Éditeur : Sabine Wespieser - Date de parution : Octobre 2012 - 226 pages, 8 nouvelles et une pépite !
Claire Keegan possède un don. Celui merveilleux de décrire l’indicible,
de suggérer des troubles, les sentiments
terrés, l’ambiguïté d’une situation ou le drame qui y couve. Ces huit
nouvelles sont des pépites! Et comme pour
tous mes coups de cœur, il m’est difficile
d’en parler.
Tous ces textes sauf un se déroulent en Irlande. Par quelques éléments, on devine
qu’ils sont ancrés dans un présent proche de nous.
Une écrivain s’apprête à
passer quelques jours en résidence dans l’ancienne maison d’un auteur décédé pour
y écrire. A peine arrivée, elle est dérangée par un homme d’origine allemande qui
voudrait visiter la maison. Dans la seconde nouvelle Le cadeau d’adieu, une jeune fille cadette de la fratrie part pour l’étranger. A à la différence de ses
aînées, elle n’a pas eu le droit au pensionnat pour suivre des études. Non, il lui
a fallu rester à la ferme. A aider, se rendre utile. Et pire. Dans ce huit-clos qui m’a laissée abasourdie, les
personnages préfèrent parler à demi-mots ou par des regards plutôt que de prononcer l’innommable. La pudeur, la gêne sont quasi quasi-palpables. Les relations père-fille sont au centre d’une
autre nouvelle La Fille du forestier où le père s’est marié ne pensant toujours
et encore qu’à son exploitation, un
homme travailleur mais radin. Sa femme
se vengera de cette union sans amour. Tout au long de cette nouvelle, la tension va en crescendo. Dans une
autre, un prêtre tremble pour la première fois en mariant un jeune couple, et
la mariée ne semble pas très à l’aise. Dans la nuit des Sorbiers, il est question également d'un prêtre. Depuis sa mort, sa maison est occupée par sa cousine femme quarantenaire,
peu bavarde et aux coutumes étranges venue d’une autre région d’Irlande. Les croyances et les superstitions
accompagnent cette magnifique nouvelle !
L’amour, les sacrifices, les traditions, les préjugés, la famille… autant
de thèmes explorés avec brio. De son écriture ciselée, Claire
Keegan dépeint avec subtilité ses personnages, les sensations, la nature. Et la surprise, l'effroi de ce que l'on découvre sont d'autant plus saisissants.
Je n’ai pas lu ce recueil, je l’ai ressenti !
Vibrant, profond, émouvant où la force de l’écriture par son acuité et sa
finesse dégage une véritable splendeur ! Une chose est certaine, ces nouvelles vont m'habiter très longtemps...
Après L’antarctique, Les trois lumières, il s’agit selon moi
de son meilleur livre.
Elle disait que la parole menait à la connaissance de soi. La conversation visait à dévoiler ce que, dans une certaine mesure, on savait déjà.






