mercredi 13 novembre 2019

Valeria Luiselli - Archives des enfants perdus

Éditeur : Editions de l'Olivier - Date de parution : Août 2019 - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Nicolas Richard - 540 pages

Ils sont quatre à effectuer un périple en voiture à travers les Etats-Unis pour rejoindre le Sud. Une voiture avec en son bord les deux  parents et leurs deux enfants de dix et cinq ans nés d'unions respectives, et dans le coffre des boîtes d'archives contenant livres, enregistrements et un joyeux fatras. Une famille recomposée  où le père poursuit sa quête professionnelle sur Geronimo et sur les Apaches, et où la mère veut constater par elle-même le sort des enfants sud-américains immigrants,  des  enfants souvent  refoulés près de la frontière mexicaine et séparés des leurs.

Ce roman est absolument étonnant et fascinant de la première à la dernière ligne tant par sa forme que par ses propos. Valeria Luiselli mêle l'histoire intime de cette famille à celle des Etats-Unis et à sa politique migratoire actuelle.  On est sur la trace des indiens, on plonge dans l'Amérique  d'hier et d'aujourd'hui,  on sourit des descriptions si précises sur le comportement des deux enfants, de leurs mimiques et  de leurs discussions.  Et l'auteure nous livre bien plus que des réflexions. A travers la voix de la mère puis celle du garçon, il y a leurs visions, leurs perceptions du monde et de celle de leur famille qui vit sans le savoir son dernier voyage.

Il y a une grâce dans cette écriture où l'imaginaire côtoie le réel, une sincérité qui m'a bouleversée et  une musicalité envoûtante. Une beauté et une fragilité que l'on ressent viscéralement, des sons qui nous enveloppent et qui contrastent avec l'horreur du sort réservé à certains de ces enfants qui ont perdu le droit à l'enfance.
Un livre où des enfants se construisent et d'autres se perdent, un livre où les sons oubliés ou en passe de le devenir sont capturés et archivés,  un livre dont l'écho résonne et vous habite longtemps.

C'est subtil, intelligent et puissant bien loin d'une enquête de type journalistique. Un coup de coeur émaillé de références littéraires, de photos et de notes qui en font une lecture rare.

Une carte est une silhouette, un contour qui regroupe des éléments disparates, quels qu'ils soient. Cartographier c'est aussi un moyen de rendre visible ce qui habituellement n'est pas vu.

Les billets de CunéFanny et de Papillon.

vendredi 8 novembre 2019

Olivier Adam - Une partie de badminton

Éditeur : Flammarion - Date de parution : Août 2019 - 400 pages

Olivier Adam faisait partie des auteurs dont je lisais systématiquement (ou presque) ses romans. "Lisais" à l’imparfait car oui il y a eu un désamour ou plutôt une overdose de ses thèmes de prédilection. Les lisières ayant été de trop, je le boudais. Une partie de badminton m’a intriguée par son titre et sans lire la quatrième de couverture, je me suis lancée (je vis dangereusement) à le lire.

Alors me direz-vous ? Si Olivier Adam ne s’est toujours pas converti au roman léger et bien il fait preuve d’une jolie auto-dérision avec son personnage de Paul Lerner. Cet écrivain revenu en Bretagne près de Saint-Malo a connu le succès et à quarante-cinq ans, il croyait que ses livres allaient lui assurer un bel avenir. Lui qui avait embarqué sa femme et ses deux enfants en Bretagne a eu envie de retourner vivre à Paris. Sauf que l’argent s’est tari comme la vente de ses livres : adieu la vie parisienne et re-bonjour les terres bretonnes. Parce qu’il faut faire faire bouillir la marmite, il travaille comme journaliste local, sa femme souvent absente jongle entre ses cours de prof et un centre d’accueil aux migrants. Leur fille Manon adolescente regrette amèrement Paris et l’exprime à sa façon tandis que son frère âgé de dix ans s’est très bien adapté. Pour Paul, sa vie d’écrivain est du passé et il se questionne. A-t-il fait les bons choix pour lui et pour sa famille ?

Il y a du piquant, des réflexions joliment menées et  d'autres beaucoup moins. Et selon moi,  la fin tombe dans des clichés rocambolesques. Mais j’ai aimé ce Paul Lerner avec ses interrogations sur sa vie, sur son rôle de père et celui d’époux mais aussi avec toutes ses ambiguïtés.  Dans ce portrait d'un homme et de notre société, l'auteur m'a surprise par l'humour dont il fait preuve. Malgré des défauts, ce roman m'a presque réconciliée avec Olivier Adam.

S'était ensuivie une plongée rapide dans le seaux saumâtres de la dépression.C'était la combientième au fait ? La cinquième? dépression n°5. By Lerner. Paris.

Cuné  est plus enthousiaste.
Lu de cet auteur : A l'abri de rien - Des vents contraires - FalaisesLe coeur régulier - Les lisières

lundi 4 novembre 2019

Marlen Haushofer - Dans la mansarde

Editeur : Actes Sud - Traduit de l'allemand par Traduit par Miguel Couffon - Date de parution (poche) : Août 2019 - 220 pages

Cherchant à capturer au mieux  les oiseaux sur papier, la narratrice s'échappe physiquement et mentalement dans la mansarde de sa maison. Un refuge pour cette femme mariée entre deux âges  dont le quotidien est quasi immuable. A priori, on serait tenté de croire qu'il ne se passe pas grand chose et que ses états d'âme tout comme ses observations sont anodins.

Sa routine est soudainement brisée par d'étranges enveloppes qu'elle reçoit. Il s'agit de son journal intime qu'elle tenait dans sa jeunesse alors qu'elle  s'était retrouvée brutalement atteinte de surdité. Son mari avait décidé alors pour elle d'une convalescence dans un endroit au coeur d'une forêt.La narratrice peut donner l'impression d'être en partie absente de sa vie, elle se conforme aux choix et à la volonté de son mari. Son manque d'émotions et son détachement vont lentement se fissurer.

Dans ce récit qui s'étale sur huit jours précisément, la fracture  entre son existence bourgeoise et ses réflexions intimes se dessine lentement. Le couple, la maternité, la famille et les difficultés qu'elle éprouve sont autant de thèmes abordés dans ce roman.

Cette lecture troublante distille un trouble grandissant renforcé par le contraste entre les descriptions de la nature et les propos de cette femme.

Le mur invisible de Marlen Haushofer avait connu un beau succès sur les blogs et je m'étais promise de revenir vers cette auteure. Et comme Cath a parlé en bien de ce roman sorti en poche récemment, j'ai foncé à la librairie.

Si rêver était un métier, j'aurais acquis depuis longtemps mes certificats de maître artisan du rêve. On le voit, je ne possède que des talents inutiles en ce monde où il me faut vivre.

mercredi 23 octobre 2019

Guillaume Lavenant - Protocole gouvernante

Éditeur : Rivages - Date de parution : Août 2019 - 176 pages 

Dans une banlieue pavillonnaire cossue, un couple très pris par son travail  recherche une personne de confiance. Une jeune femme est engagée comme gouvernante. Entendez par là qu'elle doit s'occuper de la plus jeune des deux enfants Eléna et également donner un coup de main à la gestion de la maison.

Nous découvrons en même temps que la jeune femme le protocole qu'elle doit suivre au pied de la lettre et établi par un mystérieux Lewis. On comprend très vite que son embauche a été prévue , elle est le maillon d'un plan et rien n'a été laissé au hasard. Le récit entièrement  à la deuxième personne du pluriel et toujours au futur confère une ambiance enveloppante, captivante mêlant le respect feutré du vouvoiement et l'ombre d'une organisation secrète bien mystérieuse.

Sans en dire de trop, Guillaume Lavenant nous titille et nous harponne dans ce roman atypique et assez indéfinissable qui tient à la fois du huis-clos, d'une dystopie avec une donne dose de suspense comme dans un thriller. Plus on avance dans la lecture et  plus on est tiraillé  par de nombreuses questions ( et est bien malin celui ou celle qui devinera la fin).

Ce roman subjugue par sa narration impeccable, ce qui est son point fort, et suscite un malaise grandissant distillé habilement.  Mais avec un dénouement qui ne répond pas à toutes les interrogations du lecteur, cette fin peut gâcher le plaisir de lecture ou le diminuer.
Un livre qui sort des sentiers battus et qui m'a complètement intriguée (mission réussie pour l'auteur).

De manière générale, ne vous attendez jamais à quoi que ce soit. Ce à quoi vous devez vous attendre, vous le trouverez décrit dans ces lignes. Pour le reste, n'anticipez rien.

Une lecture repérée chez Keisha

vendredi 18 octobre 2019

Juli Zeh - Nouvel An

Éditeur : Actes Sud - Traduit de l'allemand par Rose Labourie - Date de parution : Septembre 2019 - 192 pages

Henning a organisé les vacances de Noël pour son épouse et leurs deux jeunes enfants sur l’île de Lanzarote. Le jour du nouvel an, il part seul à vélo. Malgré le vent et le terrain accidenté, il continue sa course et c’est l’occasion pour lui de tenter de faire le point. Son couple bat de l’aile et Henning est empêtré dans son quotidien. En proie à des crises d’angoisse dont il ne connaît pas l’origine, il doute de lui, de l’amour de son épouse et de son rôle de père. Épuisé et assoiffé, il atteint un col avec la curieuse sensation de connaître déjà ce lieu.

