock - Traduit de l'anglais (Etat-Unis) par Carine Chichereau - Date de parution : Août 2016 - 344 pages et un premier roman réussi ! 

Roscoe T. Martin s’est vu contraindre d’abandonner son métier d’électricien car son épouse Marie a hérité de la ferme de son père en Alabama. Il n’a aucune affinité avec le métier de fermier, son couple bat de l’aile et l'exploitation est au bord de la faillite. En 1920, ni la maison ni la ferme ne reçoivent l’électricité mais Roscoe a une idée : la détourner. Avec l’aide de Wilson l’employé de la ferme, il réussit. La ferme évite la faillite et son couple va mieux. Il a menti à sa femme qui apprend la vérité lors de son arrestation. Car un employé de la compagnie d’électricité meurt électrocuté en vérifiant le transformateur fabriqué par Roscoe.

Roscoe est condamné à vingt ans de prison, Wilson parce qu’il est Noir a été vendu à une exploitation minière.  En prison, Roscoe espère une lettre de Marie ou une visite mais jamais elle ne viendra. Elle a même interdit à leur fils d'entrer en contact avec son père. Des affections à différents postes (la bibliothèque, la laiterie, le chenil) à la dureté de la vie carcérale, Roscoe à sa libération anticipée est un homme éprouvé. S’il pense retrouver la ferme, sa femme et son fils,   il se trompe car des rôles ont été inversés par Marie partie depuis plusieurs années.

Que ce soit l’univers de la prison, la cruauté, le racisme, la culpabilité, les sentiments haineux de Marie, les pensées et les profonds sentiments de Roscoe mais aussi l'espoir et son contraire,  tout est parfaitement décrit. Le portait de Roscoe est plus que touchant car c’est un homme bon qui a commis une erreur pour aider les siens.
Avec une écriture qui fait appel à tous les sens et où la poésie a sa place,  Virginia Reeves signe un premier roman intense et réussi (seul un tout petit petit bémol : certains passages sont hésitants). A noter également la très bonne traduction !

J'avais passé au moins six ans à imaginer Wilson mort ou travaillant dans ces tunnels, assiégé par la conscience de l'avoir envoyé là-bas, de l'avoir condamné à ces jours sombres. La culpabilité m'avait un peu épargnée à cause du silence de Marie. J'avais privé c'est homme de sa famille. Quel droit avais-je de jouir de la mienne ?

Les billets de Cathulu, Laure

vendredi 2 septembre 2016

Catherine Mavrikakis - Oscar de Profundis

Editeur : Sabine Wespieser - Date de parution : Août 2016 - 301 pages 

Dans un monde proche de l’apocalypse, Montréal comme tant d’autres villes est ravagée. Les pauvres se cachent, ils se déplacent en hordes, affamés. Une maladie "la mort noire" aussi terrible que la peste les décime. Personne ne lève le petit doigt. Le clivage du monde où les riches se protègent règne partout. Rock star planétaire, Oscar a grandi à Montréal et il s'est promis de ne jamais y revenir. Mais il a deux concerts à y donner. Entouré de son staff personnel, accro aux drogues et aimant les jeunes garçons, c'est également un amoureux de langue française au point où de d'être fait tatouer sur le dos De profundis clamavi le poème de Charles Baudelaire car "l’idée que son corps soit porteur d’un sonnet l’exaltait".
Sa fortune lui a permis de construire un bunker dans une de ses propriétés où "il abritait une gigantesque bibliothèque destinées à la préservation de nombreux livres qui avaient disparu dans les cinquante dernières années" et de rapatrier les tombes de ceux qu'il admirent.
Ce personnage préserve d’une certaine façon la culture mais vit cyniquement dans son monde de débauche et de luxure.
Cate Bérubé, elle, est la chef de l’une des bandes de gueux. Déterminée à changer le cours du monde et à renverser la donne. Pour arriver à ses fins, elle a orchestré un plan  qui inclue la rock star.
Un troisième personnages est la ville de Montréal. Violence, misère et des gueux en font une cité du Moyen-Age.

Ce qui domine dans ce livre est l’ambiance (les descriptions de Montréal sont saisissantes) et les différents paradoxes. Dans un monde aux mains des plus riches où désormais le papier est interdit, où certains tentent de se rebeller ou de faire front, l’histoire portée par l’écriture toujours aussi superbe de Catherine Mavrikakis n’a rien d’un conte de fées.
Un roman sombre et assez pessimiste où les passages sur les "vestiges de la culture" permettent d’atténuer la noirceur. J’ai cependant deux bémols : l’ajout (inutile) à mes yeux d’un personnage un peu avant à la fin du roman et sur les dernières pages moins convaincantes que l’ensemble. 

Ce nouveau roman n'est pas mon préféré, j'ai préféré   Le ciel de Bay City et  Les derniers jours de Smokey Nelson.

jeudi 1 septembre 2016

Myriam Chirousse - Le sanglier

Éditeur : Buchet-Chastel - Date de parution : Août 2016 - 156 pages à consommer sans modération. 

Christian et Carole vivent à l’écart de tout à la campagne dans une vieille maison proche du délabrement. Chacun des deux a vécu avant cette relation  et la campagne est pour eux un mode de vie.

Ce livre raconte une journée de ce couple. Une journée qui aurait dû être ordinaire mais où des petites choses vont se produire et s’accumuler. Nous sommes un samedi peu avant noël et ils doivent effectuer quelques courses (le genre de journée que peu de monde aime). Il faut déjà prendre la voiture et à partir de là, tout va s’enchaîner de travers. Aux réflexions piquantes de Christian qui s’énerve assez vite et qui est un peu parano sur les bords (vérification à plusieurs reprises que la voiture est bien fermée par exemple), Carole d’un tempérament plus zen préfère ne rien dire. Mais au bout d’un moment, à force de prendre sur soi il peut y avoir la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Et on se dit qu’à un moment donné, l’étincelle va se produire avec comme conséquence le feu aux poudres.

Ce n'est pas un règlement de compte qu'a écrit Myriam Chirousse. Elle explore la communication et son inverse, le couple qui ici n’est en phase avec la société. Avec une écriture où des formulation accrochent la  rétine et des dialogues fichtrement réussis, on sent bien le souci de la précision. Et à travers les pensées de ce couple, l'auteure nous amène à nous interroger sur nous-mêmes.
Relevé mais également tendre, ce livre amène le sourire franc ou espiègle aux lèvres,  et en plus il fait du bien ! A consommer sans modération !

Ils habitent loin de tout parce que c'est moins cher et qu'ils croient vivre ainsi une vie plus authentique. D'abord, c'est faux,corrige-t-il, on n'est jamais loin de tout, on est loin de certaines choses et près d'autres choses, on est toujours à côté de quelque chose, mais certains sont près d'une centrale nucléaire et d'autres près d'un lac. Elle répond que si, on peut être loin de tout c'est possible même au milieu d'une foule, dans la ville. Quand on est loin de soi, dit-elle. Sa voix se feutre d'une intonation fragile qui suggère qu'elle sait de quoi elle parle. 
Ils se disent parfois que tout ça, la scierie, les vieux habits, c'est du provisoire,qu'ils vont faire autre chose. Souvent aussi, ils se sentent des gouttes dans un océan, trop petits, incapables en fin de compte de choisir le sens de la vague.
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