mercredi 14 janvier 2015

Gitta Sereny - Une si jolie petite fille

Éditeur : Plein jour - Traduit de l'anglais par Géraldine Barbe - Date de parution : Septembre 2014 - 437 pages saisissantes ! 

En 1968, à Newcastle en Angleterre, deux enfants de trois et quatre ans sont assassinés. Deux fillettes Mary  et Norma qui  habitent le quartier sont arrêtées. Mary âgée de onze ans est reconnue par un tribunal comme la meurtrière et jugée comme une adulte sans que que l'on fouille dans sa vie d'enfant pour tenter de trouver un début d'explication à ses actes. La journaliste Gitta Sereny avait suivi ce procès et avait écrit un premier livre. Libérée à vingt-trois ans,  Mary est fracassée. Trente ans plus tard après les faits  alors qu'elle est maman d'une petite fille, elle accepte pendant de nombreux mois de répondre aux questions de l'auteure.

Ces entretiens retracent  la vie de Mary. Des meurtres à ses emprisonnement dans des structures pas adaptées pour une fille de son âge,  la prison, l'attitude de sa mère qui vendait aux tabloïds de fausses lettres de sa fille. Mary cherche souvent à ne pas répondre aux questions ou alors elle se contredit. Ses souvenirs ne sont pas forcément exacts  et Gitta Serena s'est appuyée sur des déclarations et des témoignages de personnes  pour pouvoir clarifier et élucider certaines zones d'ombre. On découvre la relation ambiguë entre Mary et sa mère, les souffrances enfouies de son enfance qui sont effroyables mais aussi ce qu'elle a vécu durant le procès et ses emprisonnements. Ce portait n'oublie pas la peine des famille des victimes et surtout ne tente pas d'innocenter Mary.
Grâce à ces entretiens, Mary a enfin admis sa responsabilité et a pu mettre des mots pour la première fois sur ce qu'elle a subi enfant.

Loin de toute forme de sensationnel ou de mise en scène du glauque, Gitta Sereny met en avant les défaillances d'un système judiciaire et carcéral en vigueur à l'époque. Mais cette enquête traite aussi de la rédemption et du pardon.
Troublant et saisissant !

Lorsqu'on écrit sur des êtres humains dont les agissements ont causé du tort aux autres, on ne ne doit jamais oublier ni la douleur ni l'amertume inévitablement ressentie par ceux à qui la souffrance a été infligée, et ce, quel que soit le temps écoulé.

Tout le problème, quand on juge un enfant dans un tribunal pour adultes, est que la procédure est uniquement fondée sur la recherche de preuves. (...) Personne ne s'occupe d'observer, de connaître l'enfant et son contexte familial, personne ne considère que ce genre d'investigations pourraient entrer, comme les preuves, dans l'étude de son cas. Par-dessus tout, on ne différencie pas les enfants des adultes, pas plus dans leur appréhension du déroulement de la procédure et de la fonction du tribunal que dans leur compréhension du bien et du mal.

Le billet d'Antigone

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