vendredi 28 novembre 2008

LE PERE NOEL ET MOI

Fin novembre, il faut se préparer à aller acheter les cadeaux de Noël avant que la foule s’oppresse dans les magasins. La mission est prévue pour ce week-end. Le courage et la patience sont les deux qualités nécessaires pour cette sortie : parcourir les rayons en évitant de faire tomber les piles de boîtes et de cartons qui jonchent les allées, croiser les doigts pour qu’ils ne soient déjà pas en rupture de stock.

Les catalogues de jouets arrivent de plus en plus en tôt. Les premiers étant tombés, cette année, mi-octobre dans la boîte aux lettres, je les avais ramassés et dissimulés derrière les livres de bricolage de mon mari. Ingénieuse cachette ! Au moins, j’étais certaine que Caroline et Marie ne les voient pas (sauf évidemment s’ils avaient une envie subite de se lancer dans le Placoplatre ou l’isolation du futur salon). A la fin des vacances de la Toussaint, je leur ai donné l’ensemble des magazines. Marie avait les yeux grands écarquillés et son sourire montrait sa joie, sa réaction fut de dire « Tout ça ! » en ouvrant grand les bras.

Chaque année, elle observe le même rituel : feuilletage approfondi , comparaison et enfin sélection de plusieurs jouets. Durant une période deux ou trois semaines, c’est le dilemme, que choisir ? Elle hésite, prend une décision et le lendemain, la remet en question. Son bureau est jonché de papiers, de bouts de Scotch, d’enveloppes pour ne pas perdre tous ses découpages. Le choix a été difficile mais elle y est arrivée, non sans mal et sans hésitation. A côté de mon ordinateur, le petit morceau de papier découpé est là bien en vu. Et elle n’a pas omis d’y joindre un post-It avec le prix et le nom du magasin ! Un travail méticuleux fait aussi pour la famille qui lui avait demandé ce qu’elle désirait…

Caroline s’est également prêtée au jeu de regarder les prospectus et de donner son avis à sa sœur. Un retour à il y a deux, trois ans en arrière, où elle se délectait à passer des heures entières à imaginer, à rêver devant ses belles images.

Elles ont toutes les deux appris à l’école par les « grands » de CE1 que le père Noël n’existait pas ainsi que la petite souris. L’enfance sert à rêver, alors je voulais les laisser profiter au maximum de cette magie, de cette féerie qui remplissait leurs nuits.

Je n’ai pas eu cette chance. On me l’a brisé très tôt…trop tôt.

Clara a trois ans et elle en maternelle à l’école des Sœurs. Maman lui a dit que bientôt c’était Noël. Alors, le soir, elle s’endort en suçant son pouce et en imaginant des mondes de lutins, de gentilles fées. Le moment tant attendu de l’année pour avoir la poupée qu’elle a rêvé ! Elle en veut une grande qui soit belle et qui ait plein de jolies tenue.
A l’école, après la sieste, une des Sœurs qui donne cours aux CM est venue les voir. Elle leur a demandé de s’asseoir tous en rond autour d’elle et de l’écouter. La croix qu’elle porte autour du cou et sa robe bleu marine toute simple permettent de distinguer son statut de religieuse. Clara obéit, elle a un peu peur de cette Sœur et écoute.

-« Noël, c’est la fête de la naissance de Jésus. Vous m’entendez bien ? On célèbre la venue sur terre de l’enfant de Dieu. Le père Noël n’existe pas ! Ce sont des histoires inventées par les adultes pour offrir des cadeaux aux enfants. »

Clara est figée, elle sent sa respiration se bloquer et un gros nœud se former dans son petit estomac.
Elle a envie de pleurer mais les sanglots ne veulent pas sortir comme aucun mot d’ailleurs.
Quand sa maman vient les chercher à la sortie de l’école, elle voudrait lui en parler. Mais elle ne peut pas, tellement elle a mal. Les nuits suivantes, Clara s’enfonce sous sa couverture, son lit lui paraît désespérément immense comme le vide qu’elle ressent. Fini les jolis rêves ! Elle cherche du réconfort dans son oreiller mais elle ne comprend pas pourquoi la méchante Sœur lui a démoli ses doux et gentils espoirs.

Une venue brutale dans le monde des adultes…



Et là, je vous écris en me laissant bercer par Brahms, que c’est beau !

jeudi 27 novembre 2008

NAVIGUER EN EAUX TROUBLES

Ballotée au gré des humeurs de Caroline, je vis ou plutôt nous subissons sa crise d’ado. Une belle crise commencée il y a plus d’un an avec des épisodes de conflits et des périodes calmes, agréables.

