mercredi 12 juin 2019

Pablo Casacuberta - Une santé de fer

Editeur : Anne-Marie Métailié - Date de parution : Mai 2019 - Traduit de l'espagnol (Uruguay) par Françoise Gaudry - 208 pages

Tobias est gravement hypocondriaque. Convaincu qu’il va mourir dans la journée, ce grand gaillard cinquantenaire s à l'allure de viking se précipite au cabinet de son médecin homéopathe le docteur Svarsky. Mais par le plus grand des hasards au pied de l’immeuble, il rencontre la belle-mère du médecin à la recherche de son gendre.

De cet auteur, j’avais lu et aimé Scipion mettant en scène un personnage paranoïaque et porté sur la bouteille. Un roman sur la quête de la filiation manié avec humour. Et ici, la cocasserie est bien présente dès les premières pages. Tobias qui vit toujours chez sa mère est exagérément un malade imaginaire, le docteur Svarsky dénigre l’homéopathie avec force et conviction et sa belle-mère est une fouineuse. A partir d’un imbroglio, Pablo Casuberta nous plonge dans cette unique journée où rien ne va se passer comme prévu.

Attachant, un brin naïf et romantique, Tobias est influencé par sa mère adepte du spiritisme et est à la recherche d'une figure paternelle absente. Avec des situations rocambolesques parsemées des pensées de Tobias,  le ton oscille entre l'ironie et la tendresse.

J'ai souvent souri mais je suis aussi un peu ennuyée dans les trop nombreuses digressions de Tobias.  Malgré les cheminements intérieurs et des réflexions intéressantes, mon intérêt s'est calqué sur la trajectoire de montagnes russes. Dommage.

Car la vérité est qu'avant de travailler comme charlatan, j'ai étudié la médecine. La vraie médecine, je veux dire, celle qu'on étudie dans les universités, puis je me suis spécialisé et j'ai fini par devenir un pneumologue acceptable. J’ai honoré la méthode scientifique, le doute et le scepticisme jusqu’à ce que la vie de luxe que j’avais bâtie autour de mon épouse exige de moi une clientèle de plus en plus nombreuse et avide de spectacle...

lundi 10 juin 2019

Abby Geni - Farallon Islands

Editeur : Actes Sud - Date de parution en poche - Juin 2019- Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Céline Leroy - 384 pages

Au large de San Francisco, Miranda débarque sur les îles Farallon pour une année. La jeune femme photographe et bourlingueuse sans attaches a pour colocataires des biologistes. Spécialiste de la photographie d’environnements bruts et naturels où l’interférence humaine est quasi inexistante, Miranda n’a pas le droit à un accueil des plus chaleureux. Obnubilés par leurs travaux d’études sur les animaux, les six scientifiques sur place sont peu loquaces.

Dans ce décor loin d’être hospitalier, les journées se déroulent selon l’activité des oiseaux, des phoques ou des requins.  Avec une écriture qui fait appel à tous le sens, très rapidement une certaine tension s’installe car le danger ne vient pas forcément de l’environnement mais des humains.
Absolument prenant et impossible à lâcher, ce premier roman conjugue des descriptions passionnantes de ces îles et des espèces animales tout en distillant un vrai suspense.

Les sentiments sont merveilleusement rendus tout comme le questionnements de Miranda. De main de maître, Abby Geni nous harponne pour mieux nous surprendre jusqu’à la dernière page.
Un roman fascinant et dépaysant, âpre et hypnotique, lu en apnée totale! 

Galen m’a dit qu’il glanait tout ce qui parlait de la vie sur les îles. Il ne faisait pas de distinction entre le trivial et l’essentiel, l'humain et l' animal, le tragique et le merveilleux. Pour lui la plus grande illusion des humains était de croire qu’ils étaient en dehors de la nature – qu’ils ne faisaient pas partie de la chaîne alimentaire – qu’ils n’étaient pas eux-mêmes des animaux. 

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vendredi 7 juin 2019

Arnaud Dudek - Laisser des traces

Éditeur : Anne Carrière - Date de parution : Mai 2019 - 200 pages

Maxime Ronet a toujours eu l’ambition de faire de la politique avec la volonté  de se rendre utile.  Un parcours rondement mené l’a conduit à la tête de Nevilly, une commune de près de soixante mille habitants,  avec comme objectif de faire mieux que ses prédécesseurs. Depuis son élection, il n’a pas une minute pour lui entre les réunions, les inaugurations, les diverses demandes qu’il veut honorer. Ce jeune maire dynamique et plein d’entrain membre d’un nouveau parti politique s’investit corps et âme. Il se veut droit et serviable, et espère un jour qu’on se souviendra de lui avec reconnaissance.

Souriant avec le bon petit mot qui va bien, la poignée de main cordiale, il a tout pour réussir jusqu’ à ce qu’il commette un faux pas. Une erreur ou un lapsus ? On ne sait pas trop d’ailleurs. Pour redorer son blason, Maxime met les bouchées doubles jusqu'à ce qu'un dramatique accident survienne. Profondément ébranlé, ce jeune loup de la politique abandonne ses rêves auréolés de vanité et renoue avec ses idéaux sans être naïf. Il nous apparaît plus humain. Plus modeste aussi.
Sans temps mort avec des pointes d’ironie caustique et cette tendresse infusée par petite touches au détour d’une phrase, ce roman doux-amer et réaliste se croque comme une petite friandise.  

Laisser des traces. On aimerait tous en laisser. Mais ce qui compte, ce sont les toutes petites traces qu’on peut laisser chez les autres.

Ce n’est pas un hasard qu’en préambule de ce roman, Arnaud Dudek cite des paroles extraites de la chanson L’Assistant parlementaire de Miossec ( c'est bonus) :

Chaque bastion chaque citadelle est bonne à prendre 
Guérillas guerres d'usure ou de tranchées 
Tous les moyens sont bons pour s'étendre 
Pour se les faire il ne faut surtout pas rêver Pour se les faire il ne faut surtout pas être tendre 
Juste quelques petites années à patienter
En politique il faut savoir il faut savoir attendre
De la mairie au ministère à l'assemblée 
C'est un boulot de longue haleine de longue attente 
Pour enfin un jour au beau milieu des mondanités 
A leurs bonnes femmes faire les yeux tendres
Et de leur amour-propre de leur vanité

Les billets d'Aifelle, Cathulu et Sabine
Lu de cet auteur : Les fuyants Les vies imperméables - Rester sage