samedi 29 août 2009

LA GRIPPE... REVUE ET CORRIGEE

Vu et entendu ces derniers jours.

Rendez-vous pris pour alléger un peu ma tête du poids de ma tignasse courte mais épaisse. Pas d’attente pour une fois, fait remarquable, car je ne sais pas comment cela se fait mais les coiffeuses ont toujours du retard. Est-ce que c’est parce qu’elle sont les gardiennes d’un temple de secrets, de confidences : le plat préféré du mari, les dernières trahisons d’une amie, la meilleure crème antirides ?

Deux clientes, assises côte à côte, d’un certain âge papotaient, racontaient qu’elles avaient profité pendant les vacances de leurs petits-enfants, se plaignaient du mauvais temps, de leurs rhumatismes.

Sans raison apparente, l’une d’entre elles a pris un air de coq au milieu de la basse-cour, a relevé son buste malgré l’immense casque d’aluminium qu’elle arborait. Et, s’éclaircissant la voix, a dit à haute voix, histoire que tout le salon l’entende :
-Eh bien, vous savez, la belle-fille de ma voisine qui est infirmière et qui travaille à l’hôpital m’a certifié qu’on pouvait attraper la grippe avec les chiens et les chats !

L’autre dame a bondi de son siège, et d’un air affolé, lui a demandé:
-Vous êtes sûre ? Mais alors ça veut dire que mon chat peut l’avoir ?

La réponse a fusé dans l’air :
-Oui et vous la transmettre ! Car c’est bien ça le pire !

Subitement, l’ambiance s’est alourdie et les visages affichaient des mines inquiètes. En moins de trente secondes, tout le salon s’est mis à parler de la grippe.

Chacune y allait de son propre avis : il aurait fallu retarder la rentrée scolaire, et comment je vais faire pour mon chat, il paraît que seuls les enfants seront vaccinés, épate tatie épate tata…

La dame qui avait lancé le débat continuait d’un ton homérique avec son air de chefaillon à alimenter cette kyrielle d’hypothèses et de soi-disant informations des plus farfelues: dix pour cent de la population serait décimée suite à cette pandémie !

Je n’avais qu’une seule hâte : partir ! Surtout que ma coiffeuse participait à ce manège, gesticulant avec les ciseaux en l’air, et non plus dans mes cheveux.

Finalement, j’ai réussi enfin à m’extirper de ce brouhaha avec une tête, non seulement farcie de toutes ces idioties , mais agrémentée d'une coiffure ridicule ….

vendredi 28 août 2009

Correspondances autour d'un livre - Delphine DE VIGAN "Les heures souterraines"



De : Clara
Envoyé : mercredi 26 août 2009 22:24
À : 'Delphine de Vigan'
Objet : Je l'ai, l'ai !!!!!

Bonsoir,
Ca y est, je l’ai entre les mains depuis cette après-midi. Figurez-vous que j’ai bravé, affronté non pas des dragons ou des monstres quelconques, mais de méchants tractopelles, des automobilistes furieux et la pluie (une simple question d’habitude) pour enfin acheter votre dernier livre.
Je ris, je suis toute émoustillée, pire qu’une gamine !

Quel plaisir de l’avoir, je frémis d’avance en pensant à ces futures heures souterraines.
Je vais, de ce pas, non pas découcher mais me plonger sous la couette avec mon amant le plus terrible, celui pour qui je perdrais la tête : la lecture…

Clara

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De : Delphine de Vigan
Envoyé : jeudi 27 août 2009 10:04
À : 'Clara"
Objet : RE: Je l'ai, l'ai !!!!!

Bonjour Clara,
Vous n’avez pas perdu une minute ! Merci pour votre enthousiasme. J’espère que vous ne serez pas déçue car le livre est plus sombre que « No et moi ».
A bientôt.
Delphine

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De : Clara
Envoyé : vendredi 28 août 2009 16:44
À : 'Delphine de Vigan'
Objet : BOULEVERSANT ET MAGNIFIQUE !

Bonjour,
Je l’ai lu et un seul mot : BOULEVERSANT.
La gorge serrée et l’estomac noué, j’ai suivi la chute de Mathilde en revivant la mienne suite à ma maladie : les conversations qui prennent fin brutalement quand on arrive dans un bureau, les projets que l’on vous retire, puis les responsabilités, les sous-entendus, et la peur que l’on a d’aller travailler chaque matin. Affronter le regard des collègues qui sont productifs, qui sont dans la norme. Se sentir isolée car, oui, on vous écarte comme on met de côté un mauvais pion. Des mois à jongler entre les arrêts maladies, les reprises à mi-temps thérapeutique. Je voulais garder ma place, mon travail car au début, je me disais que j’étais plus forte que la maladie, et que j’y arriverais. Mais , c’était déjà trop tard : mon éviction avait commencé sans que je m’en rende compte.

Quand tout va bien, le boulot c’est une seconde famille : on ne compte pas ses heures (pourquoi, d’ailleurs, c’est normal), on adhère aux objectifs de l’entreprise. Une famille hypocrite qui vous laisse tomber dès que l’on est le grain de sable dans le mécanisme bien huilé.

Les derniers mois sont les pires . Au réveil, vomir sa bile car on se culpabilise de n’être plus un bon petit soldat, et sur le chemin , en voiture, on ressasse les petits pics et les comportements des autres ….

Plus de sept heures trente à être devant un ordi sans travail ! Oui, je l’ai vécu car on m’avait enlevé tout travail « tu comprends Clara, on ne peut plus compter sur toi ». Ces heures qui semblent éternelles alors que tout le monde est débordé. Quand le couperet de l’invalidité est tombé , ça a été dur, et paradoxalement, un soulagement. Soulagée de plus avoir à vivre cet enfer car j’avais mis un pied dans la dépression.

