samedi 8 octobre 2016

Juste la fin du monde de Xavier Dolan


Film de Xavier Dolan d’après une pièce de théâtre de Jean-Luc Lagarce
Avec Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Léa Seydoux, Marion Cotillard, Vincent Cassel
Synopsis : Après douze ans d’absence, un écrivain retourne dans son village natal pour annoncer à sa famille sa mort prochaine. Ce sont les retrouvailles avec le cercle familial où l’on se dit l’amour que l’on se porte à travers les éternelles querelles, et où l’on dit malgré nous les rancoeurs qui parlent au nom du doute et de la solitude.

J’avais oublié combien un film peut bouleverser, scotcher et  déclencher un tsunami émotionnel.
Louis (Gaspard Ulliel) trente-quatre ans revient après douze ans d'absence voir sa famille : sa mère ( Nathalie Baye ), son frère ainé ( Vincent Cassel) et à sa femme ( Marion Cotillard) qu’il rencontre pour la première fois et sa soeur Suzanne (Léa Seydoux) bien plus jeune que lui  qu’il ne connaît pratiquement pas.

Un repas de famille dominical où il doit annoncer sa mort prochaine.
Tout de suite, la tension est palpable. La violence et l’énervement d’Antoine jaillissent par à-coups: gestes, paroles. Et puis Suzanne est envieuse et désireuse d’en savoir plus sur ce frère connu dont elle n’a pratiquement aucun souvenir.
Tous tournent autour de Louis, ils veulent savoir pourquoi il est revenu alors que la tension monte en crescendo.

Film sur les difficultés à communiquer, c’est intense et puissant. Un uppercut d’émotions grâce au jeu des acteurs plus que formidables (mention particulière à Vincent Cassel) pour ce huis-clos familial et à la façon dont ce film est réalisé. Il y a un oeil expert, maitrisé derrière la caméra, une oreille attentive derrière la bande son. Des gros plans qui crèvent l’écran. Peu de dialogues, tout est dans les attitudes et dans les regards.

J’ai retrouvé avec ce film ce que seuls certains lives me procurent ( c'est dire). Je suis sortie bouleversée de la salle.

A voir absolument !

jeudi 6 octobre 2016

Leïla Slimani - Chanson douce

Éditeur : Gallimard - Date de parution: Août 2016 - 227 pages prenantes, impeccablement menées et dérangeantes!

En rentrant plus tôt de son travail, Myriam découvre une scène d’horreur. Son fils Adam est mort et sa fille Mila est dans un état plus que critique.
Puis flashback. Après la naissance de son deuxième enfant, Myriam ne supporte plus d’être mère au foyer. Diplômée en droit et avocate, elle aimerait reprendre une activité professionnelle. Paul son mari n’est pas franchement pour mais on propose à Myriam un travail d’avocate. Avec leurs horaires à rallonge, ils n’ont qu’une possibilité : trouver une nounou qui gardera chez eux les enfants. Ils embauchent Louise : la quarantaine, veuve et mère d’une grande fille que ne vit plus avec elle et dont les références sont élogieuses. Les enfants l’adorent et elle fait bien plus que s’occuper de Mila et d’Adam. Elle nettoie, range et cuisine. La perle rare. Très vite, elle devient indispensable mais reste toujours dans l’ombre. Les frontières employeur/employée deviennent floutées, ambiguës. Car petit à petit, Louise a fait sa place chez eux. Elle s’est infiltrée dans leur intimité sans qu’ils ne s’en rendent compte, toujours disponible et aimable, toujours  aux petits soins pour eux ( "On la regarde et on ne la voit pas. Elle est une présence intime mais jamais familière. Elle arrive de plus en plus tôt, part de plus en plus tard."). Quelquefois, Myriam s’en veut de ne plus voir autant ses enfants et Louise l'agace par certains de ses comportements. Mais sans elle tout serait tellement plus compliqué. D'ailleurs, tout le monde leur envie leur nounou.

Ce roman aussi addictif qu’un thriller est impossible à lâcher. Avec beaucoup de psychologie, de finesse et et nuance mais toujours en gardant une distance, Leïla Slimani explore la relation entre Louise et le couple (et principalement avec Myriam) et retranscrit la culpabilité, les jalousies, les manipulations.
Impeccablement mené par une écriture concise avec une tension qui va en crescendo, ce roman ausculte également notre société (les rapports d'argent et de hiérarchie, les obligations, la balance entre travail et vie familiale, la solitude) de manière très réaliste.
Un livre aussi prenant que dérangeant ! 

