mardi 10 janvier 2012

Angélique Villeneuve - Un territoire

Éditeur : Phébus - Date de parution : Janvier 2012 - 152 pages insérées de marque-pages ! 

La narratrice vit dans l’ancienne maison familiale. Celle où elle admirait sa Sœur partie depuis bien longtemps.  Le cagibi lui sert désormais de chambre à coucher, elle s’occupe du Garçon et de la Fille, deux jeunes adultes qui la maltraitent par leurs attitudes et leurs comportements. Elle prépare les repas, fait le ménage et se plonge dans les souvenirs pour oublier le présent. 

Dès les premières lignes, l’écriture déploie un univers particulier. Une écriture où chaque mot est pesé, une féérie de métaphores pour nous prendre par la main. La curiosité est titillée, on se demande quelles sont  les relations entre la narratrice, ce Garçon et cette Fille. Pourquoi la Sœur tant adorée semble partie depuis bien longtemps ? Les réponses sont amenées au fil des pages. Délicatement comme pour trancher avec la condition de cette femme. Perçue comme une demeurée à cause de sa quasi-surdité, elle connait depuis l’enfance la différence. Mais il y a des trésors flamboyants dont les doigts se nourrissent et que l’esprit invente et recrée. Soumise, elle s’échappe du temps présent  par sa dextérité et la chaleur du passé.
Angélique Villeneuve a su insuffler une densité à cette femme, la rendre très attachante  et troublante. Sans nommer brutalement, elle suggère tout. Très habilement.

Un livre lu en apnée : les yeux rivés à cette écriture magnifique et sublimée, le cœur palpitant au gré des révélations. Le corps malmené côtoie la beauté de ce que ces mains fabriquent. Le pardon, l'amour et l'abnégation d'une vie racontée avec passion et une écriture qui fait appel aux sens. Après Grand paradis, l'auteure prouve tout son talent et utilise la magie des mots comme un orfèvre !

Elle se dit que tout ce qu’elle aime est là. Tout. Dans la cuisine. Dans le cagibi. Elle n’a pas d’amis. N’en a jamais vraiment eu. Il n’y a eu que la Sœur. Et maintenant qu’elle n’est plus là, ce à quoi elle attachée est partagée entre ces deux pièces. Les enfants, depuis des années, restent à la lisière.

Est-ce un si grand désastre de penser qu’on aime plus que personne, qu’on est vidé des autres. Elle est un cœur blanc, peut-être. Une feuille de papier, vierge de toute écriture.

Les billets de Cathulu, Gwen
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