mercredi 13 avril 2016

Michel Quint - Apaise le temps

Éditeur : Phébus - Date de parution : Avril 2016 - 114 pages généreuses !

A Roubaix, Yvonne Lepage propriétaire d’une librairie  indépendante (qu'elle avait repris après la mort de ses parents) décède. Contrairement à d'autres libraires, Yvonne au caractère bien trempé refusait de vendre des nouveautés et les comptes étaient dans le rouge depuis longtemps. Abdel Duponchelle client fidèle depuis l’enfance hérite de tout : la librairie, les vieux livres et les dettes colossales. Et il accepte même s’il n’y connaît rien. Mais il peut compter sur Saïd, Zita et Rosa. Saïd l'Algérien de souche qui a appris à lire grâce au père d’Yvonne, Zita ancienne employée de la librairie qui désormais travaille dans un entrepôt  pour un site de vente de livres en ligne et  Rosa assistante scolaire du collège où Abdel est professeur. Abdel relève ses manches car la librairie est un lieu de mémoire et Yvonne a gardé des cartons de photos depuis les années 60.

Michel Quint nous immerge dans  Roubaix. Une ville et  une région où l’emploi se fait rare depuis la disparition des usines du textile mais où l’entraide existe entre les habitants. Et il dépeint à merveille aussi bien le contexte social que les rues, les quartiers. En ouvrant les cartons, Abdel ne pensait pas trouver des photos liées à l’Histoire. L’arrivée des harkis dans la région, la guerre d’Algérie suivie de son indépendance, les immigrés mal vus par certains. Et aussi  des actions menées par les différents partis pour ou contre l’indépendance de l’Algérie (sans oublier l’OAS) ainsi que  des actes terroristes commis à Roubaix. Et leurs morts comme le père d’Yvonne.

Avec une écriture unique, savoureuse (un mélange de poésie et de langage plus direct), Michel Quint dans ce court roman nous offre plusieurs histoires liées. Celle d’une librairie, de l’amour de la littérature et de plusieurs très belles solidarités qui m’ont vrillée le cœur !
Et si j’ai été quelquefois un peu perdue dans les passages concernant la guerre d’Algérie, ça n’enlève rien à ce livre d’une générosité incroyable ! 


Donc non, Yvonne n' a pas été veuve avant l'heure, elle avait plutôt espéré un galant, un de ses collègues journalistes, s'était offert la lingerie de gala en prévision, et survient la tragédie de l'attentat, sa mère qui décroche, rideau sur les rêves, elle s'est cloîtrée, consacrée à la librairie, a continué la mission sociale de son père, alphabétisation, insertion, intégration et tout ce qui tente d'empêcher les préjugés du racisme entre copains de boulot, voisins, et le rejet gratuit. 

Aujourd'hui, un bon écrivain doit être beau. Evidemment, Yvonne et la bagatelle, ça faisait deux ! 


Merci à Babelio et à l'éditeur pour ce livre.

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