samedi 14 mars 2015

Colette Mazabrard - Monologues de la boue

Éditeur : Verdier - Date de parution : Janvier 2015 - 88 pages à savourer ...

De Boulogne-sur-Mer à la Belgique, du nord de la France au Jura puis des Ardennes à la Suisse, la narratrice marche. Les pas dans les forêts ou dans les bois, les nuits sous sa tente "Toi tu pars, toi tu pars dormir dans les bois; tu ne sais pas où tu dormiras. Tu seras laissée aux lisières des chemins. Lisières aux moustiques. Aux insectes qui crissent. A l'empire des nocturnes à l'empire des insectes . Laissée à l'humidité qui s'installe et te rend frileuse, fragile. Laissée à la tente qu'il faut, calmement, de façon méthodique, installer", des villages traversés et des personnes rencontrées. Autant de vignettes, de portraits, d'observations qu'elle nous livre.

Elle recherche la nature, les animaux et quand elle s'éloigne sur des routes, elle ne tarde jamais à rejoindre là où elle se sent le mieux. Une cartographie portée par ses pas qui la ramènent toujours au plus proche de la nature comme pour s'y fondre. Le bruit des animaux qui deviennent visibles et sa présence acceptée. Il y a la solitude, le chagrin qu'elle porte. Et la fatigue pour tenter de les oublier. Des villages presque déserts, les monuments aux morts ou les plaques qui jalonnent son parcours et leurs chapelets de noms. Des regards méprisants ou des âmes pleines de gentillesses pour lui remplir sa gourde d'eau, rencontres fortuites et hasardeuses. Ceux qui se confient, parlent du travail qui manque. Les bribes de conversations entendues dans des cafés quand elle s'arrête savourer un café. Des paroles qui font mal aux blagues douteuses. Et il y a ces autres lieux qui rappellent un auteur, un écrivain. A plusieurs reprises, la narratrice évoque à juste titre Thoreau.

Marcher pour s'oublier, pour avoir une page blanche devant soi. Il faut lire ce texte lentement pour s'imprégner de cette écriture qui mêle poésie et réflexions. La simplicité accompagne ce texte d'une beauté naturelle. Colette Mazabrard nous transmet une forme d'humilité et on ne peut que la remercier...

Tu marches. Ton regard tire sur l'horizon, la route. Le goudron est dur sous les semelles. Sur le paysage, ton esprit constamment déploie une carte qu'il cherche à faire coïncider avec les replis, les forêts. Des enfants ronds rose clair te disent bonjour. La prose dérisoire des devises des bataillons britanniques gravées sur les tombes.

Heure entre chien et loup, l'heure où on pèse sa vie, l'évalue. Heure donnée aux chemins, aux cailloux, au heurt des souliers. Qu'est ce qui justifie sa vie, qu'est-ce qui lui donne une forme plus sensée qu'une autre, qu'est-ce qui fait qu'on ne la gaspille pas? Qu'as-tu donné? 
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