Savoir naviguer, tenir le cap quand la mer est déchaînée, éviter les écueils, se prendre des paquets de flotte en pleine figure ou alors faire une croisière sur une mer d’huile. J’ai beau me dire qu’il vaut mieux qu’elle fasse sa fameuse crise maintenant qu’à 25 ans ou 30 ans, mais car il y un mais,il y a des paroles, des attitudes qui blessent.

En ce moment, nous traversons une période agitée, mouvementée. On ne sait jamais comment elle va être à notre égard : sympa, détachée, ou indifférente.
Le matin, je scrute dans son regard les signes soit d’une animosité, soit d’une bonne humeur. Ensuite, il faut savoir composer, être prudent, la sensation permanente de marcher sur des œufs car une simple parole peut déclencher une tempête.

Je ne sais plus quel était de point de départ de la discussion, mais elle a tourné très vite en reproches.
-Tu sais, maman ! Mes copines elles au moins, elles ont des relations normales avec leur mère !
OK, c'est bienconnu l’herbe est toujours plus verte dans le pré du voisin.
-C’est -à- dire ? je demande d’un ton calme.
-Eh ben, elles, elles font des trucs avec leurs mères comme du shopping ou des activités .

C’est un refrain que j’ai déjà entendu, et même si le ton de sa voix monte, je ne m’alarme pas.

-Et donc, toi tu considères que nous n’avons pas une relation mère-fille comme il se devrait ?
-Oui ! On n’a pas de relation du tout ! On ne fait rien ensemble !
-Mais, si !
-Ah bon, et quoi ?

Je réfléchis 2 secondes

-Tu n'as pas le droit de m'accuser. Tu sais très bien qu’à cause de ma fibro, je ne peux pas faire ce que j’aimerai.
-De toute façon, tu ramènes toujours tout à ta maladie !!!

Ses yeux sont embués de larmes, et moi ma carapace s’entaille. J’accuse le coup tant bien que mal .

-Mais Caroline, je dois vivre avec !
-Et nous, tu y as pensé ? Nous, aussi, on doit vivre avec !!!


Les sanglots percent, tandis que me carapace tellement fissurée, tombe en mille morceaux.

-Je le sais, et j’essaie de faire de mon mieux.
-De toute façon, depuis que tu as ta maladie tu as changé, tu n’es plus la même ! Et franchement, je préférais la maman d’avant ! crie-t-elle en pleurant et en montant les escaliers.
-Caro, redescend s’il te plait. En quoi j’ai changé ?
-Avant, tu faisais plein de trucs avec nous, et tu étais plus gentille, plus patiente !


Des poignards fusent de toute part, me transpercent, me lacèrent.

-Descends, qu’on en parle.
-Non ! Toute façon, vous ne comprenez rien !


Je reste là, tombée à terre, gisante de ces propos. J’ai mal. Très mal.

Elle redescend quelques marches :
-Et en plus, t’es même pas capable de terminer un projet ! Ton bouquin, tu l’as laissé tombé, hein ? !

Coup fatal, j’agonise. Les mots restent coincés dans ma gorge, je ne ressens plus rien, je suis assommée. A cet instant, je voudrais que le sol s’ouvre sous moi et qu’il m’avale, que je disparaisse.

Olivier me rassure. Rien n’y fait. Suis-je une mauvaise mère ? Juste à faire pleurer ma fille.
Je laisse passer sa rage, ses pleurs.
Pleure, ma fille, évacue tes sentiments, tes regrets…

J’analyse, une fois de plus, encore. Et, j’en déduis qu’elle n’a pas peut-être admis que je ne serais plus comme avant, qu’elle n’a pas fait le deuil de la maman qu’elle a connu jusqu’à ses 8, 9 ans. Une maman qu’elle voyait à travers ses yeux d’enfants tendres où tout lui paraissait acidulé, un monde où les étoiles brillaient du matin au soir, un monde calme mais rayonnant de gaieté et de légèreté.

Et maintenant, qui sommes nous à ses yeux d'ado? Suis-je devenue juste la réceptionniste et la concierge de l’hôtel où elle mange et dort? Son père, son chauffeur personnel ?

Blessée et ayant mauvaise conscience (pour le bouquin car je n'avance pas...), j’en ai parlé à la maman de sa meilleure amie. Ah, chez eux, c’est pareil, itou, la même chose !!!! Ouf, ca me rassure.

