jeudi 3 mars 2011

Tatiana de Rosnay - Rose

Éditeur : Héloïse d'Ormesson - Date de parution : 03/03/2011 - 248 pages

Paris, 1868. Rose Bazelet reçoit une lettre du préfet qui la bouleverse. Sa maison située sur le tracé du boulevard St Germain doit être détruite. Veuve depuis 10 ans, elle confie par écrit  à son défunt époux Armand son combat quotidien pour garder leur demeure rue Childebert.
Et oui, il s'agit du nouveau livre de Tatiana de Rosnay et nul doute qu'on va en parler beaucoup. Alors, je vais essayer de ne pas en dire de trop...
Avec ce livre, l'auteure nous plonge dans Paris sous le Second Empire. Le Préfet Haussmann veut une ville neuve  avec de grands boulevards. Un Paris propre doté d’assainissement des égoûts. Une révolution qui s’effectue avec la destruction entière de quartiers. La maison de Rose Bazelet  doit être détruite. Une maison chargée de souvenirs et qui a une âme. Dans une écriture élégante et raffinée, Rose nous décrit ce Paris d’avant, son quartier et sa vie. Alexandrine, la fleuriste avec qui elle nouera une amitié très forte, Mr Zamaretti, le libraire qui lui fera découvrir Faubert, Baudelaire ou encore Zola. Gilbert, le chiffonnier qui l'aidera à rester cachée. On ressent tout l’amour, l’attachement de Rose pour cette demeure. Au fil des pages, sa personnalité s’affirme et la femme se dévoile.  Roman épistolaire où l’on découvre également des lettres reçues par Rose, d’autres thèmes son abordés : l’amour, la solitude, les relations mère-fille et les non-dits. Car malgré les apparences d’un bonheur tranquille, il y a des points qui font mal et un secret inavoué à son mari. Voilà, je n’en dirai pas plus...
Alors oui, je me suis laissée porter par ce roman qui a un goût de nostalgie. Une déclaration d’amour sous la forme  d’une plongée dans ce Paris où les références à la Curée de  Zola sont incontournables. Petit bémol : j’ai deviné très vite le secret de Rose et l’effet de surprise a été gâché. Par contre, le fin mot du livre est beau  et terrible.
Merci à l'ami BOB pour ce partenariat !

mercredi 2 mars 2011

Sibylle Grimbert - Le vent tourne

Éditeur : Leo Scheer - Date de parution : 02/01/2011 - 254 pages tourbillonnantes...

Un dîner chic chez des gens chics. Pourrait-on dire. Un dîner avec des invités comme il faut pour une soirée réussie. Quand  Edmond s’y rend, il pressent que le vent va tourner en sa défaveur. En effet, son meilleur ami le dédaigne, sa femme  le délaisse.  Benjamin, la trentaine, fils d’un chef d’entreprise croit que son jour de gloire a enfin sonné. Tout ce petit monde s’attend à une soirée convenue sans un mot de travers. Sauf que le ballet des petits-fours,  des conversations, des amitiés et des amours va prendre une tournure inattendue…
Et l’auteure a réussi un pari sans même le savoir. Vous savez tous que j’aime les écritures aux phrases courtes, concises. Pourtant le style de cette auteure est à l’opposé. Et qui dit phrases longues, dit « bibi qui se lasse et qui finit par décrocher au bout d’un moment ». J’admets qu’il  m’a fallu me faire à ce style, l’apprivoiser. Pas longtemps. Le temps des deux ou trois premières pages et ensuite il s’agit de l’écriture de Sibylle Grimbert qui m’a accrochée. Pari gagné, renversement de situation comme l’histoire de ce livre (quelle transition réussie!). J’aime quand les personnes guindées sont bousculées, quand les convenances bobo  sont malmenées, que tout ce petit monde bien propre, bien soigné et dûment installé sur ses lauriers de la réussite sociale soit remué. Les personnalités jusqu’ici muselées apparaissent, les langues se délient et les masques tombent. Le temps d’une soirée où Marianne voit ses invités se trémousser  sur  la danse des canards (oh, l’horreur !), où Edmond, éditeur, refuse un manuscrit qui finit dans un seau à champagne. Mais surtout le temps que Benjamin le fils écrasé et dominé par son père se  donne l’illusion d’avoir les rênes en mains, le temps de croire qu’il peut exister par lui-même. Les amitiés changent de camps, on se toise puis oui on se soutient dans l’adversité. Mais une soirée est éphémère et quand chacun enfile son manteau, les « on s’appelle, promis ? » sont vite oubliés. Sibylle Grimbert décrit cette danse endiablée où les personnages s’entrechoquent, se heurtent et tombent. Pas à coups de couteaux de boucher mais avec une finesse grinçante d’ironie.  
Une belle découverte !
Le billet de Livrogne.
Il fallait s’observer avec le même regard que celui qu’on porte sur un étranger croisé dans la fils d’un bureau de tabac ou sur un passage piétons, avec indifférence, sans intériorité, sans ce ramassis d’espoirs et de déceptions, sans toutes ces histoires particulières qui nous rendent si singulières à nos propres yeux.

mardi 1 mars 2011

Sebastian Barry - Le testament caché

Éditeur : Folio - Date de parution : 20/01/2011 - 410 pages

L’hôpital psychiatrique de Roscommon va être détruit. Le docteur Grene, psychiate,  doit évaluer les patients pour savoir s’ils sont aptes ou non à réintégrer la société. Le cas de la  pensionnaire Roseanne McNulty lui cause des soucis. Cette femme âgée  de cent ans, elle ne sait plus trop son âge, a passé plus de la moitié de sa vie entre ces murs.  Et personne ne sait plus pourquoi elle y avait été admise.
Je suis toujours attirée par l’histoire de l’Irlande, par cette terre à l’aspect rude fouettée par la mer et  le vent. Aussi quand j’ai vu cette nouveauté de janvier en poche, l’appel du cœur a été plus fort que celui de la raison. Eh oui ! Faible je suis, faible je resterai…  Alors, ai-je eu raison de faire taire la voix de la  sagesse déguisée en Euros sonnants et trébuchants ?
Ce livre alterne les cahiers du docteur Grene et ceux de Roseanne. La vieille femme a décidé d’écrire son histoire en cachette. Parallèlement, le docteur Grene consigne ses entretiens. Et si Roseanne prétend  ne plus savoir pour quelle raison elle a été admise,  il s’agit  une femme totalement saine d’esprit qui se dévoile par écrit. Cette femme enfermée dans ces murs depuis au moins cinquante ans  porte en elle une partie de l’histoire tourmentée de son pays. Elle nous fait revivre des années sombres : le déchirement d’un pays, les luttes politiques et religieuses. Le père Gaunt, fervent catholique et tyran qui désapprouve toute autre forme de religion, utilise la foi et la crainte qu’elle aspire. Fille de presbystérien, Roseanne  en subira  de lourdes conséquences.  Le récit du docteur Grene m’a moins intéressé : son mariage qui a sombré, ses doutes… J’y ai trouvé des longueurs. Par contre, les  recherches qu’il entreprend sur Roseanne m’ont presque tenu  en haleine  car les résultats  qu’il obtient ne corroborent pas toujours  les faits relatés par Roseanne.
Fait magnifique, cette femme dont la vie a été brisée écrit sans haine… Autre bémol : j’avais deviné le fin mot de l’histoire. Un avis mitigé mais une  plongée dans l’Irlande grâce aux carnets de Roseanne  et à l’écriture envoûtante de Sebastian Berry.  A découvrir quand même !