jeudi 19 septembre 2019

Marie Darrieussecq - La Mer à l'envers

Editeur : P.O.L. - Date de parution : Août 2019 - 256 pages

Accompagnée de ses deux enfants Rose part en croisière en Méditerranée. Son mari qui boit de trop et trop souvent n'est pas venu mais cette coupure est une bonne chose pour Rose, elle a besoin de faire le point. Une nuit, le paquebot « un immeuble flottant (..) une ville rêvée, l’utopie à la portée des déambulateurs » recueille des migrants en pleine mer. Rose donne à un jeune migrant nigérien Younès le téléphone portable de son fils. C’est sa façon d’aider.

Ce geste partant d’un bon sentiment sans attendre un retour quelconque et sans chercher à paraître courageuse ou héroïque est un point d’ancrage. Dans la vie de Younes et dans celle de Rose. Ce personnage féminin s’interroge sur sa vie, sur ce qu’elle transmet à ses enfants et sur son couple. Loin d’être un cliché, Rose est un personnage contemporain par ses fragilités, ses réflexions, avec toutes ses ambiguïtés, tiraillée par l’envie d’en faire plus et celle de se protéger. De protéger sa vie et sa famille.

Ce sujet d’actualité est traité sans pathos ou larmoyant par Marie Darieussecq. Elle fait preuve d’un ton loin d’être grave où elle réussit à placer de la légèreté, à nous faire sourire et à rendre hommage à ceux et à celles qui tendent une main pour aider malgré tout. Sans leçon de morale ou de jugement, la politique migratoire est abordée par le prisme de Rose  si proche de nous mais que que n'ai pas entièrement comprise.

Au final, il m'a manqué la petite musique et la grâce d'Il faut beaucoup aimer les hommes. Et cette fois ci malgré une belle humanité sans fard , Marie Darrieussecq n'a pas réussi à me convaincre totalement. 

Elle eut ce réflexe, de tendre la main vers eux, d'essayer quelque chose, mais.

Sur le blog :   Etre ici est une splendeur - Il faut beaucoup aimer les hommes

mardi 17 septembre 2019

Jonathan Coe - Le cœur de l'Angleterre

Éditeur : Gallimard - Traduit de l'anglais par Josée Kamoun- Date de parution : Août 2019 - 560 pages.

Nous sommes en avril 2010 en Angleterre. Benjamin Trotter vient d’enterrer sa mère et à cinquante ans, il veut se lancer dans une carrière d’écrivain. Son vieux père Colin fustige le politiquement correct, sa nièce Sophie professeure à l’Université vient de rencontrer Ian un moniteur d’auto-école. Quant à Doug son ami de longue date, son métier de chroniqueur politique le passionne toujours autant.

 Même si le Brexit semble encore loin, l’auteur sonde l’âme et le cœur de ses compatriotes dans toutes leurs subtilités et leurs contradictions. Le nationalisme, la peur des immigrés, la question identitaire sont mis à nu. Sophie défend le maintien dans l’Union Européenne et se heurte aux idées de sa belle-famille. Benjamin ne sait sur pied danser tandis que son père associe le chômage à l’Europe.

En conteur hors pair, Jonathan Coe détaille finement les destinées individuelles de ses personnages, et celle, collective, d’une nation. Les événements qui ont façonné la vie anglaise de ces dernières années s’intègrent tout naturellement au récit, que ce soit les émeutes de 2011, l’euphorie de 2012 des jeux Olympiques (ce qui donne des pages hautement jubilatoires et très perspicaces ) ou la crise économique. Les années s’égrènent, les fractures sociales bien plus profondes qu’il n’y parait au premier regard ébranlent les convictions.  A travers ce roman, on suit les choix personnels, les questionnements des membres de la famille Trotter. Et quand la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne jusqu’alors impensable se profile, elle provoque une béate incrédulité et des remises en question. Avec un humour ironique voire caustique, Jonathan Coe nous questionne subtilement et signe un roman creusé, drôle et pertinent. Un très, très grand plaisir de lecture ! 

- Ah, vous les gens de plume, franchement Douglas ! Avec votre interprétation délirante des choses. Vous sortez une formule tout à fait claire, tout à fait innocente, et vous la tordez, vous la déformez.

Les billets de Cuné et de Nicole.

Lu de cet auteur : Expo 58 La pluie, avant qu'elle tombe - Numéro 11 -Testament à l'anglaise

mercredi 28 août 2019

Jean-Philippe Blondel - La grande escapade

Éditeur : Buchet-Chastel -Date de parution : 15 Aout 2019 - 272 pages 

1975. En province, au groupe scolaire Denis-Diderot, les enseignants et leurs familles occupent des logements de fonction. Forcément tout le monde se connaît, les parents sont collègues et les enfants jouent ensemble. L’enseignement est basé sur les méthodes anciennes et les élèves sont menés à la baguette par le rigide directeur Lorrain. Lorsqu’un nouvel instituteur Florimont adepte d’une pédagogie différente arrive, on se doute que ce petit monde va connaître des remous d’autant plus que les classes vont devoir être mixtes et que l’émancipation des femmes fait frémir certains maris.

A l’aube de l’adolescence, les amitiés entre enfants se délitent, les personnalités se cherchent et s’affirment. Sous des apparences lisses et courtoises, les rivalités et les jalousies entre parents s’aiguisent et dans le sillage de Mai 68, les femmes découvrent une liberté toute nouvelle. Avec un regard tendre et avec des personnages hauts en couleur dont certains sont truculents, Jean-Philippe Blondel décrit ces vies, les mentalités tout comme l’amorce d’une nouvelle société. Il nous retrace la fin d’une époque révolue par sa rigueur éducative et par ses schémas codifiés dans le couple. Les femmes deviennent indépendantes, les enfants mûrissent, la radio diffuse des chansons anglophones et la société se libère de ses corsets.

Une fois de plus, Jean-Philippe Blondel a su traduire parfaitement les sentiments, les perceptions et ressentis de ses personnages. Les pages se tournent toutes seules entre sourires, notamment quand il dépeint les réactions quasi épidermiques concernant les hippies, et petits pincements au cœur.

Sans être mièvre, cette chronique sociale et terriblement humaine est délicieuse, acidulée et vive. Petite précision : il est inutile d’avoir connu les années 70 pour apprécier ce roman plein d’entrain,  hautement savoureux où l’humour n’est pas en reste. Si le dernier roman de Jean-Philippe Blondel m’était tombé des mains, j’ai dévoré celui-ci !

Elle aime ces soirées détendues avec des invités qui n’habitent pas le groupe scolaire. On y parle peu d’école, encore moins de son travail. On discours sur les endroits que l’on a déjà visités, sur l’éducation des enfants et aussi sur les derniers changements sociaux et politiques – on a tous été déçu quand Giscard a été élu l'année dernière. On était tellement sûrs de gagner, cette fois. On soupire, et puis on passe à autre chose. On n'est pas non plus engagé à ce point dans la lutte des classes. Ce qu'on souhaite avant tout, c’est que rien ne change radicalement et que chacun puisse vivre son existence comme il l’entend, tout en ayant bonne conscience parce que quelqu’un d’autre s’occupe des milieux défavorisés. Bref, on est de gauche, quoi. D’une couche de la couleur du rosbif qu'on sert régulièrement lors de ses repas. Pas saignant. Ni bien cuit. Juste à point.

Les billets de Cuné,  Nicole et Saxaoul.
Sur ce blog  :  06h41 - Brise glace - Et rester vivant

lundi 26 août 2019

Jean-Paul Dubois - Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon

Editeur : L'Olivier - Date de parution : Août 2019 - 245 pages

A la prison de Montréal où il purge une peine de deux ans, Paul Hansen partage sa cellule avec Horton un biker de Hells Angel incarcéré pour meurtre. Qu’est ce qui a conduit Paul en prison ? Évidemment, cette question nous titille et Jean-Paul Dubois ne nous livrera la réponse qu’à la toute fin.

Fils unique d’un pasteur suédois et d’une passionnée de cinéma engagé près de Toulouse, Paul a vu, impuissant, se déliter lentement le couple formé ses parents. A sa majorité, il rejoint son père au Québec et trouve un emploi de factotum dans une résidence cossue où il a officié durant vingt-six années  rendant service aux locataires et en leur prêtant également une oreille  attentive. Avec Winona Mapachee, une Indienne algonquine pilote d'un Beaver monomoteur et Nouk un chien qu’ils avaient recueilli, le bonheur parfait était au rendez-vous.

Avec cette tendresse et cette pudeur qui le caractérisent, Jean-Paul Dubois  nous parle de vies simples en apparence tiraillées par les doutes, bousculées à tout jamais par par la soif d’argent des autres, mais aussi de foi et de liberté, d’amour, de solidarité et de belles amitiés belles qui réchauffent le cœur. Et jusqu’à la dernière ligne, une belle nostalgie qui pince le cœur m’a enveloppée.
Ses personnages attachants et truculents par leurs côtés décalés (Horton qui sous ses airs peu commodes cache des peurs infantiles) ou simplement parce qu’ils sont criants de vérité m'ont plus que touchée.
Dans ce roman, vous l'aurez compris, l'humain est au centre.

Jean-Paul Dubois rejoint mon club d’auteurs chouchous. Parce que j’aime son écriture élégante, son humour  absurde et souvent ironique, sa sensibilité et sa fausse nonchalance (avec des descriptions précises qui ne saoulent jamais le lecteur). 

