mardi 26 avril 2016

Karen Joy Fowler - Nos années sauvages

Editeur : Presse de la Cité - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Karine Lalechère - Date de parution : Avril 2016 - 364 pages dévorées ! 

Lorsque ce livre que est paru en VO pour liseuse, Cathulu et Cuné m’ont harcelée envoyée de nombreux  mails pour que je lise avec un argument imparable : la liseuse comporte un dictionnaire. Mais vu mon niveau d’anglais, dictionnaire ou pas, j’ai résisté (ça m’arrive de temps en temps). Et là ce roman vient de paraître en français donc je n’avais plus aucune excuse. Pour reprendre la quatrième de couverture, "Il était une fois deux soeurs , un frère et leurs parents qui vivaient heureux tous ensemble". Tableau idyllique, n’est-ce pas ?

Alors que Rosemary était âgée de cinq ans, sa soeur Fern a disparu puis son frère est parti quand elle avait onze ans. Et depuis, la petite fille bavarde à un point inimaginable est devenue silencieuse. L’histoire commence quand Rosemary est étudiante et âgée de vingt-deux. Et comme elle a gardé l’habitude de débuter par le milieu pour raconter, tout le roman se déroule en permanence avec des allers-retours sur différentes périodes. Et évidemment on veut savoir ce qui s’est passé concernant Fern, pourquoi et comment elle a disparu, pourquoi il a y un avant et un après Fern ? Pourquoi Rosemary ne la voit pas alors qu’elle est toujours vivante ? Et puis arrive la page 99 et sa grande révélation. A partir de là, impossible d’en dire plus sinon il n’y a aucun utilité à lire ce roman.

Sans être un coup de cœur notamment à cause de certains personnages qui donnent l’impression d’être là pour combler un peu, il n’empêche que j’ai dévoré ce livre. Car Rosemary a bien entendu des souvenirs mais certains sont erronés et d’autres vérités vont se greffer. Bien plus d’une fois, j’ai eu la gorge serrée et des poissons d’eau dans les yeux car le sujet (sur lequel je ne peux absolument rien dire) nous concerne tous. Avec des touches d'humour (et il en faut), Karen Joy Fowler nous parle également des souffrances ( en lisant ce livre, vous comprendrez le pourquoi du pluriel), de la mémoire, de la perte, de la culpabilité, de la différence et de la famille.
Vous êtes prévenus, même les coeurs de granit seront émus.

Le billet de Keisha

Ces semaines passées chez mes grands-parents à Indianapolis sont la ligne de démarcation la plus extrême dans ma vie, mon Rubicon personnel. Avant, j’avais une sœur. Après, non. 
Avant, plus je parlais, plus mes parents semblaient heureux. Après, ils se joignirent au reste du monde pour me demander de me taire. Je finis par le faire. (Mais pas avant un certain temps et parce qu’on me le demandait). 
Avant, mon frère faisait partie de la famille. Après, il se contentait de tuer le temps en attendant de pouvoir tirer un trait sur nous.

J'ai l'impression que chaque fois que nous, humains, pensons avoir trouvé ce qui nous rendait uniques - qu'il s'agisse de de notre bipédie sans plumes- surgit une découverte qui remet tout en question. Si la modestie était un trait humain, nous aurions appris depuis longtemps à nous montrer plus prudents.
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