Beaucoup de questions sont en suspense : pourquoi Henning souffre-t-il de crises de panique ? comment se fait-il qu’en n’ayant jamais mis les pieds sur cette île il ressente une sensation étrange ? Juli Zeh détaille la psychologie d’Henning et radiographie le couple tout comme le noyau familial. C’est très bien vu avec des petits détails qui font mouche. Les explications se dessinent lentement, émergeantes de quelques jours vécus par Henning quand il était enfant. L’auteure nous immerge dans les souvenirs d’Henning et nous fait revivre avec beaucoup de réalisme cette période à l’origine d’un traumatisme enfoui au plus profond de sa mémoire d’enfant.  Il faut attendre les toutes dernières pages pour que toute la lumière se fasse entre les souvenirs tronqués et la culpabilité ressentie par Henning.

Avec une écriture concise, Juli Zeh s’attache à la psychologie de ses personnages, à leurs zones d’ombre refoulées et aux blessures invisibles. Mais dommage car  la fin m'a déconcertée.

Avec les enfants, les vacances sont une parenthèse où la vie est encore plus épuisante que d'habitude. On n'a pas une minute à soi, et on consacre toute son énergie à ériger une forteresse contre le chaos, l'ennui et la mauvaise humeur.

Le billet de Kathel

mercredi 16 octobre 2019

Thomas Gunzig - Feel Good


Éditeur : Au diable Vauvert - Date de parution : Août 2019 - 400 pages 

Après une enfance sans manquer d'argent mais sans en avoir de trop, Alice se démène pour joindre les deux bouts avec son salaire de vendeuse dans un magasin de chaussures. Elle en a marre de devoir toujours compter compter et calculer, d'être toujours "trop juste". Comble de malchance pour elle, le magasin met la clé sous la porte. Comment faire pour payer de quoi à manger à son fils, comment régler son loyer ? Elle pense avoir trouvé la solution à ses problèmes d'argent, ne reste plus qu'à l'exécuter .

Tom lui galère en étant qu'écrivain. Ses livres ne se vendent pas ou trop peu, sa femme vient vient de le quitter. Il continue de croire qu'un jour son génie littéraire éclatera au grand jour et lui permettra de couleur des jours heureux et paisibles. Si le plan d'Alice fonctionne au départ rapidement, elle se retrouve embarquée dans une situation qui la dépasse et la met sur la route de Tom.

Thomas Gunzig égratigne avec cynisme le monde de l'édition et tout ce qui gravite autour.  Mais ce livre  est surtout un roman social très révélateur d'une précarité, des injustices et des inégalités sans être  plombant.  On sourit et on tourne les pages avec envie et entrain ! Relevé, drôle et légèrement barré, ce roman est surprenant. Il joue sur les codes du feel good, dévoile pour notre plus grand plaisir les coulisses du monde littéraire actuel et met le doigt sur la souffrance bien réelle de ses personnages. C'est parfaitement réussi !

Être pauvre dans un monde de riches, c'est encore pire que d'être pauvre dans un monde de pauvres.

Les billets d'Alex, AntigoneCuné , GambadouHistoires d'en lire  Nadège, Séverine et Sylire toutes absolument conquises.

lundi 7 octobre 2019

Valentine Goby - Murène

Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Aout 2019 - 384 pages

Hiver 1956, A vingt-deux ans, François Sandre a la fougue de la jeunesse et l'avenir pour lui.Victime d'un accident, les médecins ne sont guère optimistes à son sujet. Grièvement brûlé, il doit sa survie à une amputation des deux bras.

Je pourrais juste vous dire que cette histoire est tout simplement magnifique et que l'écriture de Valentine Goby n' a jamais été aussi somptueuse. Mais ce livre est beaucoup plus pour moi. Il ne m'a pas quittée pendant plusieurs jours et j'ai eu ce sentiment qu'il m'accompagnait partout. François a peuplé mes nuits, il a été avec moi à chaque instant. Ce que son corps lacunaire lui imposait et  ce dont il le priverait à jamais, les embûches, son quotidien et ses questions m'ont habitée intensément.

Malgré son invalidité, François veut retrouver une autonomie et Organisation sportive des mutilés lui permet de se redécouvrir dans des bassins d'eau chlorée.  Il apprend à nager. Les muscles endoloris par l'effort, il apprivoise sa respiration et découvre des sensations autres car l'eau a ce pouvoir de brouiller les stigmates et les handicaps.

Valentine Goby nous immerge dans l'histoire d'une métamorphose et et retrace la naissance de l'handisport. J'ai vécu une histoire d'amour avec ce roman, j'ai eu le coeur broyé et malaxé, des poissons d'eau dans les yeux et surtout un respect immense pour François et ses compagnons d'infortune. Des personnes qui se hissent pour la vie, se dépassent, franchissent de grands obstacles tout comme la souffrance et le regard des autres.

Tout en étant extrêmement bien documenté, ce récit évite tout pathos car Valentine Goby fait preuve d'une finesse intelligente et éblouissante par son style, par sa capacité à rendre l'indicible et les ressentis.
Cette lecture lumineuse m'a nourrie et enrichie, symbiose parfaite d'une histoire et d'une écriture.

La sensation du ghetto s’estompe. La honte le quitte. Il se concentre sur la nage, aveugle aux moignons qui l’entourent, il n’a d’autre pensée dans le bassin que l’exécution d’un mouvement fluide. Il pense à la murène de l’aquarium, porte Dorée, non à la laideur de sa gueule, le corps reclus dans les anfractuosités de la roche, le bec à peine pointé vers dehors, mais à sa pavane suave. 

De nombreux billets sur Babelio.

Lu de cet auteure : Banquises -   Des corps en silence - Kinderzimmer - Qui touche à mon corps je le tue - Un paquebot dans les arbres

vendredi 4 octobre 2019

Pascal Dessaint - L'horizon qui nous manque

Éditeur : Rivages - Date de parution : Septembre 2019 - 250 pages  

Après le démantèlement de la jungle de Calais, Lucille  ex-institutrice investie auprès des migrants a tout plaqué. Elle trouve refuge chez Anatole, chasseur solitaire passionné par les oiseaux qu'il sculpte sans grand succès à qui elle loue une caravane. Un jour débarque Loïk, un ancien détenu impulsif  et pas très causant sur son passé tourmenté. Entre Gravelines et Calais, ces trois personnages cohabitent sur un terrain à l'écart de tout.

Pascal Dessaint s'attache à dépendre le quotidien  de ces trois personnages cabossés par la vie et à ces liens qui se créent entre eux. J'ai retrouvé les décors et la géographie du roman  Le chemin s'arrêtera là avec l'iode, les embruns qui vous fouettent le visage,  les  dunes et la nature. Même géographie  donc mais une atmosphère un peu différente et moins noire. Et pour moi, il y a un peu de Marie-Sabine Roger Sabine et de Michel Quint dans ce nouveau roman de Pascal Dessaint.

L'écriture concise capte les  nuances et décrit à merveille la nature environnante.  Avec des dialogues souvent savoureux émaillés de répliques de Jean Gabin, des extraits de chanson de Jean-Patrick Capdevielle, Pascal Dessaint dresse des  portraits qui m'ont touchée.  Les zones d'ombre et les cassures qui se dessinent contrastent avec la pudeur à fleur  et la solidarité dont tous les trois  font preuve. Ces personnages attachants, fragilisés sont  baignés d'une humanité qui fait chaud au coeur malgré leurs erreurs et leurs faiblesses.
Un roman social sombre mais teinté d'une nostalgie bienveillante. 

Quand un gars récidive, c’est pas qu’il est plus con qu’un autre. C’est seulement qu’il est con plus souvent. Nuance.

Le billet de Cathulu

lundi 30 septembre 2019

Kaouther Adimi - Les petits de Décembre

Éditeur : Le Seuil - Date de parution : Août 2019 - 256 pages

Cité du 11-Décembre-1960 de Dely Brasilia en Algérie, Jamyl, Mahdi et Inès, des enfants du quartier s’occupent en jouant au foot sur un terrain vague. La cité construite en 1987 a vu leurs aînés en faire leur terrain de jeu. Mais un jour de février 2016, deux généraux en fin de carrière débarquent avec l’intention de se l’approprier pour y construire leurs maisons. Certains des adolescents se rebellent, encouragés par Adila une ancienne moudjahida militante de l’indépendance algérienne. Ils ne veulent pas se laisser faire même contrairement à leurs parents qui vivent avec la crainte d'éventuelles repérésailles.  Et si le courage innocent, presque puéril, était l’étincelle qui met le feu aux poudres pour se lever contre un système gangréné ? Sous l’impulsion des adolescents, le terrain devient un emblème fédérateur pour les habitants du quartier.

Si l’auteure évoque l’indépendance de l’Algérie à travers notamment le personnage d’Adila une femme forte et respectée, elle revient principalement sur l’évolution politique récente de ce pays. A travers la voix d’Adila et de ses souvenirs, j’ai découvert les émeutes de 1988 durant lesquelles l’armée a ouvert le feu sur des manifestants, mais aussi l’émergence du groupe islamique armé, les attentats qui ont semé la terreur et la violence. Kaouther Adimi dresse également le portrait d’un pays entre passé et présent où les mentalités ont du mal à s’émanciper du poids culturel et de celui des traditions, et où les voix politiques discordantes tentent de s’élever.