La détention  allonge les jours, distend les nuits, étire les heures, donne au temps un consistance pâteuse, vaguement écoeurante . Chacun éprouve le sentiment de se mouvoir dans une boue épaisse où il faut s'extraire à chaque pas, bataillant pied à pied pour ne pas s'enliser dans le dégoût de soi-même. La prison nous ensevelit vivants. 

La foi, c'est fragile, ça repose sur trois fois rien comme un tour de magie. 
Et qu'est-ce qu'il faut pour être un bon prestidigitateur ? Un lapin et un chapeau.

Les billets de Caroline et de Jérôme.

 De cet auteur et  sur le blog  : La succession.

samedi 20 juillet 2019

Vacanza !


Voilà, l'heure des vacances a sonné. Youpeee !

Evidemment, j'ai glissé d'autre livres dans mes valises plus que de raison (comme à l'accoutumée) car la peur de manquer de choix est toujours la plus forte.

A bientôt !

vendredi 12 juillet 2019

Jamie Weisman - Nous sommes aujourd'hui réunis

Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Juin 2019 - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Catherine Richard-Mas - 384 pages

Elizabeth Gottlieb, une jeune femme superbe, s’apprête à s’unir avec Adam. En ce jour si particulier de félicité, familles et amis sont tous réunis pour célébrer leur union. Bien sûr pour les mariés, il y a de la joie mais dans l’assemblée  des regrets et de la jalousie sont dissimulés  derrière les sourires de façade.  Et comme Elizabeth fait partie de la bourgeoisie juive d’Atlanta,  son union avec un goy fait grincer certaines dents.

Se glissant  dans la peau de certains des invités, l'auteure  leur donne la parole. Carla une amie d’Elizabeth détone dans l’assemblée. Assistante personnelle d’un acteur, dotée d’un physique disgracieux et une infirmité, ses pensées sont terriblement ironiques. Sa présence en tant que demoiselle d’honneur fait jaser mais son regard sur ceux et celle qui l’entourent est acide et piquant.  Cloué dans un fauteuil roulant et privé de la parole suite à un AVC, le grand-père d’Elizabeth est lucide quant à ses actions et sur les agissements des membres de sa famille.
Tour à tour, des amis des parents d'Elizabeth et leurs enfants,  sa grand-mère mais aussi sa mère se livrent sans fard et reviennent sur les liens qui les unissent à Elizabeth mais aussi sur la mort, la guerre, la maladie ou encore la foi.

Ce roman choral oscille entre humour grinçant et émotions très touchantes notamment avec la grand-mère d’Elizabeth seule rescapée de sa famille après l'Holocauste. On entre dans leurs existences, on entrevoit leurs peines et leurs regrets.
C'est entrainant, bien rythmé car Jamie Weisman a su donné un ton unique pour chacun avec de pudeur contenue, de la colère, de la souffrance ou de l’amour. Cette farandole de personnages avec  nous interroge sur ce que chacun met derrière l'expression réussir sa vie, sur le temps qui passe. Les préjugés, les erreurs, les ressentiments et les failles sont révélés avec une lucidité sans faux-semblants. Un grand plaisir !

Ceux et celles qui ont lu et aimé Une pièce montée de Blandine Le Callet seront  ravis avec cette lecture.

Ma vie est censée commencer maintenant. Comme le dit la bonne vieille blague, maintenant que les enfants sont partis et que le chien est mort.

mercredi 10 juillet 2019

Olivier Norek - Surface

Éditeur : Michel Lafon - Date de parution : Avril 2019 - 426 pages

Suite à une opération qui a mal tourné, le capitaine Noémie Noémie Chastain, capitaine de la brigade des Stupéfiants à Paris hérite d’une gueule cassée et d’un ex-petit ami. Ses supérieurs, sous prétexte qu’elle prenne l’air et se refasse une santé, l’envoient dans l’Aveyron avec comme objectif de fermer un commissariat de police qui ne sert plus à grand chose. Il faut dire que dans la région les affaires de meurtres ne sont pas légion. Noémie s’ennuie et prend son mal en patience tant bien que mal avec comme seule envie de retrouver sa brigade à Paris. Mais un fût contentant le corps d’un enfant disparu vingt-cinq ans plus tôt apparait  à la surface d'un lac.

Noémie, cette femme à la personnalité forte et et au tempérament courageux est ébranlée. Son job adoré est du passé tout comme son copain qui n'a pas trouvé mieux que de la laisser en plan en découvrant son visage défiguré. Elle doute et se remet en question mais tente de le cacher à ses nouveaux collègues. Si au départ, elle veut lâcher l'affaire petit à petit des éléments vont la faire changer d'avis.
Avec une intrigue bien ficelée et des personnages humains, la reconstruction morale de Noémie est totalement aussi intéressante que l'enquête.
Sans temps mort et avec des répliques qui font mouche,  c'est vif et diablement efficace ! Vous comprendrez pourquoi j’ai tourné les pages avec frénésie.  

Mission largement accomplie pour ce polar hautement addictif que j'ai dévoré.  Si je devais être la seule à n’avoir jamais lu Olivier Norek et bien désormais, je comprends pourquoi cet auteur a du succès.

 - Vous êtes cette officier parisienne, c'est ça ? Et déjà sur le terrain ? Dire que j'ai une infirmière qui s'est collée en arrêt maladie pour un rhume! 
- J'aurais fait pareil, c'est très handicapant, les rhumes.

mardi 9 juillet 2019

Rosie Walsh - Les jours de ton absence

Éditeur : Pocket Date de parution (poche) : Juin 2019 - Traduit de l'anglais par Caroline Bouet - 458 pages

Il n’aura fallu à Sarah que sept jours pour tomber follement amoureuse d’Eddie. Rentrée en Angleterre comme chaque année pour voir ses parents, la jeune femme exilée aux Etats-Unis l’a rencontré par le plus grand des hasards et ils ont passé une semaine de pur bonheur ensemble. Mais quand Eddie part pour des vacances prévues de longue date, Sarah attend comme convenu de ses nouvelles mais rien, nada.

Avec l’été et le temps des lectures en poche, la couverture ou plutôt le bandeau m’a attirée. Il m’était difficile de ne pas vois  les avis accrocheurs car faible un jour, faible toujours, aussi j’ai forcément cédé à la tentation.
Et c’était bien parti avec cette histoire car Sarah est une jeune femme sympathique entourée de de deux amis géniaux. Quand Eddie disparaît sans donner signe de vie, on a envie de lui dire qu’à trente-sept ans, elle devrait être au courant des déceptions amoureuses et que certains hommes sont des goujats. Mais Sarah s’accroche, elle croit dur comme fer qu’Eddie est un gars bien et qu’il lui est arrivé quelque chose.

Je ne dirai pas que c’est le livre idéal pour l’été car Sarah a eu le don de m’agacer donnant le sentiment d’être tombée de la lune (ou presque). Et surtout ce roman contemporain est un peu bancal et donne lieu à des scènes hautes en guimauve.
Alors si vous cherchez une histoire sans prise de tête et que vous être prêts à fermer les yeux sur des incohérences, vous pouvez le lire sinon attendez-vous à un roman  survendu.

jeudi 4 juillet 2019

Christine Desrousseaux - Mer agitée

Éditeur : Le Livre de Poche - Date de parution (en poche) : 2018 - 256 pages

On oublie la couverture qui peut laisser croire à tort à une lecture légère ou à un feel-good. On en est à mille lieux même si Jean habite près d’une plage. Après la désertion des estivants, ce septuagénaire brave le froid et le vent quotidiennement pour nager. Il a pris cette habitude depuis qu’il héberge Léo son petit-fils. Le jeune homme est revenu mutique et solitaire depuis une mission militaire en Afghanistan. L’enfant joyeux et calme qu’il était s’est enfermé dans un silence et est en proie à des accès de violence. Quand une jeune fille disparait, la petite ville voit en lui le coupable idéal.

Avec une construction habile qui alterne les journaux de baignade de Jean et le récit de la mère de Léo bien des années plus tôt, ce roman prend un tournant inattendu pour se rapprocher du polar psychologique. Accrochée par l’intrigue et par les descriptions viscérales si si justes de ce que Jean ressent quand il nage (les amateurs d'eau salée ou d'eau chlorée s’y retrouveront ) tout autant que par ses questionnements, j’ai été agréablement surprise.
Un roman où l’atmosphère palpable agrippe le lecteur :  le doute est semé, on est troublé et on s'interroge. A découvrir !

De Christine Desrousseaux , j'avais lu En attendant la neige et Mer agitée a ma préférence pour  l'écriture plus concise. Elle insuffle une ambiance, nous décrit un environnement ou des émotions en très peu de mots.

Je ne sais pas ce qui produit ce même effet d’oubli à chaque baignade : l’eau glacée, le paysage mouvant, le ciel qui touche l’horizon, les mouvements synchronisés de la nage, la respiration qui s’amplifie ? Quand je me baigne, aucune pensée parasite ne vient me hanter. Je suis dans le pur présent.

