Éditeur : Le Livre de Poche - Date de parution : Août 2014 - 188 pages beaucoup aimées!
Elle vient de décrocher un poste de responsable dans une entreprise spécialisée dans le papier-peint. Nommée à la tête de l'équipe de ventes, elle a pu quitter son boulot de vendeuse dans un magasin de sport. Son diplôme de commerce n'aura pas été vain : un salaire confortable et surtout elle est la première de sa famille à acheter un appartement. Sa première mission est de virer celui que l'on appelle l'ancêtre, le plus ancien des vendeurs. Lui passe son temps sur les routes, ses nuits dans les chambres d'hôtels et aime la Correspondance de Rimbaud. Pourtant, il réalise les chiffres fixés mais il ne s'inscrit pas la nouvelle ligne commerciale de l'entreprise.
Un roman où l'auteur alterne les deux vies, il s'adresse à l'ancêtre en le vouvoyant et à la jeune femme par un tutoiement. Et si les deux personnages évoluent dans des univers austères (les zones commerciales, l'appartement quasi désert et isolé de la jeune femme, l'entreprise), et bien justement, ces cadres permettent de mieux les cerner. On les visualise, la routine de l'ancêtre et ses heures passées au volant nous collent à la peau tout comme la pression exercée sur la jeune femme. Vivent-ils ce qu'ils désirent vraiment?
Si Thierry Beinstingel excelle dans la description de ce monde du travail déshumanisé où seuls la rentabilité et le profit comptent, il insuffle de l'espoir et une humanité qui sont comme des ballons d'oxygène !
Un peu moins saisissant que Retour aux mot sauvages, il n'en demeure pas moins qu'il s'agit d'un très bon livre !
Au débarquement, vous étiez remonté dans votre voiture, lui dans son camion, il avait eu ce dernier geste, en passant devant vous, bras levé à la portière, accompagné d'un coup de klaxon. Rien de plus, mais combien cette image depuis vous aide à tenir (savoir qu'il est quelque part sur la route quand vous y êtes aussi) pour tout ce qui n'est jamais pris en compte, vies mobiles, fugitives, fugace, fuyantes, instables, mouvantes, émouvantes.
Le billet d'Antigone qui renvoie à d'autres billets
dimanche 31 août 2014
vendredi 29 août 2014
Valérie Zenatti - Jacob, Jacob
Éditeur : Éditions de l'Olivier - Date de parution : Août 2014 - 166 pages poignantes...
Jacob est un jeune Juif de Constantine où il vit avec ses parents, son frère, sa belle sœur et leurs trois enfants. Agé d'à peine 19 ans en ce mois de juin 1944, il part combattre pour la France. Pourtant, il avait renvoyé en 1941 de l'école car cette même France "avait décidé que les juifs d'Algérie étaient de nouveau des indigènes".
Avec son régiment, il débarque en Provence "la vraie, la métropole rêvée dont il connaît par coeur la géographie administrative, les rois, les chansons". Et dans sa famille où l'homme décide, où les femmes obéissent selon des règles anciennes, Rachel la mère de Jacob écoute son cœur. Se rendant de caserne en caserne pour demander à travers une langue faite de mots français et arabe où est son fils, puis écoutant la radio pour suivre cette guerre lointaine.
Pendant ce tempe, Jacob se bat. En quelques mois, ce jeune homme qui aimait la poésie est plongé dans les affres de la guerre où la mort et la solidarité se côtoient.
Même si on pressent une fin douloureuse, Valérie Zenatti poursuit dans le temps avec la famille de Jacob. Avec des événements qui feront basculer l'histoire mais aussi des moments d'émotion intense comme si Jacob vivait toujours...
Un roman poignant porté par une écriture superbe et sensible !
On a fait de lui un soldat, le mot contient une autre façon de bouger, s'habiller, manger et dormir, utiliser son corps et ses forces, et bientôt, il voudra dire tuer ou être tué.
Les billets d'Eva, Laure
Lu de cette auteure : Les âmes soeurs
Jacob est un jeune Juif de Constantine où il vit avec ses parents, son frère, sa belle sœur et leurs trois enfants. Agé d'à peine 19 ans en ce mois de juin 1944, il part combattre pour la France. Pourtant, il avait renvoyé en 1941 de l'école car cette même France "avait décidé que les juifs d'Algérie étaient de nouveau des indigènes".
Avec son régiment, il débarque en Provence "la vraie, la métropole rêvée dont il connaît par coeur la géographie administrative, les rois, les chansons". Et dans sa famille où l'homme décide, où les femmes obéissent selon des règles anciennes, Rachel la mère de Jacob écoute son cœur. Se rendant de caserne en caserne pour demander à travers une langue faite de mots français et arabe où est son fils, puis écoutant la radio pour suivre cette guerre lointaine.
Pendant ce tempe, Jacob se bat. En quelques mois, ce jeune homme qui aimait la poésie est plongé dans les affres de la guerre où la mort et la solidarité se côtoient.
Même si on pressent une fin douloureuse, Valérie Zenatti poursuit dans le temps avec la famille de Jacob. Avec des événements qui feront basculer l'histoire mais aussi des moments d'émotion intense comme si Jacob vivait toujours...
