lundi 28 mars 2011

Gary Victor - Le sang et la mer

Éditeur : Vents ailleurs - Date de parution : Septembre 2010 - 182 pages

Après la mort de leur mère, Hérodiane et son frère Estevel ont dû quitter leur village pour venir à Haïti. Ils s’installent à  Paradi. Un doux nom qui désigne  un bidonville accroché au flanc de la montagne. Agée de 17 ans, Hérodiane est d’une beauté qui ne laisse pas indifférent. Yvan, riche mulâtre la séduit et la jeune fille tombe amoureuse. Mais, les  princes charmants à la peau claire se révèlent quelquefois malhonnêtes et entrainent dans la déchéance les jeunes filles.
La nuit où le sang a jailli de mon ventre, j'ai rêvé de la mer marchant sur terre, telle une multitude de moutons dont la toison était l'écume blanchâtre des vagues venant battre en cadence les rochers dans la baie de Saint-Jean. A la lecture de cette  première phrase, j’ai su que j’allais aimer ce livre! Cette première phrase donne le ton, la mesure. Car voilà une lecture comme je les affectionne, à l’écriture travaillée où rien n’est laissé au hasard. Un livre porteur de messages et qui amène le lecteur loin, très loin. Une lecture où la poésie s’invite naturellement comme pour mieux  montrer la noirceur de la vie. Ici, Gary  Victor nous dépeint les quartiers pauvres d’Haïti, la survie et la débrouille. La face sombre d'un pays, celle de pauvreté, de la prostitution et de la corruption. Estevel est le grand frère protecteur, prêt à tous les sacrifices pour sa sœur. Comme il l' a promis à leur mère, Hérodiane fréquente une bonne école.  On peut se demander comment une jeune fille sérieuse et réfléchie peut tomber aussi facilement dans les bras d’Yvan?  Tous  les deux sont jeunes et beaux, ils s'aiment  mais la peau d’Hérodiane est d’ébène et elle est sans le sou.  Même si Yvan possède tous les apparats d’un prince charmant moderne, l’envers du décor est écœurant.  Et la fin n 'est pas celle d'un conte de fées : Ils ne se marièrent pas et n’eurent pas beaucoup d’enfant.
L’écriture de Gary Victor  est belle, fluide et  enveloppante.  Sans oublier cette touche de poésie qui se marie au surnaturel sans que cela soit choquant. Bien au contraire, le lien à la mer apparaît comme un cordon ombilical et salvateur.  
Une découverte que je ne suis  pas prête d’oublier !
Moi, j'avais cru pouvoir aller plus vite. Nous, les femmes, sommes arrivées, pour notre malheur parfois, à considérer comme normal, obigatoire même, un chemin pavé de briques cuites au feu de l'enfer.
Merci à Charlie et à ses drôles de Dames ( l’équipe de Dialogues Croisés pour ne pas les citer…). D’autres billets chez l'ami BOB. Livre lu dans le cadre du 9ème prix des Lecteurs du Télégramme.


 
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