Loin d’être rébarbatif, ce contexte politique est très instructif mais j’ai trouvé que l’auteure se répétait un peu dans sa trame. Et si le personnage d’Adila est étoffé, les autres personnages sont un peu moins aboutis à mon sens car brossés dans les grandes lignes. Au fil des pages, ce roman prend l’allure d’une fable.

Sans en dévoiler de trop, il m’a manquée une histoire plus conséquente, une empathie et des émotions. Au final, je retiendrai ce vent engendré par une nouvelle génération portée par l’envie de changement et de renouveau. Et même si quelquefois les vents dominants sont les plus forts, l’espoir est bien là. Peut-être fragile mais lumineux.

Papa, si tout le monde ne pense qu'à son petit avenir et son petit confort, comment ferons-nous pour changer les choses?

Le billet de Mimipinson qui a aimé

vendredi 27 septembre 2019

Diana Evans - Ordinary people

Editeur : éditions Globe - Traduit de l'anglais par Karine Guerre - Date de parution : Septembre 2019 - 400 pages

Parfois, dans la vie des gens ordinaires, il y a une étape décisive, une révélation, un grand changement. Il survient sous un ciel bleu, jamais lumineux. Jamais quand tout va bien.


Londres. Après la naissance récente de son deuxième enfant, Melissa a quitté son emploi pour travailler en free-lance. Avec son compagnon Mickael, ils viennent d'aménager dans leur nouvelle maison. Tout pourrait être rose ou devrait d'être mais non. L'équilibre est devenu une illusion pour Mélissa qui jongle entre les enfants et les tâches domestiques. Chez leurs amis Damian et Stephanie, dans la campagne londonienne, Damian est englué dans son quotidien sans pouvoir l'expliquer depuis la mort de son père. Sa femme Stephanie le pousse à se ressaisir mais c'est en vain.

Les deux couples, solides en apparence, s'effritent. Les ambitions et les aspirations se voient désormais étouffées par une envie de changement et la lassitude. Seule Stephanie dont le bonheur de ses enfants passent avant tout semble maintenir son cap. Si on est plongé dans les affres et les tourments de ces deux couples ordinaires de la classe moyenne, l'auteure y ajoute subtilement une autre équation celle des origines  sans que ce se soit le socle de ce roman. Quelles sont les aspirations de ses personnages à la peau de couleur alors que  Barak Obama vient d'être élu ?  Damian, enfant, a baigné dans les discours engagés de son père tandis que  Mickael rêve d'une plus grande égalité.

Ce roman fourmille de détails sans saouler le lecteur est comporte des réflexions très intéressantes sur la crise identitaire, le couple et le  mariage.  Avec des pointes d'un humour acéré et une écriture  qui m'a littéralement aspirée par sa vivacité,  Diana Evans radiographie le couple moderne avec beaucoup de nuances et c'est très, très bien vu. 

- (...)Je ne suis pas opprimés. Mes enfants ne m'oppriment pas. Ils me libèrent. C’est l’homme qui pose problème. 
Melissa ne voyait pas les choses ainsi, mais elle aimait l'audace de Stephanie, la liberté d’esprit dont elle faisait preuve. Elle admirait sa capacité à vivre à l’écart des attentes que le monde extérieur faisait peser sur elle. Elle se fichait pas mal de l’opinion d’autrui. Elle était totalement singulière dans ses choix et ses objectifs, elle s'en tirait de la satisfaction et, par voie de conséquence, un profond sentiment de sécurité. Elle s’était construite comme une maison solide. Elle n'était pas biscornue et ne s'effondrait pas.

Le billet d'Antigone

mercredi 25 septembre 2019

Brigitte Giraud - Jour de courage



Éditeur : Flammarion - Date de parution : Août 2019 - 160 pages 

Pour son exposé d'Histoire sur la Seconde Guerre mondiale, Livio, 17 ans, a choisi de parler des autodafés nazis et de Magnus Hirschfeld. Ce médecin allemand inconnu pour beaucoup a oeuvré dans la lutte contre la discrimination envers les homosexuels. Il avait avait créé une institution dont la bibliothèque fut brûlée en 1933 par les nazis. Devant sa classe et son professeur, il revient sur la vie de cet homme et de ce qu'il a subi.

Petit à petit,  il se dévoile aux yeux de tous. Et il faut du courage à cet adolescent pour énoncer sa vérité. Une qui ne pourtant ne devrait pas faire réagir ou choquer. Mais certains de ses camarades de classe se moquent de lui. Sa meilleure amie Camille, secrètement amoureuse de lui,  a du mal à admettre ce qu'elle comprend à travers son exposé.

Brigitte Giraud arrive à retranscrire très exactement l'ambiance de ce cours. On ressent la tension, l'étonnement, la moquerie, on visualise Livio, la rougeur qui lui monte aux joues, le trouble de Camille, la méchanceté bête et l'ignorance. On aimerait que quelque chose de positif se passe pour rompre la tension et cette condamnation d'être différent.

Mais le malaise s'accentue car dans sa famille, Livio sait qu'il ne sera jamais accepté. L'onde choc se propage et nous gagne. Un roman empli de justesse, à mettre entre toute les mains.

Il y avait eu cette matinée, pendant laquelle Livio avait longuement pris la parole. Il avait bravé le regard de tous, debout pendant une heure sur l'estrade, et n'avait pas dévié de son cap quand il avait raconté l'existence et le combat de Magnus Hirschfeld dont personne dans la classe n'avait entendu parler. Mais cela lui importait peu, il avait été brillant et incroyablement gonflé, comme s'il n'avait plus rien à perdre.

Le billet de Cathulu
Lu de cette auteure : Avoir un corps - Pas d'inquiétude -Une année étrangère

jeudi 19 septembre 2019

Marie Darrieussecq - La Mer à l'envers

Editeur : P.O.L. - Date de parution : Août 2019 - 256 pages

Accompagnée de ses deux enfants Rose part en croisière en Méditerranée. Son mari qui boit de trop et trop souvent n'est pas venu mais cette coupure est une bonne chose pour Rose, elle a besoin de faire le point. Une nuit, le paquebot « un immeuble flottant (..) une ville rêvée, l’utopie à la portée des déambulateurs » recueille des migrants en pleine mer. Rose donne à un jeune migrant nigérien Younès le téléphone portable de son fils. C’est sa façon d’aider.

Ce geste partant d’un bon sentiment sans attendre un retour quelconque et sans chercher à paraître courageuse ou héroïque est un point d’ancrage. Dans la vie de Younes et dans celle de Rose. Ce personnage féminin s’interroge sur sa vie, sur ce qu’elle transmet à ses enfants et sur son couple. Loin d’être un cliché, Rose est un personnage contemporain par ses fragilités, ses réflexions, avec toutes ses ambiguïtés, tiraillée par l’envie d’en faire plus et celle de se protéger. De protéger sa vie et sa famille.

Ce sujet d’actualité est traité sans pathos ou larmoyant par Marie Darieussecq. Elle fait preuve d’un ton loin d’être grave où elle réussit à placer de la légèreté, à nous faire sourire et à rendre hommage à ceux et à celles qui tendent une main pour aider malgré tout. Sans leçon de morale ou de jugement, la politique migratoire est abordée par le prisme de Rose  si proche de nous mais que que n'ai pas entièrement comprise.

Au final, il m'a manqué la petite musique et la grâce d'Il faut beaucoup aimer les hommes. Et cette fois ci malgré une belle humanité sans fard , Marie Darrieussecq n'a pas réussi à me convaincre totalement. 

Elle eut ce réflexe, de tendre la main vers eux, d'essayer quelque chose, mais.

Sur le blog :   Etre ici est une splendeur - Il faut beaucoup aimer les hommes

mardi 17 septembre 2019

Jonathan Coe - Le cœur de l'Angleterre

Éditeur : Gallimard - Traduit de l'anglais par Josée Kamoun- Date de parution : Août 2019 - 560 pages.

Nous sommes en avril 2010 en Angleterre. Benjamin Trotter vient d’enterrer sa mère et à cinquante ans, il veut se lancer dans une carrière d’écrivain. Son vieux père Colin fustige le politiquement correct, sa nièce Sophie professeure à l’Université vient de rencontrer Ian un moniteur d’auto-école. Quant à Doug son ami de longue date, son métier de chroniqueur politique le passionne toujours autant.

 Même si le Brexit semble encore loin, l’auteur sonde l’âme et le cœur de ses compatriotes dans toutes leurs subtilités et leurs contradictions. Le nationalisme, la peur des immigrés, la question identitaire sont mis à nu. Sophie défend le maintien dans l’Union Européenne et se heurte aux idées de sa belle-famille. Benjamin ne sait sur pied danser tandis que son père associe le chômage à l’Europe.

En conteur hors pair, Jonathan Coe détaille finement les destinées individuelles de ses personnages, et celle, collective, d’une nation. Les événements qui ont façonné la vie anglaise de ces dernières années s’intègrent tout naturellement au récit, que ce soit les émeutes de 2011, l’euphorie de 2012 des jeux Olympiques (ce qui donne des pages hautement jubilatoires et très perspicaces ) ou la crise économique. Les années s’égrènent, les fractures sociales bien plus profondes qu’il n’y parait au premier regard ébranlent les convictions.  A travers ce roman, on suit les choix personnels, les questionnements des membres de la famille Trotter. Et quand la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne jusqu’alors impensable se profile, elle provoque une béate incrédulité et des remises en question. Avec un humour ironique voire caustique, Jonathan Coe nous questionne subtilement et signe un roman creusé, drôle et pertinent. Un très, très grand plaisir de lecture ! 

