mardi 21 juin 2016

Katherine Mosby - Sanctuaires ardents

Éditeur : La Table Ronde - Traduit superbement de l'anglais (Etats-unis) par Cécile Arnaud - Date de parution Avril 2016 (Date de première parution : 2010) - 379 pages de bonheur !

Si vous cherchez un livre avec des personnages à la psychologie détaillée, un contexte social et historique bien ancré et le tout admirablement  traduit avec un style limpide et riche, ce roman est pour vous.

Vienna une jeune femme cultivée originaire de new-York  et qui a beaucoup a voyagé s’installe dans la petite ville de Winsville en Virginie avec son mari Willard Daniels. Leur arrivée suscite beaucoup d’émois et de questions car Vienna est belle, fortunée, elle aime le latin et le grec, passe des heures sur des traductions et écoute de la musique classique. Son mari lui demande de s’intégrer à la communauté c’est-à-dire prendre le thé avec ces dames, ne pas rétablir la vérité lors d’un dîner lorsque quelqu’un se trompe par ignorance. Mais Vienna n’en a cure de ces convenances et des qu'en-dira-t-on. On la dit folle mais elle est simplement originale et libre, en phase aves ses pensées et ses convictions.
Son mari la quitte du jour au lendemain et elle se retrouve seule avec ses deux enfants Willa et Elliott. Ce dernier très sensible est proche des animaux tandis que Willa est rebelle et est éprise de liberté comme sa mère. Ils passent beaucoup de temps à s’occuper par eux-mêmes loin de Vienna. Mais ce sont deux enfants instruits par leur mère.
Dans ce Sud où la ségrégation est toujours en vigueur, Vienna est comme une ombre au tableau. Elle n'a que faire de la religion et n'a pas peur d'affirmer ses différences (comme son amour de la nature et des arbres) quitte à être isolée. Les ragots sur ses origines (son prénom laisse dire à certains qu’elle aurait du sang royal), sur le fait qu’elle soit instruite et l’éducation de ses enfants dérange. Et pourtant Vienna est foncièrement bonne, intègre et aimante. Mais la vie ne sera pas tendre avec elle.

Voilà un roman qu’on a du mal à quitter tant on s’y attache! Car Katherine Mosby excelle dans ce portrait de femme qui assume ses choix. A travers ce livre, elle nous décrit également le contexte de cette époque, les failles et les bassesses humaines mais aussi la bonté, la plénitude. Que ce soit les descriptions des personnages, de leurs sentiments, de la nature également, tout est superbe! L’ensemble est porté par une écriture fluide, lumineuse. Magnifique ! 

-Elle n'est pas folle , Willard. Elle est cultivée. Il est parfois difficile de faire la différence, c'est tout.

Il ne lui vint jamais à l'esprit qu'elle mentait à ses enfants à propos des pérégrinations des occupations de leur père. Les histoires qu'elle racontait contenaient une probité fondamentale en ce qu'elles représentaient correctement les grands traits de la situation – Willard était en vie, Willard était au loin, et Willard n'était pas en mesure de rentrer. Pour le reste, Vienna ne voyait pas de mal à embellir ou à déformer les détails. Elles se contentait d'interpréter la vérité et de la rendre poétique, lyrique, savoureuse et instructive. En cela, elle pensait faire honneur à la maxime d'Aristote selon laquelle la fonction du poète n'est pas de raconter ce qui s'est passé mais ce qui pourrait se passer, de préférer ce qui devrait être à ce qui est. Elle suivait l'injonction du philosophe pour révéler des vérités universelles plutôt que particulières.

En plus, elle aimait les Nègres et elle fumait des cigarettes. Voilà ce qui arrive, disait-on, quand on lit trop de livres : ça ramollit le cerveau.
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