Merci Cath !

mardi 2 juillet 2019

David Thomas - Un homme à sa fenêtre

Éditeur : Anne Carrière - Date de parution : Mars 2019 - 200 pages 

Comme dans La patience des buffles sous la pluie, David Thomas avec ce nouveau titre nous livre des microfictions. Des instantanés de vie très courts et des personnages brossés avec émotion. En très peu de lignes, il nous immerge dans des situations diverses du quotidien et fait ressortir la nature humaine. Ses personnages connaissent souvent des désillusions ou des revers. Ils les encaissent, butent dessus ou les franchissent avec des peines, de la honte ou alors avec panache ou fair-play.

Beaucoup de ces microfictions ont un rapport avec le monde de l’édition et mettent en scène des écrivains. Ils ont de l’espoir, des envies quelquefois ils se moquent d’eux-mêmes ou alors ravalent leur fierté.
On tangue entre les sourires  et les pincements de cœur car il nous tend un miroir sans se faire moralisateur ou donneur de leçons.
Davis Thomas se fait tendre, ironique mais sans méchanceté avec une pudeur qui m'a touchée en plein coeur, la sincérité de son regard est touchante. Et même si je suis passée complètement à côté de certains de ces instantanés, j'ai aimé son art de nous cueillir joliment et son sens de l’observation qui fait mouche.
A consommer sans modération pour un arc-en-ciel d'émotions. 

La névrose, l’anxiété, l'ego, l’archaïsme, l’obsessionnel, le phobique ou la sexualité, c’est comme les culasse, les bielle, les cylindres, les Delcos, les arbres à cames, les soupapes les pistons, c’est trop compliqué pour moi. Le pourquoi du comment de la souffrance, ça ne m’intéresse plus.Ça tombe en panne, tant pis, ça repart tout seul, tant mieux, c’est qu’il me reste encore un peu de route à faire. C’est toujours bon à prendre. 

Les billets de Caroline, Hélène ( fan Number one de l'auteur) et de Noukette toutes les trois conquises

Lu également de cet auteur : Un silence de clairière 

vendredi 28 juin 2019

Elizabeth Jane Howard - Une saison à Hydra

Éditeur : Quai Voltaire - Date de parution : Mars 2019 - Traduit de l'anglais par Cécile Arnaud - 448 pages

Dramaturge à succès, Emmanuel Joyce recherche une comédienne pour sa nouvelle pièce. Lilian l’épouse d’Emanuel et Jimmy Sullivan son imprésario gravitent autour du dramaturge. Embauchée en tant que secrétaire d’Emmanuel, la jeune Alberta découvre ce microcosme. Entre Londres et New-York et la Grèce, on suit ce quatuor. A soixante ans Emmanuel est admiré par tous. Jimmy se plie à ses quatre volontés et à ses caprices, Emmanuel se comportant un peu comme un enfant gâté tandis que Lilian porte en elle le deuil de leur enfant décédé en bas âge.

Nous sommes au début des années 1950 et Alberta se soucie du quand dira-t-on et et de certaines normes en vigueur. Détonante par sa candeur et par sa droiture d’esprit, vive d'esprit, son éducation contraste avec les autres personnages plus libres de leurs faits et gestes. Sauf qu’Emmanuel s’éprend d’elle et voit en elle la comédienne parfaite pour incarner le rôle principal de sa future pièce. Avec beaucoup de charme, l’auteure aiguise notre curiosité. Les dialogues, les descriptions et les pensées des personnages nous dévoilent leurs préoccupations personnelles futiles ou plus profondes. Que ce soit les différentes facettes du couple formé par Emmanuel et Lilian, les évolutions infimes et les questionnements des personnages, tout est rendu avec subtilité. Sans chercher à nous rendre sympathique ce quatuor, les petits pics décochés sont ironiques et quelquefois cinglants.

Ce roman est doté d’un charme suranné mais surtout de finesse. L’écriture d' Elizabeth Jane Howard distille une beauté poétique qui se délecte et dont on s’imprègne. Certes il y peu d’action et certains pourront trouver ce roman ennuyeux mais tout l’intérêt réside dans l’exploration de la psychologie des personnages. Les derniers chapitres qui se déroulent sur l’île d’Ydra sont de toute beauté !

Le moindre aléa devient catastrophique dans la campagne anglaise. Catastrophique et déprimant.

mercredi 26 juin 2019

Fiona Barton - La veuve

Éditeur : Fleuve Noir - Date de parution : 2017 - Traduit de l'anglais (Grande- Bretagne) par Séverine Quelet - 410 pages

2010. Jane est veuve désormais, son mari Glen a été tué accidentellement par un bus. Assaillie par des journalistes à son domicile, elle n’est pas bizarrement éplorée pourtant sa vie vient de basculer. Sauf que quatre ans plus tôt, son mari a été accusé d’avoir enlevé une petite fille de deux ans puis mis hors de cause.

Je recule souvent devant les polars et les thrillers mettant en scène la disparition d’enfants par crainte que ça soit tordu. Mais là, pour ma plus grande surprise, Fiona Barton ne cherche pas le sordide ou le glauque. La vie du couple nous est racontée par Jane sur plusieurs périodes à partir de leur mariage. Réservée, elle était coiffeuse et Glen travaillait dans une banque. Comme bon nombre de couples, ils avaient l’envie de fonder une famille. Les années ont défilé sans que ce désir soit réalisé. Le comportement de Glen a changé, il a perdu son travail et s’est enfermé de plus en plus en souvent devant son ordinateur.
Jane sait-elle quelque chose ? Glen était-il coupable ? Qui est vraiment Jane ? Etait-elle manipulée par son mari comme  on le pense? Le policier chargé de l’enquête et une journaliste cherchent à découvrir la vérité. Alternant les trois récits, ce thriller nous harponne habilement et il est difficile à lâcher.

De nombreuses ambiguïtés apparaissent et de nouvelles pistes se dessinent avec une tension bien présente. Fiona Barton évite toute forme de vulgarité et dépeint sans pincettes une certaine forme de journalisme sensationnel. On doute et on s’interroge sur de nombreux points jusqu'aux toutes dernières pages.
Très bien mené avec un suspense psychologique constant, je recommande ! Et en plus, il est paru depuis en poche (et hop, vous n'aurez pas d'excuse).

Le rédacteur en chef reconnaissait un bon titre quand il en écrivait un et, selon lui, un bon titre pouvait être réutilisé à l'infini. 
La question dans le titre - "Est-il l'homme le plus mauvais de Grande-Bretagne ?"- était un classique. On était couvert comme ça. On n'affirmait pas, on ne faisait que poser la question.

Une lecture repérée chez  Kathel.

mercredi 19 juin 2019

Graham Swift - De l'Angleterre et des Anglais

Editeur : Gallimard - Date de parution : Janvier 2019 - Traduit de l'anglais par Marie-Odile Fortier-Masek - 336 pages 

A la lecture des romans J’aimerais que tu sois là et Le dimanche des mères, j’avais été frappée par la justesse et la précision de l’écriture de Graham Swift.  Avec ce recueil, l’auteur prouve qu’il sait jouer dans toutes les gammes de partition des sentiments. A travers  ces vingt-cinq nouvelles ou plus exactement ces instantanés de vie,  il   explore à merveille des situations et la psychologie de ses personnages. Les troubles, les hésitions, les choix effectués ou subis qui font basculer une vie ou gravent à jamais les mémoires jalonnent ces textes.

Touché par ce sentiment d’avoir la chance de partager avec eux un moment à part, on pénètre dans l’intimité de ces personnages appartenant à des milieux sociaux différents.  L'auteur nous parle d'amour, d'amitié, de maladie ou  de mort, mais aussi de fraternité ou de bonheur.  Sans pathos ou exagération,  c'est empreint de tendresse et d'une pudeur très belle.

Avec ces nouvelles ciselées qui nous promènent dans la campagne anglaise ou en ville à différentes époques, Graham Swift décrit à la perfection les portraits de ses concitoyens et nous offre ce patchwork cosmopolite au plus près de l’humain.
J’ai savouré chacun de ces textes, j’ai été émue, j’ai souri des traits d’humour et certaines de ces nouvelles m’ont bouleversée alors qu’il y a une économie de mots. Je me suis régalée et  les émotions bien présentes m'ont joliment cueillie. 

Son père lui dit un jour : "L'argent ne fait pas le bonheur, Adrian, mais ça te permet d'être douillettement malheureux" .

Le billet de Nicole

lundi 17 juin 2019

Marion Brunet - L'été circulaire

Éditeur : Le Livre de Poche - Date de parution (poche) : Avril 2019 - 256 pages 

Dans une petite ville du Midi de la France sous un soleil écrasant, Céline seize ans consciente de sa beauté indécente et sa sœur Jo âgée de quinze ans s’ennuient. Les deux adolescentes subissent un quotidien morne avec peu de distractions hormis des virées nocturnes en catimini dans les piscines des villas, et la fête foraine annuelle. Des vies étriquées avec des accès de violence de la part du père qui verse dans les petits trafics et tient des propos racistes envers le fils des voisins arabes. Leur mère cantinière a brûlé trop vite sa jeunesse et le regrette.

L'histoire est quasiment pliée, la suite est pratiquement courue d’avance comme si rien ne pouvait  empêcher la fatalité et le drame. Les différences entre les classes sociales, la honte et la frustration nourrissent une tension papable renforcée par l'écriture sans fioriture de Marion Brunet. Le désœuvrement  tout comme la complicité et la solidarité des deux sœurs sont soulignés. Sans prendre des chemins de traverse,  c'est direct.

