mardi 17 septembre 2013

Jocelyne Saucier - Il pleuvait des oiseaux


Éditeur : Denoël - Date de parution : Août 2013 - 202 pages et un ravissement !

Une photographe enquête sur un dénommé Ed Boychuck , « l’homme qui avait survécu aux Grands Feux et qui avait fui sa vie dans la forêt ». Cet incendie s’était produit au début du vingtième siècle au Québec. Tout naturellement, elle oriente ses recherches dans la forêt et découvre un campement où habitent Charlie et Tom qui « à eux deux font presque deux siècles ». Ils ont décidé de rompre avec  leurs attaches anciennes et de vivre dans la forêt. A leur guise et sans aucun compte à rendre à personne.

Si ce livre commence par le récit de la photographe, d’autres personnages prennent le relais comme Bruno qui cultive la marijuana ou Steve. Tous les deux habitent aussi dans ce campement. Et quand Maris-Desneige la vieille tante de Bruno qui a passé sa vie internée est libérée, ils vont l’accueillir parmi eux. Tous sont des êtres fracassés, blessés mais ils cultivent la vie et sont bien décidés à en profiter avec le droit de choisir le moment où ils tireront leur révérence.

Ce roman est un véritable ravissement ! Avec une écriture très sensorielle, l'auteure nous invite au cœur de la la nature et nous décrit des personnages très attachants. Ayant eu des parcours chahutés  mais extrêmement humains, sensibles aux autres et à leur détresse. D’ailleurs,  l’arrivée et l’installation de Marie-Desneige si frêle, si menue démontre toute la bienveillance du groupe. Elle se lie d’amitié avec la photographe qui poursuit ses recherches et exhume ainsi des histoires que l’on croyait oubliées depuis longtemps.

Un roman où Jocelyne Saucier nous décrit la palette de l’âme humaine et des émotions : de la gentillesse sincère à la noirceur en passant par l’amour. L’individu est au centre de ce livre ainsi que son libre-arbitre concernant la vie et la mort. J’ai été touchée et coulée par cette lecture !

J'aime les histoires, j'aime qu'on me raconte une vie depuis ses débuts, toutes les circonvolutions et tous les soubresauts dans les profondeurs du temps qui font qu'une personne se trouve soixante ans, quatre-vingt ans plus tard avec ce regard, ces main, cette façon de vous dire que la vie a été bonne ou mauvaise.

Les billets de Cathulu, Lewerentz


lundi 16 septembre 2013

Isabelle Coudrier - J'étais Quentin Erschen


Éditeur : Fayard - Date de parution : Août 2013 - 401 pages magnifiques!

Depuis toujours, Natacha fille unique passe tout son temps libre avec ses voisins les enfants Erschen : Quentin, Raphaël et Delphine. Elle éprouve une amitié profonde envers Raphaël et Delphine, et un amour inconditionnel pour Quentin l’aîné. Seules trois années la séparent de Quentin. Quentin, Raphaël et Delphine ont perdu leur mère alors qu’ils étaient encore touts petits. Ils sont élevés par leur père un cardiologue très pris et une gouvernante. La mère de Natacha n’est pas dupe des sentiments de sa fille pour Quentin. Mais Natacha et les enfants Erschen sont inséparables. A l’adolescence, Quentin a beaucoup de succès auprès des filles mais elles ne l’intéressent pas ce qui laisse de l’espoir à Natacha. Elle enchaîne les tentatives pour que l’amitié de Quentin se transforme en amour. En vain.

Sérieux, réservé et brillant élève, Quentin est le premier à partir d’Olsenheim leur ville de l’est de la France pour des études de médecine à Paris. Raphaël le suivra l’année suivante. Delphine a toujours montré un intérêt pour devenir boulangère mais selon son père, elle doit poursuivre des études supérieures. Elle rajoindra ses frères et s’inscrira en fac de lettres. Quand arrive le tour de Natacha, elle choisir médecine et comme les Erschen louent un spacieux appartement boulevard Brune, elle s’installera avec eux. Quentin étudie sans relâche, Raphaël sort beaucoup et enchaîne les conquêtes féminines. Delphine s’ennuie dans ses études et Natacha toujours amoureuse de Quentin subit l’attente qu’un jour enfin il la regarde avec des yeux différents. Et soudainement, cet ordre des choses établi tacitement entre eux quatre et qui règne Boulevard Brune vole en éclat car Delphine disparaît.

