jeudi 9 janvier 2014

Julia Kerninon - Buvard


Éditeur : Le Rouergue - Date de parution : Janvier 2014 - 200 pages et un premier roman brillant ! 

Ce qui devait être une interview d’une après-midi s’est transformé pour Lou en neuf semaines à habiter chez l’auteure Caroline N. Spacek "boire et parler et parler et remettre inlassablement des piles dans le dictaphone". Caroline N. Spacek presque quarantenaire vit en solitaire dans le Devon en Angleterre. Tombé amoureux de son écriture, Lou ce jeune journaliste veut la rencontrer. Elle accepte alors qu’elle a toujours fui.

Caroline N. Spacek n’était pas destinée à approcher l’écriture ou la littérature. Ni de loin ni de près. Pourtant elle est devenue une romancière talentueuse à la personnalité forte, imprévisible, avide de toucher au plus près la quintessence des mots. Impressionné et intimidé, Lou mesure sa chance d’être chez elle. Par bribes, Caroline va lui raconter sa vie. L’enfance et l’adolescence n’ont pas été tendres pour elle et il aura fallu que le hasard mette sur sa route le poète Jude Amos. Il l’embauche en tant que secrétaire et elle lâche son job de serveuse. Elle le suit partout, tape à la machine les textes qu’il lui dicte à voix haute. Il l’oblige à se plonger dans les dictionnaires. Très vite, Caroline finira par trouver pour lui le mot manquant ou à rectifier une phrase. Jude Amos ne croit pas que cette fille ne connaisse rien à la littérature. Il la congédie et quelques mois plus tard, elle publie son premier recueil de nouvelles. Caroline est habitée viscéralement par l’écriture, elle vit pour elle la faisant passer avant sa vie personnelle et ses amours. Le monde de l’édition lui reproche son attitude farouche, distante et son écriture singulière. Le succès de cette jeune femme énigmatique attise les curiosités. Et pour se protéger, Caroline écrit encore et toujours. Mais plus elle écrit, plus elle trace son sillon de solitude.

Lou l’écoute, pose peu de questions, il enregistre et retrouve dans la voix rocailleuse de Caroline les stigmates de la violence et du rejet qu’il porte depuis son enfance. Il doute par moments de la véracité des propos de Caroline, s’interroge. Et le récit est tout naturellement émaillé par les impressions et les pensées de Lou entre ébahissement et émerveillement.
Mais il y a beaucoup plus dans ce roman! Car on est avec Caroline et Lou, et tout est tellement palpable : l’atmosphère, les ressentis avec cette rage et cet amour de la littérature, la recherche de la perfection, et Lou qui s'imprègne de Caroline.

L'écriture de Julia Kerninon est très visuelle, elle nous transporte près de ses personnages et elle nous introduit dans leurs vies. Il y a  cette quête du bonheur et les jours sombres avec deux personnages qui se reflètent l'un dans l'autre au fil des pages. De la genèse d’un roman à tout que qu’un auteur met de sa personne dans un livre, des sacrifices personnels que l’on reconnait trop tard au rôle de la littérature dans nos vies, Caroline se raconte, et ce n’est forcément Lou qui l’apprivoise. Le lecteur le comprendra.

Il fallait du talent pour écrire ce roman et Julia Kerninon le possède ! Un premier roman brillant lu en apnée totale et je me suis délectée !
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