Et c'est vrai. Plus les semaines passent et plus c'est Louise excelle à devenir à la fois invisible et indispensable. Myriam ne l'appelle plus pour prévenir de ses retard et Mila ne demande plus quand rentrera maman. Louise est là, tenant à bout de bras cette édifice fragile. Myriam accepte de se faire materner. Chaque jour, elle abandonne plus de tâches à une Louise reconnaissante. La nounou est comme ces silhouettes qui, au théâtre, déplacent dans le noir de décor sur la scène.(...)Louise s'agite en coulisses, discrète et puissante. C'est elle qui tient les fils transparent sans lesquels la magie ne peut advenir. 

Les billets de Cuné (qui m'a donnée très, très envie de le lire.), Joëlle, Laure, Papillon.

mardi 4 octobre 2016

Andrée A. Michaud - Bondrée

Éditeur : Rivages - Date de parution : Septembre 2016 - 363 pages captivantes !

Eté 67. Le lac Bondary Pound près de la frontière de l’Etat du Maine et du Québec attire chaque été des vacanciers. Des habitués surtout des familles possèdent des petits chalets dans le camping. L’anglais, le français et québécois se côtoient. Bonbary Pound surnommé également Bondrée à cause du trappeur Landry qui s’est pendu presque trente ans plus tôt dans la forêt près du lac. Andrée Duchamp une fillette de douze ans admire secrètement Zaza et Sissy. Les deux adolescentes sont inséparables et insouciantes, elles  aiment s’amuser et tester leur pouvoir de séduction. Et leur beauté fait tourner la tête à bien des hommes.
Mais Zara disparaît. Elle est retrouvée morte, la jambe sectionnée par un vieux piège à ours.  Et quand vient le tour de Sissy, la thèse de l’accident est définitivement écartée. La peur gagne tous les esprits et l’ombre de Landry plane à nouveau
L’enquête est menée par Michaud et par son adjoint. Michaud qui porte le poids d’un crime d’une jeune femme non résolu.

Ce qui d’emblée s’apparente à un polar classique révèle de très bonnes surprises ! Mêlant différentes narrations dont celle d’Andrée qui avec son regard à mi-chemin entre l’enfance et cette volonté d’être considérée comme une « grande » donne une dimension particulière (faite des conversations surprises entre les adultes, de son imagination et de ses propres réflexions) et permet d'ajouter de la légèreté.
Une même scène peut donc être racontée par Andrée et par un autre narrateur : Michaud, un des vacanciers ou encore un narrateur omniscient. Bien des éléments captivent et en premier lieu l’écriture où des mots anglais, des expressions typiquement québécoises viennent s’ajouter naturellement et sans gêner la lecture. Une écriture très visuelle qui sait se faire poétique ou lyrique et qui décrit merveilleusement la nature ou encore la peur ou la tension.

Et il y a cette ambiance admirablement rendue sans décharger de l’adrénaline mais très palpable et que l‘on ressent comme si l'on y était. Même si quelquefois j’ai trouvé que les discernements d’Andrée ne correspondaient pas à une fille de douze ans mais bien plus, ce roman noir est à lire ne serait-ce que pour la superbe écriture d’Andrée A. Michaud  qui m'a ferrée et conquise ! Et bonus : pas de flic alcoolique et/ou névrosé mais un légiste qui récite du Shakespeare aux cadavres.
Que du bon !

Son mari s'absentait souvent de longues heures pour revenir l’haleine chargée d'odeurs de gomme d’épinette, les yeux remplis de lueurs prises à l'eau des ruisseaux où à l’œil des bêtes tapies dans l'obscurité verte des sous-bois. 

C'est ce qu'il avait dit aux parents et c'est ce qu'il écrirait dans son rapport, mort accidentelle, mort stupide, pour rien, dans la fleur de l'âge, puisqu'aucun élément tangible ne contredirait cette thèse et que le légiste n'avait relevé aucune anomalie au cours de l'autopsie, sinon un léger souffle au cœur, heart murmur, qui expliquait les joues rouges de la jeune fille quand elle demandait à son cœur de murmurer plus fort.

La mère et la fille n’avaient que leur colère à opposer à la mort et elles se réfugiaient dans une haine sans véritable objet pour éviter de tomber dans le gouffre où vous entraînent les larmes.

Un grand merci à Babelio !
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