L’histoire de Thibault m’a beaucoup touché. Ces personnes de SOS médecins voient toute la solitude, toute la misère, la souffrance physique et morale qui existe partout en ville. La ville et son flot de marée humaine où l’on se noie , où l’on est comme les autres jusqu’au jour où ça dérape.

Si vous le permettez, je voudrais mettre les lignes suivantes sur mon blog pour votre livre :

« On suit la chute de Mathilde et celle de Thibault, deux personnes qui ne se connaissent pas mais qui arrivent toutes les deux au point de non retour. L’histoire se déroule à Paris mais elle pourrait se passer dans n’importe autre quelle ville.
Mathilde travaille : elle prend le même RER, s’occupe de ses enfants, fait ses courses, n’hésite pas faire des heures à rallonge … une vie ordinaire dans un mécanisme bien huilé où les mots rentabilité, chiffre d’affaire sont mis en exergue comme des porte drapeaux. Et puis un jour, tout dérape, pour un rien : une remarque non appréciée par son chef de service. La descente aux enfers commence pour elle : terrifiante et ignoble.
Thibault lui est tombé dans les affres d’un amour où il était le seul à donner sans retenu. Il remet en question son métier, sa vie de médecin et puis Paris qui vous broie à force…

Un livre tout simplement magnifique, bouleversant et remarquable par son analyse du monde de l’entreprise!»

Un grand MERCI pour ce livre !!!!!

Viendrez-vous à Brest pour la promotion ? je serais tellement heureuse de vous rencontrer car vous avez un don et un talent incroyable : après vous avoir lu, on est obligé de se remettre en question.

Amitiés sincères d’une lectrice sous le choc,
Clara

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De : Delphine de Vigan
Envoyé : vendredi 28 août 2009 17:43
À : 'Clara'
Objet : RE: BOULEVERSANT ET MAGNIFIQUE !


Bonjour Clara,
Un grand merci pour votre mail qui m’a beaucoup touchée et qui me donne du courage pour affronter cette rentrée.
Votre témoignage m’a beaucoup émue, tout cela a du être très difficile pour vous.
Bien sûr, vous pouvez publier ce que vous voulez sur votre blog.
Si je viens à Brest, je vous ferai signe bien-sûr.
Bon courage à vous.
Amitiés
Delphine

CRITIQUE....

La rentrée scolaire, oui, mais il ne faut pas oublier la rentrée littéraire également. Pas question pour moi par exemple d’acheter le livre d’un ancien journaliste médiatique à la réputation de Donjuan même si son livre est indiqué par les critiques littéraires comme un des « immanquables » de cette rentrée 2009.


Je me demande comment et sur quelles bases, les critiques littéraires mettent en avant, haut et fort, certains livres. Je suppute, fortement, une histoire d’argent (encore) et de marketing. Bizarrement, Les jeux sont déjà faits avant même que les dés (faussés) soient lancés…


Les critiques littéraires sont-ils vraiment libres ? Subissent-ils une pression quelconque ou sont-ils pieds et mains liés ?


Finalement, je suis bien contente de n’être qu’une simple bloggeuse qui se permet de donner son avis !

Marie-Sabine Roger - Les encombrants

J’avais demandé à Véronique de chez Dialogues * des nouvelles grinçantes, ironiques, elle m’a souri en me disant « j’ai ce qu’il vous faut ». Elle est revenue avec « Les encombrants » de Marie-Sabine Roger. « Les encombrants », on pense tout d’abord à des meubles volumineux et bien non, pas du tout, les encombrants désignent les personnes âgées : celles qui se retrouvent en maison de retraite ou bien celles qui tentent encore de convaincre leur famille qu’elles peuvent encore rester chez elles, qu’elles y arrivent, qu’elles se débrouillent.
Certains seront choqués, indignés, révoltés : quand même si ce n’est pas honteux de parler de la sorte des anciens !

Mais, sous ce titre, on découvre des nouvelles où l’amour, l’espoir ont place. D’autres sont teintées d’un cynisme et d’une ironie qui reflètent , hélas, la réalité. Autre point important : des chutes ficelées à merveille et au final, on garde en mémoire ces encombrants très attendrissants…

*non, je n’ai pas d’action chez Dialogues ou un membre de ma famille qui y travaille

mercredi 26 août 2009

"B" COMME ...

Happy, je suis d’une humeur gaie, frivole, légère, insouciante, folâtre, aérienne contrairement à la plupart des Brestois qui pestent, qui grommellent et qui s’énervent. Ils ont repris le travail, ils sont donc forcément pressés et au taquet alors que toute la ville est en chantier. Résultat : des embouteillages aux heures de pointe, des automobilistes furieux, mécontents qui râlent. Certains vont même jusqu’à comparer Brest à Beyrouth ! Ils se plaignent, en parlent à longueur de journée, se languissent dans les détails de ceux qu’ils nomment le « parcours du combattant ».

Bon, il est vrai que la ville ressemble à jeu de Lego tout neuf qu’on a déballé en vrac : des engins, des tas de graviers, des petits bonshommes bariolés de fluo, et des panneaux « déviation » qui ont fleuri même là où on ne les attendait pas. Il va leur en falloir pourtant de la patience jusqu’en 2012 minimum. Pourquoi minimum ? Le hic, dès que l’on creuse, on trouve des bombes ou des obus alors les plannings prennent forcément du retard. Donc, petit conseil à mes concitoyens, adoptez la zen attitude : on souffle, on se détend, on arrête de jurer comme un charretier (votre maman qui vous a bien élevé aurait honte d’entendre tous les noms d’oiseaux que vous vociférez), on ne donne pas des tapes à son volant (qui d’ailleurs n’y est pour rien), on n’essaie pas de se faufiler comme une anguille pour doubler la voiture de devant (tricher, ce n’est pas bien !).
Au contraire, on profite de ces moments pour s’échapper de la grisaille, pour rêver un peu… on ne pense plus à rien, pas même au ticket de caisse du caddie rempli des affaires de la rentrée. Je sais, ce n’est pas si facile, mais on essaie quand même.