Il faut continuer à naviguer, ne pas s’échouer, essayer d’arriver à bon port malgré les déferlantes imprévisibles. Pas facile la vie de marin ...Et puis, je me dis que comme elle a commencé assez tôt sa crise d'ado, avec un peu de chance, ce n'est plus qu'une question de mois.

mardi 25 novembre 2008

CREPAGE DE CHIGNONS EN PLEINE DECONFITURE

Ce midi, une fois n’est pas coutume, au lieu de prendre mon lecteur MP3, tout en pédalant, j’ai écouté sur RTL l’émission « les auditeurs ont la parole ». Il y avait plusieurs thèmes d’actualité abordés, entre autre celui de la guéguerre au PS. Les gens donnaient leur point de vue, manifestaient leur incompréhension de cette situation, dénonçaient des complots, des tricheries, des luttes de pouvoir… J’étais d’accord avec certains d’entre eux. Et plus le débat avançait, et plus j’avais envie de clamer mon opinion. Et oui, depuis quelques jours, on assiste à un crêpage de chignons! Une dispute de filles où tous les coups bas sont permis ! On se croirait à l’école où les deux meilleures élèves se disputent la place si convoitée de première
-C’est moi, maîtresse qui ai droit au bon point !
-Non, non, elle a triché ! Elle a regardé par-dessus l’épaule de son voisin.


C’est la déconfiture, le marasme économique total, mais au lieu de réfléchir à comment sortir la tête de l’eau on préfère se chamailler… C’est triste, pitoyable. On ne sait pas de quoi sera fait demain, comment on va faire pour manger, on sait seulement qu’il va falloir encore plus se serrer la ceinture. Il y a de plus en plus de misère, de personnes en détresse mais ca ils l’oublient, leur "sacrement" en pleine démocratie est bien plus important... J’ai saisi mon téléphone pour appeler. Mince, occupé. Je rappelle, le standard est submergé d’appels. Le temps passe, et ca va bientôt être la fin de l’émission.

Têtue, je rappelle ! Enfin, on me répond, j’ai quelques secondes pour expliquer ce que je voudrais dire. Le souffle à moitié coupé, car je pédale toujours, je parle et le standardiste me dit que je suis retenue pour passer à l’antenne.

Il me demande mon numéro de téléphone et là, j’arrête tout, immédiatement. J’avale de l’eau à grandes gorgées pour que ma voix soit plus claire, je respire lentement et je pense, je me répète mentalement que ce que je vais dire. La pub passe et le thème des catherinettes est lancé. L’animateur dit qu’ils ne vont pas pouvoir prendre tous les appels faute de temps. Je regarde mon téléphone. Faites qu’il sonne, s’il vous plait ! Je vous en prie !

Il ne reste plus que quelques minutes, deux personnes s’expriment et mon téléphone n’émet aucun son. Il n’a pas sonné… Bon, tant pis, je ne vais pas en faire un caca nerveux. Mais, mince (pour rester polie), vous finissez quand au fait votre guéguerre car nous on aimerait bien savoir ce que vous pensez faire pour nous sortir de là.

dimanche 23 novembre 2008

MOZART, LA NORMALITE... REVOLTEE!

Vendredi soir, j’ai été au ciné avec mon mari, je suis ressortie de la salle bouleversée. Bouleversée par tous les sentiments, les émotions dévoilées par des gestes, par des regards et par la musique, celle d’un opéra. En musique classique et opéra, j’avoue mon inculture, à part la « 9ième symphonie " de Beethoven apprise au collège et massacrée à la flûte puis les « Quatre saisons » de Vivaldi.
Durant une période de mon ado qui aduré quelques mois, je lisais abondamment Baudelaire, Colette et Flaubert, je me laissais bercée par cette œuvre musicale qui à chaque fois, au final, me faisait verser toutes les larmes de mon corps. Et depuis, rien,… hormis les morceaux imposés au Conservatoire et joués par ma fille au piano, mes oreilles n’ont pas écouté ce style musical.

Hier, je suis allée chercher des CD dans la chambre de Caroline (mon aînée, un prénom qui lui irait bien) et tandis que je faisais un crumble, j’écoutais Mozart. Plus la musique montait en crescendo, et plus je malaxais ma pâte fermement, vigoureusement ! C’était magnifique, cette musique vous prend dans le cœur, dans l’esprit, elle vous possède tellement elle est belle. Mais au lieu de m’apporter de l’allégresse, les derniers morceaux m’ont rempli de tristesse, j’aurais dû m’en douter….

