vendredi 29 janvier 2016

Jean Echenoz - Envoyée spéciale

Editeur : les éditions de Minuit - Date de parution : Janvier 2016 - 315 pages de plaisir à ne pas bouder!

Constance « amoureusement insatisfaite » parisienne trentenaire s’ennuie. Elle vient de mettre son appartement vente et est séparée de son mari Lou Tosk ancien compositeur dont un titre a remporté un succès planétaire ( « Lou Tausk n’est certes pas le premier à avoir connu cela, c’est arrivé à d’autres, quoique fort peu nombreux. Prenez par exemple Patrick Hernandez, qui n’a rien fait de toute sa vie que Born to be Alive - écrit en dix minutes, enregistré en deux jours, refusé d’abord par tous les producteurs puis devenu un succès intercontinental dont les royautés lui ont permis de se la couler douce tout le restant de son existence »). La vie monotone de Constance va changer et pas qu’un peu. Car elle est enlevée en plein Paris par trois hommes, amenée dans la Creuse (département idéal pour cacher quelqu’un vu le nombre peu élevé d’habitants) où elle va séjourner plusieurs mois. La rançon demandée à son futur ex-mari (qui a d'autres chats à fouetter) reste sans réponse. Et au fil du temps, la glace se brise entre elle et les deux hommes chargés de la surveiller (on cuisine des petits plats, on rigole, on se repose, on joue, bref des vacances entre amis). Elle pourrait s’enfuir mais non et son périple se poursuit en Corée du Nord.

Dans cette  parodie irrésistible de roman d’espionnage,  un brin déjantée et loufoque avec de nombreux rebondissements et des situations quasi-burlesques,  l’auteur s’amuse avec ses personnages, les égratignent et s'adresse souvent au lecteur créant ainsi une complicité (on se croirait presque dans un livre de JM Erre). De digressions qui nous renseignent sur le taekwondo (un art martial) ou sur les papillons, on lit cette histoire avec régal sans jamais être perdu car c'est parfaitement maîtrisé (sans en avoir l'air).

C’est drôle, on sourit et on rigole, on se laisse mener par le bout du nez en se délectant de l’écriture de Jean Echenoz,  de ses interventions et de ses observations malicieuses. Vous l'aurez compris un plaisir à ne pas bouder !

Chemisier bleu tendu, pantalon skinny anthracite, souliers plats, coupe à la Louise Brooks et courbes à la Michèle Mercier - ce qui n'a pas l'air d'aller très bien ensemble mais si, ça colle tout à fait. Trente-quatre ans, peu active et peu diplômée - à peine capacitaire en droit-, épouse d'un homme dont les affaires marchent ou du moins ont marché, mais c'est la vie avec cet homme qui ne marche qu'à moitié : vie matérielle facile, vie matrimoniale pas. 

Reste les autres usagers de la rame qu'on peut toujours examiner mais, dans le métro, il ne faut pas les regarder trop longtemps, ni les hommes car cela peut être mal pris aussi. Reste les enfants : ce qu'il y a de bien avec les enfants, c'est qu'on peut les regarder tant qu'on veut, même dans les yeux, on peut aller jusqu'à leurs sourire sans redouter de représailles. Croit-on.
Croit-on car en réalité, sous leur masque d'indifférence et de candeur ils vous repèrent, ils prennent des notes, se renseignent sur votre état civil, vous identifient au moindre détail près grâce à leurs super-pouvoirs, vous mettent en fiche, vous inscrivent sur leur liste et un jour ou l'autre, une fois adulte ou même avant, dès qu'ils seront en âge de régler leurs comptes, vous comprendrez votre douleur.

Le billet de Nicole
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