lundi 7 octobre 2019

Valentine Goby - Murène

Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Aout 2019 - 384 pages

Hiver 1956, A vingt-deux ans, François Sandre a la fougue de la jeunesse et l'avenir pour lui.Victime d'un accident, les médecins ne sont guère optimistes à son sujet. Grièvement brûlé, il doit sa survie à une amputation des deux bras.

Je pourrais juste vous dire que cette histoire est tout simplement magnifique et que l'écriture de Valentine Goby n' a jamais été aussi somptueuse. Mais ce livre est beaucoup plus pour moi. Il ne m'a pas quittée pendant plusieurs jours et j'ai eu ce sentiment qu'il m'accompagnait partout. François a peuplé mes nuits, il a été avec moi à chaque instant. Ce que son corps lacunaire lui imposait et  ce dont il le priverait à jamais, les embûches, son quotidien et ses questions m'ont habitée intensément.

Malgré son invalidité, François veut retrouver une autonomie et Organisation sportive des mutilés lui permet de se redécouvrir dans des bassins d'eau chlorée.  Il apprend à nager. Les muscles endoloris par l'effort, il apprivoise sa respiration et découvre des sensations autres car l'eau a ce pouvoir de brouiller les stigmates et les handicaps.

Valentine Goby nous immerge dans l'histoire d'une métamorphose et et retrace la naissance de l'handisport. J'ai vécu une histoire d'amour avec ce roman, j'ai eu le coeur broyé et malaxé, des poissons d'eau dans les yeux et surtout un respect immense pour François et ses compagnons d'infortune. Des personnes qui se hissent pour la vie, se dépassent, franchissent de grands obstacles tout comme la souffrance et le regard des autres.

Tout en étant extrêmement bien documenté, ce récit évite tout pathos car Valentine Goby fait preuve d'une finesse intelligente et éblouissante par son style, par sa capacité à rendre l'indicible et les ressentis.
Cette lecture lumineuse m'a nourrie et enrichie, symbiose parfaite d'une histoire et d'une écriture.

La sensation du ghetto s’estompe. La honte le quitte. Il se concentre sur la nage, aveugle aux moignons qui l’entourent, il n’a d’autre pensée dans le bassin que l’exécution d’un mouvement fluide. Il pense à la murène de l’aquarium, porte Dorée, non à la laideur de sa gueule, le corps reclus dans les anfractuosités de la roche, le bec à peine pointé vers dehors, mais à sa pavane suave. 

De nombreux billets sur Babelio.

Lu de cet auteure : Banquises -   Des corps en silence - Kinderzimmer - Qui touche à mon corps je le tue - Un paquebot dans les arbres

vendredi 4 octobre 2019

Pascal Dessaint - L'horizon qui nous manque

Éditeur : Rivages - Date de parution : Septembre 2019 - 250 pages  

Après le démantèlement de la jungle de Calais, Lucille  ex-institutrice investie auprès des migrants a tout plaqué. Elle trouve refuge chez Anatole, chasseur solitaire passionné par les oiseaux qu'il sculpte sans grand succès à qui elle loue une caravane. Un jour débarque Loïk, un ancien détenu impulsif  et pas très causant sur son passé tourmenté. Entre Gravelines et Calais, ces trois personnages cohabitent sur un terrain à l'écart de tout.

Pascal Dessaint s'attache à dépendre le quotidien  de ces trois personnages cabossés par la vie et à ces liens qui se créent entre eux. J'ai retrouvé les décors et la géographie du roman  Le chemin s'arrêtera là avec l'iode, les embruns qui vous fouettent le visage,  les  dunes et la nature. Même géographie  donc mais une atmosphère un peu différente et moins noire. Et pour moi, il y a un peu de Marie-Sabine Roger Sabine et de Michel Quint dans ce nouveau roman de Pascal Dessaint.

L'écriture concise capte les  nuances et décrit à merveille la nature environnante.  Avec des dialogues souvent savoureux émaillés de répliques de Jean Gabin, des extraits de chanson de Jean-Patrick Capdevielle, Pascal Dessaint dresse des  portraits qui m'ont touchée.  Les zones d'ombre et les cassures qui se dessinent contrastent avec la pudeur à fleur  et la solidarité dont tous les trois  font preuve. Ces personnages attachants, fragilisés sont  baignés d'une humanité qui fait chaud au coeur malgré leurs erreurs et leurs faiblesses.
Un roman social sombre mais teinté d'une nostalgie bienveillante. 

Quand un gars récidive, c’est pas qu’il est plus con qu’un autre. C’est seulement qu’il est con plus souvent. Nuance.

Le billet de Cathulu

lundi 30 septembre 2019

Kaouther Adimi - Les petits de Décembre

Éditeur : Le Seuil - Date de parution : Août 2019 - 256 pages

Cité du 11-Décembre-1960 de Dely Brasilia en Algérie, Jamyl, Mahdi et Inès, des enfants du quartier s’occupent en jouant au foot sur un terrain vague. La cité construite en 1987 a vu leurs aînés en faire leur terrain de jeu. Mais un jour de février 2016, deux généraux en fin de carrière débarquent avec l’intention de se l’approprier pour y construire leurs maisons. Certains des adolescents se rebellent, encouragés par Adila une ancienne moudjahida militante de l’indépendance algérienne. Ils ne veulent pas se laisser faire même contrairement à leurs parents qui vivent avec la crainte d'éventuelles repérésailles.  Et si le courage innocent, presque puéril, était l’étincelle qui met le feu aux poudres pour se lever contre un système gangréné ? Sous l’impulsion des adolescents, le terrain devient un emblème fédérateur pour les habitants du quartier.

Si l’auteure évoque l’indépendance de l’Algérie à travers notamment le personnage d’Adila une femme forte et respectée, elle revient principalement sur l’évolution politique récente de ce pays. A travers la voix d’Adila et de ses souvenirs, j’ai découvert les émeutes de 1988 durant lesquelles l’armée a ouvert le feu sur des manifestants, mais aussi l’émergence du groupe islamique armé, les attentats qui ont semé la terreur et la violence. Kaouther Adimi dresse également le portrait d’un pays entre passé et présent où les mentalités ont du mal à s’émanciper du poids culturel et de celui des traditions, et où les voix politiques discordantes tentent de s’élever.

Loin d’être rébarbatif, ce contexte politique est très instructif mais j’ai trouvé que l’auteure se répétait un peu dans sa trame. Et si le personnage d’Adila est étoffé, les autres personnages sont un peu moins aboutis à mon sens car brossés dans les grandes lignes. Au fil des pages, ce roman prend l’allure d’une fable.

Sans en dévoiler de trop, il m’a manquée une histoire plus conséquente, une empathie et des émotions. Au final, je retiendrai ce vent engendré par une nouvelle génération portée par l’envie de changement et de renouveau. Et même si quelquefois les vents dominants sont les plus forts, l’espoir est bien là. Peut-être fragile mais lumineux.

Papa, si tout le monde ne pense qu'à son petit avenir et son petit confort, comment ferons-nous pour changer les choses?

Le billet de Mimipinson qui a aimé