Et ce qui s’est passé la veille au collège m’est revenu en tête. Je ne sais trop comment, ils se sont retrouvés à parler des homosexuels et certains ont dit, affirmé haut et fort que « c’était des malades mentaux à soigner» (des gens qui méritent de passer plus de temps allongés sur le divan d’un psy qu’eux évidemment !).
Retour à la normalité et à ses petites cases bien carrées où il faut rentrer pour être ce que l’on appelle standard, conforme. La prof d’histoire a eu vent de cette histoire et ils en ont parlé en cours. Une élève clamait haut et fort ces imbécilités, les autres plus lâches devant la prof n’osait pas dire qu’ils étaient d’accord avec leur copine. Caroline comme la plupart de la classe était outragée, dégoûtée par de tels propos et l’a dit. Et dire que ces élèves bien propres sur eux, qui se révèlent des catho extrémistes jusqu'au bout des ongles, répètent ce que leurs parents leur disent entre leur dessert et le gigot du dimanche midi après la messe. J'en ai honte pour ceux qui croient en Dieu et aux principes de respect et de tolérances...

Des élèves bien polis qui ne se lassent pas de placer des « Merci Madame » à chaque fin de phrase. Que des gamins de 14,15 ans qui sont la génération de demain aient ce genre d’idées me révoltent !

Le débat s’est ensuite poursuivi sur l’égalité. Evidemment, nous ne sommes pas égaux avant même notre sortie de l’utérus. Enfant désiré ou non, milieu socioprofessionnel des parents, argent ou pas…tant de choses qui nous différencient. Mais notre sexualité ou nos convictions religieuses ou tout simplement notre couleur de peau ne rentrent pas en compte : nous sommes tous égaux!
J’en étais tellement écœurée que je voulais appeler l’école pour qu’ils organisent des débats avec des témoignages. Ma fille m’en a dissuadé mais il s’en est fallu de peu.

Alors, j’avais l’impression d’avoir un nuage gris au dessus de la tête, et Caroline qui ne m'appelait pas. Partie en ville avec ses copines, elle devait téléphoner pour que l’on se retrouve ensemble, toutes les deux. Un peu de temps entre mère et fille. Je pars à pied pour être déjà sur place quand elle me fera signe. A chaque pas, je voulais écraser tout ce qu’il avait dans mon nuage. Un coup de talon pour les homophobes, pour ces gens avec leurs idées préconçues sur tout … Et ce sentiment que les passants voyaient tout ce gris et me dévisageaient. Et Caroline qui ne m’appelle pas !
J’avais le cœur pincé, perdu dans le chaos commercial du samedi. Essaie de te concentrer sur le choix de tes torchons (c’est tellement plus important) plutôt que de regarder sans arrêt ton portable. Rien à faire, et puis tout ce monde dans le magasin surchauffé, les odeurs de tabac, de parfums… ma tête commence à tourner. Je sors pour respirer et pour rentrer.

Caroline avait oublié notre rendez-vous. Ca m’a fait mal non pas qu’elle ait oublié, mais j’ai ressenti ce qu’elle éprouve lorsque je m’incline pour cause de douleurs. Mal à en avoir l’estomac noué, à avoir envie de pleurer, d’hurler ! Et dire que je leur impose cette souffrance, qu’elles doivent vivre avec… Comment vont-elles grandir, s’épanouir ? Seront-elles, à force, insensible aux autres ? Non, je ne le crois pas.

samedi 22 novembre 2008

TORCHONS OU OIGNONS ?

Ouf, ca y est, un peu de temps pour moi ! J’ai promené mes chiens, donné des endives à Gaspard (ma tortue de terre), nettoyé son point d’eau, puis un p’tit tour à la volière pour donner des graines oiseaux… Ah mes animaux, je leur parle, ce sont mes compagnons, mes confidents de tous les jours.

Retour à jeudi dernier :
Motivée, j’ai fait mon grand ménage avec la musique à fond pour me donner du courage (il en faut bien). J’ai terminé comme d’habitude le dos fourbu, les cervicales raides car j’avais oublié de mettre ma minerve. Il faut croire que je n’en avais assez, j’avais envie de prendre l’air, de m’aérer, de sortir un peu. Quelques gouttes de pluie, juste ce qu’il faut pour mettre mon bibi et me voilà partie à pied au centre ville. Je réfléchissais à ce que j’avais besoin, ah oui, acheter des nouveaux torchons car certains sont arrivés défraîchis, à vrai dire râpés, piteux.