Et puis, bientôt, le nouvel album de Miossec sera dans les bacs et en attendant on peut toujours écouter deux des nouvelles chansons sur son tout nouveau site. On se met un peu de baume au cœur en se disant que c’est sympa de voir la salle de concerts du Vauban (et le patron) sur la page d’accueil d’un site internet. Brest est sens dessus dessous mais le mythique Vauban, un de ces lieux qui fait partie intégrante de la ville, de sa mémoire et de son histoire, est toujours là ! Nous sommes sauvés !

mardi 25 août 2009

Philippe CLAUDEL " Le rapport de Brodeck" - "La Petite fille de Monsieur Linh"

Se lancer à lire Philippe Claudel c’est d’abord envisager de passer des heures, des journées entières où l’on se retrouve piégé par l’histoire et l’intrigue. On ne peut pas leur y échapper, elles nous obsèdent, nous hantent. Elles mettent à jour des émotions puis les intensifient, les projettent violemment comme l’écume de la mer déchaînée sur les rochers.

« Le rapport de Brodeck » est admirable et le thème de la guerre, cher à cet écrivain, est omniprésent. La guerre avec ses effrois, ses abominations, et la peur qu’elle engendre. Cette peur qui pousse l’homme, qui l’accule à commettre les actions les plus viles et les plus empreintes de lâcheté. En filigrane, on se pose des questions et l’on pense à ceux qui ont vécu cette période.
Tout le monde est concerné par la guerre : un grand-père ou un arrière grand-oncle lui aussi déporté et qui en est revenu un jour alors que toute la famille avait perdu espoir. Des hommes et des femmes brisés à tout jamais. Certains d’entre eux n’ont pas voulu en parler tellement l’horreur était à son apogée mais ils n’ont jamais pu oublier ce qu’ils avaient vu et subi. Comment oublier ces souffrances physiques, morales et cette humiliation qui fait vomir, qui fait penser que l’on est plus rien, ni personne ? Impossible…

Je voudrais parler aussi d’un autre livre de Philippe Claudel « La Petite fille de Monsieur Linh » qui m’a littéralement secouée. Je me suis prise de tendresse pour ce vieil homme expatrié qui lutte, qui veut vivre pour sa petite fille. Un livre bouleversant de sentiments qui m’a conduite doucement, sans aucune précipitation à découvrir sa vie d’avant et à aimer cet enfant. Il espère pouvoir offrir le meilleur à sa petite fille alors on voudrait, simplement, pouvoir l’aider ce Monsieur Linh...

lundi 24 août 2009

NOSTALGIE DES ANNEES PASSEES

Nous y sommes. La dernière ligne droite avant la rentrée scolaire, plus que quelques jours, et vos enfants vont s’armer de leur sac à dos pour le collège et le lycée. Un peu de nostalgie vous gagne…

Terminé les kermesses où vous deviez confectionner des gâteaux. Fini la vente de tickets de tombola que vous remplissiez à votre nom, pour ne pas déranger les voisins mais surtout qu’ils se sentent obligés d’en acheter :
Oh, mais c’est Mme Cambry avec sa fille… Alors, tu es en quelle classe maintenant ?... Deux euros, le ticket, ah quand même….Mais comme tu es bien mignonne, je vais t’en prendre un.

Vous tirez définitivement un trait sur le primaire et sur le mot « maîtresse » à moins qu’un jour votre mari, piqué par une mouche quelconque, en ait une. Evidemment, vous ne le souhaitez pas ni pour aujourd’hui, ni pour demain, ni pour sa crise de la quarantaine, ni quand vous serez tous les deux vieux et tout rabougris. Vous ne lui laisserez aucun prétexte pour s’enticher d’une plus jeune et plus jolie femme que vous, hors de question.

Comme si c’était hier, vous vous souvenez de l’entrée de votre aînée en petite section. La gorge nouée, vous l’aviez laissée à regret. Pour être honnête, vous étiez pratiquement à supplier la maîtresse de rester encore quelques minutes alors que votre fille s’était déjà ruée sur un des pots à crayons feutres. On vous avait pratiquement chassée de l’école et toute la journée vous aviez ressenti un sentiment effroyable de culpabilité. Vous vous étiez rongée les sangs à l’idée qu’un garçon, repéré le matin même, lui pique sa briquette de lait ou pire qu’une des petites filles , jalouse de ses barrettes, lui défasse sa jolie queue de cheval.

En fait, vous auriez pu partir sans dire un mot ou lui faire un câlin, elle ne s’en serait même pas aperçue…

Vous aviez posé une journée de congés pour ce jour mémorable, préparé le repas favori de votre petite fille chérie (jambon, purée) afin de lui éviter la cantine.
A l’heure du déjeuner, vous aviez passé votre temps à la harceler : tout va bien, tu es sûre ?... tu peux tout dire à maman, tu le sais … si tu veux, tu peux rester cette après-midi à la maison …non, tu préfères retourner à l’école ? Ah bon…


Vous aviez capitulé et vous l’aviez ramené, vous, l’âme en peine et elle, toute contente.
A seize heures, vous étiez déjà dans votre voiture sur le parking de l’école. Un signal ressemblant plus à une sirène qu’au son d’une cloche, avait mis fin à vos allers-retours incessants devant le portail. En une bonne demi-heure, vous aviez eu le temps de compter tout ce qui vous entourait : les arbres, le nombre de fenêtres aux maisons, le nombre de rideaux blancs et ceux colorés, les pots de géranium… Un tas de choses passionnantes !


