vendredi 20 mars 2015

Iegor Gran - La Revanche de Kevin

Éditeur : P.O.L. - Date Parution : Février 2015 - 188 pages lues d'une traite !

Un prénom peut être une croix à vie. Kevin H. en sait quelques chose. Né à la fin des années 70, il a accumulé vexations et humiliations en tous genres à cause de son prénom. " Quand on s'est conditionné en Kevin, on le devient, c'est obligé". En couple avec Charlotte depuis cinq ans, il travaille en tant que commercial dans une radio publique. Dans ce milieu journalistique pétri d'arrogance et de mesquineries, il subit la différence.

Un beau jour l'occasion se présente pour lui d'être un autre que Kevin. Il se rend aux salons littéraires où les écrivains en mal de reconnaissance et de publication sont là à essayer de décrocher un sésame auprès des maisons d'édition. Ces auteurs sont ses proies. Kevin devient Alexandre Janus-Smith lecteur dans une grande maison d’édition. Il ferre sa victime, le complimente, n'hésite pas à citer de grand auteurs. L'œil morne de l'écrivain se teinte, le voilà enfin compris et les rêves se mettent à défiler. C'est ainsi que l'écrivain François-René Pradel fait la connaissance d'Alexandre Janus-Smith. Des mails s'en suivent avec envoi du dernier manuscrit de l'écrivain. François-René Pradel attend patiemment car des contre-temps non prévus apparaissent : un directeur absent, un mail perdu...Sa femme et sa fille le poussent dans ses démarches. Il essaie de contacter notre Alexandre Janus-Smith. Le couperet tombe, personne de ce nom travaille dans cette maison d'édition alors que Kevin épingle ses petits succès. Sauf que François-René Pradel se suicide. Kevin va-t'il se sentir coupable ou responsable?

Je n'en dis pas plus car de nombreux rebondissements jalonnent ce roman. Iegor Gran nous dépeint un monde de vantardise, d'impostures et de faux-semblants avec des personnages secondaires bien croqués. Et ce sont autant de situations qui sont décrites avec ironie, humour noir mais sans excès, du monde de l'entreprise à la sphère du monde de l'édition et journalistique. On sourit et on se délecte. Mais quand le roman prend une tournure plus grave, l'amertume et le sentiment d'injustice nous gagnent. Et la revanche n'est pas celle que l'on pense...

Kevin était parti depuis longtemps. Sans attendre le pot, sans participer à la cérémonie de cohésion du groupe, sans dire au revoir. 
- Vous avez remarqué comme il n'a rien dit, ce type là, sur l'incident, constata Marie-Louise. A croire que ça ne le concerne pas. À force de se la jouer perso, il ne faut pas qu'il s'étonne après.
 - On voyait qu'il pensait à ses tableurs, cingla Jérémy. Toujours à compter l'argent. C'en est caricatural, vraiment. Quel blaireau ! 
- Il y a des prénom prédestinés aux pires beaufitudes, dit Olivier. 
On passa alors quelques phrases à discuter des prénoms idiots ou typés, on évoqua Brandon, Duncan, Marie-Chantal, Juvénal et Samantha, puis on  se dépêcha de rentrer, car on n'était pas payé pour faire des heures sup. 
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