- Ah, vous les gens de plume, franchement Douglas ! Avec votre interprétation délirante des choses. Vous sortez une formule tout à fait claire, tout à fait innocente, et vous la tordez, vous la déformez.

Les billets de Cuné et de Nicole.

Lu de cet auteur : Expo 58 La pluie, avant qu'elle tombe - Numéro 11 -Testament à l'anglaise

mercredi 28 août 2019

Jean-Philippe Blondel - La grande escapade

Éditeur : Buchet-Chastel -Date de parution : 15 Aout 2019 - 272 pages 

1975. En province, au groupe scolaire Denis-Diderot, les enseignants et leurs familles occupent des logements de fonction. Forcément tout le monde se connaît, les parents sont collègues et les enfants jouent ensemble. L’enseignement est basé sur les méthodes anciennes et les élèves sont menés à la baguette par le rigide directeur Lorrain. Lorsqu’un nouvel instituteur Florimont adepte d’une pédagogie différente arrive, on se doute que ce petit monde va connaître des remous d’autant plus que les classes vont devoir être mixtes et que l’émancipation des femmes fait frémir certains maris.

A l’aube de l’adolescence, les amitiés entre enfants se délitent, les personnalités se cherchent et s’affirment. Sous des apparences lisses et courtoises, les rivalités et les jalousies entre parents s’aiguisent et dans le sillage de Mai 68, les femmes découvrent une liberté toute nouvelle. Avec un regard tendre et avec des personnages hauts en couleur dont certains sont truculents, Jean-Philippe Blondel décrit ces vies, les mentalités tout comme l’amorce d’une nouvelle société. Il nous retrace la fin d’une époque révolue par sa rigueur éducative et par ses schémas codifiés dans le couple. Les femmes deviennent indépendantes, les enfants mûrissent, la radio diffuse des chansons anglophones et la société se libère de ses corsets.

Une fois de plus, Jean-Philippe Blondel a su traduire parfaitement les sentiments, les perceptions et ressentis de ses personnages. Les pages se tournent toutes seules entre sourires, notamment quand il dépeint les réactions quasi épidermiques concernant les hippies, et petits pincements au cœur.

Sans être mièvre, cette chronique sociale et terriblement humaine est délicieuse, acidulée et vive. Petite précision : il est inutile d’avoir connu les années 70 pour apprécier ce roman plein d’entrain,  hautement savoureux où l’humour n’est pas en reste. Si le dernier roman de Jean-Philippe Blondel m’était tombé des mains, j’ai dévoré celui-ci !

Elle aime ces soirées détendues avec des invités qui n’habitent pas le groupe scolaire. On y parle peu d’école, encore moins de son travail. On discours sur les endroits que l’on a déjà visités, sur l’éducation des enfants et aussi sur les derniers changements sociaux et politiques – on a tous été déçu quand Giscard a été élu l'année dernière. On était tellement sûrs de gagner, cette fois. On soupire, et puis on passe à autre chose. On n'est pas non plus engagé à ce point dans la lutte des classes. Ce qu'on souhaite avant tout, c’est que rien ne change radicalement et que chacun puisse vivre son existence comme il l’entend, tout en ayant bonne conscience parce que quelqu’un d’autre s’occupe des milieux défavorisés. Bref, on est de gauche, quoi. D’une couche de la couleur du rosbif qu'on sert régulièrement lors de ses repas. Pas saignant. Ni bien cuit. Juste à point.

Les billets de Cuné,  Nicole et Saxaoul.
Sur ce blog  :  06h41 - Brise glace - Et rester vivant

lundi 26 août 2019

Jean-Paul Dubois - Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon

Editeur : L'Olivier - Date de parution : Août 2019 - 245 pages

A la prison de Montréal où il purge une peine de deux ans, Paul Hansen partage sa cellule avec Horton un biker de Hells Angel incarcéré pour meurtre. Qu’est ce qui a conduit Paul en prison ? Évidemment, cette question nous titille et Jean-Paul Dubois ne nous livrera la réponse qu’à la toute fin.

Fils unique d’un pasteur suédois et d’une passionnée de cinéma engagé près de Toulouse, Paul a vu, impuissant, se déliter lentement le couple formé ses parents. A sa majorité, il rejoint son père au Québec et trouve un emploi de factotum dans une résidence cossue où il a officié durant vingt-six années  rendant service aux locataires et en leur prêtant également une oreille  attentive. Avec Winona Mapachee, une Indienne algonquine pilote d'un Beaver monomoteur et Nouk un chien qu’ils avaient recueilli, le bonheur parfait était au rendez-vous.

Avec cette tendresse et cette pudeur qui le caractérisent, Jean-Paul Dubois  nous parle de vies simples en apparence tiraillées par les doutes, bousculées à tout jamais par par la soif d’argent des autres, mais aussi de foi et de liberté, d’amour, de solidarité et de belles amitiés belles qui réchauffent le cœur. Et jusqu’à la dernière ligne, une belle nostalgie qui pince le cœur m’a enveloppée.
Ses personnages attachants et truculents par leurs côtés décalés (Horton qui sous ses airs peu commodes cache des peurs infantiles) ou simplement parce qu’ils sont criants de vérité m'ont plus que touchée.
Dans ce roman, vous l'aurez compris, l'humain est au centre.

Jean-Paul Dubois rejoint mon club d’auteurs chouchous. Parce que j’aime son écriture élégante, son humour  absurde et souvent ironique, sa sensibilité et sa fausse nonchalance (avec des descriptions précises qui ne saoulent jamais le lecteur). 

La détention  allonge les jours, distend les nuits, étire les heures, donne au temps un consistance pâteuse, vaguement écoeurante . Chacun éprouve le sentiment de se mouvoir dans une boue épaisse où il faut s'extraire à chaque pas, bataillant pied à pied pour ne pas s'enliser dans le dégoût de soi-même. La prison nous ensevelit vivants. 

La foi, c'est fragile, ça repose sur trois fois rien comme un tour de magie. 
Et qu'est-ce qu'il faut pour être un bon prestidigitateur ? Un lapin et un chapeau.

Les billets de Caroline et de Jérôme.

 De cet auteur et  sur le blog  : La succession.

samedi 20 juillet 2019

Vacanza !


Voilà, l'heure des vacances a sonné. Youpeee !

Evidemment, j'ai glissé d'autre livres dans mes valises plus que de raison (comme à l'accoutumée) car la peur de manquer de choix est toujours la plus forte.

A bientôt !

vendredi 12 juillet 2019

Jamie Weisman - Nous sommes aujourd'hui réunis

Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Juin 2019 - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Catherine Richard-Mas - 384 pages

Elizabeth Gottlieb, une jeune femme superbe, s’apprête à s’unir avec Adam. En ce jour si particulier de félicité, familles et amis sont tous réunis pour célébrer leur union. Bien sûr pour les mariés, il y a de la joie mais dans l’assemblée  des regrets et de la jalousie sont dissimulés  derrière les sourires de façade.  Et comme Elizabeth fait partie de la bourgeoisie juive d’Atlanta,  son union avec un goy fait grincer certaines dents.

Se glissant  dans la peau de certains des invités, l'auteure  leur donne la parole. Carla une amie d’Elizabeth détone dans l’assemblée. Assistante personnelle d’un acteur, dotée d’un physique disgracieux et une infirmité, ses pensées sont terriblement ironiques. Sa présence en tant que demoiselle d’honneur fait jaser mais son regard sur ceux et celle qui l’entourent est acide et piquant.  Cloué dans un fauteuil roulant et privé de la parole suite à un AVC, le grand-père d’Elizabeth est lucide quant à ses actions et sur les agissements des membres de sa famille.
Tour à tour, des amis des parents d'Elizabeth et leurs enfants,  sa grand-mère mais aussi sa mère se livrent sans fard et reviennent sur les liens qui les unissent à Elizabeth mais aussi sur la mort, la guerre, la maladie ou encore la foi.

Ce roman choral oscille entre humour grinçant et émotions très touchantes notamment avec la grand-mère d’Elizabeth seule rescapée de sa famille après l'Holocauste. On entre dans leurs existences, on entrevoit leurs peines et leurs regrets.
C'est entrainant, bien rythmé car Jamie Weisman a su donné un ton unique pour chacun avec de pudeur contenue, de la colère, de la souffrance ou de l’amour. Cette farandole de personnages avec  nous interroge sur ce que chacun met derrière l'expression réussir sa vie, sur le temps qui passe. Les préjugés, les erreurs, les ressentiments et les failles sont révélés avec une lucidité sans faux-semblants. Un grand plaisir !

Ceux et celles qui ont lu et aimé Une pièce montée de Blandine Le Callet seront  ravis avec cette lecture.

