vendredi 13 septembre 2013

Michel Tremblay - Le cahier noir


Éditeur : Actes sud - Date de parution : 2004 - 258 pages et une très belle découverte!

A vingt ans, Céline est serveuse de nuit « waitress » dans un restaurant le Select à Montréal « célèbre pour ses hamburgers platters et sa faune bigarrée des fins de soirées ». Une jeune fille qui se sent invisible aux yeux des autres. La nuit, prostituées et travestis viennent au Select, une clientèle en compagnie de laquelle Céline se sent moins différente.

Ecrit sous la forme d’un journal ou d’un livre même si elle sait que jamais elle ne sera publiée, Céline se confie. Elle y livre ses pensées et narre comment en faisant un remplacement de jour, elle rencontre Aimée une étudiante extravertie et sûre d’elle. Aimée veut se présenter pour un rôle dans une pièce de théâtre "Les Troyennes" mise en scène par des amateurs. Elle demande à Céline de l’aider et de l’accompagner à l’audition. Et là de but en blanc on apprend que Céline est une personne de petite taille. Sur la défensive, Céline imagine tout d’abord une manœuvre habile d’Aimée : tous les regards se porteront sur elle en faisant oublier les défauts de comédienne d’Aimée. Mais elle change finalement d'avis en y voyant une revanche envers sa mère. Cette dernière est alcoolique, haineuse envers elle. Tout est de la faute de Céline ou plutôt de sa petite taille. Céline va accompagner Aimée. Et là où on pourrait s’attendre à de la romance, à une happy end où Céline décroche le rôle de sa vie et devient une actrice célèbre, l'auteur nous donne une claque en nous rappelant la (triste) réalité humaine!

Les relations mère-fille, la différence, le rôle et l’importance cathartique de l’écriture sont au centre de ce roman. Michel Tremblay nous décrit la détresse humaine, les rapports de force, la souffrance mais aussi beaucoup d’humanité !
Un roman sombre qui ne verse jamais dans le pathos car Céline possède un humour et un punch incroyable ! Et l'écriture de Michel Temblay est un plaisir !
Une très belle découverte et je compte bien poursuivre avec cet auteur et "Le cahier rouge".

Je suis d'autant plus contente car sans le challenge initié par Karine:) et Yueyin, jamais je ne serai allée vers cet auteur !


jeudi 12 septembre 2013

Valentine Goby - Kinderzimmer


Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Août 2013 - 218 pages qui prennent aux tripes.

Janvier 1944, Mila est déportée avec sa cousine Lisette pour avoir codé des messages à la résistance. Toutes les deux ignorent la destination finale du train où elles sont entassées avec d’autres dans des wagons à bestiaux. Ravensbrück, un camp de travail où elle sont quarante mille. Les différentes langues deviennent vite un seul et même langage où la promiscuité, la peur, la faim, la maladie se lisent sur les visages et les corps. Mila est enceinte .Que se passe t’il pour les femmes comme elle ? Elle cherche et ne voit aucun ventre arrondi. D’ailleurs le sien est plat à croire que l’enfant qu’elle attend se cache par peur. Si l’on découvre son état, elle sera amenée au Revier l’infirmerie d’où aucune femme ne revient.

Au camp,  il existe une solidarité entre les prisonnières d’une même nationalité mais aussi le chacun pour soi face à la mort qui rôde en permanence « une guerre dans la guerre ». Mila a informé ses compagnes de block et cet enfant qu’elle porte va devenir leur espoir à elles toutes. A Ravensbrück , il existe un endroit peu connu :  une chambre pour les bébés la "Kinderzimmer". Et des  nourrissons dont l’espérance de vie ne dépasse pas quelques semaines. Mila espère que son enfant aura une chance et qu’il vivra. Quand elle n’a plus de lait, une autre femme l'allaite mais l’enfant meurt. Pourtant Mila échappera à la mort avec son fils. Je ne raconterai pas toute l’histoire autour du fils de Mila. Cet enfant du camp a été nourri par plusieurs femmes, aimé par plusieurs femmes : sa mère de sang, sa mère de cœur et ses camarades. Vie et mort cohabitent dans ce livre, comme l’espoir et les pensées de ces femmes pour oublier un instant cet enfer et le sentiment d'être enfermé dans un piège.

