mercredi 13 février 2019

Arnaldur Indridason - Ce que savait la nuit


Editeur : Métailié - Traduit de l'islandais par Eric Boury - Date de parution : Février 2019 - 320 pages efficaces.

L’Islande et ses glaciers attirent nombre de nouveaux visiteurs. Et justement lors d’une excursion, des touristes découvrent le cadavre d’un homme sur le glacier de Langjökull. Un homme disparu depuis trente ans et à l’époque, Konrad officier de police s’était occupé de l’affaire. Les soupçons s’étaient orientés vers l’ancien associé de l’homme mais ce dernier a toujours nié son implication. Et bien que désormais mourant, il clame toujours son innocence.

Alors qu’il a pris sa retraite, la curiosité de Konrad est piquée à vif. Et s’ils étaient passés à côté d’un élément? Et si Hjaltalin disait la vérité? Impossible de le savoir car il est emporté par la maladie. La découverte du cadavre sur le glacier fait la une des journaux et une femme contacte Konrad. Son frère aurait été renversé intentionnellement  par une voiture car il avait des informations pour la police.
Konrad commence officieusement à se replonger dans l’enquête et ce sont des pans de sa vie qui remontent à la surface. Le décès non élucidé de son père qui n’était pas un enfant de chœur, son couple avec Erna et sa solitude actuelle. Ce personnage en proie avec ses remords  doit affronter le passé mais aussi l’accepter tandis que de nouveaux éléments apparaissent dans l’enquête. L'occasion pour Arnaldur Indridason de nous dépeindre sans concession les difficultés sociales et économiques de l’Islande mais aussi de nous plonger dans l'enfance trouble de Konrad.

Un polar efficace où l’auteur ne nous oppresse pas et où comme toujours la dimension humaine est importante. Seul regret de taille, je m’étais prise d’affection pour Erlendur (comme beaucoup de lectrices du club officieux des Erlendurettes) et il me faudra plusieurs enquêtes pour m’attacher à Konrad (plus froid aux premiers abords).

Le billet d'Electra

Lu de cet auteur : La muraille de lave - Le duel - Le lagon noir -  Les nuits de Reykjavik

lundi 11 février 2019

J. M. Erre - Qui a tué l'homme-homard ?

Éditeur : Buchet-Chastel - Date de parution : Février 2019 - 368 pages anti-morosité ! 

A Margoujol, un petit village tranquille de Lozère, un homme vient d’être retrouvé assassiné et son cadavre a été découpé en plusieurs morceaux. Les habitants sont en émoi même si le défunt n’était pas apprécié. Lui et d’autres membres d’un cirque tous pourvus d’étrangetés diverses physiques se sont installés dans cette localité il y a fort longtemps (le directeur du cirque ayant été assassiné lui aussi). Pour Lucie, la fille du maire, c’est l’occasion de pimenter un peu sa vie. Gravement handicapée et clouée dans un fauteuil, elle communique grâce à son seul doigt valide et un ordinateur . Quand deux gendarmes sont dépêchés sur place pour élucider l’affaire, elle les assiste.

Narré par Lucie qui manie férocement l’autodérision et le cynisme aigu, ce roman dézingue les préjugés et pousse le lecteur dans ses retranchements concernant le handicap ( il fallait oser) et le politiquement correct. Tout s’enchaîne à toute vitesse d’autant plus que de nouveaux meurtres ont lieu. J. M. Erre joue une fois de plus avec les codes du polar, il décrypte  pour nous les recettes à succès de cette littérature, parodie l’information et nous amène à des réflexions avec un regard sans aucun tabou sur la différence (vous êtes prévenus).
On retrouve l’humour décliné à la sauce J. M. Erre avec des situations complètement loufoques ou absurdes. Une fois de plus, j'ai souri, j'ai ri et mon petit coeur s'est également serré.
Une lecture anti-morosité assurée ! 

Toujours réjouissant de voir les gens faire comme si tout était normal alors que leur visage exprime le contraire. Personne n’ose jamais me dire "Vous parlez ? C’est incroyable !" ou "Vous comprenez ce qu’on dit ?" ou encore "Alors vous n’êtes pas vraiment un légume ?" Ca ne se fait pas de parler à une handicapée de son handicap, au cas où elle ne serait pas au courant de son état.

Le billet de  Cath
Lu de cet auteur : La fin du monde a du retard - Le grand n'importe quoi - Le mystère Sherlock -Made in China - Série Z

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vendredi 8 février 2019

Véronique Ovaldé - Personne n'a peur des gens qui sourient

Editeur : Flammarion - Date de parution : Février 2019 - 260 pages et un régal! 

Un jour de juin, Gloria embarque ses deux filles  Stella et Loulou direction l’Alsace avec en point d'ancrage la maison de sa grand-mère  dans la forêt de Kayserheim. Toutes les trois quittent le soleil de la Côte d’Azur et cela va sans dire que Stella l’aînée âgée de seize ans n’est pas très enchantée de cette parenthèse présentée comme des vacances par sa mère.  Car Gloria n'a nullement prévu de revenir.

Est-ce que Gloria fuit quelque chose ou quelqu’un ? C’est la question que l’on se pose et évidemment Véronique Ovaldé ne va pas nous donner la réponse ou les réponses d’emblée. On prend d’abord le temps de faire plus ample connaissance avec Gloria et de son entourage familial. Suite au décès de son père qui l'a élevée jusqu'à l'adolescence, Gloria a pu compter sur tonton Gio un brin paranoïaque  Cet associé et ami de son père l’ayant prise sous son aile, elle  travaille comme serveuse  dans son établissement, un café au nom de La Traînée (ça ne s’invente pas). Et Gloria, jeune fille à l'aube de sa majorité, y rencontre l’amour avec un grand A, le futur père de ses filles en la personne de Samuel un garçon vivant de petits trafics et décédé depuis. Le bonheur se révèle parfait en apparence ou selon toute vraisemblance.  Car peu à peu et très habilement, Véronique Ovaldé instaure de légers flottements, sème le doute et l'entretient d'autant plus que Gloria est délicieusement excessive et attachante. Pour savoir de quoi il s'agit, il faudra le lire car je n'en dis pas plus...

Vif et entraînant avec ses descriptions très justes concernant notamment les figures maternelles et ses mille petits détails qui ont mouche,  ce roman prend un tournant plus sombre avec une réelle tension très bien distillée. L'atmosphère nous harponne, l'écriture de Véronique Ovaldé nous charme avec ses exquises incartades et sa fantaisie.  Elle joue avec le lecteur pour le plus grand de nos plaisirs et on mord à l'hameçon, un régal !

Si elle ne s’aimait pas beaucoup, elle se préférait encore aux autres. Ce qui est une possibilité qui vous sépare de manière certaine de vos contemporains. 

C’est donc l’heure idéale pour parler de Samuel, l’heure argentée, murmurante, confessionnelle, l’heure sentimentale pendant la nuit puisque nous sommes des animaux si emplis de désarroi et si tendres.

Les billets de Cuné, TLivres

Lu de cette auteure : Des vies d'oiseaux - La grâce des brigands - Soyez impudents les enfants