Ce roman social, noir et âpre, sans éclaircie laisse un goût amer en bouche. Je suis bien embêtée car je suis incapable de dire si j’ai aimé ou non. Un peu trop prévisible à mon goût, cette lecture diffuse une  ambiance qui colle à la peau et j 'ai souvent pensé à Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu et à D'acier de Silvia Avallone. Mais pour moi, il lui manque un supplément d’âme.
Une chose m’échappe cependant, pourquoi ce livre est-il classé dans la catégorie roman policier alors que ça n'en est pas un ?

Ici, tout ce qui sort un peu de l'ordinaire est commenté, décortiqué, devient sujet. Dans le viseur des langues de comptoir, prophétiques et avinées, pas d'expédient sauf l'habitude. Seule l'habitude peut rendre banal ce qui ne l'est pas. 

mercredi 12 juin 2019

Pablo Casacuberta - Une santé de fer

Editeur : Anne-Marie Métailié - Date de parution : Mai 2019 - Traduit de l'espagnol (Uruguay) par Françoise Gaudry - 208 pages

Tobias est gravement hypocondriaque. Convaincu qu’il va mourir dans la journée, ce grand gaillard cinquantenaire s à l'allure de viking se précipite au cabinet de son médecin homéopathe le docteur Svarsky. Mais par le plus grand des hasards au pied de l’immeuble, il rencontre la belle-mère du médecin à la recherche de son gendre.

De cet auteur, j’avais lu et aimé Scipion mettant en scène un personnage paranoïaque et porté sur la bouteille. Un roman sur la quête de la filiation manié avec humour. Et ici, la cocasserie est bien présente dès les premières pages. Tobias qui vit toujours chez sa mère est exagérément un malade imaginaire, le docteur Svarsky dénigre l’homéopathie avec force et conviction et sa belle-mère est une fouineuse. A partir d’un imbroglio, Pablo Casuberta nous plonge dans cette unique journée où rien ne va se passer comme prévu.

Attachant, un brin naïf et romantique, Tobias est influencé par sa mère adepte du spiritisme et est à la recherche d'une figure paternelle absente. Avec des situations rocambolesques parsemées des pensées de Tobias,  le ton oscille entre l'ironie et la tendresse.

J'ai souvent souri mais je suis aussi un peu ennuyée dans les trop nombreuses digressions de Tobias.  Malgré les cheminements intérieurs et des réflexions intéressantes, mon intérêt s'est calqué sur la trajectoire de montagnes russes. Dommage.

Car la vérité est qu'avant de travailler comme charlatan, j'ai étudié la médecine. La vraie médecine, je veux dire, celle qu'on étudie dans les universités, puis je me suis spécialisé et j'ai fini par devenir un pneumologue acceptable. J’ai honoré la méthode scientifique, le doute et le scepticisme jusqu’à ce que la vie de luxe que j’avais bâtie autour de mon épouse exige de moi une clientèle de plus en plus nombreuse et avide de spectacle...

lundi 10 juin 2019

Abby Geni - Farallon Islands

Editeur : Actes Sud - Date de parution en poche - Juin 2019- Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Céline Leroy - 384 pages

Au large de San Francisco, Miranda débarque sur les îles Farallon pour une année. La jeune femme photographe et bourlingueuse sans attaches a pour colocataires des biologistes. Spécialiste de la photographie d’environnements bruts et naturels où l’interférence humaine est quasi inexistante, Miranda n’a pas le droit à un accueil des plus chaleureux. Obnubilés par leurs travaux d’études sur les animaux, les six scientifiques sur place sont peu loquaces.

Dans ce décor loin d’être hospitalier, les journées se déroulent selon l’activité des oiseaux, des phoques ou des requins.  Avec une écriture qui fait appel à tous le sens, très rapidement une certaine tension s’installe car le danger ne vient pas forcément de l’environnement mais des humains.
Absolument prenant et impossible à lâcher, ce premier roman conjugue des descriptions passionnantes de ces îles et des espèces animales tout en distillant un vrai suspense.

Les sentiments sont merveilleusement rendus tout comme le questionnements de Miranda. De main de maître, Abby Geni nous harponne pour mieux nous surprendre jusqu’à la dernière page.
Un roman fascinant et dépaysant, âpre et hypnotique, lu en apnée totale! 

Galen m’a dit qu’il glanait tout ce qui parlait de la vie sur les îles. Il ne faisait pas de distinction entre le trivial et l’essentiel, l'humain et l' animal, le tragique et le merveilleux. Pour lui la plus grande illusion des humains était de croire qu’ils étaient en dehors de la nature – qu’ils ne faisaient pas partie de la chaîne alimentaire – qu’ils n’étaient pas eux-mêmes des animaux. 

Plein d'avis sur Bibliosurf

vendredi 7 juin 2019

Arnaud Dudek - Laisser des traces

Éditeur : Anne Carrière - Date de parution : Mai 2019 - 200 pages

Maxime Ronet a toujours eu l’ambition de faire de la politique avec la volonté  de se rendre utile.  Un parcours rondement mené l’a conduit à la tête de Nevilly, une commune de près de soixante mille habitants,  avec comme objectif de faire mieux que ses prédécesseurs. Depuis son élection, il n’a pas une minute pour lui entre les réunions, les inaugurations, les diverses demandes qu’il veut honorer. Ce jeune maire dynamique et plein d’entrain membre d’un nouveau parti politique s’investit corps et âme. Il se veut droit et serviable, et espère un jour qu’on se souviendra de lui avec reconnaissance.

Souriant avec le bon petit mot qui va bien, la poignée de main cordiale, il a tout pour réussir jusqu’ à ce qu’il commette un faux pas. Une erreur ou un lapsus ? On ne sait pas trop d’ailleurs. Pour redorer son blason, Maxime met les bouchées doubles jusqu'à ce qu'un dramatique accident survienne. Profondément ébranlé, ce jeune loup de la politique abandonne ses rêves auréolés de vanité et renoue avec ses idéaux sans être naïf. Il nous apparaît plus humain. Plus modeste aussi.
Sans temps mort avec des pointes d’ironie caustique et cette tendresse infusée par petite touches au détour d’une phrase, ce roman doux-amer et réaliste se croque comme une petite friandise.  

Laisser des traces. On aimerait tous en laisser. Mais ce qui compte, ce sont les toutes petites traces qu’on peut laisser chez les autres.

Ce n’est pas un hasard qu’en préambule de ce roman, Arnaud Dudek cite des paroles extraites de la chanson L’Assistant parlementaire de Miossec ( c'est bonus) :

Chaque bastion chaque citadelle est bonne à prendre 
Guérillas guerres d'usure ou de tranchées 
Tous les moyens sont bons pour s'étendre 
Pour se les faire il ne faut surtout pas rêver Pour se les faire il ne faut surtout pas être tendre 
Juste quelques petites années à patienter
En politique il faut savoir il faut savoir attendre
De la mairie au ministère à l'assemblée 
C'est un boulot de longue haleine de longue attente 
Pour enfin un jour au beau milieu des mondanités 
A leurs bonnes femmes faire les yeux tendres
Et de leur amour-propre de leur vanité

Les billets d'Aifelle, Cathulu et Sabine
Lu de cet auteur : Les fuyants Les vies imperméables - Rester sage

mercredi 5 juin 2019

Akli Tadjer - Qui n'est pas raciste ici ?

Éditeur : JC Lattès - Date de parution : Mars 2019 - 94 pages 

Qui n’est pas raciste, ici ? Ce sont les premiers mots prononcés par Akli Tadjer devant une classe d’élèves de terminales dans un lycée de province. Où exactement ? Peu importe à vrai dire. Dans ce lycée technique, certains des élèves ont refusé de lire "Le Porteur de cartable" sous divers prétextes racistes (des mots de vocabulaire en arabe, un personnage prénommé Messaoud car l’histoire se déroule durant la guerre d’Algérie). Leur professeur a invité l’auteur, Akli Tadjer, en lui exposant les faits.  Et malgré cette levée de boucliers, il a accepté.

Qu’est-ce qui pousse ces jeunes à penser de la sorte? Pourquoi ?  S’articulant sur les prétextes invoqués et sur le déroulement de sa rencontre avec ces élèves,  l'auteur nous interroge, nous explique comment la peur et l'ignorance conduisent à la haine.
En puisant dans ses racines, dans son parcours et dans l’Histoire, en démêlant préjugés et désinformation, Akli Tadjer nous parle d’identité, de l’Autre et d’altérité.

Avec conviction et sincérité,  ce livre intelligemment émaillé d'exemples et de souvenirs est un cri du cœur puissant.  Il nous touche, nous émeut et nous fait sourire aussi.
On a juste envie de remercier Akli Tadjer.
Percutant et indispensable, à mettre entre toutes les mains. 

Nous avons tous en nous la capacité de haïr les autres mais nous avons aussi celle d’aller vers eux.

lundi 3 juin 2019

Alina Bronsky - Le dernier amour de Baba Dounia

Editeur : Actes Sud - Date de parution : Avril 2019 - Traduit de l'allemand par Isabelle Liber - 160 pages

A plus de quatre-vingt ans, Baba Dounia est considérée comme une sorte d’héroïne dans sa région. Il faut dire que depuis la catastrophe nucléaire, elle est revenue s’installer dans son village de Tchernovo tout proche de Tchernobyl. D’autres lui ont pris le pas et ils sont désormais une poignée à vivre en quasi autarcie.