Enfin, vous aviez aperçu entre des dizaines de petites têtes le joli minois de votre fille, vous respiriez, vous vous sentiez revivre. La maîtresse vous avait rassuré : aucun souci et sa première journée avait été une réussite totale. Et là, votre petite chérie vous annonce : je veux manger à la cantine et pas chez Tata.
Comment ? Elle préfère délaisser les bons petits plats de la nourrice pour être déjà avec ses copines le midi.


Ce fut le coup fatal qui vous laissa sans voix et abasourdie. Vous deviez vous rendre à l’évidence : votre petit bébé adoré avait grandi et était enfin prête pour le primaire…

samedi 22 août 2009

LOUISE

Comme tous les matins, le journal attend Louise près de son bol de café, soigneusement plié et bien mis en évidence à côté de la corbeille à pain. Pour être la première à le lire, elle n’hésite pas à mettre son réveil à sonner à six heures vingt précises.

On la sermonne, on lui dit que ce n’est pas une heure pour se lever, qu’elle devrait rester encore au lit mais Louise rétorque que pour rien, elle ne changera ses habitudes. Après avoir vérifié son chignon pour la énième fois, elle s’assoit sur son lit et attend que les aiguilles de son réveil se décident à avancer. Louise n’aime pas attendre et les dernières minutes semblent toujours durer une éternité.

A six heures cinquante cinq précises, elle sort enfin de sa chambre, ferme la porte à double tour et longe le couloir. Des autres chambres, quelques bruits s’échappent comme des discrétions d’église: un robinet qui coule, une voix qui chantonne ou une toux sèche. Elle prend l’ascenseur pour accéder à la grande pièce. Elle se rend directement à sa table et à sa place. Une odeur de café, le rire gai d’une jeune femme proviennent de la cuisine. Louise soupire et regarde sa montre. Il est déjà sept heures passé ! Pourtant, il est écrit noir sur blanc que le petit déjeuner est servi à partir de sept heures. Ah le personnel n’est plus ce qu’il était, aucun respect des horaires. Et puis ce rire, elle le reconnait. C’est celui de Josiane, une petite serveuse pimbêche qui a toujours les ongles recouverts d’un vernis mauve ou d’un rouge violacé, maquillée et fardée à outrance, des breloques autour des poignets qui tintent à chacun de ses mouvements et qui agressent les oreilles. Au lieu de faire des gorges chaudes au commis de cuisine, elle ferait bien mieux de venir la servir.

Louise se mouche pour que l’on remarque sa présence. Toujours personne, alors d’un air pincé, elle dit « s’il vous plait » d’une voix ferme, autoritaire. Enfin, Josiane arrive avec un thermos rempli de café arborant un grand sourire.
-Bonjour, Mme Tanguy, alors on a bien dormi cette nuit ?

Louise ne répond pas et tend sa tasse sans même la regarder.
-Bon, eh bien, bon appétit et bonne journée, dit Josiane en claquant ses talons.

Quelle petite sotte et quel manque de respect ! Louise avale sa première gorgée du liquide fumant et déplie le journal.
Elle regarde distraitement les titres de la première page : un accident de la route qui a fait deux morts, une femme agressée pour dix euros, des jeunes interpellés dans une affaire de cambriolage. Louise hoche la tête et se dit que les enfants ne sont plus éduqués comme avant. On ne leur apprend plus les bonnes manières, ni comment se tenir, il n’y a qu’à regarder Josiane d’ailleurs ! Attifée de jupes trop courtes, les cheveux toujours épars et teints d’une couleur plus que douteuse.

Elle retourne le journal, jette un coup d’œil rapide sur le bulletin météo et cherche entre les pages consacrées aux sports et aux loisirs, sa rubrique préférée. Elle l’a trouvé, son regard devient plus alerte comme celui d’une pie. Elle lit rapidement les noms qui se succèdent mais s’arrête aux lignes suivantes. Une d’entre elles retient toute son attention « la famille remercie le personnel de la maison de retraite Les lys bleus pour tout leur dévouement… ». Elle la relit pour être sûre, sa main cachectique en tremble de joie. Oui, c’est bien cela, il y a une place de libre à l’autre maison de retraite de la ville! Elle en oublie son café et déchire la page des obsèques du journal qu’elle met dans sa poche.

Les maisons de retraite, c’est comme les bonnes adresses de restaurant ou d’hôtel qu’on s’échange. La seule différence c’est qu’il n’y a pas de place pour tout le monde alors quand quelqu’un y décède c’est une chance. Depuis le temps qu’elle en rêvait, elle ne va pas laisser aux autres pensionnaires cette opportunité. Après tout, ils n’ont qu’à se lever plus tôt…

vendredi 21 août 2009

Marie NIMIER "La Reine du silence"

Un auteur qui ose montrer ses failles et qui dit tout sur ses relations avec son père. C’est rare, très rare qu’un écrivain nous fasse entrer dans les vicissitudes de son intimité. Marie Nimier le fait dans « La Reine du silence ». Un livre bouleversant de pudeur où elle confie ses interrogations, ses doutes sur ce père. Il aurait été facile de mettre en avant un type formidable, le père idéal et d’en faire que des éloges mais non, elle met le doigt là où ça fait mal : des remises en question sur l’amour paternel, et sur soi-même.
Comme dans « les inséparables », elle raconte du réel, son vécu ce qui met en avant Marie Nimier en tant que qu’une personne comme vous et moi. Elle ne se place pas sur un piédestal car elle fait part de ses confidences, de sa vie.

Des mots lus et écrits

Quelques lignes, avant d’entrer dans le vif du sujet...

Du plus loin où je puisse fouiller dans ma mémoire, j’ai toujours aimé lire.

