mardi 4 janvier 2011

Anne Percin - Bonheur Fantôme


Éditeur : Rouergue - Date de parution : 17/08/2009 - 220 belles pages...

Pierre, 28 ans a quitté Paris du jour au lendemain pour s’installer à la campagne. Il vit dans la Sarthe dans un petit village. Un peu de brocante, sa voisine Paulette qui le dépanne, le café de temps en temps… Il a lâché ses études de philo, un boulot qui payait bien et rédige désormais la biographie d’une peintre peu connue.

Je fais volontairement une présentation sommaire de ce livre car on en apprend petit à petit en tournant chaque page sur Pierre. Il s'agit du narrateur ou plutôt, il donne l'impression de nous confier ses pensées et sa vie.  Il écrit avec beaucoup de sensibilité, de poésie, d’humour et d’ironie. Oui, tout ça ! Voilà sûrement la raison qui fait que j’ai dévoré ce livre ! Pourquoi a-t'il tout quitté ? Coup de tête, prise de conscience basée sur des principes écolos ? Non, d’ailleurs la vie à la campagne, il la découvre. Se contentant de peu, il s’en accommode.  Il le couche sur le papier,  nous le raconte au gré des jours qui passent, des phrases de sa voisine et des visites de R..Des petits moments, des instants du quotidien qui sont autant de petits bonheurs ou qui prêtent à sourire !

Mais le passé s'invite de temps en  temps et les plaies non cicatrisées font mal, très mal. Sauf que colmater les brèches, ensevelir la peine ne suffisent pas... Elles se réouvrent tôt ou tard et la douleur ressurgit,  jaillit avec fracas.  Il est question d’amour aussi, d’un amour fort et beau pour R.

Et tout est si bien écrit que je n’ai rien à ajouter.

Ce livre est en véritable enchantement ! Je l’ai lu en ayant l’impression d’être aux côtés de Pierre. Le style d’Anne Percin est unique, comme des touches de couleurs différentes qui font un très beau tableau. Je ne mets aucun extrait car je n’ai pas pu m’en résoudre à choisir un.

Une lecture commune  avec Gwen, le billet de Sylire qui renvoie à d’autres liens, In cold Blog a réalisé une interview d’Anne Percin.

lundi 3 janvier 2011

Arto Paasilinna - La douce empoisonneuse

Éditeur : Gallimard - Date de parution : 27/03/2003 - 255 pages

Une maisonnette rouge flanquée d'un petit sauna en bois gris, non loin d'Helsinki. Linnea, la douce veuve du colonel Ravaska, mène une existence paisible à soigner ses violettes et son chat.

Avec ce début de  quatrième de couverture on pourrait s’attendre à une histoire charmante de vieille dame et où il n’est question que de fleurs et de parties de bridge… Mais non !
Car Linnea, 78 printemps,  se voit dépouiller chaque début de mois de sa pension par son neveu et ses deux comparses. Quand le trio lui fait signer un testament en faveur de son neveu, Linnea décide d’en finir. Comprenez : elle préfère se suicider.

Mais l’art d’en finir n’est pas une chose aisée ! Fabriquer du poison, trouver la bonne dose... tout ceci demande beaucoup de doigté.  Bien que déterminée, Linnea se retrouve dans des situations rocambolesques et loufoques car le trio souhaite sa mort.Elle donne bien du fil à retordre à son neveu, petite crapule et à ses deux amis qui ne valent pas mieux. Entre les bons sentiments qu'elle ne peut réfréner et l’envie de se défendre, la vieille dame est attachante ! Mon seul bémol,  j'ai trouvé  le neveu et ses deux amis un peu caricaturaux. Mais il s'agit d'un bon moment de lecture où j’ai beaucoup souri….

Humour subtil et qui fait grincer des dents ! Yes !!

Une lecture qui rentre dans le challenge Voisins-voisines.

dimanche 2 janvier 2011

Le séminaire

Premier atelier d'écriture de l'année chez Gwen avec une photo représentant une porte ancienne. A nous de broder autour de cette porte, de ce qu'elle  peut représenter ou cacher...

Annette manquait de confiance en elle. Pour tout et depuis toujours. Lorsque Pauline les convoqua par petits groupes, à son habitude, elle s’exécuta. Elle prit une des chaises et s’assit. Pauline était arrivée depuis un an. En une année, bon nombre de changement s’étaient opérés et Annette angoissait pour l’avenir. Pauline et ses mots anglais qu’elle glissait sans arrêt dans chacune de ses phrases,  son dynamisme surfait  et surtout ses méthodes apprises dans une grande école de Commerce. Des machines qui fabriquaient de jeunes cadres ambitieux, des loups du management  aux dents longues et aiguisées. Pauline en était une avec sa démarche assurée et son  tailleur de couleur sombre. Elle avait mis en place des séries d’atelier pour  renforcer l’esprit d’équipe. Annette écoutait Pauline qui déblatérait son monologue déjà bien rodé :
Vous allez fermer les yeux et imaginez une porte. Derrière cette porte, se trouve votre fort intérieur et toutes vos capacités.  La porte sera peut-être  être lourde mais il ne faut pas se décourager.
Annette se représentait une porte ancienne en bois. Comme celle d’un château fort, une porte en bois solide et épaisse. Elle se disait que cet atelier était une perte de temps  mais elle avait envie de jouer le jeu.  Elle était devant la porte  n’osant pas approcher sa main.  Elle se décida. Une cour s’offrait devant elle. La voix de Pauline poursuivait :
N’ayez pas peur, allez jusqu’au bout.
Encouragée, Annette s’avança sur le sol pavé.  Elle n’osait pas y croire. Toutes les personnes qui l’avaient jusque là humiliée par des remarques, vexée par leur comportement dédaigneux étaient là en rang d’oignons. Têtes baissées à son approche. Annette se sentit prise d’un pouvoir de supériorité. C’était la première fois qu’elle éprouvait ce sentiment inconnu. Elle revit une ancienne institutrice qui l’avait punie alors qu’elle n’avait pas triché, une amie d’enfance qui l’avait trahie, sa boulangère qui en  10 ans était incapable de se souvenir de son nom. Ils étaient tous là. Pauline aussi. Tous imploraient son pardon. Oui, ils pouvaient ! Annette vit des instruments de torture. Enfin, elle allait pouvoir leur rendre tout le mal qu'ils lui avaient fait subir.
Terminé pour aujourd’hui !
La voix stridente de Pauline la fit sortir de son rêve. Avorté, une fois de plus. A cause de Pauline. Elle serra si fort ses mains que les jointures de ses doigts étaient blanches.
Et n’oubliez pas que la semaine prochaine, nous avons le séminaire d’entreprise. Eh bien, Annett , vous êtes toute  souriante ! Vous avez enfin trouvé vos ressources !
Pauline appuya bien sur les deux syllabes  du mot "enfin". Elle toisa Annette du regard. Un regard hautain pour l'écraser comme un vulgaire insecte. Pour une fois, Annette ne rougit pas. Non, elle garda son sourire aux lèvres.  Elle allait en finir. Durant le séminaire, il était prévu un saut à l’élastique. Annette devrait aider à la préparation du matériel. Elle ne sauterait pas  à cause de ses problèmes de santé. Mais, Pauline si. Et, un accident est si vite arrivé…