vendredi 4 novembre 2016

Julia Heaberlin - Ainsi fleurit le mal

Éditeur : Presses de la Cité - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Cécile Leclere - Date de parution : Septembre 2016 - 558 pages et une déception.

A l’âge de seize ans,  Tessa a échappé de peu à un tueur. Les autres jeunes filles enlevées n’ont pas survécu. Le criminel les avait laissées dans une fosse avec des marguerites. Son témoignage à a conduit un jeune homme dans les couloirs de la mort. Vingt ans plus tard Tessa est une jeune femme et mère d’une ado. Mais un matin elle découvre dans son jardin des marguerites jaunes fraîchement plantées.

Les jeunes filles mortes hantent toujours Tessa par leurs voix. Alternant passé avec le choc traumatique (ses entretiens avec un psy) et présent où elle revient sur ses accusations, ce livre n’a pas su m’accrocher et me convaincre. Trop lent sans susciter une tension, des détails à foison sans intérêt ou sans importance pour l'intrigue et une écriture trop banale. Curieuse de connaitre le dénouement et parce que le sujet de la peine de mort est un des thèmes de ce thriller, j’ai poursuivi ma lecture. C’était une erreur. Déçue.

Le billet de Valérie

jeudi 3 novembre 2016

Alain Claude Sulzer - Post-scriptum

Éditeur : Jacqueline Chambon - Traduit de l'allemand par Johannes Honingmann - Date de parution : Septembre 2016 - 279 pages et une très découverte ! 

1933. Acteur autrichien connu en Allemagne, Lionel Kupfer presque cinquantenaire séjourne dans un hôtel alpin en Suisse en attendant de tourner sous peu dans un prochain film. Ce n’est pas la première fois qu’il y vient entre deux tournages. Le personnel est discret mais il peut mesurer l‘étendue de sa notoriété. Au bureau de poste du village, un jeune homme Walter espère le rencontrer car il l’admire. Dans ce luxueux hôtel, Lionel s’ennuie et attend des nouvelles de son amant Eduard.

Alors qu’ils sont de deux mondes opposés, Walter et Lionel vont faire connaissance et entamer une liaison. Walter porte à Lionel un amour sincère et démesuré mais la venue d'Eduard va tout bouleverser. Il est venu apporter une nouvelle à Lionel : le prochain film où il devait jouer se fera sans lui car il est juif. Lionel s‘exile aux Etats-Unis où son nom ne lui ouvre aucune porte.

Se déroulant sur plusieurs époques, ce roman possède indéniablement un charme élégant. La finesse de l’écriture (et donc l’excellente traduction nous immerge) par des focus dans la vie de Lionel mais également dans celle de Walter. C'est précis sans tomber dans les excès de détails et l'auteur dépeint à le panel des sentiments et des émotions  : l'amour, la jalousie, l'orgueil blessé tout comme la honte, la stupéfaction  (je pense par exemple à la mère de Walter qui découvre l'horreur des camps de concentration) ou encore la sensualité d'une voix. Et le titre prend tout sa signification dans les dernières pages.

A travers  ces destins, Alain Claude Sulzer dépeint l’homosexualité interdite, les différences de classe sociale. Une belle découverte ! 

Il jouait. Il jouait la comédie, comme s'il savait que la semaine allait un jour forcément atteindre les masses qui étaient à ses pieds comme au début. Il jouait comme s'il était filmé, comme si ce qui se déroulait ici obéissait aux instructions d'un scénario et d'un réalisateur invisible. Procéder à des changements, c'était du domaine du possible. Quand certains détails ne collaient pas, on modifiait les passages concernés. On rejouait la scène une deuxième, une troisième fois.(...) Jouer - simuler–redonnait à Kupfer le semblant d'assurance qu'il avait perdu l'espace d'un instant. une attitude assurée et des gestes assez réfléchis pour paraître naturel étaient indispensables. Un dernier geste à l'ancienne avant de sortir du plan, avant le nouveau départ incertain, le brouillard impénétrable. Dans le temps, il aurait glissé l'oeillet à sa boutonnière. Mais "dans le temps", c'était fini pour toujours. Le passé était contenu dans le geste qu'il avait omis de faire.

mardi 1 novembre 2016

Marie Darrieussecq - Etre ici est une splendeur

Éditeur :P.O.L. - Date de parution : Mars 2016 - 148 pages magnifiques ! 

J’ignorais tout de Paula Paula Modersohn-Becker avant ce livre que lui a consacré Marie Darrieussecq. Il s'agit d'une peintre allemande née en 1876 et qui mourut à l’âge de 31 ans suite à son premier accouchement compliqué.
Ce livre n’est pas une biographie classique "j’écris à mon tour cette histoire, qui n’est pas la vie vécue de Paule M. Becker mais ce que j’en perçois, un siècle après, une trace ». L'auteure nous fait découvrir le travail de l’artiste, elle nous transmet également son admiration pour cette femme qu’elle n’a pas connue et qui lui manque. Paula s'affranchit des oeillères dans un monde d’hommes et veut s’émanciper tout en étant partagée par l'envie d'un couple stable et son désir de liberté . Très proche de l’écrivain Rilke époux de son amie Clara, Paula aime Paris et elle y séjourne régulièrement  travaillant dans son atelier, elle est «"une bulle entre deux siècles ». Elle peint, vite , comme un éclat» et à travers sa correspondance et son journal intime, on la devine et on l’imagine. Elle renaît à travers les mots en tant que peintre et que femme.

Voulant être quelqu’un, passionnée et vivant intensément pour la peinture "Un seul but occupe mes pensées, consciemment et inconsciemment"."Oh, peindre, peindre, peindre" , elle fut la première peintre à réaliser des nues de femme et d’elle-même. Montrant ainsi les corps des femmes comme ils le sont sans le désir masculin ajouté.

Avec des réflexions portant sur les femmes, ce livre est vibrant de finesse et de sensibilité.
Magnifique ! 

Les femmes n'ont pas de nom. Elles ont un prénom. Leur nom est un prêt transitoire, un signe instable, leur éphémère. Elles trouvent d'autres repères. Leur affirmations au monde, leur "être là", leur création, leur signature, en sont déterminés. Elles s'inventent dans un monde d'hommes, par effraction.

Les billets d'AlexCath, Laure, MargotteSabine.

Lu de Marie Darrieussecq : Il faut beaucoup aimer les hommes
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