Qu’importe qu’on lise peu ou beaucoup, des auteurs connus ou non, que ça soit chez soi ou dans un bus. La lecture reste avant tout un plaisir où l’on découvre un éventail extraordinaire de ressentis.
Il peut s’agir d'une histoire qui se tisse au fil des pages et qui nous tend la main, ou des nouvelles au contenu grinçant. Quand j’ai tourné la dernière page, je peux être émue, ou souriante et pleine de gaité. Parce que les mots, la narration, le style ont ce pouvoir de donner des émotions incroyables !

Je pourrais aller à la bibliothèque mais à mes yeux, un livre c’est intime : on développe une histoire personnelle car chacun possède ses propres ressentis.

Pourquoi j'écris?
Même si c'est sur un blog, on écrit parce que sinon…on n’arrive plus à vivre, à respirer. J’écris sur tout et sur rien, sur ce qui me mord le cœur ou le ventre. Le départ peut être une conversation entendue dans le bus ou un visage croisé dans la rue.

Tout va très vite, le texte vient de lui-même comme dans un film. L’imaginaire prend le relais ou je transcris ce que j’ai vu avec ma sensibilité. Les mots s’enchaînent quelquefois moqueurs, ironiques ou alors plus graves. Il y a le plaisir de trouver le mot juste, celui qui va former une harmonie ou qui sera une étincelle. A travers mon blog, je cherche à partager mes émotions et mes points de vue. Je considère l’humour, la dérision comme des armes implacables contre la bêtise humaine...

mardi 18 août 2009

LA BETE NOIRE

J’ai attrapé un drôle de virus, non délétère, mais aux effets surprenants : un enthousiasme à son apogée, une alchimie d’envie et d’adrénaline, et je vis non plus en 2009 mais plus de cent ans en arrière…

Pour la première fois, je vais participer à un concours de nouvelles. Alors, je travaille, je potasse, j’ai sorti mes livres sur Brest et tel un cartographe, je dessine un plan de la ville. La ville de bien avant la guerre, celle dont il ne reste plus que quelques immeubles, des places témoins vestiges de l’histoire passée. Je m’imprègne de cette vie d’antan jusqu’ à la moelle osseuse pour entendre les voix, les conversations lors des marchés, les éclats de rire des enfants, le bruit des tasses ou des chopes aux cafés. Le salon s’est transformé en bureau de recherches avec des feuillets où je note des dates, des faits, des indications qui me remplissent de joie. Je souris car j’ai mon histoire. Je me la repasse comme un vieux film en continu, tout est distinct et net : les personnages, leur caractère et comme par empathie, je ressens ce qu’ils éprouvent, je sais ce qu’ils vont faire ou dire. J’ai déjà écrit les premières lignes et je me réjouis à l’avance de ces heures qui m’attendent !

Ce bonheur va de pair avec le silence. Donc, les sempiternelles questions primordiales des filles « qu’est ce qu’on mange ce soir ? » ou « il est où mon jean? » restent sans réponse. Qu’est-ce que vous allez manger ? La surprise sera dans votre assiette…, tu cherches ton jean, mais lequel, tu ne portes que des jeans. Je reste d’un calme olympien sauf à la question « je peux regarder la télé ? », hors de question d’avoir en arrière fond sonore des rires préenregistrés de feuilletons. Je précise que lorsque la question sort de la bouche, l’enfant est déjà assis sur le canapé, a déjà allumé la télé et est déjà en train de zapper d’une chaîne à l’autre ! Et là, je ris jaune car c’est à croire que mes filles sont atteintes d’Alzheimer précoce. Bizarrement, elles ne savent jamais combien de temps elles sont restées à regarder la télé ou à faire de l’ordi (jeux, musique et compagnie…). Stoïque, malgré les nombreuses jérémiades : « ca craint, ce sont les vacances et on n’a pas le droit de regarder la télé » ou un « pfouuuu » rageur, sifflé puis suivi de pas d’un troupeau d’éléphants dans les escaliers, je ne cède pas.

De plus, il faut croire que mon numéro de téléphone est celui préféré de toutes les plateformes commerciales qui peuvent exister.

-Bonjour madame Cambry.
Le tout dit d’une voix mielleuse, forcément, on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre.Silence de ma part, suivi d’un « bonjour » méfiant, je suis déjà sur la défensive.


-Ici, c’est Monsieur Paul Launoi, directeur des études sur la consommation des ménages.

Pas le temps de placer un « et c’est pour ? », il continue son baratin :
-Vous avez récemment participé à une enquête et pour vous en remercier, nous voudrions vous transmettre les résultats par mail. Aussi, pourriez-vous me donner votre adresse mail ?


Oh, la ruse de sioux pour récupérer mon mail! Si tu crois que je vais te la donner tu peux toujours courir.

-Si j’ai participé à une enquête, ce dont je ne me souviens pas, le fait de savoir si les ménages français utilisent plus de lessive en poudre ou liquide ne m’intéresse pas. Je vous souhaite une bonne journée.

Je raccroche le téléphone en pensant à ce que je dirais lors du prochain démarchage téléphonique : si vous appelez pour vendre quoi que ce soit, veuillez appuyer sur la touche 1 de votre combiné, si vous appelez pour une pseudo-étude, veuillez appuyer sur la touche 2, enfin si votre appel n’a qu’un objectif commercial de quelque nature, vous pouvez raccrocher.

Avec un peu de chance, je deviendrais leur bête noire et je serais tranquille ad vitam aeternam.

samedi 15 août 2009

QUI CONNAIT SA GEOGRAPHIE ?

Les parois, les limites entre l’information et la désinformation sont, il vous semble, de plus en plus poreuses…

Lundi dernier, vous avez eu le droit à une journée maussade, triste, terne. L’humidité avait pris d’assaut tout ce qu’elle pouvait, le ciel vous délivrait un crachin froid sans aucun répit et la sensation de tiédeur n’existait plus que dans votre mémoire.

