mercredi 19 juin 2019

Graham Swift - De l'Angleterre et des Anglais

Editeur : Gallimard - Date de parution : Janvier 2019 - Traduit de l'anglais par Marie-Odile Fortier-Masek - 336 pages 

A la lecture des romans J’aimerais que tu sois là et Le dimanche des mères, j’avais été frappée par la justesse et la précision de l’écriture de Graham Swift.  Avec ce recueil, l’auteur prouve qu’il sait jouer dans toutes les gammes de partition des sentiments. A travers  ces vingt-cinq nouvelles ou plus exactement ces instantanés de vie,  il   explore à merveille des situations et la psychologie de ses personnages. Les troubles, les hésitions, les choix effectués ou subis qui font basculer une vie ou gravent à jamais les mémoires jalonnent ces textes.

Touché par ce sentiment d’avoir la chance de partager avec eux un moment à part, on pénètre dans l’intimité de ces personnages appartenant à des milieux sociaux différents.  L'auteur nous parle d'amour, d'amitié, de maladie ou  de mort, mais aussi de fraternité ou de bonheur.  Sans pathos ou exagération,  c'est empreint de tendresse et d'une pudeur très belle.

Avec ces nouvelles ciselées qui nous promènent dans la campagne anglaise ou en ville à différentes époques, Graham Swift décrit à la perfection les portraits de ses concitoyens et nous offre ce patchwork cosmopolite au plus près de l’humain.
J’ai savouré chacun de ces textes, j’ai été émue, j’ai souri de traits d’humour, certaines de ces nouvelles m’ont bouleversée alors qu’il y a une économie de mots. Je me suis régalée et  les émotions bien présentes m'ont joliment cueillie. 

Son père lui dit un jour : "L'argent ne fait pas le bonheur, Adrian, mais ça te permet d'être douillettement malheureux" .

Le billet de Nicole

lundi 17 juin 2019

Marion Brunet - L'été circulaire

Éditeur : Le Livre de Poche - Date de parution (poche) : Avril 2019 - 256 pages 

Dans une petite ville du Midi de la France sous un soleil écrasant, Céline seize ans consciente de sa beauté indécente et sa sœur Jo âgée de quinze ans s’ennuient. Les deux adolescentes subissent un quotidien morne avec peu de distractions hormis des virées nocturnes en catimini dans les piscines des villas, et la fête foraine annuelle. Des vies étriquées avec des accès de violence de la part du père qui verse dans les petits trafics et tient des propos racistes envers le fils des voisins arabes. Leur mère cantinière a brûlé trop vite sa jeunesse et le regrette.

L'histoire est quasiment pliée, la suite est pratiquement courue d’avance comme si rien ne pouvait  empêcher la fatalité et le drame. Les différences entre les classes sociales, la honte et la frustration nourrissent une tension papable renforcée par l'écriture sans fioriture de Marion Brunet. Le désœuvrement  tout comme la complicité et la solidarité des deux sœurs sont soulignés. Sans prendre des chemins de traverse,  c'est direct.

Ce roman social, noir et âpre, sans éclaircie laisse un goût amer en bouche. Je suis bien embêtée car je suis incapable de dire si j’ai aimé ou non. Un peu trop prévisible à mon goût, cette lecture diffuse une  ambiance qui colle à la peau et j 'ai souvent pensé à Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu et à D'acier de Silvia Avallone. Mais pour moi, il lui manque un supplément d’âme.
Une chose m’échappe cependant, pourquoi ce livre est-il classé dans la catégorie roman policier alors que ça n'en est pas un ?

Ici, tout ce qui sort un peu de l'ordinaire est commenté, décortiqué, devient sujet. Dans le viseur des langues de comptoir, prophétiques et avinées, pas d'expédient sauf l'habitude. Seule l'habitude peut rendre banal ce qui ne l'est pas. 

mercredi 12 juin 2019

Pablo Casacuberta - Une santé de fer

Editeur : Anne-Marie Métailié - Date de parution : Mai 2019 - Traduit de l'espagnol (Uruguay) par Françoise Gaudry - 208 pages

Tobias est gravement hypocondriaque. Convaincu qu’il va mourir dans la journée, ce grand gaillard cinquantenaire s à l'allure de viking se précipite au cabinet de son médecin homéopathe le docteur Svarsky. Mais par le plus grand des hasards au pied de l’immeuble, il rencontre la belle-mère du médecin à la recherche de son gendre.

De cet auteur, j’avais lu et aimé Scipion mettant en scène un personnage paranoïaque et porté sur la bouteille. Un roman sur la quête de la filiation manié avec humour. Et ici, la cocasserie est bien présente dès les premières pages. Tobias qui vit toujours chez sa mère est exagérément un malade imaginaire, le docteur Svarsky dénigre l’homéopathie avec force et conviction et sa belle-mère est une fouineuse. A partir d’un imbroglio, Pablo Casuberta nous plonge dans cette unique journée où rien ne va se passer comme prévu.

Attachant, un brin naïf et romantique, Tobias est influencé par sa mère adepte du spiritisme et est à la recherche d'une figure paternelle absente. Avec des situations rocambolesques parsemées des pensées de Tobias,  le ton oscille entre l'ironie et la tendresse.

J'ai souvent souri mais je suis aussi un peu ennuyée dans les trop nombreuses digressions de Tobias.  Malgré les cheminements intérieurs et des réflexions intéressantes, mon intérêt s'est calqué sur la trajectoire de montagnes russes. Dommage.

Car la vérité est qu'avant de travailler comme charlatan, j'ai étudié la médecine. La vraie médecine, je veux dire, celle qu'on étudie dans les universités, puis je me suis spécialisé et j'ai fini par devenir un pneumologue acceptable. J’ai honoré la méthode scientifique, le doute et le scepticisme jusqu’à ce que la vie de luxe que j’avais bâtie autour de mon épouse exige de moi une clientèle de plus en plus nombreuse et avide de spectacle...