C’était l’excuse pour aller admirer les préparatifs de Noël en ville : les guirlandes, boules et autres objets sont accrochés, suspendus dans les airs, dans les arbres, perchés sur les lampadaires. J’aime tellement cette ambiance si particulière avant les fêtes de fin d’année : les vitrines rivalisent de décorations aux couleurs or, argent. Les gens comparent, cherchent le cadeau idéal qui fera tant plaisir, certains emmitouflés jusqu’aux oreilles sont déjà chargés de paquets emballés dans des couleurs vives. Je me suis laissée envahir , imprégnée par cette atmosphère festive, mes pensées étaient ailleurs et mes pas m’ont conduit non pas rue Jaurès mais à Siam ! Erreur de destination…
Bon, je vais en profiter pour aller chez Dialogues, pourtant, j’ai acheté mes livres du mois de novembre que j’ai déjà fini de lire. J’ai faim, non pas de nourriture mais de lecture, mon estomac malgré l’heure ne réclame rien, c’est esprit qui me demande, qui me supplie de lui donner des émotions! En faisant le compte de toutes mes petites pièces, j’ai de quoi acheter un livre. Je suis heureuse … mais j’ai mal aux pieds. Quelle idée de mettre ces bottes ! Je n’arrive plus à faire un seul pas tant mes pieds sont douloureux. Je vais dans le premier magasin de vêtements que je trouve, je prends deux pantalons au hasard et je me rends à la cabine d’essayage. Quel soulagement, je suis là assise, à masser mes pieds tandis que la vendeuse me demande si les tailles conviennent. Je tente de redonner un peu de vigueur à mes pauvres pieds, la vendeuse m’a oublié, préférant discuter avec une de ses collègues. Et ca casse du sucre sur une de leurs collègues qui ne travaille pas ce jour là ! Ca commère, ca critique, telles des vipères, elles sortent leur langues fourchues, elles s’en donnent à cœur joie…

Ca m’a énervé alors je suis sortie de ma « planque » ce qui a mis un terme à leur discussion. Je n’ai pas voulu répondre à leurs sourires forcés, à leur « ca a été, Madame, vous avez trouvé ce qu’il vous fallait ? ». J’ai eu envie de rentrer chez moi, elles m’ont rappelé une des aspects de la nature humaine, une facette peu flatteuse….

Tiens des banderoles, et zut, j’avais oublié qu’il y avait grève. Je tombe en plein dans le cortège.
S’il vous plait, laissez-moi passer, je veux juste aller prendre un bus, je suis fatiguée et mes genoux commencent à ne plus me porter. Il va falloir employer la manière forte ! Tête baissée et rentrée dans les épaules, je me lance dans cette masse compacte. Pardon, excusez-moi, merci. Victorieuse, j’ai franchi cette barrière humaine tel un rugbyman ! Lessivée, encore plus fourbue qu’à mon départ, j’arrive enfin chez moi. A peine la porte ouverte, j’envoie valser mes bottes et je vais au lit, mes pieds sont rouges, mais rouges écarlates. Pas de nouveaux torchons mais des oignons aux pieds et un livre.

Trop fatiguée, je n’ai pas pu lire… dormir, essayer de récupérer un peu d’énergie avant que tout le monde rentre le soir. Je n’ai rien pu faire d’autres mais pas d’affolement… mon esprit était envahi par toutes les décorations et ornements de Noël que j’ai pu voir : j'étais heureuse et contente !

mercredi 19 novembre 2008

JE SUIS UNE NOUILLE ET UN BERNIQUE !

Mais quelle nouille, triple nouille je suis ! Une nouille et un bernique, bernique je suis, bernique je resterai sur mon rocher!

Qu’est ce qu’il m’a pris ? Pourquoi cette impulsion, ce besoin vital d’écrire par courrier afin de répondre à mon auteur préféré. Depuis hier, je l’avais cette lettre, les phrases défilaient dans mon esprit. Cette après-midi, j’ai cherché dans mes tiroirs du beau et élégant papier à lettres. Je n’en avais pas et je suis allée à mon supermarché. Du blanc, du standard, non je voulais quelque chose de plus raffiné. Logiquement ou plutôt raisonnablement j’aurai dû me dire, « attends demain et tu iras au centre ville ». Eh ben non, il a fallu que j’écrive là, tout à l’heure. J’ai écrit, écrit, c’était incontrôlable, plus les mots venaient et s’alignaient, et mieuxje me sentais . Quand un grand auteur vous complimente et vous dit que vous êtes courageuse, c’est du bonheur. Mais, je ne mérite pas ces compliments ! Je me suis dévoilée, j’ai couché à nue sur papier la vraie Clara, celle qui a un passé, un vécu, une histoire pas banale et qui a des peurs. Trop d’échecs, alors je n’ose pas me lancer dans l’aventure de l’écriture… Les quatre feuillets étaient là avec un post-scriptum de 10 lignes ! Je ne me suis même pas relu, j’ai dû faire des erreurs de syntaxe, des répétitions ! La honte, mais quelle nouille !

Qu’est ce que j’en fais ? Plus je les regardais, plus je prenais conscience de lui avoir raconté ma vie. Quelle horreur pour elle ! Alors, j’ai tout mis dans une enveloppe ( banale en plus), écrit son adresse et erreur monumentale, je l’ai posté !!!!

