jeudi 19 mars 2015

Jérôme Ferrari - Le principe

Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Mars 2015 - 161 pages superbes !

Un étudiant en philosophie dans les années 1980 rate son oral sur une étude d'Heisenberg qu'il n'a pas pris le temps d'étudier. Par le biais de ce jeune homme un brin impertinent mais fasciné par Heisenberg, Jérôme Ferrari revient sur la vie du physicien allemand qui a élaboré le principe d'incertitude.

Si Werner Heisenberg est l'un des pères de la physique quantique,  Einstein a rejeté le résultat de ses travaux au départ. Passionné comme bon nombre de ses collèges scientifiques, il continue et obtient le prix Nobel de physique à 32 ans.
1933 : Werner Heisenberg va-t-il quitter l'Allemagne comme d'autres de ses collègues ou rester ? L'attachement à son pays tranchera la question. Ce sont les années où la guerre atomique est dans l'esprit des dirigeants du monde. Heisenberg travaille sur un réacteur nucléaire capable de produire de l'énergie. Quelles sont les  questions qui peuvent le préoccuper?  "C'est inextricable. Toutes les histoires sont nécessairement cohérentes; les motivation les plus diverses, les plus incompatibles vous aurait conduit à adopter un comportement rigoureusement identique et à prendre exactement la même décision, et de toutes cette histoires cohérentes dans lesquelles vous vous parez tour à tour des visages de l'irresponsabilité, du renoncement, de l'intégrité, de la complaisance et de l'infamie, personne ne peut deviner laquelle est vraie".
La suite on la connaît trop bien : la bombe atomique créée par d'autre scientifiques et son utilisation. Plus tard, les mathématiques serviront à produire des algorithmes capables de jongler avec les prévisions financières. Et d'une certaine façon, l'histoire se répète quand la crise de 2008 éclate.

Sur un sujet qui aurait pu rebuter, on prend un véritable plaisir à lire ces pages où il question d'électrons et de vitesse. Et ces hommes de science la tête dans les chiffres et les équations ont pourtant la naïveté des enfants face à d'autres questions. La beauté et la poésie sont omniprésentes dans ce livre qui interroge subtilement sur la responsabilité du scientifique.
Servi par une prose éclatante et magnifique, il s'agit d'un roman intelligent, envoûtant. C'est beau, très beau ! 

Ils voulaient comprendre, regarder un instant par-dessus l'épaule de Dieu. 
La beauté de leur projet leur semblait la plus haute qu'on pût concevoir. 
Ils étaient arrivés là où le langage a ses limites, ils avaient explorer un domaine si radicalement étrange qu'on ne peut l'évoquer que par métaphores ou dans l'abstraction d'une parole mathématique qui n'est  au fond, elle aussi, qu'une métaphore. 
Ils devaient sans cesse réinventer ce que signifie "comprendre". 
Les connaissances qu'ils vénéraient ont servi à mette au point une arme si puissante qu'elle n'est plus une arme, mais une figure sacré de l'apocalypse. 
Ils en ont tous été les oracles et les esclaves. 

Les billets de Cuné, DominiqueEmmanuelle, Papillon
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