samedi 17 octobre 2009

DOUBLE JE

Si j’écris que je me pose des questions comme par exemple, à savoir si j’ai réussi ou échoué dans ma vie : enfants, tissu ou réseau social, l’étiquette dépressive ou névrosée ne tardera pas à apparaître. Parce que si j’écrivais tout ce que j’ai à dire, tout ce qui se cache derrière Clara, forcément l’écorchée à vif que je suis, bien que je n’aime pas ce terme, parlerait à ma place. Une rescapée ou une accidentée de la vie ? Ou alors un phalène, ces papillons de nuit qui virevoltent autour de la lumière la nuit et qui finissent par se faire mal. Le double-je qui sommeille en moi va aller consigner tout cela autre part mais pas sur ce blog. Des feuillets informatiques, des pages de mots qui iront s’échouer ou espérer au fond d’un tiroir ou sur un autre blog complètement anonyme.

Bon, je remets mon masque de Clara qui me sied à merveille pour jouer mon rôle attendu par les convenances et pour ne pas choquer ou heurter la bonne morale. En tant que mère de famille, je dois montrer que tout va bien, que jamais, ô grand jamais, les mots peuvent faire mal et qu’ils peuvent plus que blesser.

Selon les bons usages, je ne vais pas crier sur tous les toits ou plutôt raconter certains pans de ma vie. Imaginez-vous, le désordre que cela provoquerait surtout ici à Brest. Le Brest qui me fait vomir par ses soi-disant bonnes pensées, le Brest moralisateur qui pointe du doigt et qui juge.

Ce Brest de gens respectables qui se promènent comme il se doit le samedi après-midi au centre ville en famille. On les reconnaît facilement : l’épouse arbore 365 jours par an un serre-tête sur sa coupe au carré. Le serre-tête se permet, au gré ses saisons, quelques fantaisies mais jamais extravagantes : des poids ou à la rigueur des rayures. Elles portent aussi bien le pantalon de toile beige ou bleu marine, coupe mi-mollets, que la jupe toujours d’une longueur convenable. Le tout agrémenté de chaussures à talons plats ou de chaussures bateau. Vous leur rajoutez un imper ou une veste d’un coloris neutre, et enfin l’indispensable accessoire le sac Longchamp à la main. Ah, et pour compléter ce beau portait de famille : les enfants. Au minimum, la fratrie en comporte trois et là, excusez-moi, mais ils sont beaux. C’est vrai, les petites filles à la coupe au carré (comme maman) ou avec une queue de cheval sont les représentations miniatures des images d’Epinal. Et, les petits garçons ont toujours un bermuda même en hiver. Le sang digne qui coule en eux et leur nom à rallonge (Pierre-Hugo De la Valentière Du Plessis) les protège forcément du vent froid. Scout toujours !

Certains vont clamer que je fais de la discrimination. Non, j’observe et j’écoute. Je les entends dire, et non se vanter, « que le cadet de la famille a intégré le Lycée Naval », « que Marie-Charlotte fera de la musique l’année prochaine au Conservatoire » car cela va de soi.

Je m’en fiche de leurs tenues, je m’en amuse à vrai dire mais les esprits étriqués m’agacent et me révoltent. Surtout quand ces bonnes âmes vont prier à l’église, genoux à terre, et cultivent en fond de religion, le mépris social.

Alors, chut, silence, je me tais …. Et je laisse place au ton dynamique et enjoué celui qui plait et qui sait battre la mesure.
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