mercredi 9 février 2011

Gaetano Bolan - La Boucherie des amants

Éditeur : Livre de poche - Date de parution : 05/01/2011 - 91 pages

Mettre les pieds dans sa librairie préférée est financièrement dangereux.La preuve, je suis ressortie avec ce livre qu'une de mes libraires m’a conseillée. Alors oui j’ai (encore) fait une entorse à mon budget mais  je ne le regrette pas ! Car ce petit livre, je l’ai lu et je le relirai…
Tom est un enfant « aux yeux de nuit », son père tient une boucherie dans une petite ville du Chili. L’institutrice de Tom, Dolorès, ne laisse pas indifférent son père. Le soir, la boucherie accueille des réunions secrètes ou l’on parle de renverser le régime Pinochet.
J’ai lu en apnée ce petit livre. Cette histoire sous une écriture faussement naïve est un petit bijou ! Dès les premières lignes, on est transporté :
"L'enfant avait un cœur pur et il regardait la nuit. Personne n'aurait pu dire s'il était triste, ou simplement assoupi. Il était là, posé dans la masse de son petit corps, comme absorbé par le crépuscule. Toujours il sondait le grand noir de l'âme où passent les comètes, il ne savait pas l'âme et ses grandeurs, ses petitesses tout aussi bien, il connaissait seulement l'ombre. Paisible obscurité qui l’enveloppait. Féroces ténèbres qui le mangeaient. Et câline la nuit jamais n’était, ni ne fut."
J’ai juste  envie de vous dire simplement lisez-le. Laissez-vous envelopper par l'écriture et suivez les personnages.

Tom a un secret comme beaucoup d’enfants. A vouloir et à penser très fort que Dolorès  devienne sa maman, l’amour naîtra entre elle et Juan son père. Tom aime passer du temps chez le voisin, Chico le coiffeur et grand ami de son père. Une histoire comme un conte, aux accents idyllique me direz-vous. Mais nous sommes sous le régime de Pinochet. Et la nuit est propice aux enlèvements et aux disparitions. Garde à ceux qui osent s’élever contre ce régime.  Derrière l’humour et la poésie, on pressent le drame.  J’ai refermé ce livre le cœur pincé.
Un petit livre mais de grandes et belles émotions !
Les billets élogieux de Livr-esse, Pimprenelle, Stephie, Sylire, Yvon.

mardi 8 février 2011

Elizabeth Gaskell - Nord et Sud

Éditeur : Points - Date de parution : 25/11/2010 - 673 pages

La jeune Margaret Hale quitte Londres et sa cousine pour rejoindre ses parents dans un village du Hampshire. Son père, pasteur de son état, lui annonce son désir de  renoncer à l’Eglise. Margaret et ses parents sont donc contraints de partir d’Helstone pour Milton, une ville du nord de l’Angleterre. Le changement est radical et brutal. Milton est une ville industrielle en plein essor bien loin de la tranquillité et de la verdure d’Helstone. A son arrivée, Margaret fait preuve d’un certain orgueil mais elle  saura s’adapter à ce nouveau monde.
Mieux vaux tard que jamais ou comment l’année de mes 40 ans, j’ai découvert Elizabeth Gaskell ! Oui et je n’ai pas honte de le dire…
Un livre dense où les personnages, le contexte sont terriblement bien décrits. Imaginez vous que je n’ai trouvé aucune longueur dans ces 600 pages ! J’avoue malgré mon enthousiasme, mes poignets, eux, ont très mal supporté cette lecture. Il a fallu que je la fragmente et c’est bien dommage car ça m’a gâché un peu de mon plaisir. Au moins, je sais que c'est terminé pour les pavés...
Bon, revenons à l’histoire. Margaret, 18 ans, quitte une cousine aisée pour le presbytère familial. La surprise est de taille quand son père lui annonce qu’ils doivent partir pour le Nord de l’Angleterre. Là-bas, il est certain d’y trouver  un emploi.  Margaret découvre Milton,  une ville industrielle où son père donne des cours  privés à Mr Thornton. Ce dernier dirige une manufacture.  Mais elle va découvrir également les conditions de vie des ouvriers et  leurs revendications. En tant que jeune file bien élevée, elle s’occupe de sa mère dont la santé est fragile mais elle ne peut s’empêcher de vouloir comprendre ce monde industriel. Et, la jeune femme va mettre  ses aprioris de côté (une héroïne avec du tempérament comme je les aime!).  John Thornton est un travailleur, un homme qui a réussi à la sueur de son front.  Les discussions entre lui et Margaret sur la ville et ses  usines seront animées. Chacun défendant son point de vue et son amour pour sa région d'origine. Les ouvriers vont se mettre en grève et Margaret prendra position dans ce conflit.
Mon résumé n’est pas complet et j’en suis bien consciente. Je  ne suis pas là pour  en faire une étude détaillée mais pour vous dire que ce livre est riche et qu'on ne s'ennuie pas une seule seconde! Bien sûr,  il décrit le Nord et le sud de l’Angleterre que tout semble opposer mais il  nous offre une psychologie très fine des personnages. Tout n’est pas raconté du point de vue de Margaret, on a donc les éléments sous différents angles.  
Si ce n’est pas déjà fait, un seul conseil : lisez-le !
Les billets de Keisha, L'ivresque des livres.


