vendredi 16 septembre 2016

Meg Wolitzer chez Dialogues

Mercredi soir,  Meg Wolitzer était au café de Dialogues pour discuter de deux de ses livres traduits en  français Les Intéressants et La doublure. Accompagnée  des éditeurs très sympathiques de la maison d’édition Rue Fromentin, elle est revenue sur ces romans.

Nous avons appris qu’adolescente, elle-même avait séjourné dans un "summer camp" comme les personnages de son livre Les Intéressants.

La doublure a été son premier roman traduit et  paru en France sous un autre titre dans une autre maison d’édition.
Pour ceux qui ne l’ont pas lu, l’héroïne est mariée à un écrivain et Meg Woliter dépeint avec mordant notamment les cercles d’écrivains masculins où les femmes sont peu considérées. Pour Meg Molitzer, la place des femmes dans la littérature a malheureusement peu évolué. Et elle trouve qu'elles sont cantonnées dans beaucoup d’esprit à une littérature dite spécifique pour les femmes.

Avec des anecdotes et beaucoup d’humour, elle a également parlé des auteurs qui l’ont marquée ( Jane Austen par exemple), de son travail ( elle écrit souvent la nuit).

Ceux qui me connaissent en privé savent que mon anglais est pitoyable et que mon accent est à trancher au couteau mais j’ai pu échanger avec elle à la fin de la rencontre  (grâce à ses éditeurs qui m’ont littéralement sauvée!).

Merci à Dialogues et à Laurence qui nous a préparé une saison très, très riche (le mois de novembre va être synonyme d'émotions). 



jeudi 15 septembre 2016

Emma Cline - The girls

Éditeur : Quai Voltaire - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Esch - Date de parution : Août 2016 - 333 pages et un premier roman très maitrisé !

1969. Californie. Agée de quatorze ans, Evie vit avec sa mère depuis la séparation de ses parents. Sa mère jusqu’alors assez réservée s’ouvre sur les autres et les influences en cours. Avec sa meilleure amie Connie, Evie mal dans sa peau tue le temps comme tout autre adolescente en attendant la rentrée. Un jour, elle aperçoit un groupe de filles qui font les poubelles, volent et ensuite s’engouffrent dans un vieux car noir. Sa rencontre avec Suzanne une des filles va marquer un tournant.

Complètement fascinée par elle, Evie la suit jusqu’au ranch où elles vivent. L’endroit n'en porte que
le nom car la réalité est autre :  vieux, délabré mais Evie elle y voit une liberté, un mode de vie excitant. Les filles sont sous la houlette de Russell une sorte de gourou qu’elle vénèrent. Un monde à part avec l’alcool, les drogues, le partage des biens où il y a même des enfants. Et très vite Evie n’a qu’une seule l’envie se faire intégrer ( "j’étais une cible enthousiaste") et délaisser son quotidien bien fade en comparaison.

Alternant la narration d’Evie adulte des années plus tard et les faits de l’époque, l’emprise du groupe , les rapports, l’ambiance sont très bien rendus.
Un premier roman psychologique très maitrisé et réussi car Emma Cline nous décrit comment en quelques semaines une adolescente peut basculer en décortiquant avec précision les différents processus. La tristement célèbre affaire Charles Manson a servi de toile de fond à ce roman (ce que j'ai appris  à la lecture de chroniques ).

Mais le ranch était la preuve que l’on pouvait vivre à un niveau plus exceptionnel. On pouvait dépasser ces misérables faiblesses humaines pour accéder à un amour plus grand.

Il y a de très nombreux billets sur ce livre.  Un des derniers en date  est celui d'Hélène qui renvoie à d'autres liens.

mercredi 14 septembre 2016

Grazyna Jagielska - Amour de pierre

Editeur : J'ai lu - Traduit du polonais par Anna Smolar - Date de parution : Août 2016 - 255 pages à découvrir. 

"Il y a trois mois jour pour jour, j'ai été admise en maison de repos. Mon syndrome : le stress post-traumatique du soldat. En réalité, c’est le stress de mon mari, mais il m’a toujours délégué tous ses soucis. " Mariée à Wotjek grand reporter de guerre, Grazyna est internée pour soigner sa dépression. Wotjek court de conflit en guerre à travers le monde et durant ses absences, elle l’attend chez eux à Varsovie. Mais la peur et les récit de ce que Wotjek a vu, a vécu sont  les plus fortes et elle sombre. A l’hôpital , Grazyna se lie avec un autre patient et raconte comment elle est en arrivée là.

Jeune femme, elle partageait avec son mari l’amour des voyages. Puis la passion de Wotjek s’est lentement insinuée dans leur couple. Reporter de guerre, c’est toujours être sur le qui-vive pour ne pas rater un évènement important de l'Afghanistan à la Tchétchénie. Grazyna a soutenu, encouragé son mari jusqu’à se mentir à elle-même. Trop d’horreurs et de peur accumulées, tout en continuant de  faire semblant et un beau jour ne plus y arriver.
Elle va accompagner son mari en tant que photographe. Etre sur le terrain avec lui pour vivre ce qu’il vit et tout partager. Mais le travail Wotjek en est affecté car il ne veut pas de prendre de risques avec son épouse à ses côtés.

Cette plongée dans l’intimité de Grazyna est saisissante ! D’un coté, on ressent viscéralement ses inquiétudes les plus profondes et de l’autre, ce portait du reporter de guerre est fascinant et terrifiant par ses aspects égoïstes.
La structure du récit pourra déconcerter ou gêner certains lecteurs car il faut apprivoiser le rythme qui oscille entre souvenirs, auscultation du mal-être et la métamorphose de l'amour de Grazyna . Les traumatismes collatéraux des guerres sont mis en exergue par la personne de Grazyna.  J'ignorais que ce roman était autobiographique (Wotjek a arrêté de sillonner le monde mais on ne sait pas si Grazyna s’est relevée et a pu désormais tourner la page), en tout cas il est à découvrir. 

Ce sont les guerres de  la fin des années 1990, me semble-t-il, qui m'ont changée à ce point. Elles ont engendré la dépression nerveuse que mon correspondant de guerre de mari aurait dû subir. Ou peut-être cette maladie a-t-elle pleinement mûri à ce moment-là ; elle est devenue visible, délimitant les contours de notre vie future. Vers la fin des années 1990, je ne pouvais plus me faire d'illusions, ni croire à un retour à la normale. Nous avions expérimenté tous les retours possibles ; nous savions qu'il était inconcevable de revenir sur les lieux du passé, comme aux anciens projets. 
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