De quoi je vais avoir l’air à ses yeux ? Elle qui a lu mon blog, les liens sur la fibro, qui a passé du temps. Elle va penser de moi que je suis une godiche, penaude et impolie…..Je ne peux pas récupérer ma lettre. Pourquoi lui avoir raconté tout ca ? Qu’est ce qu’elle pensera de moi ? Elle va lire ma lettre hochera la tête, se questionnera, aura du mal à me lire (j’écris tellement mal), et ma lettre finira au fond de sa poubelle. Elle ne mérite pas mieux.

samedi 15 novembre 2008

COCKTAIL, EXPLOSION DE SENTIMENTS !

MERCREDI MATIN 9h30

-Maman, et aujourd’hui, je peux mettre ce pantalon là comme j’ai des mes cours de dessin cette après-midi ?
J’enlève mes oreillettes et je tourne vers ma cadette.
-Oui, oui…
La musique retentit de nouveau dans mes oreilles. J’augmente le son car j’adore la chanson.
-Et quand est ce que l’on ira m’acheter un nouveau maillot de bain ?
-Hein, quoi ?

Mince, j’ai oublié mes écouteurs, et zut ma chanson préférée est à nouveau écourtée.
Elle me repose sa question.
-Samedi, d’accord ?

J’ai envie de lui dire : mais ma chérie, tu te rends compte que ta mère s’élève au rang des Jeannie Longo, qu’elle pédale désormais à côtés des pros, qu’elle s’est hissée à ce niveau …. Mais dans la catégorie « vélo d’intérieur ». Je pédale depuis 35 mn déjà, comme avant-hier et encore il y a 4 jours.
Après trois mois de léthargie, ma tension a remonté, atteignant désormais 11 ! Je renais, je revis avec certes des nuits écourtées par des levers à 5H00 du matin (ou avant), mais avec une énergie qui m’a remplie, totalement submergée. Tout juste, si je n’en déborde pas, je suis comme une pile électrique, je ne tiens pas en place. Attention, the new Clara débarque ! Oui, oui, on parle bien de moi ! Je me suis remise à pédaler, à marcher, je me vide la tête pendant ce temps là : les disputes/ conflits parents-ado, les ennuis… Tout s’évapore comme par enchantement. Toute cette vitalité à moi, à moi, je n’en reviens pas ! Je pédale, plus rien ne m’arrête sauf la voix de la sagesse qui au bout de 45 mn me dit « Arrête-toi, c’est déjà beaucoup, allez, stop». A contrecœur, j’obtempère et d’ailleurs mon postérieur douillet semble lui apprécier cette trêve, ouïe, ouïe ! Pourquoi les selles de vélos sont –elles si dures, si inconfortables ? Et puis, je pense à l’ordonnance qui est dans mon sac depuis lundi. Il faut que j’aille faire une prise de sang… j’avais oublié.

Lundi, le rendez-vous avec mon médecin et comme les mois se sont écoulés, deux, puis, trois, puis cinq sans que mon corps ne délivre son flux féminin, je m’étais décidé à lui en parler. J’ai eu le droit à la prise d’un médicament pendant cinq jours et eu sixième jour, miracle, tout devait renter dans l’ordre. Donc, samedi, le cinquième jour, j’ai été faire le plein, la razzia sur les serviettes et tampons en pensant que ca allait être un raz de marée. Dimanche, j’ai attendu, scruté, épié, je me suis enfermée à je ne sais combien de reprises dans la salle de bains et rien, les heures passent, toujours rien ! Mince, c’est pas normal…

Mon médecin a décidé de vérifier si mon corps produit toujours certaines hormones comme tout autre femme de mon âge ou si le déclin d’une part de ma féminité a commencé. Suis-je désormais une terre stérile, inféconde ? Bon, j’y vais ou pas au labo ? Est-ce qu’au fond, j’ai envie de le savoir… Ma foutue ordonnance est bien là, donc je dois le faire, je dois savoir. Et puis, de toute façon qu’est ce que ca changera ? Comme dit mon mari « ca devait arriver un jour ou l’autre ». Tu es gentil mon chéri, dans dix ans oui, mais pas maintenant alors que je ne suis qu’à l’aube de mes 40 ans. Quarante ans bientôt, que le temps passe vite !

Je suis au labo, je tourne la tête comme à chaque fois pour ne pas savoir quand l’aiguille s’enfoncera dans ma veine.
-Les résultats seront prêts ce soir, me dit gentiment la laborantine.
-Très bien, je passerai les chercher.