Ce roman est hypnotique ! Dès le départ, Isabelle Coudrier installe un rythme lancinant, musical. Elle détaille la vie quotidienne de ses personnages et nous introduit à leurs côtés. On assiste aux tourments de l’amour éprouvés par Natacha alors que Quentin ne semble qu’être intéressé par ses études et la médecine. Responsable avant l‘heure, menant une vie d’adulte avant avoir d’été jeune tandis que son frère Raphaël croquait la vie à pleines dents.
Pourquoi Natacha n’a t-elle pas pu  se défaire de son obsession pour Quentin alors qu'elle souffre? La disparition non élucidée de Delphine les affectera tous, pèsera sur leurs choix futurs.  
L'atmosphère de ce roman colle à la peau chargée de non-dits et  où les dommages collatéraux de l’amour sont nombreux.
Les sentiments non réciproques, la culpabilité d’une mère ou d’un père, l’incapacité à être heureux,  le bonheur derrière lequel on court, que l'on pense atteindre et qui nous échappe subrepticement, ce moment où l'on devient adulte et où il faut se défaire ou non de l'enfance.

D'autres rebondissements inattendus interviennent et la fin m'a glacée... 
Un roman où les émotions à prisme sont finement décrites avec  une écriture posée et envoûtante ! Magnifique !

Natacha savait qu'il était inutile de rêver que le monde se figeât à un instant et pour toujours, mais quelques images du passée resplendissaient  suspendues et immuables, vibrantes et inaltérables  dans sa mémoire, et c'était comme si déjà s'y résumait sa vie, qui ne faisait pourtant que commencer.Ce n'était pas de la nostalgie, elle n'en avait pas l'âge. C'était plutôt la certitude d'avoir déjà vécu tout le bonheur possible et la conviction qu'il ne reviendrait pas.



samedi 14 septembre 2013

Christophe Ono-dit-Biot - Plonger


Éditeur : Gallimard - Date de parution : Août 2013 - 444 pages et un avis mitigé...

César journaliste parisien rencontre par hasard une jeune femme. Attiré par sa beauté, il remonte le fil jusqu’à elle. Paz est photographe d’origine espagnole. Espérant déclencher un intérêt de sa part, il écrit un article sur son travail. Paz en effet se manifeste mais pour lui indiquer qu’il n’a rien compris à sa démarche. Non seulement la carrière de Paz se met en route mais surtout c’est sur la base de cette erreur ou de ce malentendu qu’un amour sulfureux voit le jour entre eux. De cette relation, Hector naîtra. Un enfant voulu par César. Et c’est à Hector âgé de quatre ans que César écrit pour lui parler d’eux, de sa mère Paz.

Christophe Ono-dit-Biot  est lui-même journaliste et grand reporter donc beaucoup de propos tenus par César doivent être ceux de l’auteur. Ce qui se conçoit car tout écrivain dépose dans un roman une part de lui infime ou plus importante. Mais les considérations sur l’Europe culturelle qui s’étiole et sur l’art tenues dans des dîners, des réceptions ont eu tendance à me mettre en retrait de ce récit. Car il y a en a beaucoup. Trop à mon goût. Pourtant j’ai continué  ma lecture car il s'en dégage un certain magnétisme.
Au fil des pages, on ressent que Paz si gaie et si solaire se flétrit et César perd de sa confiance qui est agaçante ( il a tout vu ou presque). Tous deux se lézardent de manière différente et Paz s’écarte irrémédiablement.

Les dernières pages prennent toute leur intensité. Christophe Ono-dit-Biot possède une écriture élégante et comme pour l’histoire, elle devient à fleur de peau à mesure que les pages se tournent.

Un avis mitigé au final car un certain ennui a pointé son nez et c’est dommage !

Les billets d'Anne, Leiloona, LucieNoukette, SophieLit,  Valérie