jeudi 13 septembre 2012

Delphine de Malherbe - La fille à la vodka


Éditeur : Plon - Date Parution : Août 2012 - 232 pages vives et qui interpellent le lecteur !

Alice trentenaire a tout plaqué à Paris pour aller à Avignon. Depuis l’âge de  quinze ans, elle boit sans que personne ne l’ait remarqué. Boire pour oublier, pour anesthésier la douleur, pour combler le vide, boire pour oublier que l’on boit. Alice a trop vite grandi. Pourtant elle est belle, cultivée cette professeure de français qui a laissé tomber son boulot . A Avignon, elle rencontre  Patrice échoué lui-aussi dans cette  ville et qui cherche la fille. Pas n’importe laquelle. Un homme de vingt ans son aîné, fatigué, usé. A bout.  Face à lui, Alice ose se montrer telle qu’elle est.  

Un verre de vodka puis un autre qui en appelle un autre.  Alice connaît la spirale, elle est tombée dedans à l'adolescence. Et très vite, l’alcool lui est devenu nécessaire. Vital. Pour jouer le rôle que tout le monde attend d’elle. Famille, amis, personne n’a voulu voir son mal-être et sa dépendance. Sujet tabou. A Avignon, la présence de ses grands-parents l’aide. Un jour, elle aperçoit Patrice. Elle ose le provoquer pour attirer son attention.  Enter eux deux commence une relation passionnelle, obsédante pour Alice. Comme l’alcool. Ivresse de l’amour et celle  de l’alcool toute deux enivrantes, grisantes. Pour Alice, son filet ou son parachute est sa bouteille.  Elle s’abandonne à Patrice car elle estime qu’elle a plus à gagner qu’à perdre. Celui qui paraît le plus solide n’est pas celui que l’on croit et l’amour peut être non salvateur. Mais tomber permet de mieux se relever. 
Les phrases sont courtes, claquent à toute allure.  Delphine de Malherbe a un sens de la formulation qui interpelle et si certains dialogues m’ont semblés un peu artificiels, ils n’enlèvent rien à ce roman fort et touchant sur l’alcoolisme des femmes. Des femmes qui donnent l’apparence d’être fortes mais sont fragiles, démunies de ne pas arriver à tout assumer.  
Et une auteure que je vais suivre !

Avant toi, je maîtrisais. Avant toi, j'étais dure avec ceux que j'aimais. Je tenais la distance. Je mettais tout le monde à mes pieds. Depuis toi, ça coule sans cesse et sans raison de mes yeux, cette eau de Lourdes alcoolisée, même quand je ne ressens rien. 

Le billet de Gambadou 
Un livre de plus pour le challenge d'Herisson08 et de Mimipinson

mercredi 12 septembre 2012

Louise Erdrich - Le jeu des ombres


Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Août 2012 - 253 pages électrocutantes!

Quand Irene découvre que son mari Gil l’espionne en lisant son journal intime, elle le met à l'abri et débute un nouveau carnet où elle  pouvait écrire des choses visant à le manipuler. Et même à lui faire du mal. Irène veut que Gil parte mais il refuse.  

Ce livre est loin, très loin d’être qu’une simple histoire de séparation d’un couple. Depuis la la naissance de ses trois enfants, Irène a mis entre parenthèses sa vie professionnelle et continue toujours la rédaction de sa thèse sur George Catlin, le peintre des Indiens.Gil est lui-même un peintre renommé et Irène lui sert  de modèle depuis toujours dans des positions provocantes ou  sulfureuses. Irène se sent dépossédée de son image par ces peintures. Tous deux sont de descendance indienne  mais Gil a toujours refusé d’être considéré comme un artiste indien. Leur histoire d’amour est celle d’une passion incandescente, brûlante, destructive et  Irène veut y mettre fin. Gil se montre possessif, jaloux, violent. Les enfants le craignent, entendent les disputes tandis qu’Irène devient dépendante de  l’alcool. Elle veut protéger ses enfants et rendre à Gil le mal qu’il lui a fait. Si Gil est toujours amoureux de sa femme, les sentiments d'Irène vont de l'indifférence en passant par l'affection au rejet. Elle connaît des soubresauts comme si tirer un trait sur son couple était plus dur qu’elle ne le pensait.  Les enfants comprennent ce qui se passe, les aînés  nourrissant  des sentiments d’incompréhension. Ou pire.

Habilement construit, le livre alterne les deux journaux  intimes d’Irène et un récit. On découvre à la fin du roman qui est ce narrateur.  
Louise Erdrich excelle dans ce roman ! Le couple,  la famille, l’amour sous toutes ses facettes sont décrits brillamment avec en filigrane l’histoire des amérindiens et le rôle des origines. 
Riche par la  complexité du rapport de ce couple déchiré, puissant et violent par les sentiments contradictoires, ce livre m’a laissée sans voix. Et la fin est un uppercut !

Après la malédiction des colombes et la chorale des  maîtres bouchers, cette auteure me fascine !

 

mardi 11 septembre 2012

Anne Fine - Vieille menteuse


Éditeur : Points- Date de parution : 2004 - 272 pages d'ironie et de tendresse!

Colin, employé municipal, célibataire est un modèle de gentillesse. De trop d’ailleurs. Et sa mère méchante à souhait exploite avec cynisme son bon fond. La sœur jumelle de Colin, Dilys a coupé toute relation avec elle à  l’inverse de Colin qui passe au minimum une fois par jour lui rendre visite.

Colin est un homme toujours prêt à rendre service. A sa mère, à ses voisins bref à tout le monde. Trop timide, il ne sait pas dire non et refuser lui est impossible.  Sa mère en profite n’hésitant pas au passage à l’humilier et comme elle et sa fille ne se parlent plus, il est le relais entre les deux. N’ayant aucune vie sociale, il partage son temps entre son travail et sa mère. Même s' il rêve de rencontrer l’âme sœur. Dylis est son opposée. Dotée d’une fort personnalité, elle l’incite à sortir et à briser ce lien qui l’unit à cette mère tyrannique. Mais Colin a mauvaise conscience s’il ne va pas le voir. Pourtant, point de gentillesse ou d’amour de sa part. Colin va se prendre d'affection pour une jeune mère célibataire et pour sa fille. La métamorphose s'opère et  il n'hésitera pas à mentir à ses collègues de travail  et à sa mère.

De l'ironie, de l'humour dans ce livre mais également de la tendresse.  Sans être un chef d’œuvre, j’ai passé un agréable moment avec cette lecture (même s'il ne me laissera pas un souvenir impérissable) !