J'en ai oublié le logo  !









dimanche 6 février 2011

James A. Levine - Le cahier bleu

Éditeur : Pocket - Date de parution : 06/01/2011 - 247 pages

Batuk a 9 ans quand sa vie d’enfant se termine. Elle est vendue par son père pour éponger une dette. Elle est belle et  elle se retrouve dans un bordel d’enfants à Bombay. Batuk sait écrire et pose les mots dans un cahier.
Les chiffres, les statistiques nous tiennent d’une certaine façon à distance de l’horreur, de l’infamie. Ils existent bel et bien, mais n’ont pas le pouvoir des mots. Quand on nous parle de la prostitution infantile en Inde, des chiffres sont mis en avant. Ils nous interpellent car derrière eux il y a des vies, des enfants. Mais les mots ont un autre pouvoir. Ils nous sautent à la figure, nous prennent à la gorge, nous saisissent. Il m’a fallu plusieurs jours pour lire ce livre. Je m’arrêtais juste après quelques phrases, nauséeuse et dégoûtée. Je reprenais le lendemain ma lecture en me demandant si j'allais pouvoir la terminer.
Batuk écrit ce qu’on lui a volé, ce qu’on lui a fait subir et ce n’est pas une lecture facile. A 9  neuf ans, sa virginité a été offerte au plus offrant. Devenue une marchandise dans un bordel de Bombay, elle raconte avec ses mots son quotidien, son amitié avec Puneet seul garçon du bordel. Elle garde encore en elle l’étincelle, l’imaginaire qui permet de s’inventer des histoires. Pour échapper à la réalité,  les Princesses, sa vie « d’avant » sont salvateurs. Jusqu’à un certain point. Après 6 années passées dans le bordel, Batuk est louée au fils d’un riche. Elle quitte les quartiers glauques pour se retrouver prisonnière dans un hôtel de luxe. Le jeune homme n’a rien d’un prince charmant et n’est pas là pour la sauver comme dans les contes. Batuk devient son esclave sexuel. Derrière ces deux mots se cachent  toute la monstruosité dont sont capables les Hommes.  Batuk écrit toujours mais ses mots sont glauques comme sa vie. On sombre comme elle dans l’horreur, dans l’invivable. On sait ce qui va arriver et on est là impuissant à assister à l’ignominie.
Alors, oui, j’ai eu du mal à lire ce témoignage, la vie de Batuk. Peut-on parler de vie ?  Je ne crois pas. Il s’agit d’un livre terrifiant qui nous renvoie au pire. Je laisse chacun juge de savoir s’il se sent capable de le lire ou non.
Merci à BOB pour ce partenariat.