lundi 14 novembre 2016

Harry Parker - Anatomie d'un soldat

Editeur: Bourgois - Traduit de l’anglais par Christine Lafferière - Date de parution : Août 2016 - 407 pages puissantes et touchantes !

Lors d’une mission dans un pays jamais nommé, le capitaine Tom Barnes pose le pied sur une mine artisanale. Gravement blessé et ayant perdu une jambe, il est rapatrié en Angleterre où les médecins sont obligés d’amputer son autre jambe.

Au lieu de passer par un récit classique, l’auteur  fait parler des objets. Quarante-cinq en tout "conçus pour assister, observer ou nuire" pour raconter l’histoire de ce soldat : le drame, la convalescence et la reconstruction. Sans suivre une linéarité et sans pour autant perdre le lecteur, à travers quarante-cinq chapitres, chaque objet (garrot, mine, sac à main de sa mère, une paire de baskets d’un jeune insurgé, gilet pare-balle, , prothèse, engrais ayant servi à la construction d’une mine) rend compte des comportements et des sentiments. Et on se prend des émotions en pleine figure ! La peur, la douleur, l'acceptation, les moments de doute l’espoir mais aussi de l’humour.
Raconté du point de vue des soldats mais aussi des insurgés et de la population, il n’y pas de vainqueur ou de héros. Juste des hommes.
Sans pathos, intense,  j’ai eu la gorge serrée d’émotions), ce livre est lumineux car c’est un homme qui au-delà des difficultés rencontrées ( physique, psychologiques) se reconstruit.

Un premier livre absolument maitrisé, réussi et puissant! Anatomie d'un soldat et pour moi la bonne surprise de cette rentrée littéraire. Un  roman qui sort des sentiers battus par son approche et par la qualité du style.  J'ai été plus que touchée !

L'auteur Harry Parker a perdu ses deux jambes en sautant sur une mine en 2009 en Afghanistan.

Il en mourrait d'envie : l'envie folle d'être de retour là où il était hors de danger, où il n'avait aucune responsabilité et n'était pas exercer à faire quoi que ce soit de tout cela. Là où il n'avait plus à mener quiconque de l'autre côté de la porte. Il regrettait d'avoir à le faire. C'était son moment intime de lâcheté, avant que la journée ne devienne réelle. Il a laissé cette lâcheté se répandre et en fut gêné, même si personne n'en saurait jamais rien.

- Vous, les gars, vous êtes tellement courageux. 
- Pas courageux, a dit Tom. J'ai seulement marché sur le mauvais bout de terrain. 

 Le billet de Jérôme

samedi 12 novembre 2016

Rencontres d'Eric Vuillard et de Laurent Mauvignier chez Dialogues

Dialogues nous concocte de belles rencontres au café de la librairie. Fin octobre, Eric Vuillard est venu parler de son nouveau livre 14 Juillet. Et la semaine dernière, c’était au tour de Laurent Mauvignier (auquel je suis fidèle) pour Continuer. J’avais enregistré les questions-réponses mais damned mon portable a eu un petit souci… Donc je vais retranscrire de mémoire et brièvement ces deux rencontres.

Ecrivain et cinéaste, Eric Vuillard dans son nouveau livre s’intéresse au 14 juillet du point de vue de la foule. Il a beaucoup lu sur le sujet et il s’est intéressé à cette émeute populaire sans chef et victorieuse (chose peu fréquente dans l’Histoire). Pour lui, citer les noms (il s’est plongé dans les archives) des gens du peuple était important car ce sont des noms de famille de gens ordinaires.
Eric Vuillard est passionnant et passionné !

Eric Vuillard


Laurent Mauvignier dans son précédent livre Autour du monde parlait du voyage et de la mondialisation. Il avait envie de renouer avec des personnages sur un temps plus long. Ici, le voyage dure plus de trois mois et l’introspection, le paysage sont présents. Ecrire une histoire entre deux générations lui tenait à cœur.  Il n’est jamais allé au Kirghizistan (il s’est renseigné sur ce pays) et pour lui ce qui compte c’est que le lecteur ait le sentiment d’y être. Ce qui l‘intéresse, c’est de parler de l’intimité de ses personnages. Les moments d écriture (principalement la nuit) sont aussi des moments où il n ‘écrit pas et où il accueille les personnages, les situations, les émotions. Pour lui, ce sont les images qui font les personnages (il a visualisé le personnage de Sybille dans son peignoir). Il dépose dans ses romans des situations anecdotiques vécues qu’il appelle ses petits cailloux.
Laurent Mauvignier est un auteur très accessible dont on sent la sensibilité et l'envie d'explorer l'humain.
Une rencontre remplie d'émotions !
Laurent Mauvignier


Merci Laurence, merci Dialogues!

vendredi 11 novembre 2016

Hugo Boris - Police

Editeur : Grasset- Date de parution : Août 2016 - 198 pages et un avis très, très mitigé. 

Trois policiers et une mission qui sort de l’ordinaire en fin de journée. Conduire au centre de rétention de Roissy un homme pour une expulsion du territoire. Dans la voiture, Virginie qui a repris du service après son congé maternité outrepasse ses fonctions et ouvre l’enveloppe contenant le dossier de l'homme. Elle lit que dans son pays le Tadjikistan, il a été torturé. Il est calme et ne dit rien assis à l’arrière. Ses deux autres collègues policiers Erik et Aristide sont plongés dans leurs pensées.

"Il n’y a pas marqué assistante sociale, ni avocate, ni infirmière. Il y a marqué police" sur son uniforme et pourtant Virginie doute de ce qu’ils font. A la rigueur mais la suite, ces trois policiers qui sont prêts à laisser partir cet homme : je n’y ai pas cru un seul instant. Certes, Hugo Boris dépeint parfaitement le quotidien de ces policiers.
La fatigue, le travail peu gratifiant qui colle à la peau où "l’on se prend de plein fouet, sans filtre, tous les problèmes dans lesquels se débat ce pauvre monde". En plus,  on  a l'impression d'être dans cette voiture de police, de ressentir l'atmosphère .
Pour moi, ce sont les seuls points positifs de ce livre. Et je trouve dommage que l'auteur n'ait pas développé le personnage du clandestin.

Le billet de Laure qui renvoie à plein d'autres liens.

Lu de cet auteur : Trois grands fauves
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