jeudi 16 juin 2016

Le 1-Hors-série : Nouvelles du monde


Dans la préface de ce hors série du magazine le 1 et en collaboration avec La Grande librairie et France 5, Eric Fottorino écrit : « Et pour raconter une histoire, qui s’y entend mieux que les romanciers ?L ’expérience de la vie, la vraie, est inaccessible en dehors de la littérature .(...) La littérature, c’est aussi parler de demain avec de la mémoire. Ce sont des mots au service des idées, mais aussi du sensible, du surprenant, de l’inconfortable parfois, toujours de l’imprévu, le contraire de l’habitude, du prête à penser, de l’ennui. »

Placées sous le signe de l’ailleurs, onze plumes Nancy Huston, Erri De Luca, Marie-Hélène Lafon, Leïla Slimani, Irène Frain, Dany Laferrière, Michel Quint, William Boyd, Patrick Grainville, Tahar Ben Jelloun et Guy de Maupassant (mon novelliste chouchou) nous offrent leur vision de l’ailleurs. Qu’est-ce que l’ailleurs ? Est-il toujours rattaché au voyage ? Et bien non justement.

J’ai retrouvé dans Rêves de Guy de Maupassant que je n’avais pas lu depuis longtemps, son style, sa capacité extraordinaire à nous immerger en quelque pages dans une histoire, à planter un décor avec des personnages et à nous surprendre par la chute. Les autres auteurs n’ont pas à rougir. Irène Frain nous amène sur le terrain de son enfance dans le Morbihan. Pas de vacances, une journée sur le plages du Sud-Finistère constituait un changement de territoire. Cette nouvelle sonne très juste car elle marque bien comment en Bretagne, les différences entre les départements (ou au sein d’un même département) marquent encore une notion de changement. Pas d’argent, pas de vacances, alors elle s’inventait des ailleurs gratuitement. Seule l’imagination suffisait.
Leïla Slimani nous parle d’une héroïne qui a vécu mille vies dans différents endroits à différentes époques grâce au à la magie des mots des livres. Marie-Hélène Lafon nous offre une nouvelle où un bois est un personnage à part entière : « Le bois emporte, ; (…) quelque chose vous prend au corps et vous ne vous lâche plus, vous cueille et vous arrache, vous caresse et vous broie, vous relie, vous retourne. On n’a plus qu'à se laisser faire, ou s'en aller. Elle reste. Elle vient pour ça ; elle ne résiste pas et se tient aux aguets. Tout son corps est happé. La sémillante guipure des chants d’oiseaux ourle le silence ; c'est une joie, un jet, une attente qui n'aurait pas de fin à l'échancrure nacrée du jour et des saisons. » L’héroïne fait corps avec la nature, un symbiose unique attendue lorsqu’elle est à Paris. L'écriture de Marie-Hélène Lafon se déguste !
De la peinture aux  danses  de Rio, de la tombe de Borges à une nuit passée dans un désert, l’ailleurs revêt différentes formes ( Dany Lafferrière, Patrick Grainville, William Boyd, Erri De Luca et Tahar Ben Jelloun). Michel Quint avec sa gouaille unique signe un texte savoureux et un brin malicieux. Et la nouvelle de Nancy Huston m’a particulièrement touchée et remuée, elle qui conclue son texte avec ces mots : "En somme, plus je voyage, moins j’ai de repères, de fierté et de certitudes . "Se dépayser" de cette manière-là est une grande leçon philosophique. Pas rassurante pour deux sous, mais édifiante. " Ca claque et ça interpelle !

Il faut prendre son  temps de lire chaque nouvelle indépendamment, "de laisser infuser" comme le dit Eric Fottorino pour bien en saisir en saisir toutes les nuances et s’en imprégner.
Un petit recueil mais un grand voyage que je ne suis pas prête d’oublier. Du plaisir ! 

Le seul indice qu'on a de l'existence d'un tel lieu est ce petit dialogue surpris entre un écrivain et un lecteur : 
 - D'où venez-vous? 
- De nulle part. 
- Joli coin. 

Danny Lafferière

Les billets de Cathulu, Nicole.
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