jeudi 27 octobre 2016

Gerard Donovan - Une famille passagère

Éditeur : Seuil - Traduit de l'anglais par George-Michel Sarotte - Date de parution : Septembre 2016 - 191 pages à découvrir ! 

Septembre 1938, dans la station balnéaire de Margate, la narratrice profite qu’un landau soit resté sans surveillance à une fête foraine pour le prendre avec le bébé à l’intérieur. Elle laisse le landau et part avec l’enfant dans sa voiture une Austin Ruby (une voiture très courante à l’époque).

Au fil des pages, des éléments apparaissent : l’acte a été soigneusement prémédité et on apprend quelques informations sur la narratrice. Elle vit pour ainsi dire dans sa voiture et possède avec elle tout ce qu’elle a. Après une première nuit passée dans un hôtel avec l’enfant, le lendemain et les jours suivants la voiture sert pour dormir,  manger alors qu’elle va d’une station balnéaire à une autre. Elle a décidé que l'enfant était à elle et qu’il s’appelait Albert.
Si la narratrice fait preuve par moments de lucidité, elle nous livre aussi ses réflexions, ses pensées sur la famille où une certaine folie apparaît, ses rêves illusoires. Elle veut tenter d’être une mère, elle pense  et qu’elle est apte à le faire. Le personnage de cette femme est froid et inquiétant. Et quand l’enfant tombe malade, elle semble prendre conscience que l'élever va la priver  de ses plaisirs égoïstes peu nombreux.

Gerard Donovan installe une ambiance très particulière, très troublante. On a vraiment l’impression d’être dans ses stations balnéaires d’avant-guerre de l’Angleterre qui se vident des touristes avec un côté désuet et on ne peut s’empêcher d’éprouver une angoisse grandissante. L'écriture est très précise mais aussi empreinte d'une poésie et permet d'accentuer l'ambiance. J'ai tout aimé !

Une famille se compose d'un mari, d'une épouse, d'une maison et d'un enfant. Je pouvais déjà me considérer comme une des composantes ; il manquait les trois autres. 

Mais il paraît que les yeux restent identiques durant toute la vie : les yeux qui sont témoins de l'enfance le sont également de la vieillesse. Le même cœur bat comme avant la naissance. Je n'avais rien manqué. En fait, lorsque j'y pensais, seules quelques années et quelques expériences nous séparaient, cet enfant et moi, voire la même expérience répétée au cours de nombreuses années. Albert ne devait pas se faire du souci à propos du degré d'intimité que nous allions atteindre avec le temps.

 Le billet de Cathulu
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