Votre cher et tendre fait des journées à rallonge qui avoisinent de plus en plus dix heures de travail aussi vous êtes contrainte de dîner plus tard. Ce qui ne vous plait guère car vous avez la fâcheuse habitude de manger toujours à dix neuf heures. Vous êtes déjà vieille, votre quotidien est rythmé par des actions récurrentes à heure fixe. Vous vous consolez comme vous le pouvez, au moins, vous vous dîtes que serez plus que prête pour la maison de retraite quand l’heure viendra. Bon, arrêtons de digresser pour en revenir à cette soirée de lundi…

La technologie fait que désormais vous puissiez bloquer les programmes télé à tout moment. Décidemment, on n’arrête pas le progrès ! Comme vous êtes une vieille, vous ne ratez sous aucun prétexte le bulletin météo pour le jour suivant même s’ils se trompent très souvent. D’ailleurs, vous émettez de sérieux doutes sur les capacités des ordinateurs de Météo France qui ont coûté très, très cher.

Le repas terminé, vous vous assoyez à côté de votre mari dans votre canapé en essayant de trouver une place entre les chiens qui dorment déjà. La télécommande à la main, votre mari passe en accéléré les pubs mais vous avez quand même l’impression que ça dure une éternité.
Enfin, la météo ! La présentatrice dit d’un ton enjoué « il a fait beau aujourd’hui sur toute la France ».Vous hurlez « stop » de toutes vos forces quitte à faire trembler les vitrages des fenêtres. Votre mari ne comprend pas. Vous lui demandez de revenir en arrière de quelques secondes. De retour, la présentatrice, même ton, mêmes gestes qui répète cette phrase qui vous a fait littéralement bondir.


Votre mari a-t-il entendu la même chose que vous ? Oui, donc ce n’était pas une hallucination (ce qui vous rassure votre état mental) mais une information primordiale !

La Bretagne ne fait-elle plus partie de la France ? Vous n’en aviez pas eu vent. Vous saviez qu’il avait été question de rattacher la Loire-Atlantique à la Bretagne mais de là, à ce que la Bretagne devienne indépendante ! Vous allez illico presto vérifier sur le Net ce qui s’avère être une énorme désinformation. Deux explications vous viennent à l’esprit soit la présentatrice ne connait pas sa géographie ou alors elle a des accointances dans des milieux qui réclament, sous le manteau, la libération de votre région (comme si d’ailleurs elle était occupée).

Vous retenez comme leçon qu’il ne faut pas prendre pour argent comptant les laïus des présentatrices météo…

mercredi 12 août 2009

LE CONCOURS

Qu’est-ce la confiance en soi ? Est-ce qu’est se répéter inlassablement que rien n’est impossible et avoir du courage pour oser, entreprendre ou tout simplement vivre sa vie comme elle se présente ?

La confiance serait-elle une graine que l’on possède en soi à la naissance ? Arrosée par les encouragements des parents, de la famille puis par celles des amitiés, elle grandirait, se développerait au fil des années et occuperait tout le vide ou des doutes qui peuvent nous submerger. Ou alors est-ce un château de cartes que l’on construit soi-même, aux fondations plus ou moins ancrées profondément dans le sol et qui d’un seul petit courant d’air peut se retrouver anéanti ? Si c’est le cas, il ne reste plus qu’alors à le reconstruire patiemment si on en a encore la force, l’envie et la volonté.

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On croit que j’ai confiance en moi. On se trompe ou je tente tant bien que mal de tromper mon monde. Enfant timide et réservée, j’ai grandi à l’ombre d’un grand-frère très sûr de lui doté d’une forte personnalité. J’osais à peine m’exprimer par peur de mal faire, de mal dire. Dans notre famille, montrer de l’affection ou de l’amour ne se faisait pas ou que rarement. Rougissant à la moindre question posée par un professeur, corrodée par cette sensation de n’être pas à ma place, empourprée d’embarras quand quelqu’un me regardait dans les yeux. Les miens regardaient mes pieds car ils étaient sans armure. Les autres filles m’acceptaient dans leur groupe, j’opinais de la tête à ce qu’elles disaient. Pas plus, pas moins. Je tentais tant bien que mal de dissimuler ma gaucherie, ma gêne dès que me retrouvais avec la kyrielle des cousins et des cousines qui m’intimidaient par leur aisance si naturelle. M’excusant à tout bout de champ pour un oui pour non, pour un rien. A peine, si je ne m’excusais pas de respirer, d’être là. Alors, oui, j’ai poussé subrepticement de façon maladroite et non prestement à l’inverse de mon frère en essayant de me fondre parmi les autres sans bruit pour ne pas déranger. Il n’y avait qu’à travers les livres où je me sentais vivante.


Maintenant, je passe mes journées à trier, à vérifier des kilos d’haricots verts ou de petits pois qui passent devant moi. Pendre l’intrus, non conforme, et le jeter, en suivant toujours la cadence, encerclée par le bruit des machines et des gestes mécaniques des autres ouvrières. Sept heures par jour où l’on ne peut que tuer le temps en laissant divaguer son esprit. Un robot, gourd de ses peurs et entravée par ses pensées d’être différente, voilà ce que je suis aujourd’hui et ce que je serais demain.

Ma mère comme tous les vendredis soirs m’a téléphoné. Des appels où les blancs et le silence sont plus nombreux que les mots. Elle m’a dit qu’il y avait un concours de nouvelles organisé par le journal de la ville comme elle aurait pu faire un commentaire sur la météo. J’ai retenu ma respiration, j’ai crû que mon cœur allait s’arrêter de battre. Elle m’a demandé si tout allait bien, Oui, ca va, j’ai dit. Au revoir, j’ai rajouté et j’ai raccroché.
Allongée sur mon canapé-lit, j’avais les oreilles qui bourdonnaient encore.


