jeudi 23 janvier 2014

Elisabetta Bucciarelli - Corps à l'écart

Éditeur : Asphalte - Traduit de l'italien par Sarah Guilmault - Date de parution : Janvier 2014 - 214 pages qui ne peuvent qu'interpeller !

Quelque part dans le nord de l’Italie, une immense décharge à ciel ouvert et une usine d’incinération sont aux portes d’une ville. Un lieu où des personnes vivent. Quelques adultes mais aussi deux adolescents Iac et Lira Funesta en rupture avec leur famille. Cette poignée d’humains en marge de la société survit grâce à ce qu’ils trouvent dans les sacs poubelles déversés chaque jour. Organisés, ils ont leurs propres règles comme ne pas aller vers le cœur de la décharge la Putride qui ressemble à du magma de couleur opaque. Aussi dangereux et aussi imprévisible.

A côté des camions-poubelles et des pelleteuses, ils récupèrent et trient ce qu’ils ont besoin sans se faire voir. Saddam le Turc aux mains agiles répare ce qui peut l’être encore, Ian et Argos le revendent au marché aux puces le samedi matin. Le Vieux un clochard alcoolisé ne quitte pas son tas de couvertures tandis qu'Argos par sa taille est surnommé le géant. Ian est déscolarisé, il préfère vivre à la décharge qu’avec sa mère et son petit frère Tommi qui lui voue une admiration. Iac parle peu au contraire de Lira Funesta. Et si tous ont un parcours et un passé différent, ils forment une sorte de communauté. Certains savent qu’ils vivent là et leur présence dérange car eux voient ce qui s’y passe réellement. Car outre les déchets ménagers, la décharge accueille illégalement des déchets toxiques, elle est le dernier maillon d’une chaîne de trafic. Et il y a Silvia qui n’appartient pas à leur monde, une adolescente que Iac a remarquée car elle emprunte une rue située pas loin de la décharge. Fille de chirurgien esthétique, son monde à elle est aseptisé et est construit sur l’argent. Quand un incendie se déclare, seul Lorenzo un pompier s’inquiète pour eux.

Les chapitres alternent la vie des membres de la décharge et celui de la famille de Silvia. On passe ainsi de la pauvreté au luxe, du nécessaire au superficiel, de l’abîme entre privilégiés à ceux qui sont des éclopés de la vie. Si la  société actuelle de consommation toujours plus avide est pointée du doigt, ce roman dénonce avant tout le trafic de déchets qui existe bel et bien en Italie. Sous la plume de l'auteure, la décharge apparaît comme un personnage à part entière qui se nourrit et régurgite.
Quand on lit les événements et les faits énoncés dans la postface, le sentiment que l'argent domine (corruption, blanchiment provenant du trafic de déchets dangereux) au détriment de la santé et de planète fait mal....
Elisabeth Bucciarelli ne donne pas de leçon mais nous expose une triste réalité. Sombre et âpre, cette lecture interpelle et fait réfléchir ! 

Car la vie leur avait appris à tous qu'il fallait craindre ceux qui ont peur, parce que c'est la peur qui pousse à accomplir les pires infamies.
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