Plus que quelques heures pour connaître le verdit. J’ai peur, peur que mon corps vieillisse si vite.
Je prépare le déjeuner et je vais me reposer. Il est temps, mon squelette tout entier joue une salsa non harmonieuse, tout tremble à l’intérieur. La main sur mon ventre, étranges sensations, rêveries d’une partie d’osselets géante, le sommeil parvient quand même à s’imposer. J’entrouvre les yeux difficilement, mon réveil indique 14H30… je ne peux pas me lever ou bouger : fatiguée, coincée, rouillée. Une bonne demi-heure plus tard, je fais un effort surhumain pour immerger, toujours dans mon lit, mon regard est attiré par une lettre posée sur mes lunettes. Je la prends, elle est lourde, je ne reconnais pas l’écriture et je n’arrive pas à lire le cachet de la poste. Machinalement, Je la retourne pour y trouver un nom d’expéditeur (moi, je mets toujours mon nom et adresse sur mes courriers). Et là, surprise, j’en ai le souffle coupé ! C’est mon auteur préféré qui m’a écrit… à moi !!!! Je sors de ma chambre en T-shirt et culotte, et chaussons, très glamour à vrai dire, je cherche mon coupe-papier pour ne pas abîmer la lettre. Quatre feuillets recouverts d’écriture, de mots, de phrases…. Debout dans ma cuisine, je lis, je lis, c’est trop beau ! J’appelle les enfants, mon aînée n’en revient pas, non pas de ma tenue, mais de la lettre.
-Montre, montre, je jeux la lire.
-Oui, mais tu ne l’abîmes pas.


Elle la lit à voix haute, les phrases chantent à mes oreilles, les mots prennent une toute autre dimension.
-Eh ben, maman, dis-donc t’en as de la chance !
Oh que oui, je sais ! Déjà, il y a trois semaines, un autre auteur dont je me régale de chaque nouveau roman m’a également écrit. Ces deux auteurs vendent, des centaines de milliers de livres, sont traduits en plusieurs langues, sont connus, adulés, célèbres. Ils sont très occupés mais ils ont pris de leur temps pour m’écrire, à moi, une fan parmi tant d’autres. C’est ce qui me touche, qui m’émeut, on peut archi- célèbre et rester humain et sensible. Une belle démonstration de générosité à mes yeux.
Je relis pour au moins la quatrième fois la lettre pour bien m’imprégner de chaque phrase sans m’en lasser. Je suis dans un état non pas de joie hystérique mais calme, dans un état secondaire où tout prend une autre signification. J’ai l’impression d’être grandie, pas d’orgueil ou de fierté, mais je ressens que j’existe, que je suis bien vivante malgré tout. Oui, moi, Clara, j’existe, sensible, avec mes défauts, ma fibro mais je suis là….

mercredi 12 novembre 2008

DESPERATE HOUSEWIVES ?

A ma façon, je suis devenue une Desperate Housewives, le terme étant nettement plus joli que celui de femme au foyer. Je le reconnais et je l’admets, ma vie n’a rien d’extraordinaire. Mais qui peut se vanter d’avoir une vie, une existence hors du commun ? En réalité, peu de gens. On est donc obligé de s’adapter aux situations et d’essayer coûte que coûte de s’y intégrer sans trop de fracas ou d’heurts. Sans faire du nombrilisme, je me suis mise des œillères autour des yeux. Je me suis forgée cette muraille imaginaire pour me protéger du regard des autres… Les autres, les autres femmes que je peux croiser qui ont toujours l’air tellement occupées, débordantes d’énergie, qui font dix mille choses dans leur journée. Mon quotidien est bien loin d’être aussi amusant, charmant voir satyrique que dans la série. Encore que… Je passe toujours beaucoup de temps à m’évader par la pensée et là toutes les portes sont ouvertes : pas d’interdit, pas de tabou, tout est possible !

Lors de ma promenade du matin avec mes deux petites chiennes que j’effectue toujours dans le même créneau horaire plus précisément entre 9H00 et 10h00, les jours d’école, je rencontre toujours le même groupe de femmes, massées devant les grilles de l’école comme si leurs conversations ne devaient pas s’ébruiter. Leurs enfants sont en classe depuis bien longtemps, mais elles restent là, elles papotent, jacassent, rigolent. Quand j’approche, invariablement, elles me regardent, me jugent par des regards noirs, sévères qui ne montrent aucune sympathie. Quelquefois, leurs conversations s’arrêtent à mon passage, pas de hochement de tête, pas de bonjour. Je ne fais pas partie de leur club. Dès lors que je suis bien plus loin, j’entends de retour leurs voix s’élever avec quelquefois des rires. Je ne suis pas dupe, elles ne me considèrent pas comme l’une des leurs, d’ailleurs je n’en suis pas une. Je ne fais pas partie du club très privé des mamans qui emmènent et vont chercher leurs enfants à l’école. Celles qui sont devenues copines, amies et qui se confient tout de leur vie. Celles qui s’invitent à prendre le café les unes chez les autres pour pouvoir continuer à discuter sans mari, sans enfants. Est-ce que je les envie ? Drôle de question …

