dimanche 9 janvier 2011

Rengaine de saison

28/12
Un homme sort du bureau de tabac. En grande conversation, il parle de mètres de fils en élargissant les bras. Il est sur son petit nuage, un sourire de satisfaction à ses lèvres. Son interlocuteur l’écoute. Dubitatif. De quoi peut-il donc parler ? Des guirlandes installées sur sa maison et dans son jardin. Mais attention, ni dix ni trente ampoules. C’est Monsieur B. dont on parle dans le journal local et au mieux à la télé au journal régional. La consécration. Pour Noël, il transforme l’extérieur de sa maison en Las Vegas miniature. Ca clignote de partout. Vert, rouge, bleu… attention, on s’en prend plein la vue. Il y a même des gens qui se déplacent chaque année pour admirer et prendre en photo son décor lumineux. Alors oui, il est fier Monsieur B.. Noël c’est son heure de gloire. Une préparation entreprise des mois avant. Consciencieux,  il met un point d’honneur à varier ses décorations d’une année sur l’autre. Dans l’article qui lui est consacré dans le journal, il dira qu’au départ c’était pour faire  plaisir à ses enfants. Et qu’au  fil du temps, c’est devenu une passion. Si l’on veut,  pour terminer en beauté, on rajoutera  que c’est sa façon de remplacer les noëls qu’il n’a pas eu. Par contre, motus et bouche cousue sur sa femme qui  ne supporte plus de l’entendre parler de ses guirlandes.  Pareil pour ses enfants qui ont grandi et qui trouvent ça ridicule. Mais bon, l’important c’est de se faire plaisir. C’est ce qu’on dit…

05/01
Bonne année, meilleurs vœux…Rengaine de saison. C’est la période, on en distribue et  on reçoit à la pelle. Gratuitement et même de personnes qu’on ne connait pas. Dans un commerce où j’ai mis les pieds pour la première fois, la vendeuse a ajouté à son au revoir traditionnel  « et bonne année ! ». Elle y a mis du cœur et elle souriait. Alors, oui, je les prends ces vœux même s‘ils ne sont pas pensés ou authentiques.  Parce que si je ne les entendais pas ces mots,  qu'est ce que je ferais?  Eh oui, je bougonnerais le cœur serré.  Tronqués ou sincères, je préfère les entendre finalement. Et tant pi si l’employée de la boulangerie me propose pour la cinquième fois le calendrier.

vendredi 7 janvier 2011

Marie-Hélène Lafon - L'annonce

Éditeur : Buchet Chastel - Date de parution : 03/09/2009 - 196 pages

 

Paul, célibataire, , quarante-six ans, est agriculteur  dans le Cantal. Annette, trente-sept ans habite dans le Nord à de la France à Bailleul avec son fils Eric. Elle veut  démarrer une nouvelle vie. Ils vont se rencontrer grâce à l’annonce que Paul a passée. Annette et  son fils déménagent pour s’installer à la ferme.
Dès les premières pages, j’ai été happée …Il y a quelque chose de magnétique qui se dégage de ce livre. Annette en quittant Bailleul veut clore le passé et tirer un trait sur  Didier, le père d’Eric. Annette fuit l’alcool accompagné de la main lourde de Didier. Une fuite et un refuge auprès de Paul. A la ferme, Paul habite avec sa sœur Nicole et ses deux oncles de plus de 80 ans. Un lieu où Nicole et les deux oncles ont des habitudes bien ancrées. Il faut leur faire accepter la venue d’Annette qui a un fils. Paul ne cèdera pas dans cet affrontement de silence et d’attitudes. Pour Annette, c’est une nouvelle vie dans un nouveau lieu. Elle et Eric découvrent la ferme  mais sans jamais s’aventurer sur le terrain bien gardé de Nicole. Paul et Annette « s’apprennent », s'acceptent  tels qu’ils sont.   

J’ai lu ce livre en apnée totale ! Moi qui aime les phrases courtes, concises, et bien,  j’ai été plus que séduite par l’écriture de Marie-Hélène Lafon. Une écriture qui se joue des codes et de la ponctuation. Une écriture qui décrit les silences, les tabous, la ferme et la dureté d'un milieu.  
Avec ce roman, l'auteur a su recréer l’ambiance d’une France rurale pas si lointaine où l’on parlait peu. Et elle nous parle de plusieurs amours : celui d'un métier et de celui qui naît entre un homme et une femme...
Une magnifique découverte !

Plein de billets chez l'ami BOB.

Nicole et les oncles étaient d'une autre eau. Eussent-ils perçu le plus mince écho des affres violentes traversées par cette femme et ce garçon  dont Paul imposait la présence en leur pré carré qu'ils se fussent battus, becs et ongles, sans merci ni répit, pour expulser les créatures étrangères, les corps impurs, et conduire à résipiscence le frère égaré, Paul, le maillon faible. Une guerre couvait, qui, pour rester sourde, n'en serait pas moins longue et difficile, guerre d'usure et de patientes tranchées.

jeudi 6 janvier 2011

Christine Orban - Le pays de l'absence

Éditeur : Albin Michel - Date de parution : 05/01/2011 - 169 pages

Elle  attend avec inquiétude sa mère qui vient de Casablanca pour les fêtes de Noel. Sa mère qui avant était si coquette, qui jouait au bridge et qui maintenant confond une peluche avec un animal. Une mère qui a des absences, qu’il faut réconforter et surveiller.
Ce livre nous place dans une situation que nous pouvons connaître.  Une situation où les rôles sont inversés, celui où on se fait parent pour nos parents.  Christine Oban nous parle de la maladie de sa mère qui vous l’aurez compris est celle d’Alzheimer. Le temps où ces quelques jours, sa mère est chez elle, elle écrit ce quotidien. Le ton se fait drôle, sérieux ou amer. Les souvenirs d’enfance reviennent également mais l’on sent une retenue. Elle lève le voile sur certains pans mais pas sur tout… Par pudeur ou par respect ? Je ne sais pas.

Mais (le fameux mais), je suis restée en dehors de ce récit. Trop court à mon goût.  Certes, l'auteure décrit la dure maladie d’Alzheimer mais j'aurai aimé qu'au delà de ces constatations  qu'une réflexion soit amenée. Et, j'ai été gênée que le récit porte les marques de la vie "aisée" de l'auteure.

Le billet d'Hérisson qui a été très émue.