jeudi 15 mai 2014

Jean-Noël Pancrazi - Indétectable

Éditeur : Gallimard - Date de parution : Février 2014 - 136 pages justes et touchantes !

Mady T. un jeune Malien est un sans-papiers. Dix années passées sur le territoire français avec l'attente du sésame qui rendrait sa présence légale. Dix années à dormir dans le foyer du Père-Lachaise avec ses frères, les petits boulots pour expédier de l'argent à la famille au pays et acheter des cadeaux à Mariama celle qu'il aime, la mère de son fils  qui habite aussi à Paris. Mais surtout faire comme si de rien n'était et se rendre indétectable quand il croise des policiers.

Non seulement, Jean-Noël Pancrazi a connu Mady mais il a été plus loin en se rendant coupable d'un acte répréhensible en l'hébergeant. Il a l'aidé dans le dédale des démarches administratives et a essayé d'apprendre à écrire à celui qui l'appelait "le toubab".  Mais il aura fallu d'un 13 juillet pour que tout change. Mady est arrêté et conduit au centre de rétention de Roissy. Un lieu où l'on espère ne pas voir son nom sur la liste de ceux qui partiront (un retour en pays en charter sans cadeaux pour la famille) et pourtant le nom de Mady sera affiché sur la liste.

Et Jean-Noël Pancrazi raconte. Il raconte les combines de ceux que sont appelés clandestins, les mensonges pour avoir une chance, les petits trafics mais aussi la solidarité ébréchée entre eux. L'espoir qui habitait Mady et ces vies "souterraines" dans Paris.

Aucun pathos mais de la dignité pour rendre visible l'existence de Mady. Une écriture sublime où la colère se réveille et où l'auteur sait également avec humilité ne pas se donner le beau rôle. Un récit juste qui m'a beaucoup touchée!

Il prenait, en sortant et si discrètement, une photo, sur le côté, au bout du hall, captant ce qu'il y avait encore de solennité et d'or, comme pour éterniser pour lui-même le moment où on l'avait admis dans le plus beau théâtre de Paris, qu'il montrerait peut-être, plus tard à ses camarades du foyer, mais ce n'était pas sur; il avait trop de dignité et la discipline du secret pour leur révéler et s'en flatter. Un jour, ce serait à son tour de m'inviter, me disait-il à la terrasse du café où nous étions assis ensuite (...). Il suffisait d'un atome de bien qu'on faisait, qu'on lançait, et tout le bien revenait avers vous par le ciel : c'était ce qu'on lui avait appris quand il était tout petit au village, ce qu'il gardait dans le cœur depuis toujours. 

Le billet de Mirontaine.

Sur ce sujet,  je conseille également de lire Samba pour la France de Delphine Coulin.
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