samedi 22 janvier 2011

Dany Laferrière - Tout bouge autour de moi

Éditeur : Grasset - Date de parution : 05/01/2011 - 179 pages

Que faisiez-vous le 12 janvier 2010 ? Difficile d’y répondre. Dany Laferrière lui s’en souvient.  Il se trouvait à Port-au-Prince sa ville natale  à l’occasion du festival Etonnants Voyageurs. A 16h53 alors qu’il était au restaurant, la terre s’est mise à trembler. Une minute plus tard, la ville était dévastée. Haïti venait de connaître un séisme.
Il m’est difficile de parler de cette lecture tant elle est saisissante. Pas de pathos ou de sensationnel mais de la pudeur et de la sobriété. Ce livre ne dresse pas avec chiffres à l’appui des constats. Les visions sombres ou apocalyptiques n’y ont pas non plus de place. Dany Laferrière a écrit ce qu’il voyait, ce qu’il ressentait dans un carnet. Présent au moment du séisme, il est revenu à Haïti quelques jours plus tard.  Et ce sont autant de portraits, de tableaux justes et ciselés qu’il nous livre. Des textes où le  sang-froid  de l’auteur est impressionnant et où la réflexion dépasse l’émotionnel.  En sa compagnie, on suit le quotidien de sa famille.  Il nous invite aux funérailles de sa tante mais aussi à des moments simples où la vie reprend le dessus.  Bien sûr, il nous fait partager les craintes, la peur des survivants mais aussi la solidarité et surtout la dignité de toute une population. Une dignité qui ne peut engendrer que du respect. La terre a tué mais la culture permet de se relever.
Un livre tout simplement remarquable...

Je m'attendais à entendre des cris, des hurlements. Rien. On dit en Haïti que tant qu'on n'a pas hurlé, il n'y a pas de mort. Quelqu'un a crié que ce n'était pas prudent de rester sous les arbres. En fait, c'était faux, car pas une branche, pas une fleur n'a bougé malgré les quarante-trois secousses sismiques de cette première nuit. J'entends encore ce silence. 

jeudi 20 janvier 2011

Valérie Zenatti - Les âmes sœurs

Éditeur : Points - Date de parution : 13/01/2011 - 157 pages

S’offrir ou plutôt voler une journée pour souffler. C’est ce que fait Emmanuelle. Une mère de trois enfants qui jongle entre les horaires d’école, la crèche, les tâches ménagères  et son travail.  Prise par la lecture de son roman, elle décide de faire une pause le temps d’une journée. Rien que pour elle.
Emmanuelle est une femme comme tant d’autres, surmenée et surchargée qui a l’impression de ne pas voir le bout du tunnel par moment. Un matin au lieu de se rendre à son bureau, elle téléphone  et prétexte qu’un des enfants est malade. Elle a devant elle plusieurs heures  avant de récupérer les enfants. Une coupure pour souffler, du temps pour flâner comme bon lui semble dans les rues de Paris et lire. Emmanuelle est très touchée par l’histoire de Lila Kovner, une jeune photographe à qui la mort  a arraché l’homme qu’elle aimait. Et, le livre s’intercale dans le récit. Lila Kovner se raconte dans un roman très intimiste. Enfance, jeunesse, les  relations avec ses parents et son métier qui l’a conduite dans des villes où les guerres font rage. Cette lecture lui remémore son amie Héloïse décédée à la suite d’un cancer et le vide qu’elle a laissé. Ce vide s’ajoute à celui qui l’habite depuis son enfance. L’absence d’une mère décédée trop jeune. Entre lecture, réflexions et rêveries, Emmanuelle fait en quelque sorte le point sur sa vie. Et, sa lecture va lui permettre d’avancer, de reconsidérer son bonheur. Quand Emmanuelle évoque ce qu’elle ressent, il y a des passages qui m’ont fait vibrer ! L’amitié, la complicité d’Emmanuelle et d’Héloïse sont tout simplement belles. Et, la fin est inattendue.
J’ai trouvé que certains points étaient survolés, que tout ne s’emboîtait pas forcément à la perfection. Comme s’il manquait quelque chose ou que l’histoire de Lila Kovner était en trop. Mais, les thèmes abordés et l’écriture de Valérie Zenatti  remplie de sensibilité m’ont touchée. Même si je  ne crie pas au coup de cœur, c'est une lecture que je conseille.
L’heure était venue de cesser de lutter, et d’accepter d’aller dormir quelques heures avant que le réveil la somme d’entamer une nouvelle journée, parce qu’elle n’avait pas le choix, on la poussait dans le dos, tous les jours, pour qu’elle avance sans y penser, pour qu’elle mène les siens en mer, puis à bon port. Chaque matin. Chaque soir.

mardi 18 janvier 2011

Dan Chaon - Cette vie ou une autre

Éditeur : Albin michel - Date de parution : 05/01/2011 - 403 pages

Par amour, Lucy, 18 ans, quitte le lycée pour suivre un professeur. Ryan part également  de chez lui pour s’installer chez son oncle Ray. Et enfin, Miles recherche son frère jumeau, schizophrène, disparu depuis 10 ans. Trois personnages qui ne se connaissant pas, totalement étranger les uns des autres. Mais leurs routes sont liées. Inextricablement.
Après avoir lu des avis très différents sur ce livre, j’ai eu envie de me faire ma propre opinion. Au début de ma lecture, j’ai eu un peu de mal à prendre mes marques. Trois personnages et trois récits non linéaires qui finiront par être un seul et un même. Evidemment, on se questionne, on se demande quel peut être le point commun entre Lucy, Ryan et Miles. Lucy part  avec son ancien professeur d’histoire George Orson. Amoureuse, elle s’en remet à lui mais quand il commence à se montrer plus mystérieux, la jeune fille perd ses repères. Ryan quitte ses parents et rejoint un oncle Jay dont il ne connait pas grand ‘chose. Ray lui révèle qu’il est son père. Ryan rompt définitivement les ponts avec son ancienne vie. Malgré les actes de folie dont son jumeau Hayden peut  être capable, Miles  est à sa recherche. Hayden  semble s’échapper des mailles du filet avec un facilité déconcertante. L’auteur distille au compte-goutte des informations et ça fonctionne. La curiosité est aiguisée et l’on veut en savoir davantage. Les personnalités se dessinent très lentement et on échafaude des théories. Et tel est  pris qui croyait prendre …Qui manipule qui et qui est qui ? Les pièces du puzzle s’emboîtent et les véritable  identités apparaissent au grand’ jour. Le point fort de ce roman  est la psychologie des personnages. Une psychologie  étoffée  et dont la densité prend toute son ampleur au fil des pages.
Hélas, j’ai trouvé qu’il y avait de nombreuses longueurs et que l'ensemble mettait du temps à prendre forme. Mon engouement a été freiné même si j’ai été menée en bateau.

Les avis très ( mais vraiment très) variés de l'accro des livres, Griotte,la livrophile,  MarieSandrine et Ys.