lundi 13 janvier 2014

Maylis de Kerangal - Réparer les vivants


Éditeur : Verticales - Date de parution : Janvier 2014 - 281 pages majestueuses pour une ode à la vie!

Simon Limbres passionné de surf est victime d'un grave accident de voiture à dix-neuf ans. Dans un coma dépassé, son état est irréversible. Perfusion lente et profonde d'une lourdeur sourde à ses parents, les mots et les pensées qui s'entrechoquent et se brouillent à la vision de Simon qui semble vivant car il est maintenu en vie grâce à des machines. Mais Simon est cliniquement mort et l'équipe médicale souhaite prélever ses organes dont son cœur pour transférer la vie.

Mais pourquoi ai-je attendu si longtemps pour lire Maylis de Kerangal? Quelle écriture mais quelle écriture sublime! Elle s'approprie les lieux, le temps, ses personnages. Les ressentis sont désincarcérés pour nous foudroyer de plein fouet. Elle fait parler les silences et les recoins, les habite d'une écriture sauvage, maîtrisée et majestueuse, étire les rubans de phrase (mais sans jamais perdre le lecteur) pour y planter et dresser des refuges pour ses personnages si humains, elle nous bouscule et nous fait chavirer.
L'écriture s'orchestre autour de cette transplantation cardiaque. Du chant de douleur des parents à la procédure collective médicale, ce rituel minutieux et ordonné d'une équipe où chaque minute compte, les émotions irradient à chaque page.
Les personnages ne parlent pas, ils murmurent, crient de rage, demandent avec espoir, soufflent ou dictent un mot, halètent d'angoisse. Associés au langage du corps, les espaces réverbèrent la langue, se font échos de l'intensité qui enveloppe ces vingt-quatre heures de l'accident de Simon aux différentes de l'opération. Un travail collectif autour d'un même but où chacun a un rôle précis à jouer, une symphonie orchestrée sans aucune fausse note de permise  : les espoirs du futur receveur se cristallisent et  les parents de Simon approchent l'idée du décès de leur fils.

Nous sommes projetés dans la peau et l'esprit de Marianne ( la maman de Simon), dans celui d'une infirmière ou du coordinateur des greffes ou du chirurgien avec toute leur humanité, et ce sont autant d'émotions qui prennent à la gorge. Entre cette sorte de paix qui nous gagne par les représentations symboliques du cœur, les questions inhérentes de ses parents ( le cœur de Simon qui battra bientôt dans une autre cage sera t-il porteur de l'esprit et du caractère du jeune homme?) et celles  du receveur, la tension fluctue très irrégulièrement, le lecteur est balloté et l'on ressent la situation, on éprouve les sensations des différents personnages.

Maylis de Kerangal évite tout pathos, elle fait fait preuve d'une finesse intelligente et éblouissante par son style, par sa capacité à rendre l'intensité, l'humanité de ce qui gravite et interfère autour de la mort et la vie.
J'ai fait corps avec cette lecture magnifique, puissante et délicate ! Et impossible de choisir un seul extrait... 


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