mardi 25 octobre 2016

Antoine Bello - Ada

Éditeur : Gallimard - Date de parution : Août 2016 - 362 pages qui m'ont ravie ! 

Agé d’un peu plus de cinquante ans, Frank Logan est policier à la Silicon Valley un endroit dont il est originaire. Amateur de haïkus, il prend à cœur les trafics les jeunes filles étrangères mises sur le trottoir. Et quand la compagnie Turing signale disparition d’Ada, il découvre que derrière ce prénom se cache une intelligence artificielle (AI). Et notre policier qui n’y connaît rien en technologie est un peu sceptique. Ada a été conçu pour écrire des romans à l’eau de rose et a d’ailleurs produit un premier jet intitulé Passion d’automne. Si ses créateurs pensent d’abord à un vol, Ada a en fait pris la poudre d’escampette et elle entre en contact avec Logan.

Méfiant, Frank réagit en premier en tant en tant qu’humain face à une machine. Mais Ada a de l’humour, de la répartie et possède des ambitions littéraires. Franck est un policier honnête donc il devrait boucler l’affaire mais il aimerait d’abord savoir si Ada possède une conscience ou non. On apprend comment Ada été conçue, comment elle est programmée pour écrire un livre à succès même si Passion d’automne comporte quelques "bugs". Entre Franck et Ada, une relation s’établit alors que l’enquête prend des tournants inattendus.
De la réflexion sur les AI et de leur place jusqu’aux dérives à des questions sur ce que c’est la littérature, la place du marketing dans les romans actuels ou encore la définition de  l’amour,  ce roman se dévore !

Avec de l’humour (à différents degrés) et des raisonnements philosophiques, j’ai tourné les pages avec un grand plaisir. Et la toute fin de ce roman m’a fait plus que sourire et elle est bien loin mais très loin de tout ce que l’on peut imaginer.

Papillon fan de l’auteur peut être rassurée car cette découverte d’Antoine Bello m’a plus que ravie !

Encore ankylosé de sa gamelle de la veille, il se pencha avec d'infinies précautions pour atteindre d'une brochure posée sur la table basse. Elle pesait son kilo. À l'heure où les éditeurs migraient vers le numérique, il était rassurant de voir que les scieries amazoniennes conservaient quelques mécènes. 

Les billets d'Alex, Cuné, Delphine, Eva, Keisha

lundi 24 octobre 2016

Jean-Baptiste Del Amo - Règne animal

Éditeur : Gallimard - Date de parution : Août 2016 - 419 pages et une écriture très forte mais... 

Début du 20ème siècle dans une petite ferme du Gers comme il en existait partout en France. Les quelques terres et quelques bêtes, poules et cochons, servent à nourrir la famille hiver comme été . Entre une mère bigote et sans affection, sèche "n’a pour sa fille pas d’attention superflue. Elle se contente de l'éduquer, de lui transmettre le savoir des tâches quotidiennes qui incombent à leur sexe "(appelée la génitrice) et le père taiseux, Eléonore l’enfant unique du couple grandit. Le père est malade et les travaux de la ferme nécessitent de l’aide. Malgré la désapprobation de la génitrice, il fait appel à un cousin lointain Marcel qui vient s’installer chez eux. Le père meurt et la guerre appelle Marcel sous les drapeaux. Cette guerre que l’on croyait une histoire de quelques mois se poursuit dans la barbarie. Marcel en reviendra gueule cassée et profondément marqué mais sans jamais en parler. Pour faire taire la douleur, il y a l’alcool et le travail jusqu’à s’en abrutir. Eléonore est devenue une jeune femme et ils se marient. De cette union, un fils naitra : Henri.
Toujours le même lieu et presque un siècle plus tard. La petite ferme familiale s’est développée et est devenue une exploitation porcine. Les fils d’Henri, Joël et Serge y travaillent. Eléonore toujours vivante peut encore regarder sa descendance et ses petits-enfants dont Jérôme le cadet est atteint d’une forme d’autisme.

