mardi 8 décembre 2015

Javier Cercas - L'imposteur

Editeur : Actes Sud - Traduit de l'espagnol par : Aleksandar Crujicic et Elisabeth Beyer - Date de parution : Septembre 2015 - 416 pages passionnantes !

Construire une vie entière sur une multiplicité de mensonges, c’est ce qu'a fait Enric Marco jusqu’à ce que la vérité éclate telle une bombe en 2005. Car Enric Marco n’était pas une personne quelconque. Ce vieil homme espagnol s’est forgé un passé glorieux : syndicaliste, fervent opposant au régime franquiste, ancien déporté au camp de Mauthausen en Allemagne (et donc victime) durant la Seconde Guerre mondiale. Il devient même le président de l’Amicale de Mauthausen et consacre tout son temps à témoigner de ce qu’il a vécu et vu à Mauthausen. Sachant manier le verbe et tenir son public dans la main, il est une figure publique de la mémoire. Comment cet homme a-t-il pu embobiner tout le monde ?
Javier Cercas dans ce livre cherche à comprendre, à analyser quelles ont été ses motivations et ses raisons. Il s’est entretenu longuement avec Enric Marco pour rétablir la vérité et faire la lumière sur le passé débarrassé de ce tissu de mensonges.

Ce livre dérange, trouble profondément. L’auteure nous plonge dans le passé sombre du franquisme, met en garde de confondre Histoire et mémoire. Et quand Enric Marco Narcissique, roublard (terme qui revient très souvent) dit que son mensonge a réveillé les Espagnols et notamment la jeunesse pour leur faire prendre conscience de l’horreur du nazisme, ça choque et ça interpelle. Est-ce encore un énième mensonge ? Javier Cercas a su prendre la distance nécessaire pour rétablir les faits. Et il approfondit, va au bout de sa quête. L’Histoire de l’Espagne est toujours présente en toile de fond. Et là où certains se sont tus, ont voulu oublier, Enric Marco dans ses affabulations était un héros. Mais Javier Cercas mène également une réflexion très juste sur la littérature. L’imposteur et le romancier  construisent de la fiction  (il compare Enric Marco à Don Quichotte).

Un livre qu’on ne lâche pas malgré quelques petits défauts dans sa construction : de nombreuses redites qui à la fin deviennent agaçantes et quelques petites longueurs. Mais ces bémols n’enlèvent rien au fait que L’imposteur est une lecture qui marque !

Tout grand mensonge se fabrique avec des petites vérités, en est pétri.

Et si Marco est un romancier, quel genre de romancier est-il ? Il s'avère impossible de donner des réponses à ces questions sans répondre préalablement à une autre question double : Un roman est-il un mensonge ? Une fiction est-elle un mensonge ? 

Ce qui définit Don Quichotte, tout comme ce qui définit Marco ce n'est pas la confusion de la réalité avec les rêves, de la fiction avec la réalité ou du mensonge avec la vérité, mais c'est la volonté de transformer ses rêves en réalité, de convertir le mensonge en vérité et la fiction en réalité.

Les billets de Delphine, Papillon

Lu de cet auteur : A la vitesse de la lumière
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