jeudi 12 janvier 2012

Lionel Shriver - Tout ça pour quoi


Éditeur : Belfond - Date Parution : janvier 2012 - 583 pages émouvantes et terriblement justes! 
 
Shep Knacker a vendu son entreprise et veut quitter les Etats-Unis pour s’installer dans une île près de l’Afrique. Son rêve de l'Outre-vie tourne court. Sa femme Gladys est atteinte d’un cancer très rare nécessitant des traitements coûteux. Le couple vit confortablement sans avoir à se soucier de problèmes d’argent. Licencié et ruiné, Shep ne bénéficie plus de l’assurance de son ancienne entreprise  alors que la santé de Gladys continue à se dégrader. Comment continuer à payer les traitements ? Quel est le prix de la vie dans un pays où la sécurité sociale est inexistante ? 

Même si  la maladie et  l'ombre de la mort  sont omniprésentes dans ce roman, ce qui aurait pu être démoralisant ne l’est pas. On peut dire que Lionel Shriver n’a pas froid aux yeux ! Dans ce livre, avec intelligence et ironie, elle dénonce tout un système. Celui des retraites, des impôts mais surtout l’absence de sécurité sociale aux Etats-Unis. Shep a remporté un peu de 700 000 dollars lors de la vente de son entreprise. Le cancer de sa femme Gladys est rare. Les médecins proposent des traitements expérimentaux non couverts. Bien entendu, Shep et Gladys acceptent. Cela va de soi. Entre les études de son fils, les factures de son père, le loyer de sa fille, Shep a toujours tout payé. Jackson, son meilleur ami et voisin de Shep, dont  la fille est atteinte d’une maladie dégénérative mortelle dénonce depuis toujours le système de soins. Shep jusqu’ici acceptait tout et une année de soins l’a ruiné. Mais quand le cancer s’annonce de toute façon sans espoir, quel est le prix à payer pour prolonger de trois mois une vie ? Où commence l’acharnement thérapeutique et  jusqu’où peut-on aller ? A ces questions, l'auteure apporte des éléments de réponses à travers ses personnages. Avec finesse et perspicacité. Et le titre résume on ne peut mieux la situation dans laquelle se trouve Shep.
La peur de la maladie, ses conséquences familiales, sociales, financières sont dressées dans ce roman où il n’y a aucun pathos. Des personnages on ne peut plus  humains, avec leurs problèmes, leurs tracas et leurs espoirs. J’ai tourné la dernière page le cœur serré certes, mais aussi avec sérénité. 

Un roman émouvant, terriblement juste mené sans temps mort, à l’écriture subtile et vitriolée! 

Elle refusait corps et âme de jouer la pauvre gamine handicapée qui regonfle le moral de tout le monde avec son courage et son "mental" ( ah-ah) ensoleillé.

Il n'était probablement pas le seul à détester les hôpitaux au point d'avoir envie de fuir lorsqu'il visitait un être aimé. Ce n'était pas seulement les odeurs, ou une horreur instinctive de la maladie. Nous sommes paraît-il tous égaux devant la maladie; le problème, c'est la question de savoir si le nivellement ne se fait pas par le bas.
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