vendredi 6 janvier 2012

Claire Castillon - Les merveilles


Éditeur : Grasset - Date de parution : janvier 2012 - 237 pages qui secouent et font mal ...

Avertissement : âmes sensibles s'abstenir !

Un premier mai qui tourne à un massacre. Evelyne, enfant,  assiste à une scène d’une cruauté insoutenable. Impuissante, elle voit son père accrocher  son chien adoré Lulu à l’arrière de la voiture et le traîner sur plusieurs centaines de mètres. Depuis ce jour, les cloches résonnent dans sa tête. Pour Luiggi son compagnon, elle fait des ménages dans une usine. Elle mène une double vie car il n'y a pas d'usine. Elle est escort-girl ou tout simplement pute.

A son habitude, Claire Castillon nous fait renter très vite dans le vif sujet. Troisième page et l’horreur insoutenable. Le père, représentant mal dégrossi, pète un plomb et Lulu trinque, plus qu’amoché. Je me suis retrouvée yeux écarquillés, la bouche formant  un rond et d’où sortait un « oh » puis le souffle coup. La vie de la famille d’Evelyne est piquée, surpiquée. Jeux de mots chocs, petites phrases cinglantes et ça bouscule, ça télescope.
Et les cloches tintent, elle se livre à la brutalité. Evelyne s’enferme dans un autre monde tout aussi désenchanté que le réel. A treize ans, elle découvre le sexe puis croit trouver l’amour en Luiggi, pizzaïolo simple et gentil. Mais les cloches résonnent toujours par moments. Evelyne n'en  peut plus de ce quotidien où chaque sous est compté et où la pauvreté  la ramène à celle de son enfance. Avec en plus un enfant à élever. Comme pour rendre moins moches leurs vies, elle fait commerce de son corps, elle « pute » comme elle le dit.  Activité où elle excelle. Un jour, elle rencontre Claude un client qui la fascine par son intelligence. La honte de n’être pas cultivée  et l’envie de vouloir s’élever l’oppressent. Les cloches seront les plus fortes, pulsions violentes d’un désespoir sans appel.
Entre tendresse et une innocence candide, un quotidien glauque dont elle aimerait sortir, une enfance volée, on assiste au désarroi et aux angoisses d’Evelyne. Prisonnière de son mal être comme dans une bulle qui finit par éclater. Forcément. 

Une lecture qui m’a chavirée et laissée en bouche un goût amer. Le regard d’Evelyne sur ce qui l’entoure est dérangeant mais vrai. C’est peut-être cette lucidité  qui fait le plus mal au final. Si ce n’est pas un coup de cœur contrairement à certains de ses précédents romans, il s'agit d'une lecture comme un tour de manège dont on sort avec un léger malaise et la tête qui tourne mais l’envie de recommencer. Un peu plus tard.

Un intello, c’est bien,  mais quand ça s’emballe, c’est complètement pire qu’un con.(...)

Donc je dois rompre encore, jusqu’à ce que Daniel l’accepte. A coup sûr, il va me chanter. On croit que les cerveaux menacent pas, on pense qu’ils vont quand même pas se ratatiner dans un chantage, à cause du panache, mais c’est pas dit. Daniel a beau être panaché, s’il veut pas me perdre, il peut décider de me coller. La classe, c’est pas livré avec le sentiment, ça se tient parfois en marge de lui, c’est un accessoire, chapeau gants sac à main, mais c’est jamais naturel. C’est une épice qu’on ajoute mais faut avoir du goût pour ça, c’est pas du tout inné la gastronomie intérieure.
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