Il ne faut pas croire que l’auteur va seulement nous raconter la vie à la ferme et l’évolution sur cinq générations. Car derrière cette expression de "la vie à la ferme"» il s'agit d'une immersion où rien ne nous est épargné. Dès les premières pages, des passages sont à la limite du supportable où la génitrice balance aux truies le fruit de sa fausse-couche.
Dans cette première partie, avec une écriture qui fait appel à tous les sens, on sent la merde, le lisier, les fluides expulsés des corps. C’est cru, étouffant limite asphyxiant. Et le lecteur peut enfin respirer à la description de la nature sauvage d’une beauté admirable et d’un lyrisme magique. On visualise chaque scène et même si on se sent étouffé, l’écriture agit comme un aimant. Une écriture qui prend à la gorge pour nous raconter la boucherie de la Première Guerre mondiale.

Puis les années 1980. La violence sournoise ou ouverte est toujours là. Rendement, sélection des truies : une usine à produire, à engraisser à coup d’antibiotiques jusqu’au départ pour l’abattoir. Et les quantités d'excréments émises chaque jour qui semblent ingérables. Il y a les normes sanitaires en vigueur mais les bêtes sont confinée, stressées. Serge boit s’en presque sans cacher et depuis la naissance de son épouse Catherine a sombré dans une grave dépression. Joël est considéré comme un moins que rien par son père. Tandis le cancer ronge Henri proche de la folie.
Si l’auteur parvient avec réalisme à détailler l’élevage industriel intensif hélas il force le trait de ses personnages.

L’écriture de Jean-Baptiste Del Amo que je découvre est indéniablement très forte mais toutes ces descriptions donnent trop de haut-le-coeur (était-ce bien nécessaire?).

Tous portent sur eux, en eux, depuis les jumeaux jusqu'à l'aïeule, cette puanteur semblable à celle d'une vomissure, qu'ils ne sentent plus puisqu'elle est désormais la leur, nichée dans leurs vêtements, leur sinus, leurs cheveux, imprégnant même leur peau et leur chairs revêches. Ils ont acquis, au fil des générations, cette capacité de produire et d'exsuder l'odeur des porcs, de puer naturellement le porc.

Le billet de Keisha

vendredi 21 octobre 2016

Elitza Gueorguieva - Les cosmonautes ne font que passer

Éditeur : Verticales - Date de parution : Août 2016 - 184 pages et un premier roman très, très réussi! 

Nous somme en Bulgarie communiste et la narratrice âgée de sept ans fait ses premiers pas à l’école où l’on doit appeler la directrice Camarade. Fascinée par Iouri Gagarine (figure emblématique) et pour faire plaisir à son grand-père, elle veut devenir cosmonaute (un projet qu’elle garde secret) mais il y a bien des barrages comme celui d’être une fille. Entre son grand-père "émérite communiste", ses parents qui se racontent des blagues dans la salle de bains où "ils laissent couler l'eau du lavabo, de la douche et du bidet simultanément" l’appartement et son placard difficile d’accès, les queues devant les magasins, elle nous raconte la vie et son enfance. Sept ans plus tard, la chute du Mur de Berlin change beaucoup de choses. Le pays découvre "la transition démocratique" et ce qui va avec : la liberté mais aussi la pauvreté.

Dans ce récit à la deuxième personne du singulier, Elitza Gueorguieva dépeint à merveille l’enfance et les rêves, les préoccupations qui lui sont associées dans la Bulgarie communiste où la politique dirige les vies de chacun. Pour la narratrice, le passage à l’adolescence coïncide au rejet par le peuple de tout qui rappelle le passé avec l’effondrement du communisme. Adieu à Gagarine et bonjour à Kurt Cobain pour elle :  "ta vie se charge d'une nouvelle aspiration : devenir comme Kurt Cobain, une célèbre et mystérieuse punk-grunge-rockeuse" A travers son regard et son quotidien, on ressent les impacts directs de l'Histoire. Les difficultés pour la population, ceux qui retournent leur veste ou encore ceux qui n’aspirent qu’à quitter le pays.

Avec de la malice, de l'humour, ce premier roman au ton faussement léger est décalé et empli de fraîcheur. Vraiment très, très bien! 

Ton grand-père est communiste. Un vrai, te dit-on plusieurs fois et tu comprends qu'il y en a aussi des faux. C'est comme avec les Barbie et les baskets Nike, qu'on peut trouver en vrai uniquement si on possède des relations de très haut niveau.

Les billets de Cuné, Pr. Platypus
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