Ma vie est censée commencer maintenant. Comme le dit la bonne vieille blague, maintenant que les enfants sont partis et que le chien est mort.

mercredi 10 juillet 2019

Olivier Norek - Surface

Éditeur : Michel Lafon - Date de parution : Avril 2019 - 426 pages

Suite à une opération qui a mal tourné, le capitaine Noémie Noémie Chastain, capitaine de la brigade des Stupéfiants à Paris hérite d’une gueule cassée et d’un ex-petit ami. Ses supérieurs, sous prétexte qu’elle prenne l’air et se refasse une santé, l’envoient dans l’Aveyron avec comme objectif de fermer un commissariat de police qui ne sert plus à grand chose. Il faut dire que dans la région les affaires de meurtres ne sont pas légion. Noémie s’ennuie et prend son mal en patience tant bien que mal avec comme seule envie de retrouver sa brigade à Paris. Mais un fût contentant le corps d’un enfant disparu vingt-cinq ans plus tôt apparait  à la surface d'un lac.

Noémie, cette femme à la personnalité forte et et au tempérament courageux est ébranlée. Son job adoré est du passé tout comme son copain qui n'a pas trouvé mieux que de la laisser en plan en découvrant son visage défiguré. Elle doute et se remet en question mais tente de le cacher à ses nouveaux collègues. Si au départ, elle veut lâcher l'affaire petit à petit des éléments vont la faire changer d'avis.
Avec une intrigue bien ficelée et des personnages humains, la reconstruction morale de Noémie est totalement aussi intéressante que l'enquête.
Sans temps mort et avec des répliques qui font mouche,  c'est vif et diablement efficace ! Vous comprendrez pourquoi j’ai tourné les pages avec frénésie.  

Mission largement accomplie pour ce polar hautement addictif que j'ai dévoré.  Si je devais être la seule à n’avoir jamais lu Olivier Norek et bien désormais, je comprends pourquoi cet auteur a du succès.

 - Vous êtes cette officier parisienne, c'est ça ? Et déjà sur le terrain ? Dire que j'ai une infirmière qui s'est collée en arrêt maladie pour un rhume! 
- J'aurais fait pareil, c'est très handicapant, les rhumes.

mardi 9 juillet 2019

Rosie Walsh - Les jours de ton absence

Éditeur : Pocket Date de parution (poche) : Juin 2019 - Traduit de l'anglais par Caroline Bouet - 458 pages

Il n’aura fallu à Sarah que sept jours pour tomber follement amoureuse d’Eddie. Rentrée en Angleterre comme chaque année pour voir ses parents, la jeune femme exilée aux Etats-Unis l’a rencontré par le plus grand des hasards et ils ont passé une semaine de pur bonheur ensemble. Mais quand Eddie part pour des vacances prévues de longue date, Sarah attend comme convenu de ses nouvelles mais rien, nada.

Avec l’été et le temps des lectures en poche, la couverture ou plutôt le bandeau m’a attirée. Il m’était difficile de ne pas vois  les avis accrocheurs car faible un jour, faible toujours, aussi j’ai forcément cédé à la tentation.
Et c’était bien parti avec cette histoire car Sarah est une jeune femme sympathique entourée de de deux amis géniaux. Quand Eddie disparaît sans donner signe de vie, on a envie de lui dire qu’à trente-sept ans, elle devrait être au courant des déceptions amoureuses et que certains hommes sont des goujats. Mais Sarah s’accroche, elle croit dur comme fer qu’Eddie est un gars bien et qu’il lui est arrivé quelque chose.

Je ne dirai pas que c’est le livre idéal pour l’été car Sarah a eu le don de m’agacer donnant le sentiment d’être tombée de la lune (ou presque). Et surtout ce roman contemporain est un peu bancal et donne lieu à des scènes hautes en guimauve.
Alors si vous cherchez une histoire sans prise de tête et que vous être prêts à fermer les yeux sur des incohérences, vous pouvez le lire sinon attendez-vous à un roman  survendu.

jeudi 4 juillet 2019

Christine Desrousseaux - Mer agitée

Éditeur : Le Livre de Poche - Date de parution (en poche) : 2018 - 256 pages

On oublie la couverture qui peut laisser croire à tort à une lecture légère ou à un feel-good. On en est à mille lieux même si Jean habite près d’une plage. Après la désertion des estivants, ce septuagénaire brave le froid et le vent quotidiennement pour nager. Il a pris cette habitude depuis qu’il héberge Léo son petit-fils. Le jeune homme est revenu mutique et solitaire depuis une mission militaire en Afghanistan. L’enfant joyeux et calme qu’il était s’est enfermé dans un silence et est en proie à des accès de violence. Quand une jeune fille disparait, la petite ville voit en lui le coupable idéal.

Avec une construction habile qui alterne les journaux de baignade de Jean et le récit de la mère de Léo bien des années plus tôt, ce roman prend un tournant inattendu pour se rapprocher du polar psychologique. Accrochée par l’intrigue et par les descriptions viscérales si si justes de ce que Jean ressent quand il nage (les amateurs d'eau salée ou d'eau chlorée s’y retrouveront ) tout autant que par ses questionnements, j’ai été agréablement surprise.
Un roman où l’atmosphère palpable agrippe le lecteur :  le doute est semé, on est troublé et on s'interroge. A découvrir !

De Christine Desrousseaux , j'avais lu En attendant la neige et Mer agitée a ma préférence pour  l'écriture plus concise. Elle insuffle une ambiance, nous décrit un environnement ou des émotions en très peu de mots.

Je ne sais pas ce qui produit ce même effet d’oubli à chaque baignade : l’eau glacée, le paysage mouvant, le ciel qui touche l’horizon, les mouvements synchronisés de la nage, la respiration qui s’amplifie ? Quand je me baigne, aucune pensée parasite ne vient me hanter. Je suis dans le pur présent.

Merci Cath !

mardi 2 juillet 2019

David Thomas - Un homme à sa fenêtre

Éditeur : Anne Carrière - Date de parution : Mars 2019 - 200 pages 

Comme dans La patience des buffles sous la pluie, David Thomas avec ce nouveau titre nous livre des microfictions. Des instantanés de vie très courts et des personnages brossés avec émotion. En très peu de lignes, il nous immerge dans des situations diverses du quotidien et fait ressortir la nature humaine. Ses personnages connaissent souvent des désillusions ou des revers. Ils les encaissent, butent dessus ou les franchissent avec des peines, de la honte ou alors avec panache ou fair-play.

Beaucoup de ces microfictions ont un rapport avec le monde de l’édition et mettent en scène des écrivains. Ils ont de l’espoir, des envies quelquefois ils se moquent d’eux-mêmes ou alors ravalent leur fierté.
On tangue entre les sourires  et les pincements de cœur car il nous tend un miroir sans se faire moralisateur ou donneur de leçons.
Davis Thomas se fait tendre, ironique mais sans méchanceté avec une pudeur qui m'a touchée en plein coeur, la sincérité de son regard est touchante. Et même si je suis passée complètement à côté de certains de ces instantanés, j'ai aimé son art de nous cueillir joliment et son sens de l’observation qui fait mouche.
A consommer sans modération pour un arc-en-ciel d'émotions. 

La névrose, l’anxiété, l'ego, l’archaïsme, l’obsessionnel, le phobique ou la sexualité, c’est comme les culasse, les bielle, les cylindres, les Delcos, les arbres à cames, les soupapes les pistons, c’est trop compliqué pour moi. Le pourquoi du comment de la souffrance, ça ne m’intéresse plus.Ça tombe en panne, tant pis, ça repart tout seul, tant mieux, c’est qu’il me reste encore un peu de route à faire. C’est toujours bon à prendre. 

Les billets de Caroline, Hélène ( fan Number one de l'auteur) et de Noukette toutes les trois conquises

Lu également de cet auteur : Un silence de clairière 

vendredi 28 juin 2019

Elizabeth Jane Howard - Une saison à Hydra

Éditeur : Quai Voltaire - Date de parution : Mars 2019 - Traduit de l'anglais par Cécile Arnaud - 448 pages

Dramaturge à succès, Emmanuel Joyce recherche une comédienne pour sa nouvelle pièce. Lilian l’épouse d’Emanuel et Jimmy Sullivan son imprésario gravitent autour du dramaturge. Embauchée en tant que secrétaire d’Emmanuel, la jeune Alberta découvre ce microcosme. Entre Londres et New-York et la Grèce, on suit ce quatuor. A soixante ans Emmanuel est admiré par tous. Jimmy se plie à ses quatre volontés et à ses caprices, Emmanuel se comportant un peu comme un enfant gâté tandis que Lilian porte en elle le deuil de leur enfant décédé en bas âge.

Nous sommes au début des années 1950 et Alberta se soucie du quand dira-t-on et et de certaines normes en vigueur. Détonante par sa candeur et par sa droiture d’esprit, vive d'esprit, son éducation contraste avec les autres personnages plus libres de leurs faits et gestes. Sauf qu’Emmanuel s’éprend d’elle et voit en elle la comédienne parfaite pour incarner le rôle principal de sa future pièce. Avec beaucoup de charme, l’auteure aiguise notre curiosité. Les dialogues, les descriptions et les pensées des personnages nous dévoilent leurs préoccupations personnelles futiles ou plus profondes. Que ce soit les différentes facettes du couple formé par Emmanuel et Lilian, les évolutions infimes et les questionnements des personnages, tout est rendu avec subtilité. Sans chercher à nous rendre sympathique ce quatuor, les petits pics décochés sont ironiques et quelquefois cinglants.

