mardi 20 septembre 2016

Elisa Shua Dusapin - Hiver à Sokcho

Éditeur : Zoé - Date de parution : Août 2016 - 140 pages très belles !

A Sokcho, Kerrand un auteur français de bandes dessinées s’installe dans une pension où travaille une jeune femme. La petite ville portuaire proche de la Corée du Nord n’a rien qui justifie que l’on y vienne en hiver. Et pourtant il y séjourne suscitant l’intérêt de la narratrice. La France est le pays de son père qu'elle n'a jamais connu et exerce sur elle une fascination. Entre timidité,  appréhension, et envie,  elle observe à la dérobée l’auteur, traque ses habitudes tout comme ses dessins inachevés jetés à la poubelle.

Ce premier  roman possède bien plus d’une qualité. Il y a l’atmosphère que l’on ressent sans toutefois la définir précisément. Tout comme les personnages qui gardent une part de mystère. Et c'est un livre où chacun peut à partir de l’histoire assez simple y ajouter sa version.
A partir de la relation entre les deux personnages principaux sur la défensive,  l'auteure nous parle de fragilité, du bruissement de deux cultures qui se croisent, des contraintes et des libertés.

Avec une écriture épurée,  belle et qui fait appel aux sens,  ce premier roman d’Elisa Shua Dusapin est une  découverte à part !
Il s’en dégage une sensualité tout en pudeur, une grâce délicate et une sensibilité qui m’ont plus que touchée.

Sa valise à mes pieds, il a retiré son bonnet. Visage occidental. Yeux sombres. Cheveux peignés sur le côté. Son regard m’a traversée sans me voir. L’air ennuyé, il a demandé en anglais s’il pouvait rester quelques jours, le temps de trouver autre chose. Je lui ai donné un formulaire. Il m’a tendu son passeport pour que je le remplisse moi-même. Yan Kerrand, 1968, de Granville. Un Français. Il avait l’air plus jeune sur la photo, le visage moins creux. Je lui ai désigné mon crayon pour qu’il signe, il a sorti une plume de son manteau. Pendant que je l’enregistrais, il a retiré ses gants, les a posés sur le comptoir, a détaillé la poussière, la statuette de chat fixée au-dessus de l’ordinateur. Pour la première fois je ressentais le besoin de me justifier. Je n’étais pas responsable de la décrépitude de cet endroit. J’y travaillais depuis un mois seulement.


Merci à Arnaud (Dialogues) une fois de plus pour ce conseil de lecture.

Les billets de Charlotte, JoëlleSabine
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