samedi 20 décembre 2014

Véronique Poulain - Les mots qu'on ne me dit pas

Éditeur : Stock - Date de parution : Août 2014 - 141 pages et un premier roman réussi !

Fille de parents sourds-muets, Véronique Poulain relate avec beaucoup d'humour et de sincérité son quotidien et celui de ses parents. Des anecdotes, des situations  qui font sourire ou qui serrent le coeur.  Avec une écriture concise, elle décrit toute la palette de sentiments qu'elle a éprouvé de l'enfance à l'âge adulte.

Habitée par deux cultures, elle se partage entre la communication verbale et la langue des signes. Si l'on croyait que sourd-muet rimait avec silence, l'auteure nous démontre le contraire. Des phrases courtes où l'auteure joue avec les mots, sans fioritures et sans pathos, ce témoignage rempli d'amour vaut bien plus que de grands discours. Et j'ai découvert tout ce qui gravite et découle de ce handicap comme la richesse de la langue des signes.

J'ai été plus que touchée! A lire !  

Dans la langue de mes parents, il n'y a pas de métaphores, pas d'articles, pas de conjugaisons, peu d'adverbes, pas de proverbes, maximes, dictons. Pas de jeux de mots. Pas d'implicite. Pas de sous-entendus. Déjà qu'ils n'entendent pas, comment voulez-vous qu'il sous-entendent ? 

La langue des signes est la plus expressive que je connaisse. Lorsque un sourd parle, tout son corps est en mouvement. Tout son visage s'exprime. Impossible de parler en langue des signes sans bouger un muscle de son minois. Qu'on l'ait joli e ou pas. Récemment liftée, passez votre chemin. L'émotion, la force d'un sentiment passe par la seule expression du visage. Si vous voulez transmettre un sentiment de tristesse, la bouche doit s'affaisser , les yeux se rétrécir. A l'inverse, pour un sentiment de joie, le visage doit s'éclairer, la bouche sourire, les yeux pétiller. J'ai constaté que c'était la grande difficulté des entendants. Faire la grimace, déformer leurs traits, bouger leur corps.
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