Un roman poignant porté par une écriture superbe et sensible !
On a fait de lui un soldat, le mot contient une autre façon de bouger, s'habiller, manger et dormir, utiliser son corps et ses forces, et bientôt, il voudra dire tuer ou être tué.
Les billets d'Eva, Laure
Lu de cette auteure : Les âmes soeurs
jeudi 28 août 2014
Marie-Hélène Lafon - Joseph
Éditeur : Buchet-Chastel - Date de parution : Aout 2014 - 140 pages refermées avec le cœur pincé..
A presque soixante ans, Joseph est ouvrier agricole dans une ferme du Cantal. Sa région qu'il n'a jamais quittée. Depuis toujours, il travaille dans les fermes des autres et loge chez ses patrons. Un amoureux des bêtes et des chiffres, un travailleur pour qui les jours fériés, les heures supplémentaires n'existent pas. Joseph pourrait presque passer inaperçu. Sa vie tient dans une valise, il respecte le patron et son épouse et se tient à sa place même s'il devine que quand le fils reprendra la ferme familiale, son travail disparaîtra.
Joseph marque un tournant dans la vie du monde paysan. Car même ci ce roman se déroule à notre époque, Joseph semble être le dernier (ou un des derniers) ouvrier agricole (autrefois appelé journalier) à loger chez ses patrons. La vie de Joseph se dévoile au fil des pages : l'enfance et l'école où son prénom ancien lui valait des moqueries, le père alcoolique, son frère qui n'a jamais voulu rester au pays. Et maintenant qui est marié et père de famille à la tête de son propre commerce, sa mère qui l'a suivi pour aider sa belle-fille. L'amour que fait mal et vous fait chuter.
On retrouve dans ce nouveau roman l'attachement au monde agricole, sa mutation progressive (désormais, il vaut mieux que l'épouse travaille à l'extérieur pour qu'il y ait un revenu fixe) car il y le monde actuel auquel il faut s'adapter. Même si Joseph est dépassé par toutes ces chaînes de télé, par toutes les réglementations. Et au détour d'une phrase, il y a ces expressions, ce langage du monde rural liée à une autre époque mais qui demeurent.
Dans la lignée de L'annonce et Les pays, Marie-Hélène Lafon nous offre le portait d'un homme, d'un mode de vie et du monde paysan. Le tout avec une grande pudeur, respect et justesse.
J'ai eu le cœur pincé car ce livre m'a rappelée mes origines...
Il n'avait pas toujours eu le choix, il avait dû, certaines fois travailler dans des conditions qui lui tordaient le ventre mais il n'était jamais rester longtemps dans ces fermes. Il avait appris à se méfier des gens que les bêtes craignaient, les brutaux et les sournois, surtout les sournois qui cognent sur les animaux par-derrière et leur font des grimaces devant les patrons.
A presque soixante ans, Joseph est ouvrier agricole dans une ferme du Cantal. Sa région qu'il n'a jamais quittée. Depuis toujours, il travaille dans les fermes des autres et loge chez ses patrons. Un amoureux des bêtes et des chiffres, un travailleur pour qui les jours fériés, les heures supplémentaires n'existent pas. Joseph pourrait presque passer inaperçu. Sa vie tient dans une valise, il respecte le patron et son épouse et se tient à sa place même s'il devine que quand le fils reprendra la ferme familiale, son travail disparaîtra.
Joseph marque un tournant dans la vie du monde paysan. Car même ci ce roman se déroule à notre époque, Joseph semble être le dernier (ou un des derniers) ouvrier agricole (autrefois appelé journalier) à loger chez ses patrons. La vie de Joseph se dévoile au fil des pages : l'enfance et l'école où son prénom ancien lui valait des moqueries, le père alcoolique, son frère qui n'a jamais voulu rester au pays. Et maintenant qui est marié et père de famille à la tête de son propre commerce, sa mère qui l'a suivi pour aider sa belle-fille. L'amour que fait mal et vous fait chuter.
On retrouve dans ce nouveau roman l'attachement au monde agricole, sa mutation progressive (désormais, il vaut mieux que l'épouse travaille à l'extérieur pour qu'il y ait un revenu fixe) car il y le monde actuel auquel il faut s'adapter. Même si Joseph est dépassé par toutes ces chaînes de télé, par toutes les réglementations. Et au détour d'une phrase, il y a ces expressions, ce langage du monde rural liée à une autre époque mais qui demeurent.
Dans la lignée de L'annonce et Les pays, Marie-Hélène Lafon nous offre le portait d'un homme, d'un mode de vie et du monde paysan. Le tout avec une grande pudeur, respect et justesse.
J'ai eu le cœur pincé car ce livre m'a rappelée mes origines...
Il n'avait pas toujours eu le choix, il avait dû, certaines fois travailler dans des conditions qui lui tordaient le ventre mais il n'était jamais rester longtemps dans ces fermes. Il avait appris à se méfier des gens que les bêtes craignaient, les brutaux et les sournois, surtout les sournois qui cognent sur les animaux par-derrière et leur font des grimaces devant les patrons.
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