Dans une écriture forte qui puise l’indicible, Valentine Goby n’épargne pas le lecteur en émotions aussi dures et aussi belles qu’elles puissent l’être. Car oui il y a de la beauté dans ce livre par Mila et par  toutes les autres femmes !  Le tout avec une pudeur digne et respectueuse.
Ce magnifique et puissant roman prend aux tripes et je l’ai terminé avec des poissons d’eau dans les yeux… 

Tu n’y es pas! Etre vivant, elle dit c’est se lever, se nourrir, laver sa gamelle, c’est les gestes qui préservent et puis pleurer l’absence, la coudre à sa propre existence. (…)Vivre c’est ne pas devancer la mort, à Ravensbrück comme ailleurs. Ne pas mourir avant la mort, se tenir debout dans l’intervalle mince entre le jour et la nuit, et personne ne sait quand elle viendra. Le travail d’humain est le même partout, à Paris, à Cracovie, à Tombouctou, depuis la nuit des temps, et jusqu’à Ravensbrück.

Lu de cette auteure : Banquises- Des corps en silence - Qui touche à mon corps je le tue


mercredi 11 septembre 2013

Véronique Ovaldé - La grâce des brigands


Éditeur : Editions de l'Olivier - Date de parution : Août 2013 - 284 pages et un coup de cœur ! 

Années 1970, Maria Cristina Väätonen âgée de dix-sept ans quitte sa famille atypique et son village Lapérouse du grand Nord Canadien pour suivre des études à Los Angeles. Une vingtaine d’années plus tard, ce passé enterré ressurgit quand elle reçoit un appel téléphonique de sa mère. Installée à Santa Monica, Maria Cristina est écrivain.

Une mère rigide, paranoïaque imprégnée de religion qui les a empêchées elle et sa sœur de découvrir le monde même si celui-ci si ce cantonnait à Lapérouse et à ses habitants. Un père reclus dans le silence qui lui offrira la liberté de partir aux Etats-Unis contre l'avis de sa femme. Suite à un accident, la sœur de Maria Cristina s’est figée dans un état végétatif. Voilà ce qu’a laissé Maria Cristina derrière elle et qui a été la base de son premier roman à succès. Son passage à la faculté n’aura été que d’une brève durée et avant d’être publiée, grâce à sa colocataire Maria Cristina va se transformer. La jeune fille fille timide dans ce Los Angeles des années 70 bouillonnant et ultra-libéral va s’ouvrir à la vie. Sa rencontre avec Rafael Claramunt écrivain sur le déclin lui permettra d’accéder au succès et à la gloire. Mais son amant et mentor n’est pas aussi blanc que neige.

Dès les premières lignes l’écriture de Véronique Ovaldé nous enveloppe. Des phrases longues, un  rythme langoureux, une grâce sensuelle avec des pointes d’ironie qui sont un vrai délice ! On ressent la chaleur de Santa Monica, la moiteur de l’air tout comme l’ambiance familiale à Lapérouse. C’est que Véronique Ovaldé possède ce talent de créer des atmosphères et de les faire goûter pleinement au lecteur. Le personnage de  Maria Cristina, symbole de cette  volonté à accomplir ses propres choix et de l'émancipation pour une femme est empreint de tendresse. Et Maria Cristina a du caractère et une vraie vivacité touchante.

La faculté de Véronique Ovaldé à nous captiver est époustouflante par cette aisance dans l'écriture  si limpide et  qui semble si naturelle chez cette auteure !
Un coup de cœur entier !  Un roman brillant à plus d'un titre, piquant et enchanteur par l’écriture remarquable !

Ce genre de petite fille, quand elle devient grande, se transforme en une personne d'une intranquillité encombrante.

Un coup de cœur pour Cathulu également !Le billet de Céleste  conquise.

Lu de cette auteure : Des vies d'oiseaux