Femme de caractère téméraire et un brin têtue, Baba Dounia aspire à vivre tranquillement. Dans cette zone de la mort où toute normalité a disparu, son sens de l’humour est souvent incisif. Loin d’être irresponsable et attachée à ses racines, elle est irrésistiblement attachante tout comme ses voisins. Tous sont conscients des risques qu’ils encourent, tous se débrouillent malgré la vieillesse et les petites chamailleries. Alina Bronsky n’occulte en rien les conséquences de Tchernobyl, elles apparaissent par petites touches sous le regard acéré mais empli de sagesse de Baba Dounia. On éprouve de tendresse et de l'admiration envers cette femme qui malgré la réalité abîmée garde de l'amour.

Avec des personnages hauts en couleurs veillant les uns les autres mais aussi sur leur environnement,  ce roman offre une belle pudeur et un ton légèrement décalé pour parler de l'absurdité humaine.
Alina Bronsky a trouvé l'équilibre subtil entre humour,  fantaisie et légèreté apparente. 

La vie à Tchernovo est très agréable, mais elle ne convient pas à tout le monde.

L’avantage de la vieillesse, c’est qu’on n’a plus be­soin de demander la permission à quiconque – ni pour habiter dans son ancienne maison, ni pour laisser les toiles d’araignée là où elles sont. Les araignées étaient ici avant moi.


Les billets de Cath et de Cuné.
Lu de cette  auteure : Cuisine tartare et descendance

vendredi 31 mai 2019

Matteo Righetto - Ouvre les yeux


Editeur : Points - Date de parution (en poche) : Avril 2019 - Traduit de l'italien par Anne-Laure Gonin-Marquer - 141 pages 

Luigi et Francesca se sont aimés pendant de longues années, un bonheur qui a donné naissance à Guilio. Et comme il arrive parfois le couple s’est délité. Chacun s’est renfermé de son côté avec à la clé une séparation vécue difficilement par leur fils devenu adolescent. Selon l’expression consacrée, chacun a refait sa vie mais Luigi et Francesca vont se donner rendez-vous pour réaliser à nouveau l’ascension du Mont Latemar dans les Dolomites. Je n’en dis pas plus sur le pourquoi et les circonstances.

Entre passé et futur, on pénètre dans la sphère de Luigi et Francesca. Loin d'être que le récit d’une histoire d’amour qui se conjugue désormais au passé, l'auteur nous décrit avec sobriété et pudeur ces petits riens de bonheur, les souvenirs et la violence de la douleur lancinante. Dans un décor de montagnes,  Luigi et Francesca avancent dans leur but et sur eux-même malgré les douleurs. Les cheminements intérieurs accomplis, la complicité retrouvée et l'humilité ressentie devant la grandeur de la nature sont de véritables baumes.

Touchée-coulée par la narration intimiste de Matteo Righetto ce roman lu en apnée m’a apportée des poissons d’eau dans les yeux.  Sans pathos ou effet de manches, il s'agit d'une lecture délicate et sensible à la beauté mélancolique.

Tu imagineras vos deux silhouettes, toutes petites, infimes et inutiles dans cette beauté majestueuse et infinie. Tu imagineras vous découvrir et vous apercevoir, réfugiés dans le ventre de cette montagne, loin de tout. 
Tu ressentiras le poids et l'ivresse de votre solitude ; tu sentiras que vous êtes êtes isolés et dissimulés aux yeux du monde comme seule peut l'être une touffe d’herbe sous une épaisse couche de neige.

Un grand merci à Sabine d'en avoir parlé sur FB à l'occasion de sa sortie en poche.
D'autres billets chez : Aifelle, Nicole, Zazy.

lundi 27 mai 2019

Sylvie Germain - Le vent reprend ses tours

Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Avril 2019 - 224 pages 

Il aura fallu d’une affiche signalant un avis de recherche pour que Nathan le reconnaisse. Le vieillard signalé disparu il y a plusieurs mois n’est autre que Gavril. Ce saltimbanque musicien et poète  avait apporté de la fantaisie lumineuse et réconfortante dans le quotidien morne de Nathan alors âgé de neuf ans. Il lui avait entrouvert les portes sur la poésie, et la vie de cet enfant renfermé à l’élocution difficile s’était soudainement éclairée.

Trente ans plus tard, Nathan part à la recherche de Gavril qu’il le croyait décédé.  Leur amitié  avait été rompue brutalement ce qui  avait plongé Nathan dans la culpabilité.
Qui était vraiment Gavril cet homme au grand cœur marqué par des stigmates dont il ne parlait pas ? Nathan va remonter le fil des années  pour assembler les pièces du puzzle en Roumanie  et mettre des mots sur les silences.  L'histoire de Gavril heurtée par la grande Histoire avec ses soubresauts de haine et de violence se dessine et agit comme un catalyseur pour Nathan jusqu'à alors prisonnier de son immobilisme.

Avec son créature poétique, charnelle et ciselée, Sylvie Germain nous parle de périodes sombres mais aussi de renaissance, d'amitié et de beauté. La musicalité résonne  dans cet hymne d'amour à la liberté, la luminosité éclipse et contraste avec la noirceur, et cette luminosité rend possible tous les espoirs.
Une auteure à laquelle  je suis fidèle pour son écriture d'orfèvre et pour les thèmes qu'elle aborde. Une fois de plus, l'alchimie s'est produite avec ce livre à la tolérance bienveillante  et qui sème des graines d’humanité.

Tout se récupère, tout se recycle, répétait-il à Nathan. Surtout les mots, les idées et les rêves. On peut faire du grand avec trois fois rien, du beau en transformant du moche, du risible à partir de fadaises sentencieuses.

Le billet de Jostein.

Lu de cette auteure : Jours de colère - La Pleurante des rues de Prague  - Le monde sans vous - L'inaperçu - Magnus Petites scènes capitales - Tobie des marais

jeudi 23 mai 2019

Catherine Lacey - Les réponses

Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Mars 2019 - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Myriam Anderson - 324 pages 

Parce qu'elle souffre de diverses affections pour lesquelles la médecine classique ne peut rien , Mary suit une thérapie de KAPologie sur les conseils de son amie "Techniquement, m’expliqua Chandra, la KAPologie est une forme de chi neurophysiologique, une technique relativement obscure, qui se situe aux marges de l’avant-garde ou aux marges des marges, selon à qui tu poses la question. " Dispensées par  un  (pseudo) thérapeute,  les séances lui coûtent très cher mais comme elle est convaincue des bienfaits, il est hors de question de question pour elle d’arrêter. Coup de chance, elle tombe sur une petite annonce qui recherche des candidates pour un programme spécifique d'étude contre rémunération.

Après série d’entretiens et de tests, Mary intègre une expérience un peu spéciale autour de Kurt, star du cinéma adorée et idolâtrée par de nombreuses personnes. Le but du programme étant d’identifier le mécanisme amoureux, de l'analyser sous toutes  les coutures.  Mary devient la  "Petite Chérie Emotionnelle" de Kurt. Bardée de capteurs, son rôle est de l’écouter car toutes leurs entrevues seront filmées et décryptées, et les données passées au peigne fin.

Comme dans Personne ne disparaît,  Catherine Lacey fait preuve d’inventivité et ce roman est extrêmement singulier et intrigant. On navigue entre l’étonnement, l’ironie sous-jacente, un certain cynisme et la sensation par moments d’être légèrement dérouté. Détonante par son côté un peu étrange, Mary donne l'impression en apparence d’être souvent à côté de la plaque, décalée à l'image de ce roman.

Les désirs personnels ou scientifiques, la quête du bien-être,  la manipulation,  la solitude et les dérives les plus extrêmes sont au centre de roman.
Complètement surprenante et originale, loin d'être lisse, cette lecture sort assurément des sentiers battus mais il lui manque, au final,  de la cohésion. Mais malgré tout, l'écriture de Catherine Lacey m'a une fois de plus accrochée par son originalité.

Je me demandai ce qui avait pu se passer  entre eux pour qu'elle ait autant besoin de lui, mais je suppose qu'on qu'on ne sait jamais  ce qui se passe entre deux personnes. C'est comme un  échange de regards intime, pas de place pour plus que deux.

lundi 20 mai 2019

Caroline Lamarche - Nous sommes à la lisière

Éditeur : Gallimard - Date de parution : Février 2019 - 176 pages

Derrière ce titre évocateur et prometteur  se dessinent des zones partagées entre deux mondes où animaux et humains se croisent.  Avec la première nouvelle Frou-Frou, une cane blessée recueillie et soignée dans un refuge pour oiseaux. Elle cherche la protection de Louis qui s’attache à elle, au point qu’il la prenne chez lui. Il veille sur elle, lui porte une attention et un amour sincère. Elle se rétablit ou presque. Et croyez-moi j'ai eu des poissons  d'eau dans les yeux comme pour les nouvelles suivantes.

Pas de mièvrerie ou de sensiblerie mais une précision des mots pour décrire cette lisière où hommes et animaux interagissent. Des liens nimbés d’une forme de liberté où des vies fragiles se révèlent fortes sans pour autant occulter les menaces. Bien sûr, il y a les personnages humains  mais les animaux comme un cheval, un merle, un hérisson, un chat ou même des fourmis ont une part importante dans ces textes.