Ce roman est doté d’un charme suranné mais surtout de finesse. L’écriture d' Elizabeth Jane Howard distille une beauté poétique qui se délecte et dont on s’imprègne. Certes il y peu d’action et certains pourront trouver ce roman ennuyeux mais tout l’intérêt réside dans l’exploration de la psychologie des personnages. Les derniers chapitres qui se déroulent sur l’île d’Ydra sont de toute beauté !

Le moindre aléa devient catastrophique dans la campagne anglaise. Catastrophique et déprimant.

mercredi 26 juin 2019

Fiona Barton - La veuve

Éditeur : Fleuve Noir - Date de parution : 2017 - Traduit de l'anglais (Grande- Bretagne) par Séverine Quelet - 410 pages

2010. Jane est veuve désormais, son mari Glen a été tué accidentellement par un bus. Assaillie par des journalistes à son domicile, elle n’est pas bizarrement éplorée pourtant sa vie vient de basculer. Sauf que quatre ans plus tôt, son mari a été accusé d’avoir enlevé une petite fille de deux ans puis mis hors de cause.

Je recule souvent devant les polars et les thrillers mettant en scène la disparition d’enfants par crainte que ça soit tordu. Mais là, pour ma plus grande surprise, Fiona Barton ne cherche pas le sordide ou le glauque. La vie du couple nous est racontée par Jane sur plusieurs périodes à partir de leur mariage. Réservée, elle était coiffeuse et Glen travaillait dans une banque. Comme bon nombre de couples, ils avaient l’envie de fonder une famille. Les années ont défilé sans que ce désir soit réalisé. Le comportement de Glen a changé, il a perdu son travail et s’est enfermé de plus en plus en souvent devant son ordinateur.
Jane sait-elle quelque chose ? Glen était-il coupable ? Qui est vraiment Jane ? Etait-elle manipulée par son mari comme  on le pense? Le policier chargé de l’enquête et une journaliste cherchent à découvrir la vérité. Alternant les trois récits, ce thriller nous harponne habilement et il est difficile à lâcher.

De nombreuses ambiguïtés apparaissent et de nouvelles pistes se dessinent avec une tension bien présente. Fiona Barton évite toute forme de vulgarité et dépeint sans pincettes une certaine forme de journalisme sensationnel. On doute et on s’interroge sur de nombreux points jusqu'aux toutes dernières pages.
Très bien mené avec un suspense psychologique constant, je recommande ! Et en plus, il est paru depuis en poche (et hop, vous n'aurez pas d'excuse).

Le rédacteur en chef reconnaissait un bon titre quand il en écrivait un et, selon lui, un bon titre pouvait être réutilisé à l'infini. 
La question dans le titre - "Est-il l'homme le plus mauvais de Grande-Bretagne ?"- était un classique. On était couvert comme ça. On n'affirmait pas, on ne faisait que poser la question.

Une lecture repérée chez  Kathel.

mercredi 19 juin 2019

Graham Swift - De l'Angleterre et des Anglais

Editeur : Gallimard - Date de parution : Janvier 2019 - Traduit de l'anglais par Marie-Odile Fortier-Masek - 336 pages 

A la lecture des romans J’aimerais que tu sois là et Le dimanche des mères, j’avais été frappée par la justesse et la précision de l’écriture de Graham Swift.  Avec ce recueil, l’auteur prouve qu’il sait jouer dans toutes les gammes de partition des sentiments. A travers  ces vingt-cinq nouvelles ou plus exactement ces instantanés de vie,  il   explore à merveille des situations et la psychologie de ses personnages. Les troubles, les hésitions, les choix effectués ou subis qui font basculer une vie ou gravent à jamais les mémoires jalonnent ces textes.

Touché par ce sentiment d’avoir la chance de partager avec eux un moment à part, on pénètre dans l’intimité de ces personnages appartenant à des milieux sociaux différents.  L'auteur nous parle d'amour, d'amitié, de maladie ou  de mort, mais aussi de fraternité ou de bonheur.  Sans pathos ou exagération,  c'est empreint de tendresse et d'une pudeur très belle.

Avec ces nouvelles ciselées qui nous promènent dans la campagne anglaise ou en ville à différentes époques, Graham Swift décrit à la perfection les portraits de ses concitoyens et nous offre ce patchwork cosmopolite au plus près de l’humain.
J’ai savouré chacun de ces textes, j’ai été émue, j’ai souri des traits d’humour et certaines de ces nouvelles m’ont bouleversée alors qu’il y a une économie de mots. Je me suis régalée et  les émotions bien présentes m'ont joliment cueillie. 

Son père lui dit un jour : "L'argent ne fait pas le bonheur, Adrian, mais ça te permet d'être douillettement malheureux" .

Le billet de Nicole

lundi 17 juin 2019

Marion Brunet - L'été circulaire

Éditeur : Le Livre de Poche - Date de parution (poche) : Avril 2019 - 256 pages 

Dans une petite ville du Midi de la France sous un soleil écrasant, Céline seize ans consciente de sa beauté indécente et sa sœur Jo âgée de quinze ans s’ennuient. Les deux adolescentes subissent un quotidien morne avec peu de distractions hormis des virées nocturnes en catimini dans les piscines des villas, et la fête foraine annuelle. Des vies étriquées avec des accès de violence de la part du père qui verse dans les petits trafics et tient des propos racistes envers le fils des voisins arabes. Leur mère cantinière a brûlé trop vite sa jeunesse et le regrette.

L'histoire est quasiment pliée, la suite est pratiquement courue d’avance comme si rien ne pouvait  empêcher la fatalité et le drame. Les différences entre les classes sociales, la honte et la frustration nourrissent une tension papable renforcée par l'écriture sans fioriture de Marion Brunet. Le désœuvrement  tout comme la complicité et la solidarité des deux sœurs sont soulignés. Sans prendre des chemins de traverse,  c'est direct.

Ce roman social, noir et âpre, sans éclaircie laisse un goût amer en bouche. Je suis bien embêtée car je suis incapable de dire si j’ai aimé ou non. Un peu trop prévisible à mon goût, cette lecture diffuse une  ambiance qui colle à la peau et j 'ai souvent pensé à Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu et à D'acier de Silvia Avallone. Mais pour moi, il lui manque un supplément d’âme.
Une chose m’échappe cependant, pourquoi ce livre est-il classé dans la catégorie roman policier alors que ça n'en est pas un ?

Ici, tout ce qui sort un peu de l'ordinaire est commenté, décortiqué, devient sujet. Dans le viseur des langues de comptoir, prophétiques et avinées, pas d'expédient sauf l'habitude. Seule l'habitude peut rendre banal ce qui ne l'est pas. 

mercredi 12 juin 2019

Pablo Casacuberta - Une santé de fer

Editeur : Anne-Marie Métailié - Date de parution : Mai 2019 - Traduit de l'espagnol (Uruguay) par Françoise Gaudry - 208 pages

Tobias est gravement hypocondriaque. Convaincu qu’il va mourir dans la journée, ce grand gaillard cinquantenaire s à l'allure de viking se précipite au cabinet de son médecin homéopathe le docteur Svarsky. Mais par le plus grand des hasards au pied de l’immeuble, il rencontre la belle-mère du médecin à la recherche de son gendre.

De cet auteur, j’avais lu et aimé Scipion mettant en scène un personnage paranoïaque et porté sur la bouteille. Un roman sur la quête de la filiation manié avec humour. Et ici, la cocasserie est bien présente dès les premières pages. Tobias qui vit toujours chez sa mère est exagérément un malade imaginaire, le docteur Svarsky dénigre l’homéopathie avec force et conviction et sa belle-mère est une fouineuse. A partir d’un imbroglio, Pablo Casuberta nous plonge dans cette unique journée où rien ne va se passer comme prévu.

Attachant, un brin naïf et romantique, Tobias est influencé par sa mère adepte du spiritisme et est à la recherche d'une figure paternelle absente. Avec des situations rocambolesques parsemées des pensées de Tobias,  le ton oscille entre l'ironie et la tendresse.

J'ai souvent souri mais je suis aussi un peu ennuyée dans les trop nombreuses digressions de Tobias.  Malgré les cheminements intérieurs et des réflexions intéressantes, mon intérêt s'est calqué sur la trajectoire de montagnes russes. Dommage.

Car la vérité est qu'avant de travailler comme charlatan, j'ai étudié la médecine. La vraie médecine, je veux dire, celle qu'on étudie dans les universités, puis je me suis spécialisé et j'ai fini par devenir un pneumologue acceptable. J’ai honoré la méthode scientifique, le doute et le scepticisme jusqu’à ce que la vie de luxe que j’avais bâtie autour de mon épouse exige de moi une clientèle de plus en plus nombreuse et avide de spectacle...

lundi 10 juin 2019

Abby Geni - Farallon Islands

Editeur : Actes Sud - Date de parution en poche - Juin 2019- Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Céline Leroy - 384 pages

Au large de San Francisco, Miranda débarque sur les îles Farallon pour une année. La jeune femme photographe et bourlingueuse sans attaches a pour colocataires des biologistes. Spécialiste de la photographie d’environnements bruts et naturels où l’interférence humaine est quasi inexistante, Miranda n’a pas le droit à un accueil des plus chaleureux. Obnubilés par leurs travaux d’études sur les animaux, les six scientifiques sur place sont peu loquaces.