J’ai peu dormi, je n’ai fait que ressasser cette histoire de concours en me disant que je pourrais peut-être y participer. Avec la nuit, l’appréhension de ne pas être la hauteur l’a emporté, je ne suis qu’une simple lectrice. Piquée de curiosité, je suis allée ce matin acheter le journal, les modalités du concours sont là noir sur blanc : cinq pages maximum sur un thème lié à l’histoire de la ville, deux mois pour rédiger la nouvelle et les quatre retenues seront publiées dans un numéro spécial. Ca ne sert à rien, c’est ce que je me suis dit et j’ai ensuite jeté furieusement le journal dans la première poubelle venue. De mauvaise humeur, j’ai passé ma journée, le visage collé à la fenêtre à regarder les passants qui se promenaient par ce beau temps.

Attraper des mots, les choisir et les épingler, enfanter des personnages et en faire une histoire, cela me paraît si difficile, si compliqué. En plus, je ne connais rien de l’histoire de ma ville alors il vaut mieux que j’oublie et que je fasse comme de rien ne s’était passé, comme si ce concours n’avait jamais existé.

Plus de trois semaines se sont écoulés, j’ai beau essayer de penser à autre chose mais je suis hantée, tourmentée, nuit et jour, par les mêmes questions : suis-je capable d’écrire ? Et si j’osais et que mon histoire n’était pas sélectionnée ? Je ne dors plus, les cernes dévorent mon visage et je ne sais toujours pas que faire. Si seulement, j’avais un peu confiance en moi. Je ne cherche pas de coupable, je suis la seule à blâmer.
Tout à l’heure en faisant mes courses au supermarché, j’ai entendu mon prénom comme chantonné « Claire, Claire, c’est bien vous ? ». Je me suis retournée et j’ai vu une dame âgée qui me regardait. J’ai eu beau chercher dans ma mémoire, son visage ne me disait rien sauf le son de sa voix qui me paraissait familier mais lointain.
-C’est Mme Joly, Claire, votre ancienne professeur de français au collège. Vous vous souvenez de moi ?
-Oh que oui ! Comment pourrais-je vous avoir oublié ? C’est vous qui m’avez fait découvrir tout le plaisir qu’apporte la lecture et des auteurs que jamais je n’aurais osé lire.
-C’est vrai, tu étais une élève si discrète mais si attachante. Je t’avais encouragé à poursuivre dans tes études. Que fais-tu aujourd’hui ?


Gênée, j’ai affiché un semblant de sourire tout de guingois qui en disait long.
-Excuse-moi de mon indiscrétion, je ne voulais pas te mettre mal à l’aise.
-Non, ce n’est pas grave. Ca m’a fait plaisir de vous revoir.
-Moi aussi, Claire, moi aussi…


Sur le chemin du retour, j’ai repensé à ses cours, à ses annotations sur mes copies et sur mes bulletins « continue, ne te décourage jamais, tu peux toujours aller au-delà ». Avait-elle raison ? Ou alors mettait-elle d’une année sur l’autre ce genre d’appréciation pour encourager les élèves issus de la même trempe que moi, celle des craintes?

Une fois rentrée, j’ai pris un crayon et une feuille. Que faire ?

vendredi 7 août 2009

DES BOMBES UN PEU SPECIALES ...

Retour en arrière, sept jours plus tôt…

Une matinée ordinaire, banale : la ville était animée par le flot des livraisons, par les gens qui s’affairent à leurs emplettes. Quoi de plus normal. Puis, au fil des heures, elle s’était plongée dans un silence de plus en plus en plus présent. Un silence qui ressemblait à celui des dimanches pluvieux et gris d’automne où chacun reste cloîtré chez soi et où la circulation est quasi-inexistante. Comme si on écopait le centre de ses habitants et qu’on les déversait à l’extérieur, autre part.

Vendredi soir, direction les salles obscures, pas un chat ou presque, nous étions à peine une dizaine à apprécier Josiane Balasko dans la peau de Renée : un rôle sur mesure, sans fard dans le film « Le hérisson ». Comment dissimuler aux yeux de tous que l’on est une esthète, avide et assoiffée de savoir. Un film qui aborde aussi la souffrance engendrée par le mépris et le dédain. Le livre dont il est inspiré comporte des passages où, j’avoue, honte à moi m’être un peu perdue, égarée dans les méandres de l’Art.

Et samedi, les commérages allaient bon train car une bombe a éclaté en plein jour et aux yeux de tous! Pas une bombe classique… Imaginez-vous une des rues des plus convenables de Brest : des gens comme il faut, bien sous toutes les coutures, un square où des femmes d’officiers promènent leurs enfants et papotent sur la dernière collection de gilet bleu marine et des chemisiers cols Claudine, et planté, comme une verrue dans ce décor d’un monde parfait, un bar à hôtesses ! Des employées recrutées sur leur charme et leur physique de bombe, dévouées corps et à leur travail et où le don de soi est primordial. Certaines d’entre elles allant même à faire des heures supplémentaires aux domiciles de leurs clients…que de zèle !

L’hémorragie brestoise s’est poursuivie dimanche : plus de 16 000 personnes devaient évacuer leurs logements. La ville est en chantier : on creuse, on fore et forcément le passé sourd de la terre. On trouve des obus, des bombes enfouies (mais pas les mêmes que celles du bar). Un passé qui semble lointain et proche à la fois. Et il y a un autre passé, une époque qui n’existe plus désormais que sur des cartes postales et des photos anciennes. Un temps qui laisse libre cours à l’imagination… Des familles endimanchées qui se promenaient le long des quais. Combien se hissaient sur la pointe des pieds, clignaient des yeux face à l’horizon dentelé de mer et de ciel, en y cherchant un point, un rocher ou un début de terre ? Est-ce que certains prétendaient que par temps clair et sans brume, à l’heure où le soleil est à son zénith, on pouvait distinguer l’Amérique ? Je ne sais pas et je n’ai pas la réponse mais la mer continue d'inspirer et de faire rêver.

mardi 4 août 2009

MANUELLE? OUI !

