lundi 13 juin 2011

Les bottes de sept lieues

Et si votre paire de chaussures préférées prenait la parole, quel voyage fait ou rêvé nous raconterait-elle? Ben oui, Gwen que dirait-elle ?
Mon texte n'est pas gai ni très long...
La terre vue d’en haut
Bottes de travail, nous n’étions pas destinées à parcourir de la moquette épaisse et douce. Nous devons être solides et notre sort est fixé dès notre sortie d’usine. Quand il nous a choisies, la première chose qui nous a frappées ce sont ses mains. Des mains rugueuses  aux doigts épais qui sentaient la paille. Chaque matin, il nous chaussait et nous passions des heures avec lui martelant à grands pas la terre. Nous avons goûté au maïs, au blé. Le calendrier des saisons fixait nos journées. Ensilage, moisson, tous ces termes nous les connaissions par cœur. Cantonnées au pas de porte, nous n’avons jamais mis les pieds dans sa maison.  De notre endroit de repos, nous l’entendions s’élever contre des nouvelles mesures, des quotas, des bureaucrates qui fixent des lois. Les journées sont devenues plus longues pour lui comme pour nous.   Travail harassant, labeur sans reconnaissance  ou presque.  Nous  dans la boue presque jusqu’aux genoux et lui endetté jusqu’au cou.  Il a dû vendre une partie de ses bêtes. Depuis ce jour, l’étable est  devenue presque silencieuse. Un silence pesant, oppressant. Une amarre à la faillite.
Hier soir, il s’est assis sur un talus. Nous barbotions dans les herbes quand des larmes sont venues s’écrouler devant nous. 
Ce matin, dans le jour qui se lève, nous nous balançons au gré du vent au dessus de sa  terre.  Son corps penche au bout d’une corde.
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