L'auteure nous surprend et nous émeut avec ces nouvelles ciselées, épurées pourvues de cette beauté simple en apparence qui m’a cueillie. Une écriture où la réalité même si elle est dure se mêle à la poésie et à la sensibilité.  Caroline Lamarche restitue les peurs, la perte, les douleurs mais aussi l'amour, l'humilité, la  complicité ou tout simplement ces instants riches aussi fugaces soient-ils.

Le cœur et l'âme vrillés d'émotions,  j'ai frémi, j'ai vibré de cette fragilité mise en exergue, de ces liens précieux qui gardent leur part de mystère. Un gros coup de cœur qui laisse  dans son sillage des émotions profondes. 
Ce recueil a obtenu le Goncourt de la nouvelle, un prix largement mérité à mes yeux.

Les gens hantés par un deuil irréparable ne croient plus en l’avenir. Mais bien en l’imagination, d’où naissent les plus folles histoires. Ses histoires à elle, pourtant, n’inventent pas d’autres mondes. Pas d’autres amours non plus. Il leur suffit d’être complices de quelques vies sauvages.

Le billet de Cathulu

vendredi 17 mai 2019

Stéphane Carlier - Le chien de Madame Halberstadt

Éditeur : Le Tripode - Date de parution : Avril 2019 - 174 pages 

J'avoue, je suis faible. Très faible. Prenez la couverture,  ajoutez les avis de Cath et de Cuné  (qui vient de fêter 13 ans de blog, champagne pour elle !) et il ne m'en a pas fallu plus pour que j'ai eu une envie irrépressible de lire ce roman. Voilà, faible un jour, faible toujours.

Baptiste lui s'enfonce. A quarante ans, largué par sa copine, son troisième roman est un cuisant échec. Les ventes qu'il scrute sur Amazon ne décollent pas. La moral au fond des chaussettes, il traîne sa peine dans son appartement. Jusqu'au jour où sa voisine Madame Halberstadt lui demande de garder son chien juste pour quelques jours. Sans trop avoir le choix, il accepte et se voit confier Croquette, un carlin très bien portant. Et comme tous les chiens, il faut le nourrir et le promener.
Croquette s'adapte très bien de la nouvelle situation et la malchance semble enfin quitter Baptiste. Enfin, son roman se vend, son ex-copine se dispute avec son nouvel amoureux. Baptiste respire, reprend confiance en lui et s'autorise à espérer. Hasard, coïncidence? Franchement, un chien ça vous change la vie sauf que Baptiste doit le rendre à sa propriétaire.

Stéphane Carlier mène tambour battant ce roman aigre-doux. C'est frais, pétillant mais aussi  mordant. Tant Les gens sont les gens m'avait laissée dubitative tant j'ai souri et  ri avec cette lecture. Non seulement l'ensemble des personnages est bien croqué mais en plus Les chaussures italiennes d'Henning  Mankell apparaît dans la liste des belles choses rédigée par Baptiste (on ne peut vraiment pas nier qu'il a bon goût).
Une petite friandise nullement réservée à celles et ceux qui ont un compagnon canin, qu'on se le dise.

Elle m’a fait comprendre que j’avais de la chance et a continué : 
- Les règles ont complètement changé. Aujourd’hui, une nana qui ne sait pas qui est Colette, qui est Gide, qui est Gnest, peut écrire un livre dans sa cuisine, le publier sur Internet et en vendre 100 000. Avant, on respectait la grande intelligence. Même ceux qui ne lisaient pas Hugo ou Balzac les admiraient. Aujourd’hui, on ne se donne même plus cette peine. On a pas d’autres aspiration que de prendre des selfies en faisant des duck faces et on le revendique. L’époque valide l'ignorance, légitime la stupidité. Le monde n’a jamais autant ressemblé un tableau de Jérôme Bosch.

mercredi 15 mai 2019

Jane Smiley - Un siècle américain, Tome 3 : Notre âge d'or

Editeur : Rivages - Date de parution : Mars 2019 - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Catherine Chichereau - 615 pages

A l'origine de cette saga qui débute en 1920, le couple de fermiers Langton de l'Iowa a une descendance que l'on a pu découvrir dans les deux tomes précédents. La roue généalogique se poursuit et ici un peu plus de trente années (de 1987 à 2019) sont déclinées.

Tandis que la plupart des membres de la famille ont préféré d'autres domaines d'activité, ceux qui ont repris le flambeau de l'exploitation appliquent des principes de rentabilité  au détriment de l'environnement. Des facteurs sociaux, politiques ou économiques interfèrent ou influencent les destins. Des choix sont opérés, certains sont assumés, d'autres sont regrettés. Et comme dans toutes les familles, les relations entre les membres ne sont pas un long fleuve tranquille surtout quand l'appât du gain et du pouvoir nourrit les ambitions personnelles.
En se calquant sur des grands événements,  l'auteure s'intéresse aux histoires personnelles.  Sans jamais être indigeste ou verser dans la caricature, ce roman dense mais fluide  est fouillé avec des pointes d'humour et d'ironie.  Et tout au long de ces pages, on ressent l'empathie de l'auteure et une impression d'authenticité très forte.

Jane Smiley a su mêler l'intime, le quotidien et les préoccupations de ses personnages qui nous ressemblent ou qui nous semblent familiers pour les ancrer dans l'histoire américaine.  C'est terriblement réussi et si par moments certains aspects politiques ont été un brin trop détaillés pour moi, ce point n'enlève rien au talent de conteuse de Jane Smiley.
Je n'ai pas boudé mon plaisir avec des émotions bien présentes et un intérêt qui n'a pas faibli. Un plaisir de lecture ! 

Pour celles et ceux qui ont peur de se perdre, on ne panique pas car ce dernier tome est agrémenté d'un arbre généalogique complet.

Il comprenait à présent que  qu'un des problème venait des "illions" - lorsqu'on commençait à compter en "illions", l'esprit avait du mal à se retrouver. Quand cet article dans le Post était-il paru  - Riley avait dû le stocker dans son cerveau - , expliquant que la guerre en Irak avait coûté trois billions? C'était l'exemple parfait du problème des "illions", Richie s'était concentré sur les trois, oubliant les billions. Trois, ce n'était pas grand-chose. Ils auraient dû écrire : 3 000 000 000 00. Là, il aurait pris les choses au sérieux.

Sur le blog : Nos premiers jours. Pas de chronique pour Nos révolutions que j'avais dévoré  durant ma pause blogesque.
Le billet de Keisha  qui l'a lu en VO ( chapeau bas )

lundi 13 mai 2019

Armel Job - Une drôle de fille

Éditeur : Robert Laffont - Date de parution : Février 2019 - 276 pages 

Fin des années 50. Le couple Borj tient une boulangerie dans un petit village de Belgique. Un commerce de famille fondé par les parents de Ruben. Gilda devenue son épouse y avait effectué son apprentissage de serveuse. Ils mènent une vie tranquille avec leurs deux enfants jusqu'au jour où la directrice de l’Oeuvre nationale des orphelins de guerre se présente chez eux.  Elle leur demande de prendre en apprentissage une orpheline prénommée Josée. Bien que réticents au départ, ils acceptent.

Josée est âgée de seize ans comme leur fille Astrid et elle pourra délester Gilda de certaines tâches. La jeune fille a perdu a mère durant un bombardement et depuis, elle présente quelques petites séquelles. Rien de bien méchant car selon la directrice,  sa marraine, elle est en bonne santé.
Le décor est planté et très vite, on est piqué de curiosité. Josée est touchante par sa candeur. Une fille un brin naïve, trop gentille et serviable.  Et c'est vrai qu'elle rend bien service. La preuve, Gilda a désormais du temps pour elle. Mais un événement anodin, en apparence, va provoquer bien des remous et révéler des failles profondes. Rumeur, jalousie vont faire surface provoquant l'érosion des apparences. Les personnalités se révèlent, le poids des non-dits craquèlent le vernis dans cette petite ville provinciale aux lendemains de la guerre.

Bien troussé avec un sens de la formulation réjouissant et des personnages bien campés,  les pages de ce roman se tournent toute seules. Armel Job ausculte l'âme humaine avec finesse et restitue une ambiance de façon très convaincante.
Sans prêcher dans un excès de rebondissements, cette lecture maintient une tension jusqu'à la dernière page. C'est efficace et bien tourné ! 

Le billet de Kathel, d'autres liens chez Anne.

Pour vivre sereinement, nous avons besoin d'illusions, au premier rang  desquelles figure l'assurance que nous sommes entourés de l'estime discrète de nos contemporains. Si un incident la met en péril, nous nous convainquons aussitôt qu'il suffit d'un démenti et que tout rentrera dans l'ordre.

mercredi 8 mai 2019

Sharlene Teo - Ponti

Editeur : Buchet-Chastel - Date de parution : Avril 2019 - Traduit de l'anglais (Singapour) par Mathilde Bach - 310 pages 

2003,  Singapour . A  seize ans,  Szu  mal dans sa peu et complexée vit avec sa mère Amisa ancienne star éphémère de films d'horreur et sa tante. Même si elle voue une admiration envers sa mère, cette dernière se confine dans ses souvenirs. Solitaire, Szu se lie d'une amitié très forte et possessive avec Circé.