Vous pestez contre vous-même ! Vous êtes remontée comme un coucou contre Dame nature qui vous attribué deux mains gauches et contre l’hérédité qui a transmis tous les gènes manuels de la famille à vos sœurs en vous oubliant au passage.

Prise depuis plusieurs semaines d’une frénésie de peindre, vous avez inspecté chaque pièce de votre maison en vous demandant à laquelle vous pourriez vous attaquer, quel mur aurait le droit à votre touche personnelle. Pleine de bonne volonté, vous soumettez votre idée à votre mari qui voit cela d’un mauvais œil et qui essaie de vous dissuader par tous les moyens. Etrangement, dans sa bouche, les murs apparaissent comme des falaises abruptes donnant sur des précipices, les portes se révèlent munies de dangers et de pièges qu’il vous faut éviter. Vous ne comprenez pas ce qui est peut être difficile car vous promettez de vous appliquer avec ferveur. Et, têtue, vous n’en démordrez pas ! Vous voulez faire quelque chose de vos petites mains même si elles ne sont pas très agiles. Monsieur cède pour un pan de mur où le crépi fait défaut par endroits. Non seulement vous allez repeindre mais vous avez l’intention d’apporter un peu de gaieté. Vous avez eu l’idée lumineuse de réaliser vous-même un pochoir, il ne reste plus qu’à acheter le matériel nécessaire.

Direction Castorama un soir dans la semaine, vous êtes époustouflée par les colles et toutes les nouveautés : plus besoin de percer un trou pour accrocher un cadre ou de se triturer l’esprit pour savoir comment remplacer le bout manquant du pied d’une lampe cassée. Les rayons regorgent de produits destinés à vous simplifier la vie. Emerveillée, vous vous dîtes que le bricolage est un jeu d’enfant mieux un loisir à votre portée. Hélas, votre mari refuse de mettre dans le caddie ce que vous trouvé sous prétexte que c’est hors de prix. Vous admettez qu’il a raison et qu’il vaut mieux, pour le moment, rester à votre peinture.

Le premier problème surgit quand vous décidez de vous mettre à l’œuvre. Vous n’avez pas de tenue de bricolage ou de vieux jogging car vous ne faites pas de sport. Vous fouillez dans votre armoire et vous trouvez un jean qui doit avoir au moins dix ans d’âge et qui fera l’affaire. Sauf qu’à dormir pendant toutes ces années, votre pantalon s’est ratatiné au niveau des cuisses et des hanches. Vous êtes déterminée à peindre alors ce n’est pas ce foutu jean qui va vous arrêter ! Après une bonne demi-heure passée à vous tortiller dans tous les sens, vous réussissez enfin à le mettre. Vous pouvez à peine respirer tellement vous êtes compressée et en vous baissant pour mettre vos chaussettes, le bouton saute et la fermeture éclair rend l’âme ! Un t-shirt piqué à votre mari dissimulera ce petit incident … Vous voilà armée de votre pinceau devant le pot que vous devez porter dans la pièce voisine. Ah, vous n’aviez pas prévu que le fameux pot pesait 15 kilos… Mais pourquoi acheter autant ? Plantée devant votre mur, vous ronchonnez car vous êtes obligée d’attendre le retour de votre mari, non seulement pour avoir la réponse, mais surtout pour qu’il vous déplace le pot. Vous dormirez moins bête cette nuit car vous apprenez qu’il n’existe pas de petit format pour le crépi.

Enfin, vous allez pouvoir monter au grand jour votre talent caché ! Ce qui s’annonçait simple devient très vite une galère. Le crépi refuse de rester sur le mur malgré tout votre zèle et il tombe par paquet sur une partie du sol non protégé. Qu’à cela ne tienne, il en faut bien plus pour que vous vous découragiez. Finalement, vous faites une application au pinceau et à la main en tentant de reproduire un effet naturel. Heureusement que vous en aviez 15 kilos car il y en a beaucoup plus par terre que sur le mur …

Tant qu’à être badigeonnée de jaune façon camouflage, vous allez tester la fameuse bombe aérosol et votre pochoir. Vous rêvez déjà de vous hisser par les plus grands tagueurs et d’être enfin reconnue comme une artiste. Enthousiasmée, euphorique, vous ne lisez pas ce qu’il y a d’inscrit sur l’aérosol. Vous le secouez comme une maraca, de la main gauche vous tenez votre pochoir en carton et de la main droite votre aérosol. Pour être sûre de faire un joli dessin, vous avez pratiquement le nez sur le mur. Et là c’est un désastre ! Vous recevez en plein figure des milliers de postillons de peinture rouge et votre jolie arabesque dégouline pitoyablement… Votre ambition prend fin quand débarque votre fille aînée qui s’esclaffe à la vue de votre mur ! Pire, elle vous dit ce que vous saviez depuis fort longtemps « Maman, t’es vraiment pas douée ! ».

Vous venez de perdre quelques plumes d’orgueil et vous vous jurez intérieurement de ne plus vous hasarder dans ce qui touche de près ou de loin à de la peinture ou de la tapisserie. Vous êtes vaccinée ! Votre mari ne paraît pas surpris du résultat comme s’il le pressentait. Là, c’est la cerise sur le gâteau. Engoncée dans votre T-shirt, vous nettoyez, vous rangez tout (sauf le pot de crépi) et vous allez vous coucher aussi dignement que possible….
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