Dans ce décor loin d’être hospitalier, les journées se déroulent selon l’activité des oiseaux, des phoques ou des requins.  Avec une écriture qui fait appel à tous le sens, très rapidement une certaine tension s’installe car le danger ne vient pas forcément de l’environnement mais des humains.
Absolument prenant et impossible à lâcher, ce premier roman conjugue des descriptions passionnantes de ces îles et des espèces animales tout en distillant un vrai suspense.

Les sentiments sont merveilleusement rendus tout comme le questionnements de Miranda. De main de maître, Abby Geni nous harponne pour mieux nous surprendre jusqu’à la dernière page.
Un roman fascinant et dépaysant, âpre et hypnotique, lu en apnée totale! 

Galen m’a dit qu’il glanait tout ce qui parlait de la vie sur les îles. Il ne faisait pas de distinction entre le trivial et l’essentiel, l'humain et l' animal, le tragique et le merveilleux. Pour lui la plus grande illusion des humains était de croire qu’ils étaient en dehors de la nature – qu’ils ne faisaient pas partie de la chaîne alimentaire – qu’ils n’étaient pas eux-mêmes des animaux. 

Plein d'avis sur Bibliosurf

vendredi 7 juin 2019

Arnaud Dudek - Laisser des traces

Éditeur : Anne Carrière - Date de parution : Mai 2019 - 200 pages

Maxime Ronet a toujours eu l’ambition de faire de la politique avec la volonté  de se rendre utile.  Un parcours rondement mené l’a conduit à la tête de Nevilly, une commune de près de soixante mille habitants,  avec comme objectif de faire mieux que ses prédécesseurs. Depuis son élection, il n’a pas une minute pour lui entre les réunions, les inaugurations, les diverses demandes qu’il veut honorer. Ce jeune maire dynamique et plein d’entrain membre d’un nouveau parti politique s’investit corps et âme. Il se veut droit et serviable, et espère un jour qu’on se souviendra de lui avec reconnaissance.

Souriant avec le bon petit mot qui va bien, la poignée de main cordiale, il a tout pour réussir jusqu’ à ce qu’il commette un faux pas. Une erreur ou un lapsus ? On ne sait pas trop d’ailleurs. Pour redorer son blason, Maxime met les bouchées doubles jusqu'à ce qu'un dramatique accident survienne. Profondément ébranlé, ce jeune loup de la politique abandonne ses rêves auréolés de vanité et renoue avec ses idéaux sans être naïf. Il nous apparaît plus humain. Plus modeste aussi.
Sans temps mort avec des pointes d’ironie caustique et cette tendresse infusée par petite touches au détour d’une phrase, ce roman doux-amer et réaliste se croque comme une petite friandise.  

Laisser des traces. On aimerait tous en laisser. Mais ce qui compte, ce sont les toutes petites traces qu’on peut laisser chez les autres.

Ce n’est pas un hasard qu’en préambule de ce roman, Arnaud Dudek cite des paroles extraites de la chanson L’Assistant parlementaire de Miossec ( c'est bonus) :

Chaque bastion chaque citadelle est bonne à prendre 
Guérillas guerres d'usure ou de tranchées 
Tous les moyens sont bons pour s'étendre 
Pour se les faire il ne faut surtout pas rêver Pour se les faire il ne faut surtout pas être tendre 
Juste quelques petites années à patienter
En politique il faut savoir il faut savoir attendre
De la mairie au ministère à l'assemblée 
C'est un boulot de longue haleine de longue attente 
Pour enfin un jour au beau milieu des mondanités 
A leurs bonnes femmes faire les yeux tendres
Et de leur amour-propre de leur vanité

Les billets d'Aifelle, Cathulu et Sabine
Lu de cet auteur : Les fuyants Les vies imperméables - Rester sage

mercredi 5 juin 2019

Akli Tadjer - Qui n'est pas raciste ici ?

Éditeur : JC Lattès - Date de parution : Mars 2019 - 94 pages 

Qui n’est pas raciste, ici ? Ce sont les premiers mots prononcés par Akli Tadjer devant une classe d’élèves de terminales dans un lycée de province. Où exactement ? Peu importe à vrai dire. Dans ce lycée technique, certains des élèves ont refusé de lire "Le Porteur de cartable" sous divers prétextes racistes (des mots de vocabulaire en arabe, un personnage prénommé Messaoud car l’histoire se déroule durant la guerre d’Algérie). Leur professeur a invité l’auteur, Akli Tadjer, en lui exposant les faits.  Et malgré cette levée de boucliers, il a accepté.

Qu’est-ce qui pousse ces jeunes à penser de la sorte? Pourquoi ?  S’articulant sur les prétextes invoqués et sur le déroulement de sa rencontre avec ces élèves,  l'auteur nous interroge, nous explique comment la peur et l'ignorance conduisent à la haine.
En puisant dans ses racines, dans son parcours et dans l’Histoire, en démêlant préjugés et désinformation, Akli Tadjer nous parle d’identité, de l’Autre et d’altérité.

Avec conviction et sincérité,  ce livre intelligemment émaillé d'exemples et de souvenirs est un cri du cœur puissant.  Il nous touche, nous émeut et nous fait sourire aussi.
On a juste envie de remercier Akli Tadjer.
Percutant et indispensable, à mettre entre toutes les mains. 

Nous avons tous en nous la capacité de haïr les autres mais nous avons aussi celle d’aller vers eux.

lundi 3 juin 2019

Alina Bronsky - Le dernier amour de Baba Dounia

Editeur : Actes Sud - Date de parution : Avril 2019 - Traduit de l'allemand par Isabelle Liber - 160 pages

A plus de quatre-vingt ans, Baba Dounia est considérée comme une sorte d’héroïne dans sa région. Il faut dire que depuis la catastrophe nucléaire, elle est revenue s’installer dans son village de Tchernovo tout proche de Tchernobyl. D’autres lui ont pris le pas et ils sont désormais une poignée à vivre en quasi autarcie.

Femme de caractère téméraire et un brin têtue, Baba Dounia aspire à vivre tranquillement. Dans cette zone de la mort où toute normalité a disparu, son sens de l’humour est souvent incisif. Loin d’être irresponsable et attachée à ses racines, elle est irrésistiblement attachante tout comme ses voisins. Tous sont conscients des risques qu’ils encourent, tous se débrouillent malgré la vieillesse et les petites chamailleries. Alina Bronsky n’occulte en rien les conséquences de Tchernobyl, elles apparaissent par petites touches sous le regard acéré mais empli de sagesse de Baba Dounia. On éprouve de tendresse et de l'admiration envers cette femme qui malgré la réalité abîmée garde de l'amour.

Avec des personnages hauts en couleurs veillant les uns les autres mais aussi sur leur environnement,  ce roman offre une belle pudeur et un ton légèrement décalé pour parler de l'absurdité humaine.
Alina Bronsky a trouvé l'équilibre subtil entre humour,  fantaisie et légèreté apparente. 

La vie à Tchernovo est très agréable, mais elle ne convient pas à tout le monde.

L’avantage de la vieillesse, c’est qu’on n’a plus be­soin de demander la permission à quiconque – ni pour habiter dans son ancienne maison, ni pour laisser les toiles d’araignée là où elles sont. Les araignées étaient ici avant moi.


Les billets de Cath et de Cuné.
Lu de cette  auteure : Cuisine tartare et descendance

vendredi 31 mai 2019

Matteo Righetto - Ouvre les yeux


Editeur : Points - Date de parution (en poche) : Avril 2019 - Traduit de l'italien par Anne-Laure Gonin-Marquer - 141 pages 

Luigi et Francesca se sont aimés pendant de longues années, un bonheur qui a donné naissance à Guilio. Et comme il arrive parfois le couple s’est délité. Chacun s’est renfermé de son côté avec à la clé une séparation vécue difficilement par leur fils devenu adolescent. Selon l’expression consacrée, chacun a refait sa vie mais Luigi et Francesca vont se donner rendez-vous pour réaliser à nouveau l’ascension du Mont Latemar dans les Dolomites. Je n’en dis pas plus sur le pourquoi et les circonstances.

Entre passé et futur, on pénètre dans la sphère de Luigi et Francesca. Loin d'être que le récit d’une histoire d’amour qui se conjugue désormais au passé, l'auteur nous décrit avec sobriété et pudeur ces petits riens de bonheur, les souvenirs et la violence de la douleur lancinante. Dans un décor de montagnes,  Luigi et Francesca avancent dans leur but et sur eux-même malgré les douleurs. Les cheminements intérieurs accomplis, la complicité retrouvée et l'humilité ressentie devant la grandeur de la nature sont de véritables baumes.

Touchée-coulée par la narration intimiste de Matteo Righetto ce roman lu en apnée m’a apportée des poissons d’eau dans les yeux.  Sans pathos ou effet de manches, il s'agit d'une lecture délicate et sensible à la beauté mélancolique.

Tu imagineras vos deux silhouettes, toutes petites, infimes et inutiles dans cette beauté majestueuse et infinie. Tu imagineras vous découvrir et vous apercevoir, réfugiés dans le ventre de cette montagne, loin de tout. 
Tu ressentiras le poids et l'ivresse de votre solitude ; tu sentiras que vous êtes êtes isolés et dissimulés aux yeux du monde comme seule peut l'être une touffe d’herbe sous une épaisse couche de neige.

