vendredi 1 juillet 2016

Rencontre d'Annie Ernaux chez Dialogues

Après être venue une première fois parler de son livres Les années à la librairie Dialogues en 2008, Annie Ernaux nous a fait le plaisir et l'honneur de revenir à l'occasion de son nouveau livre Mémoire de fille.
Il y avait énormément de monde  :  un public varié pas exclusivement féminin et de tout âge.
J'avais amené ma "bible" Ecrire la vie à faire dédicacer ( ainsi que des livre pour mes filles et des amies) et j'en ai profité pour lui dire (avec de l'émotion dans la voix) combien  ses livres m'avaient apportée.

Son œuvre est une approche socio biographique et elle ne cesse de l'exploiter.
Je n'ai retranscris ici qu'une partie de la rencontre et des questions (la rencontre sera bientôt sur le site de Dialogues)

Q : Qu'est-ce qui a vous permis d'écrire "Mémoire de fille" ?

R : Après avoir écrit "Les années", ce texte a germé ( en 1985 une ou deux pages d'écrites) et ensuite j'ai eu l'impression qu'il fallait absolument que j'écrive ce texte car il y avait comme un trou dans ma vie. Pour moi, la vie et l'écriture s'échangent sans cesse. S'il m'a fallu du temps, ce n'est pas une question de mémoire mais c'est comment écrire quelque chose qui s'est passé il y a presque cinquante ans. Comment écrire et comment rendre ce qu'on a vécu, le sentiment du réel au moment où je l'avais vécu. L'écriture des années m' a permis d'aller vers la dissociation du "je" et du "elle".

Q :  En quoi la dissociation vous permet d'aller plus loin dans l'exposition des faits et des actes ?

R : Ca a un  effet de dédoublement et d'observer sans aucune complaisance et de mettre fin à tout sentiment. C'est une question de se mettre dans ce corps de l'époque en balayant ce qu'on sait ce qui va arriver.

Q : En ressuscitant cette fille de 58 et sa honte de fille, est-ce qu'avec ce livre vous souhaitiez toucher quelque chose de la condition  féminine ?

R : Le titre est "Mémoire de fille" et non Mémoire d'une fille car à l'époque les garçons avaient l'injonction non dite d'être des hommes le plus tôt possible alors que les filles avaient l'injonction de rester vierges jusqu'à leur mariage.

Q : Avec ce livre, vous avez "réintégré" cette fille de 58?

R : Je l'ai ressuscitée ainsi que tous les autres. Ressusciter cette année là, cette fille avec les autres. Les autres nous traversent d'une façon ou d'une autre et ont une influence sur nous.

Un immense merci  à Dialogues pour cette rencontre exceptionnelle et marquante !



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