Quand on le désire quelque chose que l’on n’a pas, on l’envie fortement. Tout d’abord, on l’élève en en rêve, en fantasme. On brode, on imagine, on idéalise tellement que si notre vœu se réalise, il laisse place à un goût de déception. Dans l’esprit, tout est plus beau ! Alors, je le dis, je m’évade dans mes histoires, dans le monde utopiste où je plonge l’après-midi. J’invente des personnages : vies, émotions, dialogues… C’est un moment que je savoure, que je délecte ! Plongée sous ma couette, j’élabore, je construis, je façonne ces êtres irréels mais qui ont nos problèmes, nos désirs… Je leur crée des amours, des passions, des faiblesses… Et Clara y habite. Une Clara qui a son histoire, avec des beaux et forts moments, et des passages de remords, de regrets, et des erreurs. Elle n’est pas à mettre sur un piédestal mais elle explique ses gestes, ses comportements. Humaine, sensible, elle se dévoile avec ses qualités, et ses défauts. Nul n’est parfait, ni moi, ni Clara. Nulle vie n’est parfaite non plus…

mercredi 5 novembre 2008

VOYAGE DANS LE TEMPS

Samedi, la Toussaint a été une journée dure moralement : se recueillir, penser à ceux qui sont partis trop tôt laissant derrière eux des vides, des abîmes de douleurs qui mettent du temps à cicatriser. Se rappeler d'eux, ne pas les oublier, c'est notre devoir à tous. Et puis, mon esprit une fois encore est parti vagabondé durant l'homélie du prêtre car j'aurais voulu aller à plusieurs endroits : le cimetière de mes grands- parents, la chapelle où ont été baptisé puis marié et enterré mes aïeuls. Et oui, ayant fait ma généalogie, j'ai pensé à tous mes ancêtres aussi nombreux soient ils. Ils m'ont procuré tellement de joie!

Avec fébrilité et une certaine nervosité, on tourne les pages de registres anciens jaunis par le temps, et l’on ressent une bouffée de joie quand on découvre un aïeul, une signature, un métier, une vie... Ils laissent parfois des questions, des portes grandes ouvertes à l'imaginaire.

On apprend, on découvre comme un enfant émerveillé les yeux remplis d'étoiles ce qu'était la vie il y a longtemps. On trouve des mariages chanceux avec des personnes de l’ancienne noblesse, des enfants nombreux, des familles courageuses plus ou moins riches ou pauvres. On s’aperçoit que l’écriture, savoir signer de son nom révélait une éducation. On ne peut que s’extasier devant les écritures avec leurs lettres si bien formées comme des arabesques. Plus on remonte, et plus les registres sont précieux, ils nous livrent du vieux français, du latin.

Sur mon bureau, j'ai les photos de mes arrières grands-parents paternels, et de mon arrière-arrière grand mère ! Ils font partie de ma vie, de mon quotidien. Que penser d'un aïeul qui avant la révolution était notaire royal et qui su retourner sa veste et devenir apothicaire ? On s'attache à certains, à leurs prénoms si doux et oubliés d'un temps passé et révolu. J'ai sûrement hérité certains de leurs gènes, de leurs défauts, et peut-être de leurs qualités. Je ne vis pas dans le passé mais je suis contente d'avoir retrouvé mes ancêtres, mes racines. Et puis la généalogie, une fois qu'on y a goûté, on ne peut plus s'en passer, on y est accro, mordu ! Alors, forcément, j'ai pensé à eux très fort samedi.

Et puis, hier, on apprend un président noir est élu pour la première fois de l’histoire dans un puissant pays qui souffle le chaud ou le froid sur notre planète. Un pays qui longtemps a pratiqué la discrimination raciale, la plus hideuse, celle dont on a honte et que les générations futures portent comme un fardeau. Alors, quand on voit toutes ces personnes en liasse qui en ont fini avec la rédemption de leurs pères, on est heureux. Les minorités raciales enfin vont pouvoir marcher la tête haute, et si ca pouvait générer, engendrer un monde nouveau où l’on ne serait pas juger sur la couleur de sa peau, de ses origines, ou de son handicap….ce serait tellement merveilleux !
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