Un grand merci à Sabine d'en avoir parlé sur FB à l'occasion de sa sortie en poche.
D'autres billets chez : Aifelle, Nicole, Zazy.

lundi 27 mai 2019

Sylvie Germain - Le vent reprend ses tours

Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Avril 2019 - 224 pages 

Il aura fallu d’une affiche signalant un avis de recherche pour que Nathan le reconnaisse. Le vieillard signalé disparu il y a plusieurs mois n’est autre que Gavril. Ce saltimbanque musicien et poète  avait apporté de la fantaisie lumineuse et réconfortante dans le quotidien morne de Nathan alors âgé de neuf ans. Il lui avait entrouvert les portes sur la poésie, et la vie de cet enfant renfermé à l’élocution difficile s’était soudainement éclairée.

Trente ans plus tard, Nathan part à la recherche de Gavril qu’il le croyait décédé.  Leur amitié  avait été rompue brutalement ce qui  avait plongé Nathan dans la culpabilité.
Qui était vraiment Gavril cet homme au grand cœur marqué par des stigmates dont il ne parlait pas ? Nathan va remonter le fil des années  pour assembler les pièces du puzzle en Roumanie  et mettre des mots sur les silences.  L'histoire de Gavril heurtée par la grande Histoire avec ses soubresauts de haine et de violence se dessine et agit comme un catalyseur pour Nathan jusqu'à alors prisonnier de son immobilisme.

Avec son créature poétique, charnelle et ciselée, Sylvie Germain nous parle de périodes sombres mais aussi de renaissance, d'amitié et de beauté. La musicalité résonne  dans cet hymne d'amour à la liberté, la luminosité éclipse et contraste avec la noirceur, et cette luminosité rend possible tous les espoirs.
Une auteure à laquelle  je suis fidèle pour son écriture d'orfèvre et pour les thèmes qu'elle aborde. Une fois de plus, l'alchimie s'est produite avec ce livre à la tolérance bienveillante  et qui sème des graines d’humanité.

Tout se récupère, tout se recycle, répétait-il à Nathan. Surtout les mots, les idées et les rêves. On peut faire du grand avec trois fois rien, du beau en transformant du moche, du risible à partir de fadaises sentencieuses.

Le billet de Jostein.

Lu de cette auteure : Jours de colère - La Pleurante des rues de Prague  - Le monde sans vous - L'inaperçu - Magnus Petites scènes capitales - Tobie des marais

jeudi 23 mai 2019

Catherine Lacey - Les réponses

Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Mars 2019 - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Myriam Anderson - 324 pages 

Parce qu'elle souffre de diverses affections pour lesquelles la médecine classique ne peut rien , Mary suit une thérapie de KAPologie sur les conseils de son amie "Techniquement, m’expliqua Chandra, la KAPologie est une forme de chi neurophysiologique, une technique relativement obscure, qui se situe aux marges de l’avant-garde ou aux marges des marges, selon à qui tu poses la question. " Dispensées par  un  (pseudo) thérapeute,  les séances lui coûtent très cher mais comme elle est convaincue des bienfaits, il est hors de question de question pour elle d’arrêter. Coup de chance, elle tombe sur une petite annonce qui recherche des candidates pour un programme spécifique d'étude contre rémunération.

Après série d’entretiens et de tests, Mary intègre une expérience un peu spéciale autour de Kurt, star du cinéma adorée et idolâtrée par de nombreuses personnes. Le but du programme étant d’identifier le mécanisme amoureux, de l'analyser sous toutes  les coutures.  Mary devient la  "Petite Chérie Emotionnelle" de Kurt. Bardée de capteurs, son rôle est de l’écouter car toutes leurs entrevues seront filmées et décryptées, et les données passées au peigne fin.

Comme dans Personne ne disparaît,  Catherine Lacey fait preuve d’inventivité et ce roman est extrêmement singulier et intrigant. On navigue entre l’étonnement, l’ironie sous-jacente, un certain cynisme et la sensation par moments d’être légèrement dérouté. Détonante par son côté un peu étrange, Mary donne l'impression en apparence d’être souvent à côté de la plaque, décalée à l'image de ce roman.

Les désirs personnels ou scientifiques, la quête du bien-être,  la manipulation,  la solitude et les dérives les plus extrêmes sont au centre de roman.
Complètement surprenante et originale, loin d'être lisse, cette lecture sort assurément des sentiers battus mais il lui manque, au final,  de la cohésion. Mais malgré tout, l'écriture de Catherine Lacey m'a une fois de plus accrochée par son originalité.

Je me demandai ce qui avait pu se passer  entre eux pour qu'elle ait autant besoin de lui, mais je suppose qu'on qu'on ne sait jamais  ce qui se passe entre deux personnes. C'est comme un  échange de regards intime, pas de place pour plus que deux.

lundi 20 mai 2019

Caroline Lamarche - Nous sommes à la lisière

Éditeur : Gallimard - Date de parution : Février 2019 - 176 pages

Derrière ce titre évocateur et prometteur  se dessinent des zones partagées entre deux mondes où animaux et humains se croisent.  Avec la première nouvelle Frou-Frou, une cane blessée recueillie et soignée dans un refuge pour oiseaux. Elle cherche la protection de Louis qui s’attache à elle, au point qu’il la prenne chez lui. Il veille sur elle, lui porte une attention et un amour sincère. Elle se rétablit ou presque. Et croyez-moi j'ai eu des poissons  d'eau dans les yeux comme pour les nouvelles suivantes.

Pas de mièvrerie ou de sensiblerie mais une précision des mots pour décrire cette lisière où hommes et animaux interagissent. Des liens nimbés d’une forme de liberté où des vies fragiles se révèlent fortes sans pour autant occulter les menaces. Bien sûr, il y a les personnages humains  mais les animaux comme un cheval, un merle, un hérisson, un chat ou même des fourmis ont une part importante dans ces textes.

L'auteure nous surprend et nous émeut avec ces nouvelles ciselées, épurées pourvues de cette beauté simple en apparence qui m’a cueillie. Une écriture où la réalité même si elle est dure se mêle à la poésie et à la sensibilité.  Caroline Lamarche restitue les peurs, la perte, les douleurs mais aussi l'amour, l'humilité, la  complicité ou tout simplement ces instants riches aussi fugaces soient-ils.

Le cœur et l'âme vrillés d'émotions,  j'ai frémi, j'ai vibré de cette fragilité mise en exergue, de ces liens précieux qui gardent leur part de mystère. Un gros coup de cœur qui laisse  dans son sillage des émotions profondes. 
Ce recueil a obtenu le Goncourt de la nouvelle, un prix largement mérité à mes yeux.

Les gens hantés par un deuil irréparable ne croient plus en l’avenir. Mais bien en l’imagination, d’où naissent les plus folles histoires. Ses histoires à elle, pourtant, n’inventent pas d’autres mondes. Pas d’autres amours non plus. Il leur suffit d’être complices de quelques vies sauvages.

Le billet de Cathulu

vendredi 17 mai 2019

Stéphane Carlier - Le chien de Madame Halberstadt

Éditeur : Le Tripode - Date de parution : Avril 2019 - 174 pages 

J'avoue, je suis faible. Très faible. Prenez la couverture,  ajoutez les avis de Cath et de Cuné  (qui vient de fêter 13 ans de blog, champagne pour elle !) et il ne m'en a pas fallu plus pour que j'ai eu une envie irrépressible de lire ce roman. Voilà, faible un jour, faible toujours.

Baptiste lui s'enfonce. A quarante ans, largué par sa copine, son troisième roman est un cuisant échec. Les ventes qu'il scrute sur Amazon ne décollent pas. La moral au fond des chaussettes, il traîne sa peine dans son appartement. Jusqu'au jour où sa voisine Madame Halberstadt lui demande de garder son chien juste pour quelques jours. Sans trop avoir le choix, il accepte et se voit confier Croquette, un carlin très bien portant. Et comme tous les chiens, il faut le nourrir et le promener.
Croquette s'adapte très bien de la nouvelle situation et la malchance semble enfin quitter Baptiste. Enfin, son roman se vend, son ex-copine se dispute avec son nouvel amoureux. Baptiste respire, reprend confiance en lui et s'autorise à espérer. Hasard, coïncidence? Franchement, un chien ça vous change la vie sauf que Baptiste doit le rendre à sa propriétaire.

Stéphane Carlier mène tambour battant ce roman aigre-doux. C'est frais, pétillant mais aussi  mordant. Tant Les gens sont les gens m'avait laissée dubitative tant j'ai souri et  ri avec cette lecture. Non seulement l'ensemble des personnages est bien croqué mais en plus Les chaussures italiennes d'Henning  Mankell apparaît dans la liste des belles choses rédigée par Baptiste (on ne peut vraiment pas nier qu'il a bon goût).
Une petite friandise nullement réservée à celles et ceux qui ont un compagnon canin, qu'on se le dise.

Elle m’a fait comprendre que j’avais de la chance et a continué : 
- Les règles ont complètement changé. Aujourd’hui, une nana qui ne sait pas qui est Colette, qui est Gide, qui est Gnest, peut écrire un livre dans sa cuisine, le publier sur Internet et en vendre 100 000. Avant, on respectait la grande intelligence. Même ceux qui ne lisaient pas Hugo ou Balzac les admiraient. Aujourd’hui, on ne se donne même plus cette peine. On a pas d’autres aspiration que de prendre des selfies en faisant des duck faces et on le revendique. L’époque valide l'ignorance, légitime la stupidité. Le monde n’a jamais autant ressemblé un tableau de Jérôme Bosch.