vendredi 16 novembre 2018

Abnousse Shalmani - Les exilés meurent aussi d'amour


Editeur : Grasset - Date de parution : Août 2018 - 400 pages et un plaisir de lecture!

Alors qu’elle est âgée de 9 ans, le monde de Shirin change brutalement, sa famille a quitté Téhéran après la révolution islamique. A Paris, ses parents et elle sont hébergés par la famille de la mère de Shirin dans un logement minuscule bien loin des fastes de leur vie passée.

De son poste d’observation sous le canapé, Shirin observe et écoute les adultes : ses tantes dominatrices, sa mère qui se plie aux volontés de ses sœurs, son père effacé et un grand-père déclinant.  Cette famille iranienne un peu foutraque tangue entre la nostalgie de l’Iran, ses convictions politiques communistes et des querelles familiales passées sous couvert du silence ( les relations familiales sont bien plus complexes et bien plus plus néfastes qu'il n'y paraît).
Eprise de liberté,  Shirin se construit et s’affranchit des lourds carcans familiaux en puisant dans les deux cultures.

En mêlant le part imaginaire du regard de l'enfant, la voix de l'adolescente qui cherche à s'affirmer et celle  de l'adulte qui regarde le passé avec un oeil éclairé,  ce roman sur l'exil a une voix vive et relevée tout comme l'écriture d’Abnousse Shalmani ! Et si l'on est amené à sourire des situations drôles ou cocasses, on est également interloqué et touché.
J'ai beaucoup, beaucoup aimé ce roman foisonnant !

A court terme, nous avons chacun fui à notre manière. Nous étions incapables de claquer la porte à cette famille de merde, touchée par la maladie du chuchotement  : elle était tout ce qui nous restait dans l'exil.

Il est impossible de pleurer la nostalgie, c'est l'hymnne national de l'exil. L'exil est une identité, un langage, un passé sans avenir.

Les billets de Delphine, Eimelle, EveLeiloona, JoëlleSylire, TLivre.
Un livre lu via Netgalley.

mercredi 14 novembre 2018

Sinan Antoon - Seul le grenadier


Editeur : Actes Sud - Date de parution : Février 2017 - Traduit de l'arabe (Irak) par Leyla Mansour - 320 pages à lire.

A Bagdad, le père de Jawad est laveur de corps, il prépare les défunts pour leur dernière demeure. Dans cette famille chiite, ce métier s’exerce depuis des décennies de père en fils et le père de Jawad aimerait que son fils prenne la relève. Mais Jawad est attiré par la sculpture et il entame des études d’arts plastiques. Alors que l'Irak subit les différents conflits et leurs violences inhérentes, Jawad voit ses souhaits s’éloigner.

De l’adolescence à l‘âge adulte, on suit Jawad avec en toile de fond Bagdad meurtrie et violentée par des années de conflits. Entre des drames comme la mort de son père qui l'oblige à le remplacer bien loin de l'avenir qu'il s'imaginait et des déceptions, la voix de Jawad nous plonge dans Bagdad, dans la vie des habitants au quotidien avec un réalisme frappant (les coupures d’électricité, l’embargo).
Ses émotions et ses sentiments comme la résignation "Mais nous attendions les guerres comme d'autant attendent un invité qu'ils connaissent parfaitement; ils préparent tout ce qu'il faut pour rendre son séjour agréable" sont parfaitement rendus tout comme son cheminement personnel.

Avec sensibilité, l’auteur nous livre des belles réflexions sur le désir d'affranchissement de Jawad qui pour autant ne veut pas renier les traditions, sur la vie et la mort intimement liées.
L’écriture de Sinan Antoon adoucit les scènes très dures et confère une beauté à la solennité des gestes, des rituels des laveurs de corps.
Les dernières pages sont tout simplement superbes et émouvantes. Une lecture saisissante par bien des aspects !

lundi 12 novembre 2018

Hernan Diaz - Au loin


Editeur : Delcourt Littérature - Date de parution : Septembre 2018 - Traduit de l'anglais (États-Unis) par Christine Barbaste - 277 pages et un plaisir de lecture !

Au milieu du XIX siècle, deux frères suédois Hâkan et Linus quittent leur pays pour rejoindre l’Amérique. Mais lors de l’embarquement, ils sont séparés. Linus a bien pris le bateau pour New-York tandis qu’Hâkan, sans le savoir, vogue en direction de San Francisco. Hâkan n’a qu’une idée en tête, rejoindre New-York pour retrouver son frère.

Ainsi commence une longue épopée pour Hâkan. Alors qu’il ne parle pas anglais, une famille irlandaise de chercheurs d’or le prend sous son aile. Il les accompagne dans leur quête avant de se faire enlever. Et ses aventures sont riches en surprises mais aussi en  embûches tout comme ses rencontres ( j'ai particulièrement apprécié celle avec un scientifique naturaliste qui lui apprend des bases d'anatomie). Au fil des années, par sa taille démesurée et par sa force Hâkan acquiert une renommée légendaire à ses dépens. Peu à peu pourchassé, se cachant des hommes et les fuyant,  il sillonne seul l’Amérique des déserts aux plaines en passant par les canyons dans une nature souvent hostile "exister était un travail à temps plein".

Porté par une belle écriture et malgré quelques toute petites longueurs, j'ai pris beaucoup de plaisir à la lecture de ce roman aux accents tristes. Même s'il a un petit goût de western (des bandits, des indiens), ce livre s'intéresse au cheminement intérieur d'Hâkan, sa relative naïveté s'estompe pour disparaitre et son regard envers ses semblables évolue.
Avec des descriptions superbes de la nature ( les amoureux des grands espaces vont se régaler), Hernan Diaz nous offre non seulement un personnage touchant et attachant mais aussi une fin inattendue. 

En outre, Hâkan avait appris que la pitié était un sentiment insatiable - une fausse vertu, affamée de toujours plus de souffrances pour montrer combien elle pouvait être infinie et sublime.

Les billets (et des avis différents) d'Eve, Jérôme, Kathel, Krol, Mimipinson, SandrineSylire.