Voilà un roman choral très dépaysant par le contexte qui nous immerge à Singapour. Il alterne la voix des trois personnages à des époques différentes : le parcours d'Amisa et sa  jeunesse, l'année charnière de 2003 racontée par Szu et une projection en 2020 où l'auteure donne la parole à  Circé. Devenues adultes, les deux amies n'ont plus de contact depuis bien longtemps mais  elle vont être amenées à se revoir.
L'auteure explore avec réalisme  et sans aucune mièvrerie les schémas familiaux défaillants, la maternité, le rejet et la construction identitaire. Avec ces trois personnages féminins bousculés par la vie,  ce sont autant de détails et  de sensations relatés avec subtilité qui mettent en lumière la fragilité des personnages, leur complexité et les points de bascule.

Alors oui ce roman est loin d'être douillet mais les touches de légèreté et d'humour apportées par le prisme de l'adolescence sont souvent drôles ou  percutantes.  Si ce roman est très intéressant  par sa finesse et par l'exploration des relations, la construction un peu inégale et déroutante à mes yeux (pourquoi diable avoir choisi 2020? ) m'a empêchée d'être au diapason sur toute la longueur.
Une lecture dépaysante dont l'écriture accroche et se remarque (à noter l'excellente traduction).

Ce sont toujours les voix qui s'effacent en premier. Juste avant lex expressions. Les tournures de phrases. Ce qui était de l'humour, ce qui était de la sagesse ? On ne choisit pas ce qu'on retient et ce qu'on oublie. Avec le temps, des contre-vérités idiotes finissent même par passer pour certaines et signifiantes.

Les billets plus enthousiastes de CathCuné

lundi 6 mai 2019

Charles Daubas - Cherbourg

Éditeur : Gallimard - Date de parution : Avril 2019 - 184 pages

Il est impossible de ne pas être saisi par l'atmosphère dégagée par les premières pages de ce roman. Depuis la mer, on dirait tout juste une ville. Un rivage étendu de maisons blanches qui écarte les bras pour tenter d'attraper ce qu'il peut de l'océan. Le corps atrophié, à peine ancré à la terre, Cherbourg convoite l’horizon et la mer de ses deux membres immenses, de type de pierre élancées au milieu des flots.
Quand une explosion se produit durant l'été 2012 sur un bout de digue, une cape de silence est déployée. Il faut dire que  les chantiers de l'Arsenal abritent  le démantèlement de certains de sous-marins et qu'un peu plus loin, les drôles d'usines de La Hague traitent des déchets radioactifs.

Mais un adolescent affirme que son copain Paul a disparu lorsque la digue a été avalée par la mer. Pourquoi la mère de Paul ne veut-elle pas porter plainte ? D'où viennent les blocs de béton soudainement émergés?
Très vite déchargée de l'enquête pour cause de secret défense, Frédérique inspectrice de police ne veut pas lâcher le morceau. Officieusement, elle continue ses investigations et tente d'y voir un peu plus clair.

L'ambiance quasi hypnotique, les descriptions si justes et le suspense m'ont harponnée et ce malgré quelques maladresses (notamment dans les dialogues et avec une histoire secondaire mal bricolée).
Amenant des des réflexions sur les activités liées au nucléaire, Charles Daubas insuffle à merveille la vie à cette rade, un personnage à part entière et énigmatique qui dévoile en partie son âme.
Apre et singulier, ce premier roman est prenant et le dénouement en surprendra plus d'un.

Dans ce quotidien trop étriqué pour elle, la rade s'assoupit en attendant que son heure revienne. Depuis elle se berce  en écoutant la musique sourde et engourdissante que font ensemble toutes les guerres, les batailles et les rêves de gloire qui en tapissent le fond.

vendredi 3 mai 2019

Tove Jansson - Fair-play

Éditeur : La Peuplade - Date de parution : Février 2019 - Traduit du suédois par Agneta Ségol - 141 pages 

Habitantes sur une île finlandaise  au large d’Helsinki, Joanna et Mari partagent le grenier aménagé  en atelier de leurs appartements  Toutes les deux sont deux créatrices liées par un amour complice ponctué de promenades, de soirées cinématographiques, d'échanges débordants de vivacité et de tendresse.

Bien qu'âgées, elle ont su préserver un regard curieux tout comme leurs parenthèses de solitude. Toujours promptes à débattre sur différents sujets, l'une et l'autre chérissent leur indépendance et leur liberté. A travers dix-sept chapitres permettant de les découvrir dans leur quotidien, ce sont autant de situations où l' humour espiègle et la lucidité éclairent leurs réflexions.
C'est frais et ça fourmille de petits bonheurs simples, de  compréhension mutuelle et de cette confiance dans l'autre.
Après avoir tourné les dernières pages qui sont d'une belle intensité, le sentiment de bienveillance porté par cet amour perdure.

Sous des aspects faussement légers, ce roman est bien plus profond qu'il n'y paraît.  Il faut juste  se laisser porter par l'écriture de Tove Jansson, accompagner Joanna et Mari, deux femmes attachantes et touchantes, pour recevoir ce qu'elles nous transmettent.  

- On s'en fout des ambitions, dit Mari. Moi, je te parle de l'envie. De ne pas pouvoir s'empêcher de faire une chose.
- S'empêcher de faire quoi ?
- Tu le sais très bien.

Merci à Cath qui m'avait fait découvrir cette auteure avec Le livre d'un été.

mercredi 1 mai 2019

Vita Sackville-West - L'héritier / Une histoire d'amour

Éditeur : Autrement - Date de parution : Mars 2019 - Traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Jean Pavans - 185 pages

A la mort de sa tante Phillidia, Peregrine Chase hérite du domaine de Blackboys. Le timide jeune homme qui occupe un emploi modeste à Londres n'a guère d'attirance pour la campagne anglaise. Cerise sur le gâteau, sa tante a accumulé les dettes. Le notaire chargé de la succession  Mr. Nutley ne lui donne qu'un seul qu'un seul conseil:  tout vendre rapidement lors d' une mise aux enchères.

Si la propriété requiert de nombreux travaux,  le jardin est luxuriant car Miss Phillidia s'en occupait avec amour et dévotion. Venu à Blackboys, Peregrine est mal à l'aise et le notaire s'en délecte.  Le jeune homme se contente de  sa vie routinière et insatisfaisante sur beaucoup de points. Néanmoins,  il veut découvrir le domaine dont il hérite.  Touché par la beauté simple et pure de la nature qu'il découvre, une métamorphose s'opère. L'homme timoré qu'il était devient confiant, audacieux et il envisage sa vie sous un autre jour alors que la vente approche.

Avec finesse, Vita Sackville-West sonde la nature humaine tout comme elle décrit à merveille la fascination magnétique de la nature et la transformation de son personnage. Entre poésie et ironie, ce roman élégant au charme suranné est absolument délicieux.
Seul petit bémol, j'ai trouvé la  fin un peu vite expédiée mais comme l'écriture de Vita Sackville-West m'a charmée,  je compte bien lire d'autres romans de cette auteure.

Il se retourna pour regarder la maison. Un homme au cœur plus léger et au tempérament plus optimiste se fût réjoui de ces vacances forcées, mais Chase n’était ni insouciant ni optimiste. Il considérait la vie avec un sérieux pesant et, plutôt irritable et plein de ressentiment envers cette stérile randonnée, il ruminait les risques probables, et mêmes certains, d'inefficacité de la part de ses subordonnés à Wolverhampton, car il y avait en lui une vieille fille qui ne pouvait supporter l'idée que d'autres personnes intervinssent dans ses affaires. Il se faisait du souci, dans son petit esprit anémique qui était trop limité pour être méprisant, et trop timoré pour être vraiment violent.

vendredi 26 avril 2019

Pierre Bayard - La vérité sur "Dix petits nègres"

Éditeur : Les Éditions de Minuit - Date de parution : Janvier 2019 - 176 pages 

Il n'est nul besoin de se replonger dans  le célèbre livre d'Agatha Christie avant d'entamer cette  lecture. Pierre Bayard nous rafraîchit la mémoire avec l'ensemble des protagonistes soit les dix personnes présentes sur l'île qui  toutes, sans exception, vont  trouver la mort. La question qui taraude le lecteur est forcément  de savoir qui a pu commettre ces meurtres. Dans les toutes dernières pages, Agatha Christie  nous livre la réponse alors que la police s'est cassée le nez sur cette affaire apparemment insoluble.
Pierre Bayard reprend toute la mécanique sur laquelle repose Dix petits nègres en faisant intervenir un narrateur inattendu. J'ai nommé le coupable car oui celui qui s'est fait voler la vedette relate ce qui s'est passé. Agatha Christie se serait-elle trompée sur l'identité du coupable? Aurait-on avalé les explications fournies sans broncher alors que la vérité est toute autre?

Non seulement, on est tenu en haleine car bien entendu le coupable ne sera connu qu'à la fin mais surtout le cheminement entrepris est passionnant. Sans rien modifier au déroulement de l'histoire,  certains points mis en lumière nous permettent d'avoir un autre angle de vue et de raisonner différemment . On se glisse dans la peau  d'un Sherlock Holmes, on se mord la langue de n'avoir pas vu certaines failles (mais oui, mince!) et on explore de nouvelles hypothèses. Avec de nombreux exemples notamment sur les illusions d'optique, l'auteur  démontre ses raisonnements et propose au lecteur  de participer à des petits tests.

Sans rien n'enlever au charme des Dix petits nègres, cet essai fort réjouissant est instructif.  Même si j'ai un petit bémol pour une des explications concernant l'identité du meurtrier, j'ai beaucoup, beaucoup aimé.

