mardi 2 décembre 2014

Marlen Haushofer - Le Mur invisible

Éditeur : Actes Sud - Traduit de l’allemand par Liselotte Bodo et Jacqueline Chambon - Date de parution : 1992 - 342 pages hérissées de marque-pages ! 

Lors d'un week-end en compagnie de sa cousine et du mari de cette dernière, la narratrice se retrouve coupée du reste du monde dans la forêt autrichienne. Un mur invisible mais bien réel est apparu au-delà duquel tout est pétrifié. Que s'est-il passé durant la nuit ? Là n'est pas la question et d'ailleurs la narratrice n' y pense pas vraiment. Elle se retrouve dans un chalet avec quelques animaux comme seule compagnie. Et cette femme âgée d'une quarantaine d'années et mère de deux filles devenues adultes au lieu de pleurer sur son sort va avoir ce courage et cette force de survivre.

Grâce à un vieil almanach et à quelques graines, elle entreprend de semer et de faire pousser des légumes. Elle a recueilli une vache égarée qui lui donne du lait et s'en occupe comme du chien et de la chatte. Des journées souvent harassantes avec des travaux souvent physiques où  le temps devient celui de la nature et des saisons avec lesquelles elle apprendra à prévoir.
Au bout de plus de deux ans, elle écrit son quotidien depuis que le mur est apparu et ses réflexions. Bien sûr, il y a des moments de peur et ceux de découragement mais toujours elle reprend le dessus. Et quand elle pense à sa vie d'avant, elle se rend compte que celle-ci était faite de conventions alors que désormais elle est libre mais seule. Elle doit adopter cette solitude et la dominer.
Entre les descriptions de la nature, des travaux ou de ses relations avec les animaux, ce qui pourrait être ennuyeux ne l'est pas car il nous interpelle profondément. Que reste-t-il de la femme qu'elle était deux ans plus tôt ? Et des questions lancinantes ne cessent de nous troubler. Qu'aurions-nous fait à la place de la narratrice ? Comment aurions-nous réagi ?

Il s'agit d'un livre qui trace son sillon durant et après sa lecture. J'ai aimé sa beauté singulière, son aspect fascinant, émouvant et troublant ! 
Donc on oublie la couverture guère attrayante et sans rapport avec le contenu pour s'y plonger et le savourer !

Je ne sais pas comment j'ai réussi à survivre à cette période. Je ne sais vraiment pas. Je n'ai dû y pas venir que parce que je me l'étais fourré dans la tête parce qu'il fallait bien que je prenne soin des trois animaux. La conséquence de ces efforts incessants fut que je me mis à ressembler aux pauvre Hugo, je m'endormais dès que je me m'asseyais sur le banc. À cela s'ajoutait que si je rêvais nuit et jour de nourriture, des que je voulais manger j'étais incapable d'avaler une bouchée. Je crois que je n'ai vécu que du lait de Bella. C'était la seule chose qui ne m'écoeurait pas.
J'étais bien trop accaparée par tout ce labeur pour pouvoir appréhender clairement la situation. Puisque j'avais décidé de tenir bon, je tenais bon, je ne savais plus pourquoi c'était si important de le faire et je me contentais de vivre au jour le jour.

Je ne suis qu'une simple femme qui a perdu le monde qui était le sien et qui est chemin pour en trouver un autre. Ce chemin est douloureux et ne prendra pas fin avant longtemps. 

Merci à Willy lecteur de mon blog, prescripteur de bonnes lectures qui une fois de plus a vu juste en me le conseillant !

Le billet de Cathulu, celui de Cuné qui renvoie à d'autres liens, Une Comète
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