Avant d’en venir aux raisons qui m’ont conduit à monter cette pièce de théâtre, je voudrais dire ma surprise, alors que tout aurait dû m’accuser depuis le début de l’enquête, à l'idée que j’aie pu passer pendant près des décennies entre les mailles de la lecture et de la critique sans jamais être soupçonné. 
Cette série d’aveuglements en dit long sur la capacité de l’être humain à s'illusionner, et, contre l’évidence, à persister dans ses erreurs pourvu que celles-ci correspondent à sa vision tragique du monde, et ne viennent pas mettre en cause la représentation qu’il a de lui-même et des autres.  Et dès lors surtout que les faits  qu’on lui présente sont organisés selon une histoire cohérente, celle-ci prît-elle la forme d'une comptine pour enfants.

Le billet d'Alex.
Les détectives en herbe peuvent aller faire un tour sur Intercripol.

mardi 23 avril 2019

Yves Ravey - Pas dupe

Éditeur : Les Éditions de Minuit - Date de parution : mars 2019 - 140 pages 

Tippi Mayer est découverte morte dans sa voiture au fond d’un ravin en Californie.Un virage mal négocié sous l’emprise de l’l’alcool et/ou de la vitesse. En somme rien d’étonnant. Sur place, l’inspecteur Costa, l’assureur Kowalski et le défunt mari Salvatore observent la scène. L’enquête pourrait être bouclée très vite mais avec ses faux airs de Columbo, l’inspecteur Costa pose des questions. Pourquoi Tippi était -elle partie de chez à cinq heures du matin? Pourquoi l’assureur était-il déjà sur place? Et comme le célèbre lieutenant, il y a souvent un petit détail qui l’intrigue.

Le mari de Tippi, sympathique aux yeux du lecteur, collabore. Et il veut que la vérité soit faite d’autant plus que son beau-père Bruce lui reproche de n’avoir pas été un bon époux. On en viendrait presque à le plaindre car certains éléments semblent malheureusement contre lui comme si s'il n'avait pas de chance. Qui dit vrai et qui ment ? Qui manipule qui ? On sait très bien que l‘accident n’en est pas un et tout le plaisir est de se faire mener ou presque par le bout du nez. Avec une intrigue et une histoire pourrait-on dire moult fois déjà exploitées (une riche épouse,  un amant, un couple qui bat de l’aile, un beau-père qui régente tout et une voisine curieuse), Yves Ravey se joue de nous.

C’est noir et délicieusement savoureux. Alors oui, la fin est sans aucune surprise et alors? Peu importe à vrai dire car tout l’intérêt ce livre est dans l’écriture épurée au cordeau et dans l'ambiance installée. Même si tout semble couru d'avance, l’auteur laisse planer des doutes, il instaure savamment une  tension et glisse ici et là des pics d’humour noir voire décalés. Ce roman se lit comme un page-tuner où l'on savoure la minutie, la précision de l'écriture avec le sourire aux lèvres. Une petite friandise dévorée qui m’a beaucoup fait penser à Viviane Elisabeth Fauville de Julia Deck .

Ca le dérangeait de donner son avis. Pour l'instant, il réfléchissait à la situation.Tout ce qu' il avait à  dire, c'est que ça prendrait du temps de tout remettre en  ordre, ici, et dans l'entreprise. Il a voulu savoir ensuite savoir  si je me sentais capable de continuer sans Tippi, dans le sens, où en  principe, c'était sa fille qui s'occupait de tout, du ménage mais aussi de l'entreprise.

Les billets enthousiastes de Béa et Laure

lundi 15 avril 2019

Fiona Mcgregor - L'Encre vive

Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Mars 2019 - Traduit de l'anglais (Australie) par Isabelle Maillet - 537 pages

A cinquante-neuf ans, Marie King mère de trois grand enfants et depuis peu divorcée, s’est toujours occupée de sa maison et surtout de son magnifique jardin située sans un quartier bobo et très prisé de Sydney. Mais les temps sont durs et Marie qui a toujours vécu sans regarder à la dépense n’a plus les moyens d'avoir le même train de vie, elle va devoir de vendre son bien. Le jour de son anniversaire, un peu éméchée, elle décide de s’offrir un cadeau atypique : un tatouage.

Passe encore un tatouage mais ce n'est que le premier d'une série pour Marie. Sauf que dans son entourage, ces tatouages sont catalyseurs de beaucoup de réactions comme l’incompréhension, la  stupeur et l’incrédulité. Mais pourquoi diable, enchaîne-t’elle les séances au salon de tatouage alors que sa maison est mise en vente? Ses enfants et ses amis la regardent d’un oeil perplexe et en cherchent la cause avec plus ou moins de maladresse.  Mais Marie est décidée à prendre sa vie en mains,  à s’assumer comme elle l’entend quitte à faire grincer des dents.

Avec en toile de fond une radiographie de l’Australie sans concession, les conventions sociales, la complexité des relations familiales, l’appropriation du corps, la vieillesse et la maladie sont autant de thèmes abordés et creusés. A travers les enfants de Marie, pivot central de ce roman, et de son entourage, ce sont des personnalités aux préoccupations différentes qui sont creusées. Tous au long de ce roman, tous vont changer. Et chacun sera touché, titillé car ces personnages renferment une part plus ou moins importante de nous. Fiona Mcgregor livre un  beau portait de femme, une femme attachante avec ses faiblesses et sa lucidité.

J’ai vibré, j'ai souri et j'ai été émue avec ce roman pertinent sur toute la ligne parsemé d'humour vitriolé et aux dialogues savoureux. Et sans que je m'y attende,  dans ses toutes dernières pages ce roman a réussi à me bouleverser au point d'engendrer des poissons d'eau.
Un régal et un livre dévoré !  Petit bonus, en tant que lectrice tatouée ( oui, ciel!), j’ai trouvé très juste les descriptions du pourquoi du tatouage, de l’envie et du regard des autres.

- J'ai remis de l'ordre entrepris un grand nettoyage...
- Ah oui? Formidable , dit Susan. C'est très bouddhiste de faire le vide.

Les billets de Cinéphile et de Cuné

vendredi 12 avril 2019

Ouch !

S'inventer une île d'Alain Gillot - Éditeur : Flammarion - Date de parution : Février 2019 - 208 pages

Alors qu'il est Chine à superviser un chantier, Dani apprend la mort accidentelle de son fils âgé de sept ans. Immédiatement, il rentre en France où l'attend sa femme Nora et leurs proches. Entre la douleur, les remord et la colère, il se tient à distance. Présent physiquement mais absent par ses pensées, il laisse sa femme tout gérer. Chacun dans le couple affronte cette épreuve différemment. 
Nora voudrait aller de l'avant et s'active à trier les affaires de leur fils tandis que Dani n'accepte pas la mort de son enfant. Dani voit son fils lui apparaître de façon surnaturelle. Son fils qui lui parle et uniquement à lui. Il décide d'offrir à son fils des vacances rien qu'à eux deux en Bretagne.

Je pense qu'écrire sur la mort accidentelle d'un enfant est sûrement un choix réfléchi pour l'auteur. Voire cathartique ou salvateur ou libérateur tant le sujet est délicat. Et il faut croire que ce livre n'était pas pour moi car j'ai été terriblement mal l'aise et j'ai ressenti une vague d'incompréhension face aux réactions de ces parents. Sans vouloir les juger car je suis bien incapable d'imaginer ce que c'est et d'ailleurs car c'est un blocage absolu de ma part. Voilà mais j'ai été suffisamment gênée. Très et trop gênée.
Et surtout j'ai eu  la sensation d'être  témoin  d'une histoire quelquefois un peu maladroite qui cherche sans la trouver une certaine distance qui m'aurait permise de ne pas me sentir voyeuriste avec la gâchette pointée sur le coeur en permanence.



Trouver l'enfant de Rene Denfeld - Éditeur : Rivages - Date de parution : Janvier 2019 - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Pierre Bondil - 365 pages 

En Orégon le petite Madison a disparu depuis trois ans. Trois longues années où les espoirs se sont amenuisés. La probabilité qu'une  enfant  âgée de cinq ans  disparue dans une forêt enneigée soit encore vivante est presque réduite à néant mais  ils font appel à Naomi Cottle une détective spécialisée dans les enquêtes d'enfants disparus.

De cette auteure, j'avais beaucoup aimé En ce lieu enchanté pour sa capacité à créer une ambiance et à m'attirer dans ses filets. Un roman noir  hypnotique strié d'une poésie envoûtante. Avec Trouver l'enfant,  la  nature  souvent hostile a une place importante. Le tout est parsemé de poésie avec un vrai suspense et plusieurs intrigues. Les récits  alternant présent et  flashbacks font la part belle à l'introspection car Naomi a un passé douloureux.
Avec son ravisseur, Madison âgée de 8 ans a noué une relation très particulière. Certaines de ses réflexions m'ont plus que bousculée et déstabilisée (comme si c'était une enfant devenue une adolescente aux âges multiples), et d'autres m'ont bloquée. Même si elles ne sont pas légion et malgré l'écriture très belle de Rene Denfeld,  je n'ai pas pu en faire abstraction.

La littérature  est là pour nous bousculer et nous faire bouger de nos zones de confort, j'en conviens mais ces lectures n'étaient vraiment pas pour moi.